LE SUBJONCTIF ET LE CONDITIONNEL TASSL
Nous voici arrivés à notre dernière étude du subjonctif C'est le sommet, c'est ce point insaisissable, d'une beauté fascinante pour les esprits délicats, ce subjonctif qui n'appartient qu'aux artistes de la langue et que nous ferons toujours de vains efforts pour expliquer clairement. Faut-il cependant renoncer à le poursuivre? Est-il pennis de passer outre devant lui, comme le fait M. Littré après lui avoir consacré cette phrase indifférente: ^ Si gouverne l'indicatif: S'il venait, il me ferait plaisir ; s'il était venu, je l'aurais su. Cependant on peut mettre le plus-que-parfait du subjonctif au lieu du plus-que-parfait de l'indicatif: S'il fût venu je l'aurais BU." Est-ce assez faire, dis-je, que de renoncer ainsi à voir clair dans la plus haute des questions ? Si nous ne pouvons pas parvenir à formuler une règle, ne devons-nous pas, au moins, nous efforcer de sentir ce subjonctif, et d'apercevoir la légère nuance qu'il marque dans la pensée? Nous le devons, mesdames, car rien n'est plus propre à élever notre esprit, à faire ce que l'évêque d'Orléans, Monseigneur Dupanloup, appelle la haute éducation intellectuelle. — Comment pouvons-nous le faire, monsieur ? — En lisant attentivement les maîtres, en étudiant profondément l'usage qu'ils font de ce subjonctif.
Vous avez Compris que nous allons nous occuper du sulhjonctîf employé pour le plus-que-parfait de Vindicatif. Le
XVJJL* siècle en ûûsaît grand usage, le XVlil* aussi. Le nôtre est devenu, depuis la grande révolution française, qui a démocratisé la société et confondu toutes les classes, depuis la disparition presque complète des salons qui réunissaient les esprits d'élite, depuis que les affaires, les intérêts matériels semblent faire l'unique occupation des hommes, il est devenu trop conmiun, trop peu délicat pour saisir les fines nuances de la pensée. Aussi les représentants de notre époque dans la littérature ignorent-ils presque le subjonctif que nous allons examiner, et s'ils l'emploient quelquefois, c'est souvent là où il ne le faut pas. Le Raphaël du XIX** siècle dans les lettres, 6. Sand, fait assurément exception. La langue de cette femme n'est inférieure à celle d'aucun maître à aucune époque de notre littérature. Aussi lui demanderaije aujourd'hui un grand nombre de mes citations.
Une explication préliminaire encore. Nous allons rencontrer le subjonctif tenant lieu non-seulement du plus-que-parfait de l'indicatif, mais aussi du conditionnel passé. Ici les granmiaires ont été encore plus loin dans leur renoncement à comprendre que ne l'a fait M. Littré au sujet du plus-queparfait. Elles donnent tout simplement deux formes au conditionnel passé : T aurais ou f eusse reçu, dît la Grammaire des grammaires, dans son tableau des conjugaisons,/ aurais au f eusse chanté. Comme s'il était indifférent d'employer la forme du conditionnel ou celle du subjonctif.
Cela noté, mesdames, j'appelle devant nous les auteurs. Je vous l'ai dit, nous avons ici à sentir ; donc les exemples des maîtres auront presque tout à &ire.
Je commence par des citations sans subjonctif et je mets ensemble, sans distinction, les conditionnels passés et les plusque-parÊiits de l'indicatif.
^ O nuit désastreuse ! ô nuit efiroyable, où retentit tout à coup, comme un édat de tonnerre, cette étonnante nouvelle.
800 ENTBETIEl^S STJB LA 6BAMMAIBE.
Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappe à ce coup, comme n quelque tragique accident avait désolé sa famille ?" — Bossuet, Obaison de Henriette d'Anoletebbb, 78.
H 7 a un élément négatif dans cette phrase, monsieur, car un accident comme la mort de Henriette d'Angleterre n'a pas désolé la famille de chacun des auditeurs de Bossuet — Cela n'est pas im élément négatif, pas un doute, c'est une négation certaine. Voyez : un tel accident n'a pas désolé la &mille de chacun de vous, mais vous vous sentez frappés comme si cela était. B n'y a pas de nuance là, c'est une condition exprimée crûment. Dès lors,' pas de subjoncti£ Msds laissezmoi citer.
