C£MT TREIZIÈME ENTRETIEN
perieure qu'à la partie inférieure, où de plus elles sont entraînées horizontalement par les courants en Ea et en BF;, elles se tournent au tour de leur centre de gravité en niême tems qu'elles tombent, et s^avancent Tune vers r^utre par la pression totale latérale de l'océan, de sorte qu'elles arrivent au fond de la caverne à présent comblée, dans les positions presque verticales a'e'd'c', b'c'd'f; et voilà les montagnes, où les couches de roches ont 60, 70, 80 degrés d'élévation au dessus de l'horizon, formées et placées. Le sommet d' de la petite moitié, se trouvant plus bas que le sommet analogue de la grande, se soustrait à nos fouilles et nous ne voyons que celui-ci former les plus hautes cimes. Vous concevez qu'une variété dans les proportions de la largeur AD des cavernes, de leur hauteur, de l'épaisseur des voûtes, de la longueur des deux moitiés et de la violence de l'explosion doit avoir produit bien des variétés dans les effets. Ici par ex: le sommet de la plus haute moitié a pu dépasser la limite de Tocéan, pfonger dans l'atmosphère et rester à nud en ne recevant plus d'accroissement; ailleurs il sera resté à 2000 ou 3000 toises au dessous de l'horizon de la mer et aura été recouvert depuis par de nouvelles couches de roches. Ici l'élévation des deux masses a été portée jusqu'à 80 degrés et plus, ailleurs elle n'a atteint que 5o à 60 degrés; ailleurs eacore elles ont pu retomber Tune au fond de l'océan et l'autre sur celle-ci ; ailleurs enfin l'une des masses, ou bien l'une et l'autre ont pu être renversées et couvrir de leur dos les roches voisines.
Mr. de V, J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt tous ces effets gigantesques et variés, produits de la Chimie
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6t de la Mécanique. Mais ne tro\iyez^You% pat Tomméme, monsieur de P., que vous laisse? un essor bien libre à votre imagination? Peut-être que mes 7a aat sont ce qui m'inspire cette crainte.
Mr. deL*^ Il faut de rimaginaiion dans un système géologique. Plus elle y règne, et plus il me plait Marcherons->nous dans ce champ de créations à pas de tortue?
Mde^ de P, Certainement non, mais à pis réflê* cliis, et l'observation de monsieur de V. m'eflFrayeroit purement, si je n'ëtois persuadé que je n'ai fait nulle part violence aux principes, ni forcé les accidents, ni lahaé au hazard ce que la théorie doit décider. Placé eutre deux écueils, celui d'une symmétrie trop étroite et celui d'une liberté trop vaste, le Géologiste doit soumettre les opérations à la règle géométrique et deviner par l'imagination les conditions du problème. C'est en vertu de cette permission accordée à l'invention que je supposerai que les grandes chaînes de montagnes ont été formées par une suite de cavernes dont ja position a été détcrniinée par celle des pyrites sur la surface du tinyau de notre globe, que les grouppes de montagnes ont été produites par drs grou))pes de pyrites, les monts isolés par des masses isolc'es de pyrites, et que dans les intervalles des grandes masses il y en a eu de moindres qui nous ont livré les volcans éteints et les volcans encore actifs. C'est par le même droit que je supposerai que les n\ov& d'aujourd'hui ont une origine semblable, que dc^s masses immenses et continues de pyrites ont produit des cavernes sur des dimensions
CBKT TRBIZIBICB BZiTHBTIBir. ^QI
énormes de plusieurs' cents lieues, dont les yoûtes, rompues par l'action Tolcanique, n'ont pu se rapproclier assez pour s'adosser et sont retombées sur leur sol natal pour rester éternellement recouvertes par Tocéan; car vous sentez que le mécanisme, que je viens de vous décrire ne peut avoir lieu que sur des cavernes de dix à vingt mille toises de largeur, au plus.
Mr, de G. Vraiment, si vous bâtissez des cavernes de 3oo à épo lieues et plus, celles de loooo toises de largeur ne seront que des bagatelles, qui au reste ne nous étonnoient pas peu, fe l'avoue, avant que vous nous eûtes parlé des autres.
Mr. de P. La Nature, mon cher, est immense pour nous et nous ne pouvons la deviner sûrement qu'en visant au grand. Le Créateur seul , dont la main toutepuissaote a lancé les planètes dans leurs orbites^ et ordonné toutes les masses de l'Univers, voit du même oeil et les cavernes de mille lieues et les géodes d'une pouce de diamètre. II a crée les lois qui produisent les unes et les autres avec la même facilité.
