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Comprenez-vous, mesdames, pour quelle raison ces conjonctions tant que, tandis que, à mesure que, pourquoi, puisque, si bien que, et son synonyme de sorte que, ne veulent pas le subjonctif? — Oui, sauf pour la conjonction à mesure que, — Elle n'apporte aucun élément négatif, ne tient nullement sous le joug le verbe qui la suit Voyez : le personnage de G. Sand a surmonté le mauvais sort ; il n'y a dans son esprit rien de négatif à cet égard, rien de douteux. — Nous comprenons.
C'est une erreur de la Grammaire des grammaires de mettre à condition que parmi les conjonctions qui veulent Findicatif. Son emploi est souvent difficile et assez délicat Cette conjonction est synonyme de pourvu que, et s'emploie principalement avec le subjonctif: Je vous donne mon livre à condition
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que TOUS le lisiez demain. H y a là un élément négatif, car vous ne le lirez peut-être pas ; je ne suis pas sûr que vous le lisiez. Mais j*en suis sûr si je dis : Je vous donne mon livra à condition que vous le lirez demain. Quand je m'exprima ainsi, vous n'avez pas le droit d'accepter mon livre, si vous ne devez pas le lire demain. Comme vous le prenez, je sais que vous le lirez. — Son synonyme pourvu que régit-il aussi les deux modes ? — Non, madame, il veut le subjonctif, il apporte toujours un élément négatif dans la phrase.
'^ La petite Marie n'est pas intéressée, elle se soucie peu d'avoir encore de la misère et de la peine, de porter de pauvres habits et de souffirir de la faim pendant deux ou trois mois de l'année, pourvu qu'elle contente son cœur un jour, et qu'elle puisse se donner à un mari qui lui plaira." — G. Sand, Mabb ▲U DIABLE, 91.
Ne notez-vous pas cet élément négatif ? Celui qui parle peut-il assurer que Marie contentera son cœur un jour et aura un mari qui lui plaira ? — Non, monsieur. — H en est toujours ainsi avec cette conjonction : donc elle régit toujours le sub« jonctif.
Afin que régît aussi le subjonctif? — Evidemment^ mesdames, l'élément négatif qu'elle apporte est très-fort. " Tu m'as laissé la vie afin qu'elle te serve," dit Corneille. Le marchand demande dix francs pour sa marchandise afin qu'on lui en donne huit. Lui en donnera-t-on huit ? c'est douteux ; iroilà l'élément négatif de cette conjonction.
Il en est de même de pour que :
La petite Marie était trop pauvre pour que Germain j ^ngeât." — G. Sand, Mare au diable, 47.
*^ Les deux bessons étaient fort malins, et quelquefois pour
*â'on les laissât tranquilles, ils faisaient mine de se disputer et
de se battre; mais ce n'était qu'un amusement de leur part.
et ils n'avaient garde, en se roulant l'un sur l'autre, de se faire le moindre mal." — G. Sand, Fadette, 22.
^ Eh bien ! nous verrons ça, Landry, dit la petite Fadette en tendant sa petite main sèche au besson pour qu^il j mit la sienne en signe d'accord, ce qu'il ne fit pas sans trembler un peu, car dans^ ce moment-là elle avait des yeux si ardents qu'on eût dit le lutin en personne." — Id. 75.
Je comprends bien, monsieur, les deux derniers exemples. Les bessons ne sont pas sûrs qu'on les laissera tranquilles, quoiqu'ils fassent mine de se disputer ; et Fadette n'est pas certaine que Landry prendra sa petite main, bien qu'elle la lui présente ; je vois là l'élément négatif, il y a une portion de doute. Mais en est-il ainsi dans votre premier exemple ? — Oui, n'est-ce pas? — Il me parait certain au contraire que Germain ne songea pas à Marie. — Pardon, madame : l'élément négatif est léger ici, mais il existe. Celui qui parle dit bien que Marie est trop pauvre pour que Germain y songe ; cependant il n'est pas sûr qu'il n'y songera pas. Elle est trop pauvre pour cela, je le sais, il n'est pas naturel qu'il y songe, mais malgré tout il y songera peut-être. En effet, lisez le roman et vous verrez qu'il y songeait et ne songeait à rien d'autre.
