‹ Entretiens sur la physiqueChapitre 22 sur 26 · CENT TREIZIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CENT TREIZIEME ENTRETIEN

observot» dans rélévation, Tétendue^ remplacement et la figure des montagnes.

Jtfr. de Té A quoi l'on peut^ à ce que Je droîs, ajouter les dévastations, que leS courans, les tremblemens déterre et même les éruptions volcaniques, ont produites dans les montagnes de cette Formation, toutes causes qui ont formé de nouvelles montagnes d'une formation encore postérieure; les courans ont dû en outre creuser de nouvelles vallées et approfondir ou combler, en tout ou en partie, celles que la position des montagnes avoient formées*

Mr. de L. J'avoue, et notez vous bien, madame, cette fois-ci, également très volontiers, que la multiplicité de causes et l'abondance de forces que ce grand tableau des opérations mécaniques nous offre, peuvent Complettement suffire à Texplidation des formations et des bouleversemens que TéCorce de notre globe a subies pour devenir ce qu'elle est*

Mn de P. je vais sur le champ profiter, mon Général, de cet excès d^indulgence pour traiter les différentes espèces de gisement*

Mr. de L. La chose ne sera pas difHcilô ; car elles se trouvent déjà toutes faites dans le tableau que vous nous avez offert aujourd'huié ^

Mr. de P» Si cela est, permett#z moi de vous inviter tousj messieurs, à expliquer, chacune de vous, un de ces gisemens. Commençons par le phénomène de Vinclinaison des couches.

JUn de Li. Les moindres inclinaisons ont eu lieu par

^q3 cent TRBfZIEMB J/lfriiVrJBlf*

Taction 8iinp]# du sooIèTement Tolcanique; letgn inclinaisons par les explosions qui ont élevé les pi supérieures des parties des Toîites brisées. Ce son croûtes de pâté feuilleté que le Couteau volcanic; mises de bout*

Mr. de P, Fort bien; mais les feuillets de ce \ doivent, selon notre théorie, être pour ta plupart

épais à la partie Supérieure qu*à l'inférieure; et ce dant TobserTStion nous dit que pour la plupart ils d'une épaisseur assez égale, et cela se constate dai couches de quelques pouces comme dans celles de sieurs toises d'épaisseur*

Mr. de L. Ici il faut du calcul; mais quoiqu ne soit pas mon fait, je yeux cependant m^essayer fois dans cette partie. Vous m*accordere2 siîrei que la longueur des moitiés de vontes élevées est sommet de nos montagnes jusques à la surface du n( du globe, au moins de huit à dix mille toises, et serez satisfait que je vous accorde que chaque couc sa partie supérieure ait une épaisseur double ou ti de celle qu^elle a à sa partie inférieure. Cela étant }. •;' mis, il est clair que la diminution d'épaisseur d

couche sur une hauteur de looo toises et sur une éi seur de quelques toises sera très peu considérabl peut échapper à Tobservation du Géognoste; et si 1 servation n*a pu avoir lieu que sur de plus petites mensions, cette différence d'épaisseur doit lui a échappé,

Mr. de P. Je ne lâche pas encore prise, Gén^ Il est des cas où les couches ont à leur partie supéric moins d'épaisseur que vers le bas.

CENT TREIZIBBflB ËSKTtiJSTiSMm 799

Mr^ deL. Si dans le temt que cette couche se For* inoit il règnoit un courant qui en balnyoît le sommet, alors la cristallisation n'a pu avoir lieu à la partie supé-^ rieure, tandis qu'elle se ôontinuoit dans la partie infé« rieure que ce courant n'affectoit pas.

Mde^ de Lk Mon pauvre mari sue de ces explications* Catéchisez aussi, monsieur deP., quelques uns de ces autres messieurs*

Mr. de P» Fort bien, madame, et permettez moi de m'adresser d'abord à vous. Reprenons nos anciennes figures et considérez ici (fig* 77.) le giêetrient en Jorme de dômeé Voudriez^-vous bien me Tearpliquer*

Mde. de L. Me voilà remise de ma frayeur, car je craignois que vous ne me donnessie^ une tâche difficile. L'action volcanique a soulevé la voûte de son foyer sans la faire sauter, et le procès général de la cristallisation a ajouté de nouvelles couches qui se sont déposées tranquillement.

Mté de P, Passons au Jfieemeni en forme de mon" teau (fig. Jfi.)é

Le Conitè (7* C'est un gisement en forme de dôme, dont la partie supérieure a été dégradée par le délitement et les courans. La partie intérieure, composée de rothes plus dures que tes extérieures ^ ft résisté plus ou moins et formé cette prééminence conique.

Mr. de P. Cette explication est celle qui se présente d*abord. Biais il est des cas oà il seroît difficile de l'admettre^ par ce qwf'û faudrok supposer des dégradttioBS trop> ooDsidéf «blesr

Mr. de G. Ptan«ctei inoî de iné duir|g*r ém^\ jimM «h étfeniaitf tnr la trace da ^el motMieB à T. Tient de me conduire. U lie s'agit que de fintb hiatus plus grand; et nous le tronirons ttiéme tooltt dans la figure (86) oii molisieur de P. noua a diminéh firacassement des toutes. L'angle d^^ d* nôiis l'oÂs^ é\ nous ponrons même Tâglrindir eii aufiposânfc quel deux moitiés de Toéte sont tétottibéés ploé ëgatoMl que la figure ne l'indique^ de sorte que lei points c^t ef fussent plus rappirodiés Vutk de Tautre» Le teiD|iii(| sage s'est alors fait par la cristàltitàtTôii aui^ les dénis faces c^d' et c'dN k la toi$^ et les touches oiit du âdsl Yérs le haut pliis ëpAisses que vers le baa^ iion uM ment par ce que ecHé»^là plongeoiMt dans une panai deTocéan plus élevée ist plus riche en aubstaoceso» tallisdD^les^ mais sur tout par te què^ si l'on prend*' point quelconque C dansTintërieurde Tanglé ètqa abaisse de là des perpénditelaires CB et C uut Sèi eô^ tés, indiquant les directioiis dei ttiarches ûhitniqiiesi distances seront plus petite* que la distance G A âo so» met de l'angle^ Ainsi les substances (Srlatalliaablet ^ riveront plus tdt sur les âanci du creukque Vetv le foodl Et comme en outre la portion d^eau qui cotitieiit on substances augmente de hauteur avec la largeur et sa contient une plus grande quantité dans les régions iih périenres que dans les inférieures^ il est clair que lei couches cristallisées doivent acquérir vers 4e haut uns plus grande épaisseur en progression très rapide et former l'éventail.

Mde de L. Gomme voul donnez dans la Géomérie, monsieur de G.!

CEirr TRBIZiâMB KNTHKTIKW^ 8o3

Mr. de P. Tout en applaudissant à cette belle application de la Géométrie {e trouve que monsieur de G. se met trop en fraià pour construire l'angle de son éventail. La Nature l'a fait souvent de bien d'autres manières; car il suivit pour cela de deut monticules placés Tun près de Fautre et en direction à peu près parallèle^ phénomènes que nous retrouvonâ si souvent dans nos cbaines de montagnes*

Mr. dé S. Si }é veux ejtplîquei' quelque chose ^ il faut m'emparer bien vite du gisement différent ^ le seul qui me reste. Mais la figure (82) que monsieur de P. nous à dessinée^ ne me laissé presque plus rien à dire. La montagne A s'est formée par voye d'éruption et a ensuite été paisiblement recouverte sur toute %él surface par les cristallisations et- précipitations subséquentes*

Mde. de Lé Ëh bien nous Voilà tous contents^ Nous avons tous etpliqué quelque chose; ppusponyon^ nous vanter tous d'eue Gëologistes*

Mr. de Pé Je suis charmé^ madame, que cette soirée^ la plus longue de toutes^ se termine si gaiement* Tout en désirant vous offrir le tableau des bouleversemens et des créations de la Mécanique , je craignais fort que sa longueur ne vous ennuiat*

Mdêé dé Lk Si quelque chose àu monde peut fixer l'attention et cothmaqder rintérêt^ c'est sûrement l'histoite de ces opération^ 4tQ4nant^ 4e la ^ati^re*

8o6 CENT ^UATOUZlEBfB PNTRETIEBff

I4* océan y tel que monsieur de P, nous Vk décrit daosk

tems delà précipitatioq et de la cristallisation générales, devoit être composé de diverses couches auant aux malériauiç <}u'il tenoit encore eq solution,

Mr. de P, Assurément, et je me réserve de fon décrire encore aujourd'hui Tordre de ces pouchest