Mde, de L. Oui! la Physique est une science sublime; elle élève Tentendement humain et fournit un des plus beaux appuis de la croyance à l'Etre suprême.
Mr. de P. Continuons nos recherches géoFogiques et voyons d'abord comment il a pu se former tant de débris de roches que nous observons encore aujourd'hui. La Mécanique contribuera à la solution de ce problème. Les dévastations^ des tremblemens de terre qui accompagnoient les opérations volcaniques , les
^ga GBNT Tll£iaiàMB BIITRETIBir*
ploaioiM des cavernes , dont les vouées furent soDrest brisées dans leur rechute, et dont bien des moroein furent lancés aux environs , les torrents et les remoa j qui se formèrent dans l'océan et heurtèrent avec furcv I les émiuences déjà formées/ ce« torrens sur tout, pr&> [ duils par la destruoiion des vuihes qui couvroientpre- ■ cédeutment des terrains d*une surface égale à des mm > entières — ^ voilà sûrement des causes bien puissantes à [ dévastation et nous ne devons plus être étonnés de vst lion seulement des pierres et des quartiers de rodiA g^ tachées et menées (à et là, mais même de trou v crr nooiâce de utv^nia^nes déchirées* percées et comme coupées a «U'u\ à reudrott où elles étoioct le moins épaisses. >'mi couvevrons que c'est à dépareilles opérations de rj>.iture que BOUS devons un grand nombre de» va!!^^ cj». loun! Kui« les rava«:e$ que la plupart dVctre eLes jic ^ essttiées et les lits de tous nos neuves ec rivières.
.Vr« Jtf 7\ Permettes moi Je vous proposer s \ dv>ute sor Là violence Je ces tcrrenis. II ci-î semij.i qu'un creax* quelque ^roxzi qu'il soi:. *e retiîz^^c -li-itOt tor*s^ue ! îM^ l^i vlec: i .^ .-c-in -cii^r i-f r. i^i»* ^
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CENT TfUBIZUBBfB SNTEBTIBS» ^gS
hauteur de 5ooo toises; vous la trouverez être dé plus de l'^^oo pieds dans une seconde, c. à. d. plus de 8 fois la Vitesse d'un boulet de capon. Essaie? en outre de calculer la masse d'eau qu'il a fallu pour remplir la mer atlantique ou toute antre de même grandeur. Enfin n'oubliez pas que, lors de ces grandes catastrophes, le fond de l'océan éioic déjà inégal, parsemé de montagnes et de collines, qui, en resserrant les lits de ces courans, augmentoient leur vitesse, et qu'après ces chocs soumarins de l'eau au dpssus du goufre où elle se précipitoit, il y a eu des reflux presque aussi violents que les eourans primitifs,
]klt\ de Tf Vous me citez tant de causes que [e ne sais plus que répondre*
Mr* de P. Néammoins je suis loin d'attribuer à ces causes violentes seules les. destructions dont nous voyons tant de vestiges. Il a dû exister une autre causre plus secrète et non turbulente, qui a préparé les effets des forces mécaniques. C'est l'action, lente à la vérité, de l'eau et des principes chimiques qu'elle contenoit sur les roches, sur tout sur les schistes et particulièrement sur le phyllade, puis sur les porphyres, les traumates et autres roches qui se fornièreoi après celles-là. Oes rarlios ont du peu à peu se déliter, non seulement à leur sntTpce, mais aussi à Tintérieur, partout o\x le liquide dissolvant pou voit pénétrer,
Ajoutez à cette puissante cause une seconde qui est antérieure à celle-là et a peut-être contribué d'avantage aux grands dévastations dont nous nous occupons, un certain degré de mollesse que bien des roches, dures
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aufourd'huil ont du avoir lors de leur formation et lonttecDS après. Telles furent assurëmeat celles qui, oontensnt beaucoup de chaux non cristallisëe, d'aluniiaeet et d*autres terres oon crisrallisables, ont empêché la silice de se former en cristaux d'une certaine grandeur, par ex; les phyllades, les porphyres, les traumates, les roches calcaires non cristallisées. Toute» ces rocheif plutôt des dépots que des crisrailUarions, n'ont sûrement acquis leur duretë actuelle que par le tems et se •ont prêtées facilement à l'action des courans. Aimi les causes mécaniques subvenantes ont trouvé l'ouvrage à moitié fait, et nous devons être moins étonnés de leurs prodigieux effets que l'observation atteste même pour les granités»
Considérez par m les maues de granité duFicbtelberg. CVtoient des couches horizontales, traversé» par mille crevasses. Elles ont« au moins les supérieures^ /) à 6 pieds d*ëpaisseur. L'action du dissolvant les a délitées dans les fentes et dans les fissures de superposition et c'est vraisemblablement un violent tremblement i te terre qui les a démolies et changées en un tas de ruines, qu'une épaisse mousse couvre aujourd'hui. Mais il en est resté quelques pilastres à pic, de 60 pieds de hauteur et plus, dont les parties, qui toutes ont conservé leur gisement horizontal, ont perdu leurs angles et loqrs arêtes, de sorte qu'elles offrent l'image d'antiques matelas posés les uns 3ur les autres*
Mcle. de L, Sur les quels je me trouverois fort mal couchée.
