‹ Entretiens sur la physiqueChapitre 14 sur 26 · CENT DIXIÈME ENTRETIEN. 7O · texte numérisé non relu

CENT DIXIÈME ENTRETIEN. 7O

formaliser dé ce ^ùe le Gëologis.te faisé du noyau de la Terre ce qu'il doit être pour son système, puisque nous ne savons absolument tien dé cette grande base qui porte nos coniineds et l'océan i^

Mde, de L. Comhie Voiis êtes doux aujourd'hui, mon àmi! Ou bien Vous serieai-vous réellement pris de passion pou^ le système de De Luc?

Mr. de L. Se àehs lés diffidultés d'une saine Géologie et je né veut pas qu'on gène le Géologiste plus que là Géognosie et la Physique ne Veidgëtiti

Mn de Pi Vous àvei raisoû^ Gén^raL Mais ce sont principalement Ces deux écieilcés qui réclament nos observations contré de système^ Voyons d'abord^ monsieur de T.^ ce que dit la Méca^iique^

Mfi de T. Si j'osois me faire soi! interprête, je demànderois d'abord à De Luc à quelle époque il placé la rotation de la Terre ^ où s'il suppose cette roiàtioq être primordiàléé

Mr. dé Pi J'àvois Oul>lié Àé Voua dire qu'il en cherché l'origitié dans Tacte de là Divinité qui im* prégbà de luntiûiqué ta crOùté du globe ^ que^ èelotl lui^ c'est lé luininiqué ^ui produisit te mouveniént et qu'il ptécédà parcodséquent tOtis lés phénomènes qui eurent lieii dès lé premier jour.-

Aiti dé 'Pi J'àvoùé ^ue je lié éonçq^ pas comment t)é Luâ'éxplic|uë det effet pkt cette cause; Mais û ce phédoinène à éii lieu datu lé preinier période, quelle figuré la Terré àvoit^t-èlle auparavant? Et ea tout tàs dé né potivoit pas être celle de l'ellipsoïde applàti; et lé iiémpott déà masses de pulvicule^ et de Auidé, nécessaire à former l'ellipsoïde , eut été I4 plus

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grande des révolutions possibles, qui eut mêlé la boue qui se formait alors avec les pulvicules du noyau et en eut fait un ciment que l'océan n'eut plus pénétré.

Le jeune de L. U me semble que nous devrions, avant de nous engager dans le détail des opérationi mécaniques, demander à De Luc comment les parties constituantes de Técorce de notre globe eussent pu se troi^ver disséminées, mécaniquement et chimiquement dans une masse gelée? Et, si cela est, il faut supposer que cette masse fut auparavant fluide; ce qui nous forcera à lui faire la question: Comnient cette masse fluide a-t-elle pu geler? Et en outre: Comment pouvoit -elle être fluide avant la création du luminique ou du calorique? Il me paroit qu'il ne pouriti répondre que par un miracle.

£/& Comte C Je ne conçois pas non plus qne, dès que l'océan, qui couvroit le globe, fut devenu liquide, l'eau n'ait pas d'abord pénétré la masse pulviculaire pendant tout le premier période et qu'elle ait attendu de le faire au troisième.

Mr. de L. Si cela eut eu lieu plutôt, l'air se dégageant en même tcms des pulvicules, auroit traversé facilement la boue qui se formoit dans le premier période et les granités qui se cristallisoient dans la seconde; alors nous n'aurions eu ni les cavernes sous la matière bourbeuse, ni les bouleverscmens qu'elles ont occasionnés et toute Técorce de notre i^lohe eut formé une masse composée de tubes qui se seroient étendus du noyau de la Terre {usqu'à la surface.

Mr. de R. Peut-on justifier uu auteur plus malicieusement ?

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3Ide. de L, Ainsi votre bonhommie apparente étoit du sarcasme?

Mr. de L, {riant) Un tigre devient jamais un agneau.

Mr. de T, J'avoue que je ne conçois pas comment De Luc bâtit ces premières cavernes. L'eau de la masse bourbeuse se retire dans les pulvicules et en chasse Tair contenu dans leurs interstices , air gui, en vertu de sa légèreté, doit s'ëlever; fort bien. Mais il ne fait que prendre la pFace de l'eau qui s'est retirée; et alors point de cavernes* Ou', si la masse bourbeuse est assez compacte pour lui interVlire l'accès dans son intérieur, l'air devroit se loger entre le noyau de la Terre et la massé bourbeuse; mais alors il faudroit que ce gaz eut assez d'élasticité pour soulever la masse bourbeuse et l'océan qui la couvre. D'où lui viendroit cette élasticité?