Le Comte C Je pense dope qu'une ëlération ct» sidérable, causée subitement par Faction yolcaniqne, porte son sommet dans une région où la cristallisada et la précipitation produisent une ou plusieurs coucha qui n'ont rien de commun avec celles qui se formoient dans les parties basses de l'océan. Si cette opérationi eu lieu à différents points du globe, ici pendant la for* mation du granité ou du gneus, là pendant celle dm porphyre ou d'une roche aitaphibolique ou calcaire, Ton conçoit aisément que cette nouvelle formation se Uouve gisée indistinctement sur plusieurs espèces de roche.

il/r. de P. Fort bien, messieurs, Alais les ahernances? Comment les construirons-nous? Gomment ' ferons-nous succéder par ex: du granité à des schistes, ■ après que les schistes ont succédé au granité, ou bien le syénite au porphyre, et cela à plusieurs reprises î*

Mr. de L. Je m'eu charge. Je vais faire danser les montagnes, les chaines et les plateaux. Supposez une élévation formée et qu'en suite l'action volcanique ait causé dans la voûte de cette boursoufflure gfcrantesque une rupture qui émette du gaz et de la vapeur et \ laisse passer une bonne portion d'eau. Alors , Télasti''

CBMT QUATOBZIÂBIB BMTHBTIBlf; 807

cité de rintërieur étant affoiblie par ces deux causes , la Toute s'abaisse, la crevasse se resserre et se cimente par la continuation de la précipitation générale, qui forme à présent une couche correspondante à la moindre hau« teur de la boursouflure. Quelque tems après l'action volcanique, augmentant de nouveau l'élasticité du gaz et de la vapeur, relève de nouveau la voûte et recommence le feu précédent. Ainsi il doit se former plusieurs couches alternantes, plus ou moins proches-parenw tes Tune de l'autre, à raison des différences de hauteur des soulèvemens.

Mr. de V. J'acquiesce à cette danse des montagnes, ^ les volcans d'aujourd'hui en attestant la vérité parla fréquence des éjections et des tremblemens. Le volcan, je l'avoue, ne s'élève pas sensiblement; mais c'est par ce qu'il a un débouché par lequel il émet du gaz, de la vapeur et des laves»

Mr^ de P. Voici un autre problème: Les Géognostes nous ont fait connoitre des formations, soit de même nature, soit analogues, répétées en différents lieux sur des bases très différentes* Tel est, par ex: le calcaire du Jura, qui ici couvre immédiatement le plus ancien granité et ailleurs en est séparé par une vingtaine de roches qu'ils nomment secondaires; telle est encore la traumatequi quelquefois est couverte de granité nommé de transition, et très souvent couvre des calcaires remplis de madrépores qu'on compte au nombre des dernières formations. Ces faits surprenants, que le Géognoste n'eut jamais deviné, qu'il ne croiroit pas s'il ne les avoit observés ai souvent | ébranlent le système

808 CENT QUATORZIÂBIB ENTRETIEN*

gëognoitique qui se base sur Tâge des formations; et Ton agite à présent la question si ces roches , qu'on retrouve par dessus et par dessous des formations d'âges si différents, forment elles-mêmes une formation du même âge, ou si les unes de ces roches de même espèce sont plus jeunes que les autres, LaGéognosie ne pourra jamais résoudre ce problème.

Le Comte de IL. Notre Géologie, si je vous ai bien compris , se soucie peu de Page des roches et de la simultanéité des formations. Elle entreprend de décrire comment les roches se sont formées dans Tordre et le gisement que la Géognosie lui livre, et statue à cet effet que l'océan, pendant le tems de grand procès de la précipitation générale, contenoit à diverses profondeurs les matériaux de différentes espèces de roche en état de solution et rangés dans un certain ordre prescrit par les lois de la Chimie, et qui a été bouleversé plus ou moins en certains lieux et à différents tems par l'action volcanique. Ainsi il peut s'être établi à tel lieu une élévation d'une forme et grandeur quelconque dans le tems où il ne s'étoit encore formé que du granité primitif et ailleurs dans le tems où ce granité étoit déjà couvert de couches nombreuses d'autres roches. Si les deux élévations avoient atteint la même hauteur dans l'océan, elles se se couvroient de la même espèce de roches; si les hauteurs n'étoient pas égales, la nouvelle roche qui se déposoit ici ne pouvoit être que proches-parente de celle qui s'étoit déposée là.

Mr. de P. Je suis charmé, messieurs, de voir avec quelle facilité vous pénétrez le système géologique, et

je dois vous dire, monsieur le Comte, que vous venez d'expliquer 9 sans le savoir, un autre phénomène gëognostique connu depuis peu sous le nom des équipaient :}n formations parallèleap Ce sont des roches qui ne )ont pas tout-à-fait d'égale nature, mais comme vous lesnomonez, proches*parentes, qui, selon l'expression ie d'Âubuisson, se représentent les unes les autres dans les suites.

Mn de V. Je ne comprends pas cela tout-à-fait,

Mr. de P. Imaginez une suite de roches quelconques observée par ex: dans le nord de la France, dont le calcaire du Jura ou la diabase forme un chaînon; que la même suite se retrouve au midi de rAngleterre, avec cette différence que les deux chaînons nommés y soient remplacés par du calcaire alpin et un porphjre amphibolique, alors le calcaire alpin et le porphyre sont les représentans du calcaire du Jura et de la diabase,

Mr. deV. A présent que je crois vous avoir com« pris, il me semble que ces représentans ou équivalons peuvent encore s'expliquer par des courans qui emmènent d'un côté de la masse soulevée des matières étrangères, qui, mêlées à celles du lieu, produisent une différence plus ou moins grande dans les parties consti^ tuantes de la roche qui se forme*

il/r. de G, Cela me paroit juste, et je crois que l'on ne doit pas s'astreindre en Géologie à une seule explication pour tel ou tel phénomène géognostique,

Mr. de P. Je ne puis vous contredire précisément là-dessus. Mais je pense qu'il ne faut user de cette per«

8lO GBirr QUATORZCbiB ENTKKTIKW ;

ttii$sio|| qu'avep réserve, et que, nomménieDt ici, il pourroit très l>iea exister des différences sensibles entre ki équîvplens fornfiës à la manière que monsieur le Goaxt a énoncée et ceux qui doivent leur existence au mode de monsieur de Y,

Mais le détail de cette discussion nous mèoe^ roit trop loin. Nous voulons plutôt retourner i Tocéan tel que |e vous Tai dépeint avant hk et le considérer sous l'influepce combinée du pro> ces de la précipitation gépérale et des mouveoea qui lui ont été imprimés, iiouveaii çahos beaaoog; plus compliqué que |e précédent. Recherchons la traces des opérations chimiques et mëcaniqoa qui ont dû avoir lieu en vertu de nos principes, poif en déduire, autant que possil^Ie, la nature des ro> ches qui ont été formées pendant ces grands bouleverse^ mens* Je dois au reste vous rappeler de nouveau que nous pe partons pas ici d'une époque fixe, que ces nouvelles formations ont eu lieu k di^^éreqts tems et ep dit férents lieux, et que si nous les séparons des formations intérieures, ce p'est que pour les observer mieui^.

Mde, deL, Pourrai-i'e, monsieur de p., yous suivre dans ces nouvelles créations encore plus compliquées. Je le désire fort, mais je crains que ma chétive tête de de femme n'y suffise pas.

Mr. de V. Nos têtes d'homme ne sont pas non plus trop à leur aise, '

Mr. de P. Rassurez vous, madame. Si la Nature ; d'un côté aime à se voiler à l'oeil du vulgaire, elle cède ({'ailleurs volontiers aux efforts de l'attention et au zèle

CENT \}UÀTOipuâB«BJB!rniBTIEir. 8ii

^e I9 mëditatiooi pourvu qu'on ait U p4tieoce d'analy« aer son travail et qu'on ne veuille pas tout expliquer à la lois* Prepoqs lecravon (fi|;.87) pour fixer nos idées par une image,

X^a couche inférieure que je vous dessine représente les couches déjà formées de quarz, de granité et.de achistes dans leur ordre et gisement naturels avant leur )>ouIeversemeQt; Tocéap avec sa limite supérieure et inférieure ae trouva par dessus } et nous le partageons en diverses colonnes pour fixer son état k différents égards, D'abord nous savops que dans la marche des substances chiuuques, qui se combinent par l'affinité, il doit exister de$ limites, là oU l'acide est arrivé pour s'unir aux bases* Or nops savons de plus que la marche des acides est en général plus rapide que cellç des alka- |is et que différents çcides marchent avec plus pu moins de vttessse les uns que les autres; ce qui doit produire pour chacun d'eux une limite particulière. Comme la majeure partie de la silice est déjà cristallisée en forme de quarz, de granité et de schistes, la limite de l'acide fluorique doit se trouver fort près des roches formées* {j'acide muriatique, arrivant plus lentement, aura sa limite plus hau( et l'acide carbonique aura la sienne encore plus haut. Ainsi Tocéan se trouve partagé en quatre couches qui se distinguent les unes des autres par la nature des substances non encore précipitées, La plus inférieure contiendra encore de la silice pure, de l'alur mine et des o:(ides, ces deui^ derniers combinés à la potasse* La seconde contiendra de Palumine et des oxides dans la même combinaison. La troisième et la quatrième doivent être dépoturviies de ces f ubstanceSf

Si a CSHT QUATOHZIEMB K N ' l U KriKg r,

Le Comte C. Permettez moi de yous demander où •e trouve la chauz«

Mr. de P. Vousaveztîirement, monsieur leComtCi pris les calcaires en afTection, apparemment par ce qu'ib contiennent le plus de restes de l'ancien monde organique sur le quel vous vous plaisez à diriger vos m^dita«> tions. Cependant je dois vous prier d'avoir encore patience, voulant traiter les calcaires tout-à-fait à part, par ce qu'ils ont été produits par une double opération diimique. Nous voulons marcher pas à pas.

