‹ Entretiens sur la grammaireChapitre 8 sur 52 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

C*est ainsi que le grand poëte raconte sa naissance dans l'admirable poésie qui a pour titre Napoléon IL Quand on a une fois remarqué, mesdames, la véritable signification des deux temps que nous étudions, on est frappé de la beauté que la langue tire de leur emploi. J'insiste d'autant plus sur cette question que vous Anglais, vous êtes privés de cette grande ressource. Quand vous traduisez nos meilleures pages, vous les faites mentir, tant elles deviennent inexactes et peu précises sous une plume anglaise. Le prétérit déûni et le subjonctif sont les deux grandes beautés de la langue française : elles lui donnent sa clarté incomparable, et cette nuance de la pensée qu'elle seule peut exprimer.

N'avons-nous pas le prétérit défini, monsieur? — Vous l'avez, mesdames, mais vous ne savez pas l'employer. Je vous défie d'appliquer entièrement dans votre langue la théorie des deux temps que je vous ai donnée aujourd'hui. Vous abusez du prétérit défini, vous l'employez le plus souvent là où le sens et la raison commandent d'employer l'imparfait.

Voyez ce que devient la langue si précise de Fénelon, grâce à votre mauvais emploi des temps.

** The grief of Calypso for the departure of Ulysses would admit of no comfort ; and she regretted her immortality, as that which could only perpetuate affliction and aggravate calamity by despaîr; her grotto no more echoed with the music of her voice, and her nymphs waited at a distance with timidity and silence. . . . Hère she was one day surprised with the sudden appearance of a shipwreck," etc.

Et essayez de dire en anglais ce que je vais vous lire, et de

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conserver la beauté et la clartë produites par les imparfaits et les prétérits définis. Je ne cite qu'une partie de cette poésie.

C'était en 1811 ! Les peuples attendaierUy ils regardaient le Louvre entouré de tonnerres, comme un mont Sina!. . . • Ils se disaient entre eux : ^ Quelqu'un de grand va naître." • • •

" Comme ils parlaient^ la nue éclatante et profonde S^entrouvrit, et l'on vit se dresser sur le monde

L'homme prédestiné, Et les peuples béants ne purent que se taire, Car ses deux bras levés présentaient à la terre

Un en&nt nouveau-né."

lies drapeaux des Invalides ^/mtren^, et le cri de l'enfant JU bondir les canons.

^ Et lui ! l'orgueil gonflait sa puissante narine ; Ses deux bras jusqu'alors croisés sur sa poitrine.

S'étaient enfin ouverts !

Et l'en&nt, soutenu dans sa main paternelle, Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,

Rayonnait au travers."

Et quand l'empereur eut bien fait voir l'héritier de ses trônes,

^' Comme un aigle arrivé sur une hante cime, Il cria tout joyeux avec un air sublime :

L'avenir I l'avenir I l'avenir est à moL"

y. Hugo, 884.

18 ENTBETIENS SUB LA GBAMMAIBE.

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