Mr. de R. D'où vient Télasticicité de l'air qui se dégage du bois mouillé et fait sauter les pierres de moulin?

Mr. de T. Permettez moi, Mr. deJR. , de répondre qu'ici elle vient de l'aHlnité du gaz pour la substance végétale, aHiinilé qui coërce son élasticité aussi longtems que le gaz se trouve dans le bois. Mais je doute que ce cas ait lieu lorsqu'il s'agit d'une substance minérale, qui n'offre que de l'adhésion et non de l'affinité pour Peau.

Mr. de P. Cette observation est très juste et je ' suis de l'avis de monsieur de T,, que ce mécanisme ne peut nullement produire des cavernes.

Mré de T. Celui que De Luc a imaginé pour prô-

7IO C£NT DIXIEME KMTKKl'lKN.

duire sop second étage de cavernes, mp puroit aussi inconcevable. Qui croira jamais que, Iprsque Iessp)ii$te$$i9 précipitèrent, ils n'arrivèrent pas au fond des valli^es tout aussi bien que si|r Jes cimes des montagnes granitiques , et qu'ils restèrent suspendus au dessus de ces V9n^ps pour fornier là des yontes ^u milieu de l'eau? Les stratifications ep fornie de jatte, que monsieur de P« nous dessinées (fig. 7g) prouvefit clairepient que les précipitations minérales refnplissem: les vallées et ne fornTient pas ,des popts ni des vontes.

Le Comte C. Je prends la liberté d'objecter à De J^uc que, si la matière bourbeuse a voit assez de consistence pour porter pepdai^t un certaip tems les grapites qui se formoient à sa surface, elle devoit les porter toujours; car la masse précipitée sp troiivoit originairement dans l'océan et ne p^soit pas moins alors qu'après. Il n'est pas douteux que, lorsqu'on fait cpstalliser une matière dans un vase, le fond ne soit fout autant cl^ar^é ayant qu'après la cristallisation*

Le jeune L, Quant à n^oi, ce que je trouve de plus imcofnprêhensible dans ce système, ce sont ces çartiers de roches, ces piefres lancées à des distances énormes au travers de Teau, lors de rdcroulement des voiites, par la force expansiye des gaz. L'ean de l'océan d'alors n'avoit»el|e pas d'inertie pour se laisser traverser ainsi par ces pierres? IJt si elle en étoit douée, est -il une force dans la Nature qui eut pu produire cet effet, surtout sur les petites masses ?

Mile de L. Me ppr^iette^ - vous , monsieur de p., de dire aussi un peu de mal du système de De Luc?

CEST DlXlÉBfB EimElBTIEK* 7II

Mr, de P« Je suis trop accoutume, madame, d'admirer tout ce que vous dites pour ne pas éprouver le plus grand plaisir à vous entendre.

Mde^ de L. Il me semble pourtant que, lorsque vous m'avez ordonné le silence tout- a l'heure, vous aviez passablement oubUé cette adiniration pour tout ce que {e dis.

Mr. de Vf Vous voilà pris enfin, monsieur le Savant, pour oser allep sur mes brisées auprès d&madame de L«

Mr. de Pf Malheureusement ; et le seul parti que je puisse prendre est de prier madame de L. de me pardonner mon off'eose.

Mde. de L. L'offense consiste non pas à avoir arrêté mon babil prématuré, mais À m'avoir dit une flatterie.

Mr. de P. Quelle que soit l'offense, madame, votre bon coenr me la pardonne sûrement et m'en accorde le gage. (Il \^\ baise la main). Nepensaz-vous pas, monsieur de V., que la jouissance de la réconciliation, accordée au repentir, compepse très largement le désagrément de la brouillerie? Vous êtes trop bon Chrétien pour n'ep pas être charmé.

Mr. de V. Assuréinent et un Chrétien de 72 ans, qui a eu tout le tems de se persuader de cett^ vérité.

Mde de lé. Et à qui j'en fourpis les occasions avec bien du plaisir. Mi)js si voiis oubliez de Luc, messieurs , moi je n'oublie pas mon objection. Je rejette son système par ce que les liions s'y remplissent à la manière de Werner.

Mr. de P. En nomment Werner c'est me rap-

719 CEirr DnuBBfB EBrnusr.iEir

peller, madame, qu'il est tems de quitter de Luc pour TOUS offrir Texposition du système de ce célèbre Miné^ ralogiste.

Mr. de h. J'espère qu'il se soutiendra mieuv contre les attaques de ces messieurs;

Mr* de 72. Admirons Tingënuité du Général, qui se donne Tair de n'avoir pas dit le niot contre celui de De Luc!