Mn de P. Je n'an doute nullement , et suis de
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m^me persuadé que vous détireries encore moins , madame, faire les voyages qu'ont fait les blocs et les pierres (le granité que l'on trouve si fréquemment dans des contrées fort éloignées des roches de cette espèce. Quelques uns de ces voyages., les plus petits peuvent s'expliquer par la chiite du sommet de montagnes au«» trefpi» très élevées* Mais on en trouve qui ont évidemment dû passer de profondes vallées pour se loger de l'autre côté. Pour ceux-ci Ton a imaginé de violenta courans de mer dans une direction à peu près perpendiculaire à celle de la vallée, qui a fait faire à ces blocs le saut périlleux lorsque la vallée et les montagnes étoient encore couvertes d'eau. Cette explication est soutenable pour des sauts de quelques cent toises ou de mille de taises au plus. Mais celui qui a ammené les granités de la Suède jusques en Prusse au travers de la vallée que nous nommons aujourd'hui la mer baltique, large de plus de /p milles géographiques ou de 152000 toises, ce doit avoir été un joli saut.
JMr. de h* Comment expliquez vous ce phénomène?
Mr. de P. Tout naturellement» Ces débris de granité ont fait leur voyage lorsque le terrain de la baltique ne s'étoit pas encore enfoncé, mais faisoit en quelque sorte Tavant-toit ou le glacis des mopts de la Suède; ils Tout fait à l'aide de courais qui venoient de ce côté là* — Mais nous avons encore les montagnes de moindre hautegr à construire, après être venus à bout des plus élevées»
MiU^ de Lt 11 me semble qu'elles peuvent avoir
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ëtë construites de la même manière et qu'il ne peat pti avoir été plus difficile à la Mdcanique et à la Chimie de construire de petites moniagnes que de grandes,
Mr, de P. Plusieurs montagnes de moindre hauteur doivent assurément leur existence au même mécanisme. Mais il en est d'autres qui ont leur origine dans une toute auti'dcnuse. Représentez vous les grands courans cités si souvent et les (lux et reflux qu'ils ont causés dans de vastes portions de In mer et vous concevrea; qu'en chariant tant de débris les uns en masse, les autres en parties très déliées et délayées dans Teau, il a dû ça et là se former des monticules de ces débris, combinés avec les produits de la cristallisation et de la précipitaiion alors encore actives. Une petite élévation étant formée, elle porte en soi un double germe d'ag- ^i^randissement, d'abord un point fixe qui arête les nouveaux débris, qui sans elle passeroient outre, en second lieu son site plus élevé que la plaine et qui par là sollic ire uue cristallisation plus abondante. C'est ainsi que se sont formées les traumates. Vous sentez que ces accumulemens peuvent varier entre eux très considérabler ment, s'étendre plus ou moins en longueur ou largeur, selon la direction et la force des courans. Enfin vous voyez aisément que les montagnes déjà formées par les actions volcaniques ont servi de points d'adossement à ces niasses chariées, et qu'il a dû de règle se former à coté des dpmes élevés et des pics, des montagnes d'un ordre inférieur et d'une formation postérieure. Si vous ajoutez à cela que les opérations volcaniques ont travaillé le sol en différents lieux et surtout en différents tems t vous concevrez la prodigieuse variété que nous