" Pourquoi serais-je bonne fille pour toi, quand tu me traites de méchante, sans que je t'aie jamais &it de mal ! Pourquoi aurais-je bon cœur pour deux bessons qui sont fiers comme deux coqs, et qui ne m'ont jamais montré la plus petite amitié ? " -^ G. Sand, Fadette, 73.
L'explication est ici difficile, mesdames. Soyez attentives. Il est certain que Fadette n'a jamais fait de mal à Landry, et cependant celui-ci la traite de méchante. Nous pouvons dire sans le subjonctif: Je ne t'ai jamais fait de mal, et tu me traites de méchante. Nous exprimons ainsi la négation formellementy et dès lors le subjonctif n'a pas à s'employer.
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Maïs si j'emploie une conjonction qui me permette de supprimer Texpression formelle de la négation, le sens négatif devra être marqué par le mode subjonctif: sans que je t'aie jamais fait de mal. Ces négations latentes sont toujours exprimées au subjonctif.
U me semble que là se trouve la raison de l'emploi du subjonctif après quoique^ qu'il faut considérer comme le contraire àà parce que.
'^ Germain était triste. Il se passait peu de jours qu'il ne pleurât sa femme en secret, et quoique la solitude commençât à lui peser, il était plus efifrajé de former une union nouveUe que désireux de se soustraire à son chagrin." — G. Sand, Mare au diable, 39.
J'ai besoin de plus d'un exemple, mesdames, pour cet examen trës-sérîeux. Et je vous arrête à ces conjonctions, parce qu'il ne faut laisser que le moins possible à la mémoire en grammaire, au lieu de lui laisser tout à faire, comme c'est l'habitude depuis des siècles. Vous savez, n'est-ce pas, que la mémoire n'apprend rien, quand le travail de l'intelligence n'a pas précédé. — Nous ne le savons que trop, monsieur. — Je vous arrête aussi sur ces subjonctifs que j'ai appelés grossiers, parce qu'ils ne sont pas privés de signification, il s'en faut, dans leur raison d'être, et surtout parce qu'ils me permettent de vous conduire insensiblement vers l'intelligence de questions plus difficiles. Je continue donc à citer.
Bossuet écrit : *^ Quoique Dieu et la nature aient fait tous les hommes égaux en les formant d'une même boue, la vanité humaine ne peut souffrir cette égalité."
J'ajoute à quoique ses synonymes bien que et encore que. — Malgré que est aussi synonyme de quoique. — J'en parlerai, mesdames :
" U était si accablé qu'il ne dît mot et s'en retourna du côte
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de la coupure, décide à se mettre à Teau, bien qu*îl ne sût en* oore ni plonger ni nager." — G. Sand, Fadette, 65.
*' J'aime ma grand'mëre, encore qu'elle me rudoie et me priva beaucoup." — Id. 148.
Voilà certes des faits positifs, mesdames ; Landrj ne savait pas nager, la grand'mère de Fadette la rudoyait, la solitude pesait à Germain, Dieu a fait tous les hommes égaux. Il y a cependant dans chacune de ces phrases une négation ; elle est latente, mais elle existe. Si vous ne Texprimez pas formellement, il faut que le subjonctif en accuse la présence. Je m'explique. Si je dis : La solitude pesait à Germain, il avait peur de se remarier. Dieu a fait les hommes égaux, notre vanité ne soufifre pas l'égalité ; Landry ne savait ni plonger ni nager, il était décidé à se mettre à l'eau ; ma grand'mère me rudoie et me prive beaucoup, je l'aime; dirai-je vrai? Ne comprenez-vous pas, au contraire, que toutes ces phrases sont fausses, qu'elles ont menti ? — Si. — Qu'y manque-t-il pour qu'elles soient vrais ? — Une négation, monsieur, la voici : Si Germain avait peur de se remarier, ce n*est pas parce que la solitude lui pesait, au contraire. — £n effet cela devait le porter à se remarier. — Si Landry se met à l'eau, ce n'est pas parce qu'il ne sait pas nager, au contraire. — Évidemment, car il va exposer sa vie, puisqu'il ne sait pas nager. — £h bien ! mesdames, cette négation sera exprimée indirectement par l'emploi du subjonctif. Tel est toujours le rôle de quoique et de ses synonymes. Ce point est-il clair pour vous ? — Entièrement
Vous m'avez nommé malgré que, et vraiment c'est un synonyme de quoique; je regrette qu'on n'en fasse plus usage dans ce sens. H est permis de l'employer seulement avec le verbe avoir de cette manière : Malgré que j'en aie je le ferai. C'està-dire quelque mauvais gré que j*aie, quelque mauvaise volonté que j'aie de faire la chose, je la ferai. Telle est la loi, mes- • 17
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dames. Soomettons-noas-j. Cependant faut-il condamner les infractions du plus grand écrivain de notre temps contre ce point de la grammaire ? Elle a écrit :
'^ n avait Fagneau sur ses genoux et le laissait crier sans l'entendre, malgré que le pauvre petit lui faisait une voix désolée et regardait tout autour de lui avec de gros yeux clairs, étonné de ne pas être écouté de quelqu'un de son espèce." — G. Sand, Fadette, 78.