Le jeufie de L* Mais il me semble, à fuger par votre dessin que la première couche de Toc^an est bieo étroite. Oh prendrez- vous toute la silice qu'il vous faudra pour composer les roches qui ne sont pas encore faites?

Mr. de P. Vous vous étonnerez encore d'avantage si je vous assure que même je pourrois au besoin mepasser tout-à-fait de cette couche. Vous allezsentir cela en passant à Texamen delà seconde colonne, où j'ai placé les produits des combinaisons, les sels, avant leur cristallisation et pendant leur marche chimique. La couche inférieure n'en contient encore aucuns. La seconde con* tient le sel de silice, notre silice d'aujourd'hui, encore liquide* La troisième et la quatrième contiennent ce même sel et du sel marin, mais en proportion toujours plus petite vers le haut, ces sels se formant aux limites des acides et voyageant de là de bas en haut comme de haut en bas« C'est cette portion de sel de silice ,qui marche vers le haut de Tocéan, qui forme le réservoir où je puiserai ce qu'il m'en faudra pour la compoaitioo des roches d^ formation postérieure.

CENT QUATÔRZlÂBiB ENTRETIEir. 8^3^

Mr. de L. Vous êtes riche en expédiens.

Mr* de P. Non pas; mais la Nature est si féconde en moyens que rimagiuation même ne sufiit pas pour la suivre dans ses productions aussi variées qu'immenses. Considérez au reste cette miniature des couches de To-^ cëan, que je viens de faire, non comme le tableau d'un état fixe, mais comme un tableau mouvant, où les .'couches changent d'épaisseur non seulement par l'action continuée du procès de la précipitation générale, mais aussi par Teffet des soulèvemens et des affaissemens qui ont eu lieu à difiPérents tems et en différents lieux, et par les courans. N'oubliez en outre pas que ces limites, exprimées par des lignes , ne sont pas des surfaces géo^ métHques qui tranchent rigoureusement les couches. Ce sont des limites indéfinies où les couches voisines se mêlent, par les mouvemens internes de Tocéaa que cause l'action volcanique, lente ou précipitée.

Mr. de L. Voilà une nouvelle source de varia* tions dans les produits, et surtout une nouvelle cause de passages d'une roche à l'autre, qui formera des couches de roches très minces»

Mr^ de P. En «ffet : Supposées que la voûte d'une caverne s'élève jusques à porter sa surface dans la limite de l'acide muriatique où le sel de silice de la couche supérieure soit mêlé à l'alumine et auxo^tides de la couche inférieure, mélange qui petit produire du granité; et voilà une couche de granité sur du phyllade ou du siénite; et comme quelque tems après cette voAte s'affaisse de nouveau psir le f àllentisseikient du procès volcanique et se relève après ^ il doit wàîoiùnxit une ttonvelle suite

8l4 CENT QUATOIU^&IB ENTftfiTtBir*

qui commence Au gtanite et ^é contîiiuei*â par des sdiii» tes ou par d'autres roches seloû la nature des couches liquides où se Font les cristallisations et les ptécipitations. Supposez que la voûte d'uûé câveimé s^ëlève jusques dans U couche qui ne Contient plus d'alumine et d'oxides^ elle se couvrira là d'une couche de quàrz qui peut être très minée à proportion de la brièveté de son séjour à cette hauteur ; et quand elle se rabaissera elle •e recouvrira de tiouvellés Couches appartenantes plus ou moins à la suite qu'elle â Commencée. Cette Mécanique explique pai" ex: les minces couches de quan qu'on retrouve Souvent au milieu du granité et d'autres roches* Ajoutez à cela que les mouvemens de Tocéan^ ses soulèvemens et abaissemeûs et ses courans amroènent souvent des couchés liquides à tel ou tel endroit étrangères à ce lieu ^ et vousconcevrea^, encore mieux qu'auparavant» comment les suites des roches ont été interrompues par des couchés étrangères» Com^ ment elles ont pu se répéter et tnéme devenir inverses jusqu'à un certain pointi

Mde. de Lé Vous savc2, mot! cher motisiéur de P.) que je suis toujours brouillée avec les inverses. Permettes moi donc dé vous prier dé m'etpliquer conn ment ces suites itiverses peuvent se former.

M t. de P. Bied volontiers» madame. Supposer que lé grand procès chimique en soit à faire du phyU ladé et que pàrconséquent la surface» sur laquelle Cette roche se dépose» plonge dans la couché liquide Contenue entré la limite de l'acide fluoHque et telle de Vet* cide muriateujû Si cette surface s'élève par l'action

volcanique jnsniK: y^s- ^^ -u^., .

elle »e convrin o* ii---,--r...:^.

d'avantage, alon L »". ^jt^s^^ . .

suite inverse de la suzi^t sii*.^^^

Cherchona à pr«fr«m: «. i0ir-.i^^ de plusieurs antres eq#ec«: ^i^ i nommées ont pu se ionue: e*

des plus difficiles, les porphyre: .^'. ^

pâte en général est assez iacii^ « iu'.. .«»r masse presque granitique, ol ! <MrL u^ \^^ '^.,^ ... guer les grains et dont U suii«: m: i«rfu^«4*». ^' >. phjres terreux. La partie ci istaluM;j»* u^ '>raf est du feldspath ou de raixiptJbot^: m:, «r «.«..i. «^ chargés d'ozides et de terres dod cia;^ i^*^^. 4;:. ^..x.vrentes proportions; et vous conceicfific «««^u^tj vt» jj^v langes si vous supposez que les t/^u«^tr»«iyra«<^2r. «r- ^. courans ayant mêlé une panl<!; ci« It cvu^ii^. .«'jU«V: ^*ik;& alumines et des ozides avec uii*r pan**: o*. >t v^>*,ufc ;»>périeure qui ne contient de iMiu^fet Cf <»uiii4^>«i» <.^. du sel de silice.

La fornjation des ^rù«s <*■. v-et piut CïYu«a^. i, ér^ pliquer. L'obser% tricot, u^^us ^^r i^.u*' *»ai n*^«(^ ^^m' v#«^ stalliséset de r^rî^le ^vn-j^vii** tit ^ îtM>*vdu«> <«^«ai*i.*JM;^ ble qui, coD)oiD!.etî**su' i:»^. ' 4iit4fti««j« *?- .«4 i//.<<>i^ forme la pâte. I^vus ;/viiM*vt* <.*^m^ .1^:1 ^ uv<.uC t^' dire qu'une cause m^a^xauv^' Ivuw^ <«h*. g*.-. ,4^4 <;* ,^ cristallisation, faitqu«r. ^ iic».,.*»'.* '^«w wy««»44^ «r. arrivée au fond oO #•;*•? m: <^)^V6« a. j^-,,*.,. 1,^^ ., attiré le feldspath og ; an.pt.iuv-* 4»tiv(»i* 4,^ pv^^i^.i # ont causé ta foroiatK^ <^ {s^4u«4^. V>' **. >>«iii»^^>vi^ messienra ?

aiG

CBKT QVATOSZlâMB KSTTLEXaa

Mr. delà, Se D'aime pas l'obccurïté A cultet.

LeQ}mleC. Moicoaplus; etil mest tre que la surface, lur laquelle la cristallûi faire, offre tact de points à ce procè* que 1< ne pourroieat avoir que des grains très pi qu'ils tont en efiet souvent d'une pouce de

Mr. de P. Si cela esr> monsieur le C deves admettre que cette cristallisation n^s an fond de la mer.

Le Comte C. Assurément. Mais fe o commander ailleurs, tout l'océan n'ofîrant t fixes pour cela.

Mr. de P. Faut-il donc des point» -E cristallisation, et ne suIËroit-il pas d'avoir < cules solides d'une grandeur dëja palpable?

Xe Comte C, (étonné^ Voilà le secret d ravages des courans ont brisé des fragmens dont les plus fins nagent longtema tlans l'oc BU liquide qui contient les substances dont li se compose, ils ont dû ocfasionaer des cris partielles et isolées de feldspath ou d'amph bord de volume presque insensible, mais qui $ la chute, rencontrant dans leur route toujou Telles substances cristallisables, jusqu'à ce qi au fond, ils ont été enveloppés par le reste c qui a formé la pâte.