** Les Athéniens étaient délicats par l'esprit et par l'oreille. Bs n'auraient pas suppoi^té un mot propre à déplaire." — J. Joubebt, Pensées, i. 400.
C'est tout positif; impossible de faire usage du subjonctif. •— Certes, madame. Vous voyez donc qu'il n'est pas indifférent de dire : Bs n'auraient pas supporté ou ils n'eussent pas supporté.
" Si ce culte (le culte des augures et des aruspîces) avait été plus raisonnable, les gens d'esprit en auraient été la dupe aussi bien que le peuple, et par là on aurait perdu tout l'avantage qu'on en pouvait attendre : il fallait donc des cérémonies qui pussent entretenir la superstition des uns et entrer dans la politique des autres ; c'est ce qui se trouvait dans les divinations." — Montesquieu, 182.
" César fut averti plusieurs fois par les devins de ne point passer en Afrique avant l'hiver. B ne les écouta pas, et prévint par là ses ennemis qui, sans cette diligence, auraient eu le temps de réunir leurs forces." — Id. 184.
Montesqnîen est trës-affinnatîf, monsieur. — Oui. — Il assure que sans la diligence de César ses ennemis auraient eu le temps de réunir leur forces. Un subjonctif m'étonnerait icL — Y ous jugez bien, madame.
** Turenne n'avait points de yices ; et peut-être que, sll en avait eu, il aurait porté certaines vertus plus loin. Sa vie est un hymne à la louange de l'humanité. — Id. 222.
Voici la fin d'un portrait que Montesquieu fait de Louis
''Toujours gouvernant et toujours gouverné; malheureux dans ses choix, aimant les sots, soufi&ant les talents, craignant l'esprit ; sérieux dans ses amours, et dans son dernier attachement, £dble à Êdre pitié ; aucune force d'esprit dans les succès, de la sécurité dans les revers, du courage dans sa mort. Il aima la gloire et la religion, et on l'empêcha toute sa vie de connaître ni l'une ni l'autre. Il vl aurait eu presque aucun de ces défauts, s'il avait été un peu mieux élevé, et s'il avait eu un peu plus d'esprit'' — Id. 222.
Pourrait-on dire ainsi: Il n'eût eu presque aucun de ces dé&uts, s'il eUt été un peu mieux élevé, et s'il eût eu xm peu plus d'esprit ? — Nous croyons que non, monsieur. — Expliquez-vous, mademoiselle. — Il y a ici une condition crûment posée comme vous dites : si le roi avait été mieux élevé. — Oui. — Et une fois cette condition posée, je veux dire, sous cette condition formelle, Montesquieu affirme, sans hésiter, que Louis XIV n'aurait eu presque aucun de ces dé&uts. Mais, monsieur, dans l'exemple précédent l'écrivain n'est pas aussi affirmatif. — Non. — Cependant il n'use pas du subjonctif — C'est vrai, mais son doute est suffisamment exprimé par peiUêtre. L'élément négatif qui est dans sa pensée n'a pas besoin d'être marqué par le subjonctif. Je continue.
^ Si les jésuites étaient venus avant Luther et Calvin, ils auraient été les midtres du monde." — Môf^xESQUiEU, 224.
Je ne le crois pas, monsieur. — Il n'importe, madame, pour la grammaire de Montesquieu, car lui le croit positivement. Donc pas de subjonctif dans sa phrase.
" Pourquoi ne m'avez-vous pas écrit ? Vous auriez dû le faire pour beaucoup de raisons." — P. MiaiMÉE, Lettbes 1
" Si vous étiez à Paris, vous auriez vu quelque chose do très-beau qu'on m'a apporté." — Id. 308.
^ Il y a des gens qui hl auraient jamais été amoureux, s'ils T^avaierU jamais &ai&nàxk parler de l'amour." — La KocheroucAULD, Maxime 136.
^ C'est un enfant qui a une grande idée de son devoir, pensait la mère Barbeau (elle parle de son fils Landry, l'amant de la Petite Fadette) ; mais tout de même, s'il n'avait pas le cœur un peu dur, il ne serait pas parti comme ça, sans tourner la tête et sans verser une pauvre larme. Il n^ aurait pas eu la force de faire deux pas sans se jeter sur ses genoux pour demander courage au bon Dieu, et il se serait approché de mon lit, où je faisais la frime de dormir, tant seulement pour me regarder et pour embrasser le bout de mon rideau." — G. S AND, Fadette, 31.