"^ On ne prenait plus les bessons l'un pour l'autre, maigri qu'ils se ressemblaient toujours comme deux frères." — Id. 89.
Bien sûr, la théorie que je viens de vous donner sur quoique condamne l'emploi de l'indicatif avec maigri que. H est impossible de trouver aucun raisonnement qui le justifie. Mais j'aime cette phrase-d de 6. Sand, où elle emploie le subjonctif ; elle est condamnée cependant par la grammaire :
^^ Je n'entends pas bien ce que tu veux signifier, dit Landry en s'asseyanl auprès d'elle ; et ils restèrent un moment sans parler, car la petite Fadette avait l'esprit envolé à des idées que Landry ne connaissait point, et quant à lui, maigri qu^'û en eût un peu d'embrouillement dans la tête, il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir du plaisir à entendre cette fille ; car jamais il n'avait entendu une voix si douce et des paroles si bien dites que les paroles et la voix de la Fadette dans ce moment-là." — G. Sand, Fadette, 140.
La faute est évidente, monsieur. — Oui. — Vous nous avez dit dans notre entretien sur le participe passé qu'un verbe ne peut jamais avoir deux régimes. — C'est vrai. — Eh bien ! "Malgré qu'il en eût un peu d'embrouillement" nous présente le verbe avoir avec deux régimes directs : Malgré, qpx est employé pour mauvais gré, est un régime, et embrouille^
ment est l'autre. — Mademoiselle a raison : n'imitez pas cette phrase, mesdames.
Je voudrais m'arrêter ici. — Ne dites-vous rien de soit que^ nonobstant que, pour peu que, et de ces indéfinis qui sont comme des conjonctions, quelque que, quoi que ? — Vous leur appliquerez Êu^ilement la théorie. Leur élément négatif est aisé à constater.
'^ Landry se coucha en se disant que ce serait bien assez tôt le lendemain pour se tourmenter de la conséquence de cette mauvaise rencontre ; mais quoi qu^'û fit, il ne put dormir que très-mal." — G. Sand, Fadettb, 114.
S'il ne peut dormir, ce n'est pas parce qu'il fît des efforts, an contraire. Faites le raisonnement que nous avons fait pour quoique,
"Valvèdre pouvait se procurer de la chaleur en quelque lieu que ce fût, et combattre tous les accidents produits par le froid." — G. Sand, VAXviDRE, 24.
Ne voyez-vous pas que quelque que apporte un élément négatif? savez- vous en quel lieu Vaîvèdre se procure de la chaleur ? — Non. — Voilà l'élément négatif, qui est toujours présent dans cette construction de la phrase.
^ Fadette, qui allait sur ses quatorze ans, était si menue et si petite, qu'on ne lui en eût pas donné douze, et qu'à la voir on eût cru qu'elle allait se casser pour peu qu'on y touchât." — G. Sand, Fadette, 69.
Faut-il rien vous expliquer, mesdames ? — Non, nous corn* prenons que pour peu que est synonyme de quelque peu que e< que ce n'est pas parce qu'on ne toucherait que très-peu à Fadette qu'on aurait lieu de craindre qu'on ne la cassât ; au contraire, c'est malgré ce très-peu.
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** Quand un homme a fiût deux ou trois chefs-d'œuvre, st courts ^*ils soient, on doit le couronner et lui pardonner ses erreurs." — G. Sand, François le Champi, 22.
Cest dair, monsieur : si que est synonyme de quelque que. — Nous avons fini ; vous trouverez vous-mêmes la solution pour toutes les autres conjonctions si vous ûdtes les raisonnements que je vous ù enseignés. Adieu, mesdames.
ENTBETIENS SUB LA QRAMMATRK. 261
LE SUBJONCTIF (SUITE)