Mr. de P. Le système géologique de Werner est intimement lié à son système géognostique, où il dé» crit la structure des roches, leur gisement et leurs suites, et fournit parla un tableau de l'intérieur dePécorce de notre globe, dont vous retrouvez les principaux traits dans l'extrait de Géognosie que j'ai eu l'honneur de vous livrer. Permettez moi d'y ajouter ce qui ca-» ractérise les idées de Weriier^ avant de vous oHrir son système géologique.

L'idée principale, fondamentale, de ce célèbre Naturaliste est la division des roches en diverses formations selon leur âge relatif; et son système géologique

admet autant de périodes que de formations. Ainsi son système géognostique est basé sur son système géologique. *),

*) Huinholdt a essaie de disculper Werner et son école k eet égard, en donnant un double sens au mot Formation et prétendant cjue Werper n'cntendoit par là qu'un assemblage de masses mlnéralei tellement liée» entre elles, qu'on les suppose formées à la môme époque et qu'elles olfrent les mêmes rapports généraux de gisement et tle composition. Mais cette définition elle-mâme est géologique et non purement géognostique^ c. â. d. descriptive» En général, tant qu'on ▼eut assigner l'âge relatif des rocbes et des autres minéraux, tant qu'on divise rasaemblage des roches en primitives, intermédiaires, s(v

CRNT pIXliMB SKT?l£TIK7, 7l3

Le Comte C Ce qui me paroit un grand défaut.

Mr. de P. Qui au reste n'existe proprement que (]ans la forme, il pr<5occupe à la véritë l'élève et l'observateur et fait incliner premier à admettre plus facilement les idées géologiques dont il a été imbu, et celui-ci à ,faire ses observations géognostiques dans le sens du système géologique; ce qui peut mener à bien des erreurs. Mais malgré cela l'un et l'autre des systèmes pourroit être parfaitement vrai*

Werner divise le système des roches en cinq grandes classes, les r.ochesprimitives (Urgeblyg), les rochea interm^édiaires ou de transition (XJebergang»-gebirg)- les roche.s Secondaires (Fiocurgcbirg) les terrains de transport

(an fgcsch wemmtes Gebirç) et les rôchés volcaniques. Cette dernière classe fait proprement un système à part qui engrenne dans l'autre.

Les roches primitives comprennent le granité^ le gneuê^ le schiste micacé^ \e Phfllade , \e Porphyre y le calcaire cristallisé y compris le gyp*e et des roclies am^ phiboliques, (Trapp».)

Les roches intermédiaires comprennent la traumate^ des calcaires moins grenus (y compris le gypse) et avec des fossiles pélagiques et des amphiboliles,

cQiiilair^, on parle on Geologiite, on base la Geognotie «ur la Oenologie. Bref: on ne livre plus une description piir^ et simple de la Nature, telle (|u*elle s*offre A nos regards, mais on y mêle Phypoth^se. F)uinbo|dt r^it très bien dp prescrire en igia à la Gcognosie^ une marche descriptive que je lui OTois déjà recommandf^e 1815 y mais il a toft de vouloir nous persuader aue cVtoit d^ja celle de Técole <h Werner,

7i4 C6NT douémb entretien*

I^^es rophes teconclaires pompreqoept les^rèy et les traumates, les calcaires y opmmés des Alpes et du Jura remplis de coquillages (y compris le gypse, la craie, la marpé etc,} le sel marin , les houille^ et le basalte.

Les terrains de transport comprennent ces débris informes de roches délitées, brisées, brojrées, des ar^ gilesy des cables ^ des /ujs ptç. tels qi^e je y pus les ai Récrits il y a quelques jours.

Çniln la classe des rocl^es volcaniques ne contient dans le système de Werner qu'une petite partie des masses qui lui app^rti^onept , en ce au'e)le est presque

circonscrite k ce qui porte |e nom de l^yes.

A/r* delt. Mais voila les mêmes espèces de roches qui reviennent dans pli|sietirs classes,

Mr. de P. C'est pourquoi on les distingue les nnes des autres par le pom de la plasse. /^nsi Ton dit| des aniphibolites pripiitifs, secondaires; des calc^jres primitifs, detrapsîtion, secondaires. Werner reconnoit même un granité secondaire au'il noppie weisstein,

Tell|9 est l'ic^éê fondamentale du système géognostique de Warner, à quoi il faut ajouter la plus grande partie dp ce que je vous ai dit sm* la Géognosie, qui doit à ce gr^ad I^atura)i$te nop existence et ses progrès les pli^s rapides, non seulement à raison des découvertes ipnombral)Ies dont il Ta eprichie, mais aussi à raison du ^è]e qu'il 4 su inspirer k ses élèves pour cette science. 'VVerper est le Lavoisier de 1^ Géognosie.

ilfr.lcfe Itf Ponnez pops donc vite, je vou^ prie, ^on systèine géologique. Nous sonimes çertainepient toui v^ j^preiséi deleaaoitre.