Elle se trompe, elle le trouve plus tard avec bonheur, mais assurément au moment où elle parle ainsi, la mère de Landry se croyait sûre de ne pas mal juger son en&nt.
" Il aurait été jusqu'à la Priche, s'il n^avait rencontré son père en revenant." — Id. 36.
*^ Sois certain (dit Fadette à Landry) que j'ai plus de malice que de méchanceté, et que, si je Vavais su amoureux de la Madelon, je ne t'aurais pas brouillé avec elle, coxnme je l'ai fait en te forçant à danser avec moi.'^ — Id. 152,
ENTEETIENS SUR LA GRAIOIAIRB. 303
" H est vrai que le bon Dieu m'a faite cnrieuse, si c'est l'être que de désirer connsdtre les choses cachées. Mais si on ctvait été bon et humain envers moi, je n^aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J'aurais renfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m'enseigne ma grand'mère pour la guérison du cœur humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait eu bien assez pour m'occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout J'awrais toujours été seule sans connaître l'ennui ; car mon plus grand plaisir est d'aller dans les endroits qu'on ne fréquente point, et d'y rêvasser à cinquante choses dont je n'entends jamais parler aux personnes qui se croient bien sages et bien avisées." — Id. 142.
" Je tenais son ombrelle, quand elle était assise, je débarrassais son écharpe des brins de mousse qu'elle avait ramassés en frôlant les sapins ; je lui trouvais des fraises là où il n'y en avait pas ; je crois que j'aurais fait ûeurir des camellias sur le glacier." — G. Sand, Valvèdrb, 98.
C'est impossible à croire, monsieur. — Qui peut mesurer la foi d'un amoureux, mademoiselle? Le héros de George Sand est bien sûr que, si sa compagne l'avait voulu, il lui aurait cueilli des fleurs sur le glacier. Pour lui, point d'élément négatif, donc pas de subjonctif.
Germain dit à Marie, parlant de son petit Pierre qui avait voulu l'accompagner en voyage :
" Si sa grand'mère n'avait pas eu plus de raison que moi, je n'aurais pas pu me tenir de l'emmener. — Pourquoi ne l'awnc^-vous pas emmené f il ne vous aurait guère em^bar" rossé." — G. Sand, Mare au diable, 49.
En voilà assez, mesdames, pour vous éclairer sur ces phrases oonditionnelles. Pourquoi ne sont-elles pas au subjonctif?
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N'est-oe pas parce que la oondîtîoii 7 posée est formelle, en ce sens qu'une fois qu'elle se réalise l'événement qui en dépend se réalise i)ositiyement Bien n'est en suspens dans des phrases semblables; point de cet élément négatif dont nous avons longuement parlé. Ce monsieur dit à un épicier : J'avais besoin de moutarde hier. Celui-ci lui répond : J'en suis abondamment pourvu ; si vous m'en aviez demandé, je TOUS en aurais donné, Y a-t-il place là pour le subjonctif? -^ Oh que non I monsieur.
£h bien, mesdames, nous allons voir la pensée des maîtres, s'exprimer au subjonctif. Peut-être devrai-je me contenter de citer et abandonner à votre finesse le travail de saisir les nuances.
^ Qui eût pu penser que les années eussent dû manquer à nne jeunesse qui semblait si vive ?" — Bossuet, Oraison de Henriette d'Angleterre, 80.
M'est-îl permis de vous arrêter, monsieur, à votre première citation? — Je suis toujours heureux de vous entendre parler, madame. — Je souhaiterais pouvoir explit][uer la phrase de Bossuet La raison du second subjonctif est évidente: la tournure interrogative de la phrase y apporte l'élément négatif qui motive ce subjonctif. Quant au premier Qui eût pu, ne s'expliquera-t-il pas si je commente ainsi : on se demande qui eût pu penser ; ou bien : je suis sûr qu'il n'est personne qui eût pu penser. En tout cas, je sens ici un élément négatif qui me justifie l'emploi du subjonctif.— Je n'ai rien à ajouter, madame, à vos observations, et je continue.