Mr. deL. Vous faitesgréler des cristaui monsieur le Comte?

CBirr QVATOBJUBBfB BMlRBriEW* 817

Mk de P. Cette expression est aussi juste et aussi bien imaginée que Texplication de monsieur le Comte, qui s'appliquera encore aux cristallisations isolées qu'on retrouve assez souvent dans d'autres roches. Au reste je doute que les grains de chaque porphyre aient acquis^ comme la grêle de notre atmosphère ^ toute leur grosseur en tombant ; car leur chute accélérée eut devancé de beaucoup la j^âte porphyrique et formé une couche de grains isolés, liés tout au plus par une portion àpeine sensible de cette pâte. Je crois que les grains , arrivés au fond pendant que cetle-cise précipitoit, ont Continué leur cristallisation dans cette pâte encore très molle en fui enlevant une portion notable de sa matière cristallisable. Ce dut être le cas spécialement pour ces porphyres dont les grains s'allient par des passages à la pâte^ de sorte qu'on ne peut assigner avec précision les limites entre Tun et l'autre* D'autres porphyres à petits grains très nombreux 9 isolés dans leur pâte, ont eu par contre la formation que monsieur le Comte a décrite. Ainsi le porphyre est né d'un mélange qui, d'après %^% principes constituants, eut pu former presque du gra* nite ou un syénite, selon que la partie cristallitable étoit du feldspath ou de l'amphibole. Mais cette cristallisation partielle, a enlevé à la masse une partie de la substance cristallisable pour en faire des grains de feldspath ou d'amphibole et le reste s'est trouvé trop maigre pour se cristalliser au fond de l'océan et a dû fournir une pâte approchante plus ou moins d'une substance cristallisée en raison de la quantité de silice qui Ini restoit«

Le jeune de L. Permette! moi d'objecter eontre

3l8 CEKT QUATORZlÂlftB KKTKÉttBKm

le principe de cette hypothèse que, s'il tuffisoit d'iiiM ir.aiière concrète pour |>roduire au milieu de TocéaB de^ciistalHitations partielle?, il auroit dû ten Former aussitôt que raluiiiine et les oxides commencèrent i se pn'cipiter; car ce sont des substances concrètes; et nous ^Lirions eu dès lors des grêles de quarx et par con* séquent des porphyres au lieU de phyllades.

Mr. de P. L'objection paroit forte; mais f j riponds par mes expériences sur la cristallisation de la chaux. Tavois mêle au fluide de quelques unes da tournesol, qui, comme vous savez, conserve sa propriété concrète quoique mclé à l'eau; et je n'ai point observé qu'il se soit formé des cristallisations au milieo du liquide. Car si cela eut été , ces cristaux ne se fussent pas attachés au fond et aux parois du vase, mais se seroient déposées uniquement sur le fond en forme de sable très fin.

Mr. dey. Il me semble qu'après cette expIicatioB de la formation des porphyres le reste ne sera pas difficile à faire.

Mr. de P. Assurément si nous noils restraignoni aux couches qui ont été le résuhat immédiat du grand procès chimique et des révolutions. Les ampIubtUite» par ex: sont évidemment nés d'un mélange des deû couches liquides contenues entre les limites des trois acides et où la chaux a déjà pu pénétrer. La tmumaU paroit être un produit surtout des opérations mécaniques, puisqu'elle n'est faite que de fragmens d'antres roches, agglutinées par une matière argileuse, qui elle-même n'est peut^tre que du phyllade délité, d'an-

CBKT QUATOtUUiBffi K WT» J B mW> 819

tant plut que le phylladè hit une j^ande partie des fragment dont cette roche se tompose. Elle est le produit d'une Irévolulion violente, qui a cl^arrië ces débris iani laisser au procès chimique le téfns d'y mêler une quantité sensible de ses produits immédiats. Au reste je ne doute pas qu'il n'existe mainte roche, proche parente de la traùttiaté^ qui éû aura rei;^ une portion notable. Mais je suis trop peu Géognôstépour yotls en citer. Les autres ffrès ont Une formation semblable.

Mr. de Jt. Vous ellez vite en besogné. Toutes ces roches paroissent voué fioutëf inoins de peine qu'à la Nature.

Jktde. de Li Quant à moi, je né puis qu'aamîrér toutes ces explications. Mais j'admire encore davantage la patience de monsieur le Comte, qui ne se lasse pas d'attendre l'arrivée de ses favoris, leA calcaires.

Mr. âe P. Jevoutoisj madame, mettre (cette pa« tience (que vous admirez si volontiers, par ce que la vôtre se lasse peut-être aussi de cette attenté) à quelques épreuves encore. Mais cette considératiôti me faifc changer d'avis et je vais, mettre sur le chainp les càlcai* res à l'ordre du jour^ espérant vous satisfaire en knênlé tems que monsieur le Comte.

Mde. de L. Je vous pardonné d'avoir deviné uii peu malicieusement mon secret. Vo^yons.

jktr. de P. Observons d'abord où la chaux dévoit se trouver et en quel état, et commençons par la couche supérieure. Là elle devoit être combinée à l'acide muriateux hydrogéné; l'acide carbonique, qui a'y.trou-

320 (SENT QUATORKIBlfB fiimETtBlfk

Toit en même tems , ne pouyoit s'unir avec elle et toit dans sa couche sans autre combinaison qa'âyecreao., Dana la couche suivante la chaux formoit également on muriate. Dans la troisième elle ne pouyoit que former unfluate de chaux; dans la quatrième elle étoit dansfé» tat de chaux pure, aucun acide n'ayant pénétré ju^qnes là. Notre problème consiste donc à changer cet deux sels, le muriate et le fluate en carbonate de charnu La réagent qui s'offre d'abord, c'est l'acide carbonique; mais il ne suffît pas, par ce que cet acide ne décomposa ni les muriates ni les fluates. Et en outre, s'il ayoit pu le faire, il seroit resté une surabondance d'acide mu* riateux hydrogéné et d'acide fluorique que nous ne Mtrouvons pas dans Tocéân d'aujourd'hui. II est vrai qu'il contient du muriate de chaux, mais en si petite quantité (environ i% du poids des autres sels) qu'il semble ne se trouver là que pour nous indiquer que précédemment cette combinaison de la chaux existoit en plus grande quantité.

Comme nous ne trouvons point de fluate de chaux liquide, nous devons admettre que ce fluate a du être décomposé totalement par la quantité de silice pure qui se trouvoit dans l'océan, ou qu'une partie de ce sel a été cristallisée quelque part. Ce dernier cas a lieu; car nous trouvons quelques roches de ce (luate, la seule source oii nous puisons Tacide fluorique» Quant au muriate de chaux, nous devons chercher le réâgent, qui, conjointement avec l'acide carbonique, a pu le décomposer, dans la soude, ou plutôt dans le carbojaate de soude qui tenoit Talumine et les oxides en solution ; car nous ne retrouvons ni de la soude libre ni du carbo-

CBNT QUATORZubflB BNTRBTIEZf. $21

nate de soude dans l'ocëan d'aufoùrd*huL

Ainsi, lorsque les roches calcaires commencèrent à se former, Tocéan oootenoit dans sa couche supérieure du inuriate de chaux et de l'acide carbonique provenant de Tatmosphère^dans la seconde couche du mtiriate de chaux et du carbonate de soude, dans la troisième de la chaux pure (la silice pure ayant décomposé le fluate de chaux) et du carbonate de chaux, enfin dans la quatrième de la chaux pure seule. Voyons à présent comment la décomposition du muriate de chaux a pu s'opérer. Mettons pour cet effet les r(^dgens en présence, comme des champions qui vont s'attaquer. L'arène, c'est la limite de Tacide carbonique, et le sel marin qui s'y trouve est inattaquable et neutre, et comme le juge des combats qui vont se livrer. Le muriate de chaux, dont Tacide muriateux forme l'aile droite et la chaux l'aile gauche, défie le carbonate qui lui oppose la ^oude et l'acide carbonique. Celui-ci attaque la chaux et celui-là l'acide muriatique. Jusqu'à présent les forces sont égales et le combat indécis. Mais voilà un nouveau secours d'acide carbonique qui arrive de la couche supérieure et prend la chaux du muriate sur les derrières, qui est forcée de se rendre, vaincue par cette double attaque. Alors le muriate, aifoibli par cette perte, cède son acide à la soude, qui au reste a le sort de plus d'un peuple vainqueur, celui de prendre le nom du vaincu, en devenant muriate de soudù.

Le jeune de L^ Cette explication est . sûrement juste, puis qu'elle est militaire et guerrière.