ÇEHrp DpuâMB BMTRETIEir. JlS

Mr. fie P. Werner ^t dap« pe sjêihm^ ap rieptupiste aibaolu. /^insi il p^^% du tliéo^èpae defîe la Mé^ chérie et sépare toute la terre-fef nie, les métaux y compris I de l'Qcéaq qui en pontcqoit les principes en état de solution, sans se spiicief ^e ce que le novai| de la ferre pei^t être,

AJr. de L. Modestie très lopi|bIe !

Mt\ d§ P. Le preqiier précipité fut le granité. Sa forme çristalliquei sa coippositiop granuleuse pt «Qp gisement horizontal par Iqvfi où il i^'^ pi|s été bouleversé, (ont atteste que le granité es( \\n pro(}uip de )'pau. p'est )a base de tpiites les autres roi^Hes.

Après le grapipe suit le pneus^ ^a précipitation du granité a dû fairf» diminuer !> mas^e de l'Océan pt le (jneu^ n'a pt| ^tteipdre par cette raispn I^ hauteur des sommets c)4 granité, ^P optre la précipitation du granité ayoit affoibli la force de cristallisation de l'océan, et voilà pourquoi le gneus n'a pas une texture ipassive, piais qne tesçturp schisteuse. {^^ précipitation du gppus diminuai comrpe celle du grapite, la ma$sp de l'opéan; ce qui est cause que les têtf^ des couches ipclinées du gneus dirpinu^pt ^^hauteuf ^ ipesure qu'elle^s'élpignent du granité.

Le sçhisfç ipicacé s'étal^Iit ensuite sur le gneus, mai^ toujours ^ un niveau ^^ plus en plus surbaisse, par ce que l'océan continuoit ^ baisser de piveau.

Vient ^ présent le phyllade, qui ne contient plus de feldspath et qui se rangje a^ec la diat^ase au pied de$ moptagnes* Parmi les couettes de schistes, surtout enT fre celles dp phyllade | se trquyept les calcaire^ pp lef porphyres primitifs,

7l6 CEHT DOuêlhlE ERTOETIEH.

Mr. de R, Comment %*j soot-iU nichés?

Mr. de P« Patience, mon cher! Après la forma* tion (lu phyllade l'océan remonta à la demi-hauteur des sommets granitiques.

Mr. de R. Mais comment?

Mr. de P. Patience, mon cher. C'est alors que se déposèrent les porpliyre* et les syénites primitifs en masses isolées , arrondies ou allongées , couvrant en gisement différent les têtes des couches schisteuses. Ces masses contiennent des débris des roches précédemment formées, détachés par la révolution violente qui fit remonter l'océan.

Mr. de G. Mais quelle révolution étoit-ce?

Mr. de P. Patience, mon cher ami. L'océan re^ tombe ensuite aussi précipitamment qu'il s'étoit élevé tQut à l'heure, et cela jusqu'au pied du phyllade. II dévaste en route les roches défa construites, dont les

débris, joints aux produits de la précipitation chimique qui n'a voit pas ccBsé^ formèrent les roches intermédiaires ou de transition, qui sont composées de phyllade et de traumate avec des coucjies de calcaires compactes et quelques restes des plus anciens zoophytes et corallites. L,es roches 'intermédiaires ofit un gisement différent sur le phyllnde primitif.

A ces deu?^ grandes formations, la primitive et l'intermédiaire, succéda mu période de repos, sans formation nouvelle ni dévastation. C'est alors que les plantes et les animaujç eurent le tems de naitre et de s'accioite sur les continents et dans la mer.

Vient à présent le troisième grand période, celui

OU les roches secondaires (Flutzgebii-g) se formèrent. L'océan remonta et

Mr. de L. Qui diable l'a fait remonter?

Mr. de P. Patience, mon Général.

Mr. de L. Nous crevons tous d'impatience d'apprendre comment l'océan s'élève et s'abaisse pour faire et défaire tous ces rochers et vous nous dites toujours t patience.