" Les Siciliens, s'étant embarqués pour faire quelques expéditions en Afrique, furent si épouvantés d'une éclipse du soleil, qu'ils étaient sur le point d'abandonner leur entreprise ; mais le général leur représenta : ' Qu'à la vérité cette éclipse eût été de mauvais augure, si elle eût paru avant leur embarque-
ment, mais que, puisqu'elle n'avait paru qu'après, elle ne pouvait menacer que les Africains.' Par là il fit cesser leur frayeur, et trouva dans un sujet de cndnte le mojen d'augmenter leur courage." — Montesquieu, 184.
Cet exemple doit être étudie, mesdames. Il donne l'explication du plus-qoe-parfiût du subjonctif pour des cas trèsnombreux. Qui parle ici? — C'est Montesquieu. — £n son propre nom ? — Non, il rapporte les paroles du général des Siciliens. — Oui, ce qu'on appelle le discours indirect est employé ici. Supposons que nous ayons le discours direct^ que Montesquieu parle en son nom propre, et qu'il croie vrai ce qu'il dit, comment s'exprimerait-il, mademoiselle ? — Je pense qu'il dirait à ses soldats : ^ Cette éclipse aurait été de mauvais augure, si elle avait paru avant votre embarquement" — Cest très-juste. Mais bien sûr, quand nous rapportons ainsi les paroles d'autrui, nous réservons souvent notre propre opinion, et là est l'élément négatif qui motive le subjonctif. — Nous comprenons, monsieur.
^ Chère amie, n'^-il pas mieux valu m apporter vous-même votre bouquet? Vous m'avez fait grand'peine en me l'envoyant" — P. MÉBiicÉE, Lettres 1 une inconnue, 305.
Quelle nuance délicate dans cette forme interrogative et subjonctive I
L'ange Jesrad vient de noyer un enfant sous les yeux de Zadig, qui ne comprend pas d'abord cette action qui lui paraît abominable. Mais Tange lui dit :
** S'il avait été vertueux et s'il eût vécu, son destin était d'être assassiné lui-même avec la femme qu'il devait épouser et le fils qui en devait naître." — Voltaire, xviii. 167.
Voilà côte à côte l'indicatif et le subjonctif, tous deux sous la dépendance de si. Je crois qu'il faut ainsi discuter cette phrase. S'il avait été vertueux, exprime une condition simple-
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ment, sans qu'aucune antre idée cachée, non exprimée; 8*p ajoute ; dès lors il n'y a lieu de rien marquer par le subjonctif. Mais s'il eut vécu se complète ainsi : ce qui n'est pas, puisque je l'ai nojé. C'est cette négation sous-entendue que le subjonctif exprime icL Je vous donne deux autres exemples qui appellent la même explication.
^ Si }^ eusse été méchant comme tant d'autres, je serais heureux comme eux." — Voltaire, xviii. 100.
^^Le prince impérial donnait hier à dîner à toute une bande d'enfants. L'empereur leur a composé lui-même du Tin de Champagne avec de l'eau de Seltz : mais l'effet a été le même que s'ils eussent bu du vin véritable." — P. Mérimée, Lettres X une inconnue, 177.
^^Grermain se disait que l'amour eût pu le consoler en Tenant le surprendre, car l'amour ne console pas autrement"
— G. Sand, Mare au diable, 39.
Voyez l'exemple expliqué de Montesquieu. Cest ici le même cas, le discours indirect 6. Sand ne parle pas en son propre nom.
^ La Madelon n'était point pauvre, et un mariage entre eux eut bien pu s'arranger par la suite du temps." — G. Sand, Fadette, 97.
A quelle condition, mesdames? — Elle n'est pas exprimée.
— Non, ni même sous-entendue par 6. Sand. Elle n'a en vue aucune condition particulière. Il y a là une nuance d'indétermination qui explique le subjonctif. C'est un de ces cas que j'avais en vue quand j'ai parlé de l'insaisissable subjonctif, et puisque nous sommes arrivés sur ce sommet poétique de la grammaire, je vais vous y laisser, mesdames, après avoir mis devant vous des exemples que je vous abandonne. Je souhaite que vous en saisissiez l'exacte signification.
** Landry avait entendu la chanson de la Petite Fadette, et voyait bien qu'elle faisait une conjuration au feu follet, lequel dansait et se tortillait comme un fou devant elle et comme s'il eût été aise de la voir." — G. Sand, Fadette,
" Landry n'avait jamais peur de rien en plein jour ; mais il n'eût pas été de son âge et de son pays, s'il avait aimé à se trouver seul la nuit sur les chemins, surtout dans l'automne qui est une saison où les sorciers et les follets commencent à se donner du bon temps, à cause des brouillards qui les aident à cacher leurs malices et maléfices." — Id. 99.