Mr. de V. Elle s'aocomode en outre à Tobsenra*^

3aa CENT qVATOKtXÈMB BNTBJBTëSK.

lion qui rftnge les calcaire^ parmi les formations Ifi|i récentes, puisque ce procès complique n'a lieuqu'îFi rivée de l'acide carbonique, le courrier le plus pn aeuz de tous ceux que l'affinité envoyé de ratinospbèi

Mr. de R. Maiscpniment formeronsmoaslescn chea de calcaires qui se trouvent entre les açhisteStO calcaires qu'on nomme primitifs?

Mr. de P. N'oubliez pas les soulèvemens detni espèce, qui ont sûrement élevé quelques roches pria fives jusqu'à h hauteur de la limite de Tacide ç^rboi que et même plus b^ut. Notre explication nous dût outre pourquoi les calcaires primitifs ont un cancté cristallin très marqué et les derniers un caractère ts reux, la plus grande abondance de l'acide carbooiç; ayant dû avoir lieq au commencement du procès et( former un sel parfait et cristallin, tandis qu'à la sd: )e défaut de cette surabondance n'a pu former quei précipités informes.

Mde. de />. Avoue?, monsieur de P., quei pauvre léte a dû presque succomber au milieu du i\éà de tous ces procès cliiniiqi.es, et que yotre dessine couches de l'océan a pu seul la sauver.

Mr. de P. Si cela étoit, madame, je ne poum que vous prier d'en rejeiter la faute, non sur moi m sur la nature de la chose. En effet peut-il être possil d'explii|uer aisément les actions et réactions variées tant d'éléuiPiis qui ai^issent tantôt sinmltanénient tanl successivement , en différentes contrées et à différen hauteurs de l'océan et même sous l'influence de taot mouvemens?

CENT QUATORZIEBiB BMTRBTIBN. $23

Mde. de L. Je suis bien loin de vouloir tous en faire la guerre ; au contraire f admire avec reconnoi$« sance l'art avec lequel voi)# avez profité de tous ces détails pour découvrir la marche de la Nature dans tant de productions variées, qui offrent dans leur ensemble et l'idée de Tordre et celle du cahos.

Mr. de P. Quelque Hatteur que me soit votre suffrage, madame, permettez moi de vous rappeller notre convention concernant toutes les idées à moi, que j'ai Ttiorineuf de vous offrir, et d'oser vous dire pour le présent et pour la suite: Trêve d'admiration. ^

Mr. de L. Mais par oîx finiront tous ces procès cfiimiques?

Mr. de P. Par le sable.

Le Comte C. Dont la formation est, fe pense, plu* tôt Touvrage de la Mécanique que de la Chimie. Le sable n'est-il pas un produit de la trituration des granités par les courans?

Mr. de P. C'est l'opinion de bien des Géologistes, mais c[^e je ne puis admettre, non seulement par ce que je serois en peine de trouver les çourans qui eussent du travailler constamment pendant des siècles les masses de granité pour les nippétrsser à ce point, mais surtout par ce que pous ne connoissons point de sable de feldspath et de mica, que le granité eut diî livrer, et par ce que le sable a encore, même dans la mer, des vestiges marqués qui prouvent qu'il n'a jamais été bea o plus gros qu'il n'est et que chaque grain fut au^refo' un cristal parfait. Cette remarque se confirme surtout

624 CBlfT QUATORZiéBSB BRTRBTIBM.

dans nombre de roches de table composées de petits cristaux parfaits, agglutinés par très peu de chaux ou d'argile. Dans d'autres roches la figure cristalline moins parfaite atteste que les grains ont été charriés quelque tems, comme le sable de la mer. La matière du sable, nous la trouvons dans la plus haute région de Tocéan; c'est le reste du sel de silice qui n'a pas pu être employé a la formation .des autres roches, par ce qu'il se trouiroit trop élevé au dessus de la limite de Tacide muriateox, et sa structure est celle dû porphyre, une cristallisation dans Pocéan même occasionnée tantôt par la précipitiilion informe de la chaux , tantôt par des dc^bris d'alumine flottants.

Le Comte C. Ne pourroit-on pas lui assigner la formation ordinaire, une cristallisation au fond del'o* céan? Il me semble que, comme le sel de silice contenu dans la couche supérieure, devoit se trouvèrent trêmement délayé, il n'a pu se cristalliser en couches compactes, mais a du se former en petits grains et que la chaux ou l'alumine se sont déposées en même tems que cette cristallisation a eu lieu.

Mr: cle P. Votre explication, monsieur le Comte, me paroitroit au moins aussi {uste que la mienne, si je pouvois concevoir pourquoi cette cristallisation forme des cristaux détachés. Permettez moi d'ajouter que c'est à Tépoque de la formation des sa'bles que lea pétrifications ont eu lieu, procès que vous concevez facilement après ce que j'ai déjà eu l'honneur de dire là* dessus.

JUn de //• Aiosi nous voila arrivés à la fin des rochet*

Mr. de P. Oui, Général, des créations générales, causées par TafiBnité seule ou confointement avec les niouvemens de l'océan. Mais nous avons encore bien des formations particulières à expliquer. Nous nous sommes par ex: occupés des calcaires, sans dire une mot des g-jypsea. Oserons^nous les passer sous silence?

Mr. de L. J'en serois très fâché , quoique je sois impatient de me former le tableau général de toutes les créations.

Mr. de P. Le gyp$e est compos(^ de chaux et d'acide sulfurique. La chaux, nous l'avons dans toutes sortes d*éiat, combinée à l'acide fluorique, combinée à l'acide muriateux hydrogéné et combinéée à Tacide carbonique, en plus ou moins grande quantité. L'acide sulfurique ne se trouve que dans les cavernes volcaniques; ainsi les gypses doivent leur naissance aux éruptions qui ont livré cet acide, soit en forme liquide, soit en forme de vapeur, qui a décomposé les fluates, les muriates et les carbonates de chaux, ou s'est combiné immédiatement avec la chaux pure. Ajoutez à toutes ces circonstances variées l'observation que la même éruption peut s'être répétée plusieurs fois au tnême endroit, et vous concevrez non seulement les différentes espèces de cristallisation qu'affectent les gypses, mais aussi que souvent les gypses se trouvent stratifiés en couches distinctes les unes des autres. Enfin si vous supposez que mainte éruption a fourni plus d'acide sulfurique qu'il n'en falloit pour saturer la chaux qu'elle recontroit, et que ce surplus devoitse combiner avec la soude on avec la potasse, s'il en existoit encore dans t*

82& CBNT QUATORZliBCB BNTa£TIBir.

rocëan, yout aurez. explique la présence da nbi! de soude et du soubçon de sulfate de potSMç t trouvent dans notre ocf^an d'aujourd'hoi. Le procès» la carbonisarioQ de la chaux doit axoir Uissé qoel restes de niuriate de chaux, et enfin la magnésie (i nous avom presque entièrement passée sous sile&ce]« trouvant au nombre des terres que l'ocëao comeook il est naturel qu'il en soit resté une portion coipbifice l'acide mufjateux. Or. mêlez enseinble tous lessels(]« je viens depomnier et vous avez la conipositiondeffcr de mer tellp qu'elle est 4ujourd'hui, c. à. cl. selooTai» lyse du Docteur Murray, suf looo parties de sel sbso!» ment desséché et sans eau de cristallisation :

Muri^te de ^oude 704 Muriate de magnésie i5?

Murfate de chaux 25 Sulfate de soude a] à quoi il faut ajouter environ une partie de muriateà potasse, que Wollaston a découverte depuis. Ces m parties de sel sont délayées dans environ 31610 paitioi d*eau.

Mr. de G. Comment est^il dope possible, vu cette grande quantité d'eau 9 que le sel marin ^p soit crisullisé en sel de roche? Où construirez- vous ralembicaé* cessaire à cette distillation?

Mr. de P. Humboldc témoigne le même embara dans la description de son voyage aux contrées éqni noxiales, croyant que la formation du sel marin appartiei à un autre ordre de choses. P'awtres Geologîstes modei nés n'ont pas même tenté la solution de ce problèaK Voyons si notre système nous fournira ici quelques h mières. Retournons d'abord à notre océan et observer dans quel ét^t il se trouvoit. Le muriate de soud<

tqrmé d'abord dans les couches supérieures de Tocéan, a dépçissé la limite de Tacide muriateux hydrogéné en vertu de sa marche chimique et a imprégné les couchas inférieures de Tàcéan d^autant plus fortement que cette limite s*abaissoit davantage. Or le sel-gemme ne se trouve que daps les calcaires, surtout dans les gypses et puis dans quelques masse§ ^rgiteqsçs. S^ cris« sallisption date donc du tems oii Tacide muriateux avoit cessé ou presque cessé d'exister en état libre. Or vous concevez qu'alors les couches inférieures de Tocéan devoier^t contenir une biep plus grande proportion de sel matin en solution, puisque, outre celui qu'elles ^voient reçu en grande quantité des couches supérieures, elles étoient le théâtre des dernières combinaisons ^e Tacide muriateux avep la soude, la chaux et la snagii**$ie.