Mr. de P. Un Professeur siir sa càthèdre a droit de parler seul quand il veut. Ainsi: patience, Général! La mer remonta donc^ produisit de nouveaux dépots et dévasta en même tems la superficie de tout ce qu'elle a voit déjà construit, les plantes^ les animaux, les vo* ches, et enfouît tout cela l'un dans l'autre^ Ses mouve- . mens furent de la plus grande violence. Elle roula ces matériaux à des distances énormes, les broja souvent dans des tournoiements de très longue durée ^ au point de changer une partie de ces débris en sable et même en pâte^ mélangée de morceaux de toute grosseur^ Dé là viennent les grès, les poudingues^ les sabletf les calcaires remplis de coquillages^ les bouilles^ les pétrifications, les marnes à empreintes de poissons et la sauce qui conténoit les métaux, enfin les terrains de transport^ débris purs et sans mélange de nouveaux dépots.

Après tous ces ravages Tocéan se retira, baissant le produit de sa création et de se% fureurs à sec.

Mr. de R. Ainsi nous voilà arrivés à la fin de ces formations.

exL Eiça^SLe. L'Eurape et pue loi eaTf>jottfl[iC des disdiipr'S» Ec soia J«fTMM one a^>éee lie irrnmn.'wiiinri' s ce jnaii ouicre ea iJ<ogBOfie <Ie too» avoir û mal rêgaié «le Gêoloôe. se pooraist £we fluaBs ; car 2 a le aèrîte ^TaroÊr lus le mcia» de ton qae poscîLIe à ceœ d«nii<xe •^'*'^^^

3/de, de h. Ts^j »-t^ pas en pea de malice et' on pea d^iflug i na t iop ik ce qoe rons nocis dires Lu

]^lr. de P, Uo pea d'hjpottése, fec cooriens; car V/erner oe noas a rien dit de c«Ia et ce nocs en pourofc rien dire» Mais snrement point de malice; car je ne pub expliquer l'existence de ce sjstême qae de cette niaoière.

J/r« </^ /^« Je me rends presqae à votre opinioai Mais pourc|uoi nous étalez-vous ce système?

Mr^ de P. Ne tentez pas , Général , d'être le seol philosophe qui ne veuille pas s'occuper de riens. Le sfptèoie géologique de Wemer a été très célèbre de

tems et a encore aujourd'hui bien des partisans.

Ur, de L» Au nombre des quels je ne me

Jt». êtP, En quoi je ne vous gênerai nullement.

Jlh ie T. Sont-ce là tous les systèmes que la ii produire? Si cela est, j'avoue que nous de Géologie.

ilfr. de Vi je me souriens que lorsque <)tielqués nos de nous promirent des'égàîer aut dépends desGéolégistes^ monsieur de P. me dit à l'oreille qu'il tremperoit un peu le vin de ces messieurs^ Yoid peut-être le moment de tenir parole^

Mr. de L, Et moi je ine souviens qu'il nous à promis de nous fournir plusieurs traits de lumière qui jetteront du jour dans la profonde obscurité qui entouré la formation de l'écorce de notre globe. Monsieur de P., nous vous prenons au mot^

Mr. de P. Je n'ai pas besoin dé cet appel iibminaf • Ma vanité m'invite à vous satisfaire ; car c'est à présent lé tour de mon système.

Mt. de Ri Ainsi irouS étés Gëologiste?

Mr. de P. (êouriant.) Et très fort ; et je rais met-^ tre vos oreilles en requisitioa pou^ m'écouter, votre patience pour me suivre et vos pounions pour me contredire. — !^ais ce sera pour demain; la soirée est déjà avancée et je reuz tous, laisser le tems d'aiguiser vos armeStf

Mde. de L. jamais roué ne vous êtes montré si guerrier dans nos entretiens*

Mr. de P. Aussi vais- je conlbattté pour mes en« fans ehéris'i comme le Grec pour ses pénates^

Cent onzijèmb entretibn.

iVlde* de L» Ayez-you5 encore, mon cher monsieur (le P., votre attitude guerrière.

Mr, de P. Non, madame; ce n'dtoit qu'une plaisanterie. La vraie science est un sanctuaire où, bien que toutes les opinions et toutes les objections y soient permises, il doit régner la paix, la tolérance et par dessus tout Tamour de la rërité, où le savant regarde le savant comme son ami, où Ton admire le gf^nie, où Ton révère la mémoire des prédécesseurs, où Ton n'oublie jamais que, si Ton découvre une nouvelle partie du domaine de la Science, ce n'est qu'en montant Sur les sommets qui ont été élevés avant nous et comme pour nous. Ainsi, si je pense avoir ouvert un champ nouveau à la Géologie, je sais que le terrain a été défriché avant moi; si je relève les erreurs de mes prédécesseurs, je n'ignore pas que, malgré moi, j'en transmets d'autres à la postérité hvec la lumière que je crois reprendre.