" Landry fut étonné de voir que cette fille Fadette faisait exprès de tourner la tête d'un autre côté, comme si elle eût eu de lui la même peur qu'il avait d'elle." — Id. 93.
" Landry se retourna derechef et allongea à la petite Fadette un coup de poing qu'eDe eût bien senti si elle ne Veut esquivé, car le besson allait sur ses quinze ans, et il n'était pas manchot, et elle qui allait sur ses quatorze était si menue et si petite qu'on ne lui en eût pas donné douze, et qu'à la voir on eût cru qu'elle allait se casser, pour peu qu'on y touchât." — Id. 69.
" Germain eut beau fkire, il ne put s'endormir ni songer à autre chose qu'à ce qu'il venait de dire. Il tourna vingt fois autour du feu, il s'éloigna, il revint ; enfin se sentant aussi agité que s'il eût avalé de la poudre à canon, il s'appuya contre l'arbre qui abritait les deux enfants et les regarda dormir." — G. Sand, Mare au diable, 89.
'^ n souffrait, il avait une montagne d'ennui sur le cœur. Il aurait voulu être mort. Tout paraissait devoir tourner mal pour lui, et s'il eût pu pleurer, il ne Vaurait pas fait à demi." — Id. 101.
" Les chemins étaient couverts de monde, et la veuve marchait d'un air fier, escortée de ses trois prétendants, donnant le bras tantôt à l'un, tantôt à l'autre, se rengorgeant et por-
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tant haut la tète. Elle eût fort souhaité produire le quatrième aux yeux des passants; mais Grermain trouva si ridicule d'être traîné ainsi de compagnie par un cotillon, à la vue de tout le monde, qu'il se tînt à distance convenable, causant avec le père Léonard, et trouvant moyen de le distraire et de l'occuper assez pour qu'ils n'eussent point l'air de Êiire partie de la bande." — Id. 111.
^ Germain essaya d'oublier, en se replongeant dans le travail ; mais il devint si triste et si distrait que tout le monde le remarqua. Il ne parlait pas à la petite Marie, il ne la regardait même pas ; et pourtant si on lui eût demandé dans quel pré elle était et par quel chemin elle avait passé, il n'était point d'heure du jour où il n'eût pu le dire, s'il avait voulu répondre." — Id. 138.
En vous offrant un dernier exemple du subjonctif, permettez-moi, mesdames, de vous lire la page qui termine le beau roman de G. Sand, intitulé La mare au diable. Je vous recommande de le lire ainsi que celui de La Petite Fadette, Ces deux chefe-d'œuvre, en même temps qu'ils vous feront admirer la grande artiste de notre temps, vous accoutumeront à sentir ce subjonctif qui a tant éveiUé votre curiosité et auquel nous avons, avec tant de plaisir, arraché quelques-uns de ses secrets. Voici donc la page que j'ai mentionnée.
^ Grermain parlait comme dans un rêve sans entendre ce qu'il disait. La petite Marie tremblait toujours ; mais, comme il tremblait encore davantage, il ne s'en apercevait plus. Tout à coup elle se retourna ; elle était tout en larmes et le regardait d'un air de reproche. Le pauvre laboureur crut que c'était le dernier coup, et, sans attendre son arrêt, il se leva pour partir ; mais la jeune fille l'arrêta en l'entourant de ses deux bras, et, cachant sa tête dans son sein : Ah ! Germain, lui dit-elle en sanglotant, vous n'avez donc pas deviné que je vous aime ?
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^ Germain serait devenu fou, si son fils qui le cherchait et qui entra dans la chaumière au grand galop sur un bâton, avec sa petite sœur en croupe qui fouettait avec une branche d'osier ce coursier imaginaire, ne Veik rappelé à lui-même. Il le souleva dans ses bras, et le mettant dans ceux de sa fiancée: Tiens, lui dît-il, tu as fait plus d'un heureux en m'aimant." — 6. Sand, Mare au diable, 149.
Nous aborderons demain la dernière de nos questions, une des plus difficiles. — iVé, monsieur? — Oui. Adieu, mesdames*
810' ENTBETIENS 8UB LA GBAMMAIBE.