La Géognosie nous dit que la plupart de ces dépots de sel marin et les plus considérables se trouvent dans le gypse et qu'on ne connoit presque presque point de gypse sans sel-gemme; d'où bous devons conclure qu'il existe une relation intime de formation entre ces deux espèces de roches et que la cristallisation du sel marin est dépendance de la formation du gypse. £n effet représentez vous l'acide sulfurique s*èlevant du fond d'un yolcan et arrivant à la furface des roches avec une température de i3oo à i.^oo degrés R. Ajoutez à cette température celle qui se dégage par sa combinaison fivec la chaux et par la 'cristallisation du gypse qui en irésulte, 'température qui surpasse la preofière, et vous concevrez aisément que cette chaleur prodigieuse a dû faire }>oinUir la couche d'eau qui étoit le théâtre de cette

330 CBMT QUATOBZlÂBlft totTBS^taOtm

récoDomie vëgéthie, couvre d'un yoilé impénétrable l'acte par laquel 11 a formé lés premiers individus de chaque espèce^ ëbmine pour rappeHef^ k rhorome qu'il est des secrets dans la Nature que son oi-gueil ni sa pénétration ne pourront jamais approfondir. Nôtre but est de deviner les circonstances sous les quelles il a pu exister une végétation antérieure à la formation de plusieurs roches et d'expliquer et l'enfouïssehient de ces végétaux et les t!hangemens qu'ils ont essu jés pendant les siècles qui se sont écoulés de là jusqu'à nos jours.

La Physiologie des plantes nous dit que la végétation ne peut avoir lieu que sous les conditions suivantes: D'abord il faut de l'eau cohime nourriture delà plante et véhicule de ses autres aliiiiens; puis de l'acide carbonique, aliment principal dont la plante he peut se passer que lorsqu'elle vit sur un terreau qui contient du carbone et de l'hydrogèbe; au quel Cas elle à besoin de gaz otygèné pour changer le carbone en acide carbonique. Il faut enfin à la plante, à l'exception dé quelques végétaux qui croissent à la surface de l'eâu^ un gtte qui assMre sa stabilité et attire l'eau qui doit nourrit* directement la racine, et au procès végétal en entier une certaine température qui varie selon les espèces de plantes.

Le Comte C. N'oubliez- vous pas la luibière? Pardonnez moi cette remarqué.

Mde. de P. La lumière est assurément nécessaire à toutes les plantes qui croissent dans l'atmosphère, puisque c'est elle qui décompose dans les vaissauz da végétal l'acide carbonique, |qui sans cela n'abandonne^

CENT QUJLTORZU&BIB BKTRETIBir. 83 X

roit pas son carbone. Mais on trouve quantité de plantes au fond de la mer, où la lumière du soleil qui peut pénétrer jusqués^làdbit être bien foible; et il est à présumer que ces plante^ peuvent végéter sans lumière solaire, comme le font les lichens des cavernes.

Ces conditions admises, je piropose d'abord la question de savoit* si avant les premières formations de rodies il a pu exister des végétaux sur le sol d'alors, sur le noyau de notre globe*

Mr.deG. Dans votre système cela est impossible, puisque Tocéan d'alors ne contenoit pas encore d'acide carbonique.

Le jeune de L. Il en existait, il est vrai, mais il étoit combiné avec les alkalis pour la solution des terres.

ïiè Comté C. Ce qui mànquoit le plus, c'est la tem« pérature, qui à cette profondeur étoit bien au dessous du zéro de nos thermomètres, et {e doute fort que Teau saturée de silice pure, de terres et d'oxides, de soude et de potasse cârbonatées, ait été propre à se prêter au procès de la Végétation. ^

Mr. de L. A quoi fajoute que si la surface du noyau du globe eut produit des végétaux, fussent les plus grands palmiers, nous n'en verrions aucun vestige, puis qu'ils eussent été joliment ensevelis sou% les roches ou bien bfulés dans les cavernes volcaniques.

Le Comte C Ce qu'il y a de certain, c'est qu^on ne trouve pàa le moindre vestige dé planta dans les

83^ CBMT QtJATOREfEMB KSTBSttBMm

granités, les premières empreintes de plantes n'enstânt que dans les schistes*

Mde. de L. En quoi consistent ces empreintes, monsieur le Comte?

Le Comte C, Vous savez, madame, que les feuilles de plantes ont un squelette composé de cotes ramifiées, dont la principale partage la feuille en deux parties égales. Ces cotes sont plus épaisses et plus dures que le parenchyme, Tenveloppé verte et les autres vaisseaux» C'est ce réseau ramifié surtout^ qui a laissé son empreinte sur deux lames schisteuses superposées Tune à Tautre, empreinte qui est lestée, tandis que la feuille elle-même a été détruite par l'action des dissolvaos.

2Ur. de P. Ces feuilles ne sont assurément pas néei sur le sol qui porte leur empreinte; car si cela étoit cène seroient pas quelques feuilles isolées mais des plantes et des familles entières que nous trouverions gravées sur les feuillets des phjllades. Ainsi lorsque les phjllades (nommés de transition) de nos continens d'aufourd'hui fu* rent formés, il doit déjà avoir existé sur d'autres points du globe des continens assez élevés dans l'océan , peut« être au dessus de sa surface, pour que la végétation ait pu s^y établir et que les courans aient pu charrier les débris de cette végétation.

Zre Comte C. Ces trouvailles d'empreintes de feuiU les prouvent sans contredit les difiérences successives de niveau des roches et cadre parfaitement avec votre système»

Mr. de P. Les houiUesj dépots immenses des pro-

fluits de ràndenné vëgi^tàtioh, né se trouvent i^oint dans les roches dites, primitives , mais dans les terrains les plus riicénts d'argile^ de grès et de Calcaires de Formatidii postérieures Ce phénomène est si gëhëral ique les Gëognost^ JTrançcoii lont pri^ de la hpuille le nom géntfk*Squé dé ces formations, tfu'ih boniment tèrràdna houillerr. ÏD'où nous devons côuclure que là Végétation n'a existé qiié dans lé tems et %u\ îës lieux où iDes ters^ raibs de defàière forittiàtiôâ chimique se dépoioimit.

Mr. dé t^. Puisque vous parlez dCfs houilles, VeiiiU lez, monsieur de P.^ houirwe;cpliquer leur existekice et \ts changeinéns t)pérés sur Ws végétaux dont ils h'oCïren't plus que la substance» prodigieusement modifiée.

Mr. de P. Ce problème est d'autant jplus difficile a résoudre cfûe l'on trouvé des cou'ches de houille d*uné jgrànde épaisseur^ qui va quel'quesfois justju'à 60 pieds et jpluk , et d*ubé niasse si compacte qu'on ;peut àdrhbt- ' trë tpi'un i^ôùce de hauteur correspond peut -être à la végétation d'uhë année. Pourrobs-notis supposer 'c}ue ce soht les couràns qui ont produit ces amas? Point dutoub, puisque nous les trouvons dans les terrains élevés et sur le penchant des collines aussi souvent ^ue (iahs les vallées. Au contraire; tout kious attesté 'que les plantes ont pris naissance là où se trouvent les houilles, La plupài*t des Géolôgistes, considéraltit ta fo'rmàtioh des tourbes , ont déclaré les houilles Y^rr'e des tourbes transformées. A^àis lés tourbe^ et autres productions végétales moins transformées du contient né aé trouvent que dans les terrains dé Irànspokt, non dans

334 CENT QUATORZtÂMB ENTRETIEN*

ceux d'une formation chimique» En outre les houiltei contiennent une grande quantité de terres , de la silice^ de l'argile, de la chaux, mêlées dans leur niasse et faisant partie intégrante du tout. D'où nous devons cou* dure que les plantes, qui sont devenues houilles, sont nées et som mortes pendant les derniers actes du grand procès chimique. Ainsi ce n'est point sur les continens rois à sec, mais sur les continents encore sous l'ean^ que nous devons chercher l'origine des houilles, qui sont parconséquent des plantes marines décomposées* Cette vérité, que j'ai publiée depuis bien des années , se confirme par les observations récentes du Professeur suédois Âgardh qui a trouvé, dans la masse des charbons de terre de Hogenas en Schonen, à 5o toises de profondeur, des algues pétrifiées et des dents de requin.

On s'est également trompé sur le mode de transfor-^ mation de ees plantes en houille^ Par ce que Ton trouve quelquefois des pyrites aux environs des lits de houille^ l'on a cru que cette transformation étoit due à Tacide sulfurique formé par la décomposition de ces pyrites» Mais si cela étoit^ l'analyse chimique des houilles nous indiqueroit cette transformation par la pré« sence du soufre ^ tandis qu'elle ne nous offre que du bitume, du charbon et des terres. En outre la décomposition lente des pyrites eut produit dans Teau d'un marais un acide si délayé qu'il seroit impossible de lui attribuer la carbonisation des plantes, et si même cette carbonisation a voit eu lieu, il se seroit dégagé tout le gaz hydrogène carbonisé que cette décomposition pro^ duit et les houilles ne contiendroient pas de bitume.