JUde. de L. Je suis charmée de ces intentions pacifiques.

Mr* deP. Et moi, madame, d'être honoré de vo-

CENT ONZn&BflB EZITliETIEir. 7^3

tre suffrage qui m'est iDfiniment cher. Avant d'entrer en matière, fettons un coup-d'oeil gëuëral et rapide sur notre globe entier sous la plupart de ses rapports, coupd*oeiI qui £xera le sens dans lequel nous devons traiter la Géologie. Par tout nous trouvons l'empreinte de ' Tirrcgularité, du défaut de symmétrie. La surface de notre globe n'est point un jardin de Versailles, dont^ l'ordonnance a été tracée par la règle et le compas d'un Le Notre; c'est au contraire un parc immense, ou la liberté seule semble avoir guidé la main dé son sublime auteur*

Sa figure n'est décidément point sphérique et vraisemblablement pas elliptique. La pesanteur spécifique du noyau est double de èelle de Técorce. L'océan et les continents se sont partagés sa surface inégalement \ en tout sens et avec la plus grande irrégularité, comme si ce partage fût le fruit d'une guerre longue et inégale, OLi tantôt l'un, tantôt l'autre empiétoit sur le domaine de son rival et avoit reperdu en suite une partie dé sa conquête. Les chaines de toontagnes et les monts isoléà sont distribués avec un caprice qui rend ridicules les tentatives qu'on a faites pour y trouver de la symmétrie. L'axe de la Terre paroit avoir été incliné à dessein sûr son orbite pour produire la plus grande in^égalité des climats et la variété des saisons. L'atmosphère, assez constante à la vérité dans ses principes constituants, offre par contre dans la suite de ses phénomènes une mobilité, qui est devenue proverbe et fait le désespoir du Météorologiste encore plus que du Physicien. Les phénomènes magnétiques, qui embrassent la circonférence entière du globe, varient d'inten-

■ ^^ CXm OKZIBMB BNTRBTIBNi

»4||» nfr 4it éirMtion sur diaque point de ce globe 6t dans ,4Hiifii# seconde de nos observations.

Tel est le tableau mouvaût que la Nature physique oouâ offre à son extérieur. Pënéferons dans son intérieur et nous la retrouverons presque aussi fidèle à son j^cmeîpe de liberté. Le Géognoste, frappé de retrouver quelquefois la même suite de roches et un gisement semblable dans des contrées éloignées, en Amérique et au Caucase, en Lapponie et aux Indes, a cru voir dans cette uniformité partielle une symmétrie générale dans Tordonnance des roches. Mais si Ton considère le nombre d'exceptions, beaucoup plus grand que celui des faits qui parlent pour la règle, si Ton songe aux variétés presque infinies des élémens des pierres et des roches dont le nom remplit déjà aujourd'i{ui un diction* naire qui augmente de four en jour, si Ton se rappelle la diversité de texture et de structure, les variétés de gisement et de forme, les différences d'épaisseur et d'étendue des couches et la distribution si inégale des roches de diverses espèces, si enfin Ton ajoute à tout cela les lits et les filons, ces matrices où la Nature a recelé les métaux si précieux à l'homme, soit enlre les couches de roches, soit dans des crevassés qui traversent indistinctement toutes les couches; alors on est forcé d'avouer que la symmétrie n'a pas présidé à la formation de Técorce de notre globe.

Mais des lois, les lois éternelles, immuables de la Nature y ont présidé, et il est bien certain que si elles iVtoient uniquement du ressort de la Chimie, ou du ressort de la Physique, ou de celui de la Mécanique,

Cent ojvzo&mb sanuBiiBif* ^^5

elles eoftsent produit un tout régulier , un sphéroïde uni et lisse, compose de couches parallèles et sans indinaison. Mais ces lois sont puisées dans la Chimie^ dans la Physique et dans la Mécanique à la fois* Tandis que TaSinité formoit la texture des pierres, et l'attraction de surface la structure des roches, les forces mécaniques vinrent interrompre Fourrage, dévaster les productions déjà terminées et offrir im nouvel ordre de choses, une autre combinaison d'élémens à la Physique et à la Chimie. Voyez les premières roches déposées sur le noyau du globe. Elles paroissent réellement être le produit d'uQe cristallisation non troublée. Mais dès qu'on arrive à ce que lesGéognostes d'aujourd'hui nomment roches intermédiaires, vous y trouvez déjà des débris de minéraux, même des débris organiques et une variété de texture et de étructure qui n'existoit pas auparavant; TOUS y découvrez des combinaisons d'élémens , des pierres et des roches entières qui n'ont rien de commun avec tout ce qui a précédé. Plus elles nous offrent de débris de formations antérieures, plus nous voyons le cahos des roches secondaires s'embrouiller et porter l'empreinte d'un grand procès chimique troublé plus ou moins, tant&t ici, tantôt là, par laMécaniquei

