‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 43 sur 52 · CONJONCTIONS ET LOCUTIONS COKJONCTITES · texte numérisé non relu

CONJONCTIONS ET LOCUTIONS COKJONCTITES

Qu'est-ce donc que ce sabjonetîf si difficile à saisir? ** C'est, dit M. Littré, nn mode du verbe qui exprime l'existence, l'état ou l'action dans un rapport de dépendance avec un autre verbe auquel il est soumis." Il est dans un rapport de dépendance, mesdames, il est d'après son étymologie, soumis à un autre verbe, sus jugo. — Il est quelquefois indépendant d'un autre verbe, monsieur. On dit : Puissiez-vous être heureux I Pût-il en être ainsi I -^ Non, mesdames, ces subjonctif sont sous la dépendance de verbes sous-entendus : Je souhaite que vous puissiez être heureux ; je souhaiterais qu'il en pût être ainsi. — Cest vrai.

Le savant professeur de Yale Collège, feu M. James Hadlej, dans une courte et profonde étude sur le subjonctif latin dit : In all the uses of the subjunctive thers

IS A COMMON NEGATIVE ELEMENT. It NEVEB EXPRESSES THE CONCEPTION OP REALITT. ThIS CONCEPTION WHICU IS ALWATS PRESENT WITH THE INDICATIVE IS ALWAYS

ABSENT FROM THE SUBJUNCTIVE. Et analysant cette idée générale, il continue : The Latin subjunctive is used to express: 1^ An action as desired or wished for; 2® An action as arrived at or striven for; 3** An action as looked toward and waited for; 4? An action as a result, as that toward which there is

ENTBETIENS 8UB LA GBAMMATKE. 249

A TENDENCT. 5** ThB LaTIN SUBJUNCTIVB MAT EXPBE8P AN ACTION AS A POSSIBLE EYENT. AnD BT POSSIBLE HERB I DO NOT MEAN FEASIBLE, PBACTICABLB, THAT FOR WHOSE PRODUCTION THERE EXIST ADEQUATE POWERS. I MEAN SIMPLT LIABLE TO OCCUB, THAT WHICH HA8 MORE OR LESS CHANCE FOR EXISTENCE. ThIS IS THE POTENTIAL 8UB- JUNCTIYE. It PRESENTS THE MODE IN ITS DIMMEST, MOST ATTENUATED STATE, WITH THE MINIMUM OF POSITIVE ELE- MENTS OYER AND ABOYE THAT NEGATIYE ONE, THAT MERE ABSENCE OF A CONCEPTION OF REALITT, WHICH IS NOTICED AT THE OUTSET. — JaMES HaDLEY, EsSAYS PHILOLOGICAL AND CBITICAL, 215.

Ces observatioiis sont importantes» mesdames, et s'appliqaent au français comme au latin.

Yoilà donc un double caractère du subjonctif, qu'il ne faut pas un instant perdre de vue. Le verbe à ce mode est sous la dépendance d'un autre verbe, et il renferme toujours un élément négatif» Comprenez bien ce dernier point; cela Teut dire que le subjonctif n'exprime pas une réalité, un fait positif et certain dans l'esprit de celui qui parle. Le fait peut lui échapper ; il n'est pas sûr que la conception qui est dans son esprit existe dans le présent ou doive exister dans le &tur. Jj élément négatif qu'il y a là laisse son esprit dans le doute.

Telle est la théorie complète du subjonctif Elle sera démontrée et éclairée par tous les détails qui suivront.

Conformément à notre habitude, nous avancerons du plus facile au plus difficile. Nous« partirons du subjonctif que je voudrais bien appeler grossier ; je veux dire ce subjonctif que tout le monde emploie parce qu'il est imposé par nos règles. Mais il n'est grossier qu'en ce sens, car il y a eu, à son origine, esprit et délicatesse à l'établir. Ce subjonctif élémentaire, pour ne plus dire grossier, est principalement celui qui est imposé après certaines conjonctions. Il va nous occuper. A

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la fin et au sommet, noas trouverons ce subjonctif îns^dsîssable, qui n^appartient qu'aux délicats, et qui est le fiiscinant objet de la poursuite des esprits cultivés.

Abordons donc les conjonctions, et appliquons-leur la théorie, car elles y sont soumises. Vous savez qu'on nomme conjonctions ces mots invariables qui unissent deux phrases ou deux membres de phrase comme et, ou, car. Quand la conjonction est formée de plusieurs mots, comme afin que, de pfur ^N^Y nous la nommons locution conjonctive. Cette distinction étant sans importance je me servira uniquement du mot conjonctiotiy sans distinguer si elle est simple ou composée*

La Grammaire des grammaires donne cette liste de conjonctions, qui gouvernent Tindicatif : bien entendu qus, à la ehat^ çue^ à condition que, de même que, ainsi que, à mesure gue^ aussi bien qt^e, autant que, non plus que, outre que, parce que, à ciiHse que, attendu que, vu que, puisque, pendant que, tandis qufy dura9U que^ tant que^ depuis que, dès que, aussitôt que^ peut-rtre que.

Quelle liste, monsieur! — Prenez patience, mesdames, vous savez bien que je ne Timposeraî pas à votre mémoire. Nous raisonnerons de manière à vous en faire connaître l'emploi sans que votre mémoire ait rien à faire. Du reste, je cite et ne réponds nullement de cette liste trës-incomplëte, pas plus que de celle que la Grammaire donne pour les conjonctions qui commandent le subjonctif.