CBNT QUATORZIEME ENTRETIBN. 835

Mr. de L. Mais comment décomposerez-vous ces plantes ?

Mr. de P. Voici mon hvpthèse entière survies houilles. Les plantes, qui les ont produites, sont nées sous Tocëan dans le tems des dernières formations chimiques de roches, apparemment dans la couche contenue entre la surface de Teau et la limite de Tacide carbonique qui a dû leur servir de nourriture, ainsi sous une couche d'eau de peut-être plus de mille toises de hauteur. Les premières étant mortes, d'autres leur ont succédé au même lieu, soit par les semences, soit parles racines. Pendant cette végétation continuelle ilsedéposoit des terres par les derniers actes du grand procès chimique qui, selon qu^il étoit plus lent ou plus rapide, déposoit plus ou moins de ces terres, en sorte qu*il a pu pendant un tems n'en déposer que peu et plus tarddavan-» tage. Cette simultanéité du procès végétal et du procès de la précipitation sous différents degrés d'énergie se voit bien distinctement dans les houilles d*Âirslure qui sont devenues des schistes par de minces couches de terres interposées. Une couche trop épaisse a dû arrêter la végétation, et voilà Tépaisseur de la couche future de houille déterminée. Ces dépots calcaires, argilleux ou de sable formoient des masses molles, qui ont dû s'enfoncer à mesure que l'espace que les plantes occupoient se rétrécissoit par la transformation en houille. Nous avons donc à présent nos dépôts de plantes enfermés dans des roches molles et chargés d'une colon plusieurs cents toises de hauteur.

Mr. de jR. C'est un tas de foin hamidei donc entrer en fermentation.

336 CEKT QUATORZiâMfi EMTRBTIEir.

Mr. de P. Tout juste, et voilà mon secret rérAi. Ajoutez à cela que l'oc^ab^ même à cette profondeor, devoit avoir une température plus que tboyenne, après tant de procès chimiques et cristalliqués qui avoientea lieu dans son sein. Mais cette formation doit se distio* guer de celles qui s'opèrent à. là surface de la terre d'aujourd'hui , en ce que la pression de plasieurs cents toises d*eau ne pèrmettoit pas au gaz hycirogène de se dégager et à l'oxigène de former de l'acide càrboniqae*). Nous connoissons si peu le procès de la carbonisation par fermentation, qui se fait tous les jours sous nos jeux, que je n'ose entreprendre de Construire ibelui qui a eu lieu au fond de là mer. Mais ce qu'il y à de bien sur, c'est que ce dernier procès à conservé à la honille tons les élémens des plantes dont elle provient^ (|né ta perte de volume n'a consista que dans une plus grande concentration de ses ëléniens , et que c'est à cette conservation de tous les principes végétaux que la houille doit son bitume, hapélréole h' est apparemment que du bitume pas encore charbohné, qu'ude opération volcanique, exécutée dans dés couches de cliarbon de terre en fermentation, fait mohter à la surface de là terré.

Mr. de IL Voilà une nouvelle espèce de Volcan!

Mr. de P. C'est selon Werneilr le principe de tous les volcans. On les nomme demi-pôlcans; ils ont leurs éjections tantôt de bitume, tantôt dé pétréole, et quel-»

*) Davy a récemment adopta cette id^e pour expliquer IVtac actuel dei nMUuscripu de Papyrus qu*on dëterre k Pompejt, Herculanom etc.

CENT QUATOaZlÂMB SNTaBTIBir* 33^

quefoîs des bouleversemens. C'est à un ou plusieurs de ces boulever^emens qu'on doit Texistence de la per morte dopt les phi^noniènes s'expliquent aiséftient par cette hypothèse. Ils mc^riteotile nom de demi-yolcans surtout à raison du peu de profondeur à laquelle se trouve leur foyer.

Mr. de, LJ Vous nous {ettez de nouveau dans les éruptions volcaniques. -

Mr. de P. Tout est lié dans la Nature. { Au reste quittons ce sujet pour jettèr un coup-d'oeil géologique sur la végétation continentale, relativement à l'atmosphère. Les monts et les plateaux se sont élevés comme nous avons vu dans différents lieux en tcms différents, et cette diversité de tems correspond à des états variables de l'atmosphère, quant à la pressicn et aux élémens chimiques qui la çoniposoient. Les sommités, qui l'ont atteinte d'abord après 1^ formation des schistes, auront trouvé un air qui contenoit encore de Tacide muriateux hydrogéné et plus encore d'aofde carbonique. En supposant que ces restes n'eussent été alors que le dixième de ce que l'atmosphère contenoit primitivement, sa masse chimique et parconséquent sa pression devoit être 99 fois plus grande qu'aujourd'hui. La chaleur, que l'océan acquit par les grandes opérations chimiques qui ont eu lieu à sa surface et dans son sein, a dû se communiquer à l'air et y produire une température élevée, et les rayons solaires ont du augmenter î:ette chaleur en traversant à peine un air de si grande densité. L'océan a pu, en vertu de cette chaleur, s'évaporer (ce qui étoit fcipossible auparavant sous un poidiTdé-

838 CEKT QUATORZIEMB BHTEBITEir.

ciiple deTatmosphère et sous une température beaucoup plus basse) et fournir Teau nécessaire à la végétation. Ainsi, dansletenis dont nous parlons, l'atmosphère fournit à la végétation une nourriture très abondante, un principe qu'elle ne coxuient plus aujourd'hui et peu de lumière. Il n*est donc pas étonnant que la végétation d'alors ait été différente et plus vigoureuse que celle d'aujourd'hui et que par la destruction de ses produitt il se soit formé la grande quantité de terre végétale dont nous jouissons a présent. Cette production de substances vég(!'tales a dû appauvrir petit à petit Tatmosphère d'acide carbonique, tandis que le grand procès chimique dans l'océan le lui en enlevoit encore pour la formation des calcaires et Unit par la dépouiller entièrement d'acide muriateux pour la formation des autres roches. Ainsi l'enveloppe gazeuse perdit peu à peu de sa masse, de sa pression et par conséquent de son activité dans le procès végétal, activité qui dût prendre un nouveau caractère par une plus grande abondance de lumière solaire. Peut-être sommes-nous parvenus de* puis quelques milliers d'années à un état stable, à un équilibre entre la recette et la dépense d'acide carbonique. Au moius voyons«-nous cet équilibre établi pour le gaz oxigène.

Ce sujet nous mène à une nouvelle considération. II existe plusieurs masses calcaires, qui, outre l'acide carbonique, contiennent encore du carbone et même du bitume. Telles sont quelques roches de calcaire alpin de couleur presque noire, des marnes noirâtres la marneschisteuse et bitumineuse, l'anthraconite tout noir etc. Je pense que ce carbone et ce bitume proviennent

CENT QUATOBZlÀliB BKTRBTIEir. Q39

des houillesy et cela par deux raisons. La première «st que ces roches appartiennent a la grande formation que l'on nomme houilleuse ; la seconde est que d'Aiibuisson a prouvé par des caractères très marqués que les houilles ont été autrefois (lors de leur formation) liquides ou presque liquides. Il est donc concevable que quelques houilles, plus liquides que d'autres , ont percé, comme par infiltration, dans les calcaires et les marnes au dessus et au dessous d'elles et sont par là disparues en tout ou en partie,

Mr.deG. Voilà, mon cher ami, unebonnetirade, pendant laquelle nous n'avons tous dit mot.

Mr. de P. C'étoit pour me hâter d'arriver aux débris d'animaux fossiles que nous voulons traiter encore ce soir, si madame de L. le permet.

Mr. deL. Je devrois m'y of^poser, pour vous punir de la fausse modestie avec laquelle vous me priez de vous permettre de faire ce qui me sera très agréable.

Mr. de P. Votre bonté angélique vous interdira cette sévérité. Ainsi je commence notre tâche et cela par les coquillages , comme restes les plus anti* ques de productions animales que la Géognosie nous. ofTre. Si nous savions à point nommé si les animaux composent par leur procès organique la chaui( dont ils font leur coquille ou s'ils décomposent le muriate de chaux que l'eau de mer contient, je vous ferois une dissertation bien savante sur cet object et vous dirois au juste à quelle époque (pardonnez mo;, mon Général, encore une fois ce mot) cette création a pu copmepcer. Mais le Géognoste nous dispense de cette peine en

84o CBKT QUATOHZIBMB BirniST|B«.

nous i^pprenant qae les coquillages ne se trooTent m clans le granité ni d^ns les schistes, mais seql^Rieot dan les traum^tes, les grès dç toute espèce et auctout dam les calcaires, dont plusieurs, comqie le calcaire da JurSi en fourmillent si abondamment que cette roche m l'fjr de n'être pomposf^e que de, coquillages. A^MÎ poni voyons les premières g^nëmrion^ d^animniix se foniisr M même tem« que les premières rëvoliitiona.