Mais gardons nous de consigner -ces boulev^sements à des époques fixes et générales, le défaut des Géologies précédentes. Si cela avoit eu lieu, si l'histoire de la création de la croule de notre globe se partageoit en périodes distincts, tracés par des époques dues à des causes générales, nous aurions bien plus de régularité dans Tordonnance des couches et dans

726 CENT OMZIÈMB ENTRETIEN.

rarraDgement des montagnes; bous trouverions les mêmes roches à la mcme bapteur au dessus du niveau de la mer et les mêmes suites par tout, et n)êaie TocëaB oouvriroit-il encore les continents qu'il a produits. L'inégalité de partage des forces selon les lieux et la temS| voilà le premier secret géologique ou plutôt le premier rayon de lumière dans cet ensemble dp secrets. Eloignons donc de nos considérations et le compas pour les lieux et l'horloge pour les teins et travaillons avec la même liberté que nous observons dans l'ouvrage du Créateur^

Mde. de L. Cette idée est hardie et elle ne plait. Mais ne risquez- vous pas de vous perdre dans les régions de la seule imagination et de nous faire un roman au lieu d'une histoire, de nous donner un rêve au lieu d'une théorie?

JUr, de P. Je ne le crains pa$ ; caf si fe renonce au compas et k l'Horloge, je me saisis de la balance pour les forces et les masses. Pour cet effet je fais ce qu'aucun Géologiste n'a tenté de faire auparavant* je me propose de construire une épaisseur donnée de la croûte du globe, pour pouvoir toujours ajuster, au moins a peu près, les forces dont j'aurai besoin aux masses dont je dispose, et ne jamais dépasser les bornes de la probabilité.

Buffon et De Luc ayant échoué dans leur projet de traiter en Physiciens le grand problème qu'ils s'étoient proposés, on a cru faire l'iiistoire de la Terre dans des systèmes qui ne sont q\x*unfac-si/nile des archives de la Nature consignées dans les roches dont nous voyons

CfiMT ONZIÂBIB EMTBETIEir. fjïkj

la superficie et quelques éclats. Mais pour icncp une histoire il faut lire et comprendre les documens qui lui servent de base; il faut en)^endre la langue des siècles passés; et ici ce^e langue est la Physique, la Chimie et la Mécanique. iVinsi, loin de ne vouloir que voir, nous puiserons nos explications dans ces trois sciences et mettrons en réquisition (out ce qu'elles nous offrent de conpoissanceSf

Mr. de R, Et quand la Science et les faits nous abandonneront

Mn de P. Alors nous conviendrons de notre ira* puissance ou bien nous lâcherons la bride à notre imagi* nation, nous nous abandonnerons à son élan, nous ferons un rom^n pour en rire nops-mémes. Mais sur tout ne nous rangeons pas dans la classe de ces Grossistes, qui, sans se soucier des détails souvent aussi importants que les faits généraux, traitent le sujet en masse, met* tent en quelque sorte tout dans un sac qu'ils jettent à la mer. Nous entrerons dans les détails qui ont un caractère particulier et «Qiploierons tous nos soins à les expliquer, persuadé, comme je le suis par Texpériencei que ces explications jettent beaucoup de jour sur l'ensemble. Je dis des détails marqués d'un caractère particulier; car tous les détails ne sont pas du ressort de la Géologie, surtout aujoirrd'hui que la Géognosie noqs doit encore tant de données. Il seroit par ex: ridicule de ypuloir dire pourquoi dans certain pays les porph3rres terpiinent la su|te des roches et dans un autre le phyllade pu les calcaire^; pourquoi à centain point du globe règne telle suite de couches et sur d'au-

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trai points une antre suite. De même qne la saine Hé* féorologie n'a pas pour but de nous apprendre poorquoi k tel jour et k tel lieu il tombe de la pluie on de la neige' et pourquoi à tel autre un ouragan rarage h contrée, mais de nous tnstruiFe généralement des csuses du mécanisme qui produisent ces phénomènes; ds même la Géologie n'a pas pour but de nous dire poufr quoi, lors de la formations de l'écorce de notre globe, i{ a plu daqs l'epvelpppe liquide du mcme globe ici et à tel tems du phjllade ou des amphibolites et pourquoi ailleurs un mouvement violept de l'océan a ravagé les formations déjà existantes, mais de nous expliquer par les lois de la Nature comment tout cela a pu se faire. lies détails doivent viser au générique , 4on à l'indivir dual et au locaU

Le Comte C. J'avoue que je ne m'étois f^m^is for? ipéune idée pareille de la Géologie et de ses problèmes. L'aperçu que vous viene^ de nous dpnfier écl^iircit mes idées là-dessus.