La voici : Afin que, à moins que, avant que, en cas que, au cas que, bien que, quoique, de peur que, de crainte que, encore que,jusqu*à ce que, loin que, non qtte, nonobstant que, malgré que, posé que, poUr que, pourvu que, sans que, si peu que, si tant est que, soit que, supposé que, et que dans le sens de à moins que, avant que, afin que, sans que, de peur que, de crainte que.

Ajoutez : en attendant que^ non pas que, pour peu que, sinon que*

ENTRETIENS STJB LA GBAHMAIRE. 2Ôl

Une liste complète est impossible à donner et n'est nulle* ment d&irable.

Discutons un moment les conjonctions, mesdames, et tous comprendrez pourquoi les unes yeulent le subjonctif, les autres l'indicatif.

^ Tout le monde fht pour Zadig, non pas pctrce qu^îl était dans le bon chemin, non pas parce qu'il était raisonnable, non pas parce qu'il était aimable, mais parce qu*'û était premier visir." — Voltaire, xviii. 90.

"On m'a invité à un dîner du Literaby puin> présidé par Lord Palmerston, et j'ai reçu, au moment d'y aller, Tavis de me préparer à débiter un speech, attendu qu'on associait mon nom à un toast à la littérature de l'Europe continentale.'* — P. MÉRIMÉE, Lettres 1 une inconnue, IL 3.

Je réunis les deux exemples, car parce qui et attendu que ont le même sens. Il en est de même de vu que :

^ Je veux te donner l'exemple, quoique je n'aie pas grand appétit ; mais j'en viendrai à bout, vu que, après tout, je n'ai pas dîné non plus." — G. Sand, Mare au diable, 60.

Pourquoi emploierait-on le subjonctif avec ces conjonctions parce que, vu que, attendu que, et toutes autres ayant la même signification? Elles ne mettent pas le second verbe sous la dépendance du premier, et n'accusent aucun élément négatif dans l'idée exprimée par le second verbe. Zadig était dans le bon chemin, il était raisonnable, etc. ; on associait le nom de P. Mérimée à un toast ; le héros de G. Sand n'avait pas dîné : voilà des faits réels, qui n'ont rien de négatif, de douteux dans l'esprit de celui qui parle.

Comprenez-vous, mesdames, pourquoi parce que et ses synonymes ne commandent pas le subjonctif? — Parfaitement, monsieur. — Ainsi vous comprendrez pourquoi à cause que est suivi de l'indicatif :

" Landry avait appris à danser à la Priche, et quoique ce goût lui fût venu tard, à cause qtie Sylvînet ne l'avait jamais eu, il dansait déjà aussi bien que ceux qui s'y prennent dès qu'ils savent marcher." — G. Sand, Fadette, 54.

De même par la raison que :

** Je pardonne aisément, par la raison que je ne suis pas haineux." — Montesquieu, 210.

Vous n'ignorez pas que l'on fait souvent usage de que au lieu de parce que. Évidemment dans ces cas Tindicatif est employé :

^^Un vieillard, qui toujours plaint le présent et vante le passé, me disait: Mon ami, la France n'est pas aussi riche qu'elle l'a été sous Henri IV. Pourquoi ? C'est que les terres ne sont pas si bien cultivées; c'est que les hommes manquent à la terre, et que le journalier ayant enchéri son travail, plusieurs colons laissent leurs héritages en friche.' '-^ Voltaire, xviii. 401.

^ Dès que Zadig put sortir, il se prépara à rendre visite à celle qui faisait l'espérance du bonheur de sa vie, et pour qui seule il voulait avoir des yeux." — Id. 64.

Zadig put sortir : rien de négatif, ni de douteux. Dès que ne peut commander le subjonctif. Aussitôt que a le même sens, et demande la même construction.

" On ne vit la chose qu'à l'essai, et cet essai arriva après qu'us eurent fait ensemble leur première communion."-— G. Sand, Fadette, 22.

Aucun élément négatif dans après que ; ils firent ensemble la première communion,, et après cela l'essai arriva.

<' Zadig frémit à la proposition de trahir le roi son bîen&iteur ; et jamais il ne fut plus fidèle à son prince que quand il

fut coupable envers lui d'un crime involontaire." — VoltaibSi zviiî. 96.

Quandj lorsque, comme, et leurs synonymes, ne pei\vent pas commander le subjonctif. — C'est évident

^ Je tremblerai pour elle tant qu'elle n'aura rien à se reproeber." — Id. 96.

^ Tandis que la reine était plongée dans la douleur, Zadig était pénétré de fureur et d'inquiétude." — Id. 159.

^^ Je me suis nn peu reÊiît à mesure que j'ai surmonté le mauvais sort." — G. Sand, VALviDBE, 18.

" J'ignore pourquoi la lecture de cette lettre produisit sur moi un effet tout contraire à celui que madame de Yalvèdre en attendait" — Id. 121.

^ Ce n'était pas bien sorcier de me faire retrouver mon fi*ère, puisque tu venais sans doute de le voir, pendant que je m'expliquais avec ta grand'mère." — G. Sand, Fadette, 109.

" Vous ne m'avez pas donné le temps de vous répondre : si bien que vous croyez ce qui n'est point" — G. Sand, Mare

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