LA PENS^ ET LE SENTIMENT
BisUMONS ce que noas avons troavé jasqu'îcî, mesdames. Les conjonctions nous ont permis de constater : 1^ Que le sabjonctif s'emploie quand il y a un élément négatif dans la phrase. 2^ Que dans ces cas le second verbe est SUB juoo du . premier, nullement indépendant. 3^ Que dans certains cas, comme cela a lieu avec l'emploi de quoique^ sans que, etc., il y a une négation latente, qui est exprimée par le subjonctif. 4? Comme le dit M. J. Hadley, the subjunctiye
NEVER expresses THE CONCEPTION DP REALITT. ThAT CONCEPTION OP REALITT IS ALWATS PRESENT WITH THE INDICATIVE.
Ce dernier point résume tout ; le savant professeur a produit la même idée en disant : ^ In all the uses op the
SUBJUNCTIVE THERE IS A COMliON NEGATIVE ELEMENT."
Avec cette idée bien présente à l'esprit, avançons dans notre étude.
Nous n'avons plus à parler des conjonctions ; la phrase interrogative et la phrase négative nous occuperont un autre jour. Pour le moment nous allons rechercher quels sont les verbes qui gouvernent le subjonctif. Ce sujet a été mis dans une confusion extrême par les grammairiens, faute de théorie. — £n avez-voiis une, monsieur? — Oui: elle ne s'appliquera pas facilement à tous les cas peut-être, mais elle suffit pour
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me guider moî-mème, et j'ai confiance qu'elle lèvera la plupart de vos doutes. La voici.
Vous savez, mesdames, que la psychologie s'occupe avant tout de nos perceptions^ le plus simple des phénomènes intellectuels. Je suis dans un jardin : une rose frappe ma vue, je la vois, je vois aussi le rosier, et je vois que le rosier porte la rose. De même le parfum de la rose frappe Torgane de l'odorat, le bruit de la rue frappe l'organe de l'ouie, la saveur de cette pèche qui fond dans la bouche est perçue par l'organe du goût, la douce fourrure de ce gros chat que nous carressons frappe notre organe du toucher.
Tel est le point de départ de l'activité humaine. Ici, pour employer encore l'expression de M. Hadley, The conception OF BEALiTT is ALWATS PRESENT. Nécessairement présente, mesdames, puisque la réalité fait, pour ainsi dire, le premier pas vers nous et que nous ne faisons que prendre ce qu'elle nous apporte, la couleur de la rose, son odeur, le bruit du tonnerre, la saveur de la pêche, la douceur de la fourrure du chat. Donc jamais de subjonctif pour exprimer les perceptions.
^ Il vit que le visage de cette bonne fille était baigné de larmes, et tout son courage l'abandonnant, il lui fut impossible de retenir les siennes." — G. Sand, Mare au diable, 55.
n vit que Marie pleurait ; de même dites : H remarqua^ il iaperçiU qu'elle pleurait.
'' Je ne sais pas comment je ne m'étais pas aperçu^ pensaît- 11, que cette petite Marie est la plus jolie fille, du pays." — G. Sand, Mare au diable, 89.
'' J^entends que vous m'offrez im nouveau diadème," dit Racine, dans Bérénice. J'ai entendu dire que madame est musicienne. Je sens que le miel est doux, et que le vinaigre est Aigre.; je sens que la rose est parfumée.
^ Je sentis que j'aimais ce jeune homme de toute mon âme.** — G. Sand, Valvêdre, 261.
^^ Je sens, par une de ces intuitions OF thb mind's ete, que le temps sera beau encore pour quelques jours, mais qu'il se gâtera pour longtemps." — P. Mérimée, Lettres 1 une