Mr. de P. Essaions d'abord d'énoncer les prindpauz de ces problèmes^ pour fixer en détail le domaine de notre Science, La Géologie doit indiquer

i) Les causes de la prëcipttatioa générale quia pror duit les continents et la manière dont elles ont agi, et comment il s'est formé une succession de couches difr férentes les unes des autres , du genre de celles que l'observation nous offre.

a) Les causes des textures particulières des pierres rt des structures des roches.

5) Pourquoi certaines roches sont liées entre elles

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par des passages impereeptiblts et d'antres séparées par des fissures de superposition; et commeot il se fait que des strates, étrangers k une suite sans être cependant des lits , se trouvent placés entre des couches dont ik interrompent la suite , tels que les calcaires entre les schistes primiti&t

4) Les causes des différences spécifiques entre les strates de calcaires quant à la cristallisation et la compactilité,

5) Le mécanbme qui a produit les gypses et les craie»f

6) Les causes de la formation du sable quanceuz.

7) Celles de la formation des conglomérats, tels que les grès , les poudingues etc.

8) Les causes des fentes nombreuses que Pon a observées dans les roches de toute espèce*

g) Le mécanisme de la formation des basaltes, de leur structure et de leur gisement.

10) Le mécanisme qui a formé les lits absolument étrangers aux suites où ils se trouvent intercalés,

11) Le mécanisme qui a formé les filons et celui i qui Ton doit les grandes crevasses et les cavernes qu'on trouve siirtojut dan^ les calcaires et souvent dans les grès»

la) Les causes qui ont produit les gangues qui remplissent les Qlons.

13) Le o^écanisme qui a rempli les filons de difF^ rentes matières, doni^é spécialement à la gangue et anif. piétaux la forme régulière qu' ils ont , et causé les exr peptions à cettia fori|ie régulière,

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j4) L^ Ganses <}oi oot produit Ips gëodes et tontei les particularités de leur configuration.

i5) La formation du sel gemme.

16) La formation de la pierre à fusil au milieu de la craie.

17) Les causes chimiques et mécaniques qui ont formé les houilles et tout ce qui appartient à cette classe.

j8) La manière dont les pétrifications ont pu se former.

19) Comment il se trouve des animaux fossiles dans des climats aujourd'hui inhabitables aux races analogues, et pourquoi les races anciennes diffèrent ^ surtout en grosseur, des races analogues vivantes.

20) Les causes de la salure de la mer, déduites des principes de la précipitation générale.

ai) Çnfin le système géologique doit construire mécaniquement les révolutions qui ont bouleversé les conlinents déjà formés et causé la formation de nouvelles roches; il doit expliquer comment ces révolutions, jointes à Tacte général de la précipitation, ont produit npn seulement des foches de nouvelle composition, et des sqjtes nouvelles, mais aussi les mpntagnes, les vallées et les plaines, et déterminé toutes les formes de giseqient que nous connojssons.

Mr. de B, Quelle quantité de problèmes! A présent je suis bien persuadé, monsieur de P., que vous tremperez notre vin. ^

Mr. de F. Il est déjà trempé , à ce que je pense.

Ç£MT •M^MB BMTRBTIBlf. 73 1

Mde* de L. Au moins monaieur de P. paroiuil peu disposé à nous faire sautef jà pieds joipts par dessus les (JiiTicuIfés.

31 f' de P. Pour les applanir autant que possible nous partagerons notre tâche en trois grands chapitres.

Dnns le premier nous cbi^rchcrons les ageps qui ont produit les précipitations dont nos continents ont été le fruit; nous désignerons les lois qui ont présidé à ces formations, d'obsont nées les couche;^ variées des grandes roches avec leurs structure.

Dans le secoml nous considérerons les révolutions et observerons leurs effets sur les masses déjà formées, les bouleversemens , les déchirures ^ les destructions qu'elles ont causées et les gisemens qu'elles ont occasionnés.

Dans le troisième enfin nous combinerons les effets de la précipitation chimique avec ceux des ppérations mécaniques et verrons naitre sous nos pas plusieurs nouvelles espèces de roches et les filons avec les ma« tières qu'ils contiennent.

Mr. de L. Cette division me plait et j'espère qu'elle nous éclairera dans ce ç^bos.

Jkin de P. Commençons donc par le

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