Air. de G. Li| Nature a-trclle donc d^ faire taat de tapage pour produire les animaux? Peur^on croire que ces ttavau)( si délicats, ces productions organiséei avec tant d*açt| soiept le fruit d'énormes révolutions?

Air. de P. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire; qir il ne s'en su)t pas que de deux phépqnnènea sjqnultaoés l'un soit \di cause imniédiatp de l'autre. Mais il a fallu que Tocéan dépose une grande quantité des substances qu'il çoqtenoit pp^^ pouvoir devenir le théâtre de Tofr ganisation animale; ou bi^n il a fallu que les tofr^im s'élèvent i) une grande liauteqr pour se trouver peutêtre sous une lUQJiidre pressiqn de l'océan qu pour arriver à une région où il règnpit une c}ialeur suffisante pqur consoipmer le procès organique.

Mr. dfi L. (ri^iit.) Tenez vous sur vos garder contre de nionsieur de G. Il v^ vous faille la>épptation d'un révulMliounaire, d'un Jacobin, d'un Carbonari, Car des révolutions |>{iy&iques, que vous nous avez dé= peintes si éloquenintent, il n y 9 qii'un pas ^ux révolu* tions politiques.

Jîde. de L. Que la plus sublime bêtise pourroit seule faire.

Air» deLi Partez donc bien yicçpourrAin^rique, iponsieur de p.j car si la bê^se peuç f^ira ce pas, elle |e fera sûrement,

Mr. de P. jTe n'ai p^ du tout V^Rvie de faire ce voyage, mç prouvant fort bien et fprt sûr oii je suis. Je reviens à me^ coquilles pour vous faire upe g^estioa f(ussi drple que yp^re craii^tepour ma rëputi^Upn de bon citoyen et de sujet pacifique. Dites nioi %\ |es coquil* lages sont nés ^an$ les rQc{)es calcaires pendant leur formation ou si ces roches C2|lçaires dpivef)f leurnaissance f|ux coquillages?

l^r. de L. La question es( vraiment plaisante, lyiais sur qupi se fonde-t-elle?

4/r. de P^ ^iir ce que d'uq coté il es( difficile de concevoir compient tant c{*|inimaux oq( pu n^tire ft se n^ultiplier par milliards pef^dant qu'il {leigoU cpntinuellemf^Qt dpi Ifi chauvi: (|ui les ensevelissait, e( sqr ç^ que ^'un autre coté nous voyops d'immenses foches calcaires forn^ées sous mer par les corallites, J'avou^ que je crois qu'il existe Ht% calqiires compqsée^ unique^icnt de différentes familles de pqquill^ges, ^ont les unes se sont conservées e( les autres se sont ddlitéfi^et ont for-r mé par Iji la pdte qui enveipppe les premières.

Mais il s'offre ici encore un^ difficulté importante. Les cuquilles qui m.publenf ]es calcaires, l^ gypses, les marnes ptc. ne sont pas toutes des coquilles de mer, mais on trouve aussi beaucoup fie coquilles 0*eau douce dans ces rP<^bes, e( plus d*un (jéognostp pré^^p^ que Ton doif distinguer les formations qui conti^niient dei| coquille^ pélagiques de celles qui contiennept des coquilles fluyiatiles. '

84^ OBIIT QUATORZtiMB

Mr. de G. Cela me semble bien naturel , et noue système géologique expliquera ce phénomène par la élévations et les abaissemens du terrain, ahsoloes oi rélalives , au dessus du niveau de l*océan d^alors.

Mr.\ de P. Certainement je ne serai pas le pramier à me prononcer contre cette explication; ipaii j'ose pourtant douter que toutes les alternances que Ton observe entre les formations pélagiques et flumti> les doivent leur origioe à ce principe.

Mr. de R. Mais que ferons-nous donc? Careafin il faut expliquer.

Mr. de P. Je n'en vois pas la nécessité^ Pourquoi ne pas avouer notre ignorance à ce sujet comme à tant d'autres, Nous avons au reste encore plus d^une défaite pour nous tirer d'affaire. Quelques Naturalistes croient que plusieurs espèces de coquilles fossiles, qu'on regarde comme fluviatiles, pourroient bien être des coquilles pélagiques d'une espèce très semblable et que l'on ne méconnoit que par ce qu'on ne les retire des calcaires que fracturées. D'autres, au nombre des quels je nommerai Cuvier, Humboldt, Brongniard, croient sur des faits bien avérés que plusieurs coquillages pëia<â. ques s'accoutument petit à petit à l'eau douce et des fluviatiles à l'eau de mer. Ainsi il est possible que toutes les coquilles aient été autrefois des coquilles de mer et que, dans le tems où leur habitation étoit à sec elles se soient accoutumées l'eau douce, surtout à Tem» bouchure des (leuves. On connoit entre autres l'exemple d'un mjrtilus fluviatilé; et je dois ajouter qulci Ton

CENT QUATOEZIÂMB BRTRBnBV* 8^3

trouve, comipe dans les formations des roches, souvent des passages, où les coquilles fluyiatiles se trouvent pêle*méle avec des coquilles de mer,

Mr, de L. Cette idée a quelque chose de bien séduisant, je Tavoue; cependant elle me paroit encore bien peu ëtayëe«

Air. de P, Assurément ; aussi ne la dopne-t-on que pour une idée et non pour une explication,—*- Mais passons aux animaux des continens.

Ils sont certainement postérieurs aux habitans des mers, puisqu'il a fallu que les continents se forment et se couvrent de végétation pour les nourrir. Mais comment ont-^ils été enfouis? D*abord nous retrouvons les plus anciens os fossiles de quadrupèdes non seulement dans des antres, où une inondation du continent les aura chassés, mais aussi incrustés dans des roches calcaires, témoin par ex ; la roche qui forme les caverne^ deMuggendorf,

Le Comte C. La seule explication qui me paroisse admissible est que ces races de quadrupèdes ont vécu avant la formation de cette roche, et que leurs osse^ mens ont été entrainés avec des masses de calcaire en^ core mou ji^squ'à ce qu'un point fixe ait arrêté ces débris,

Mr. de P. Il paroit difficile de rien dire de mieux. Mais convenez aussi que les courans, qui ont prow duit ces amas, auroient dû observer une grande régulari-p té dans leur marche pour ne p98 éparpiller les ossemens qu'ils charrioient , et qu'il est très singulier qu'après

qme riooodatioq eut eeué^ les mêmet eyiLcei de dmpédet toîent renos TÎTaot s'enterrer et pourrir àam les carêmes foraines en partie par les os de lenrs

MdçmdeL. Quittez, {erousprie, ce problème iasoluble pour nous parier de la «lemeure de ces qoadnh pèdes loriqu'ils vivoient encore; car je suis bien décidée de savoir pourquoi Ton trouve des éléphnos oom^ moutbs dans le nord de la Sibérie.

JUn de P. Vous me renvoyez, madame, deCs* rybde à Scylla. Voyons si je me tirerai mieux de ce dernÎQrgourre* D'abord permettez moi de vous <diser« ver que les premiàres races de quadrupèdes, trouvant pour ^purriture une végétation beaucoup plua yigooreuse que cellf d'aqjourd'hui et vivant dsns un air bien plus cbiirgé d'acide carboniaue qu'il n'est k présente! par consfîqucnt sO)is une stn^osplière beaucoup plus pe^ tante et plus dense, il est conceyal^le que les races éDê-^ logues à celles d'i|uîourd'liui aient été de bien plus forte taille et se soienf distinguées d'ailleurs par quelque^ différences organiques. J'ajqute à cette observation que rhomme, qui est de tous les animaux terrestrea celai dont la respiration supporte le moins d'acide carbonique, a (lu terminer la série des créations animales , lorsque l'atinosphùre fut réduite à peu près à l'état ob elleeatan- {ourçl'liui. (]e qui est conforme à l'observation qui nous dit qu'on ne trouye pas de squelettes fossiles d'I^pmme mais beaucoup de singes, conforme à la narration de Moyse, conforme surtout à Tidéeque lecbefd'oeuvre du Tout-puissant a dû trouver aa demeure for-

CBMT QUÀTÔRSSIBBfB UiVTJUfTlIUff* 645

mëe et peuplée ae ce qui sert à sel besoins eï à la peiw fectibilité dé ses facuUës ihtelleciiiblles.

Mde. de L., Tout cela est fort beau et très philosophique , mais ditesl,nous, je vous prie^ comment il s'esc fait que nous trouvions des ëléphans en SibëHë et dans le Wurtemberg, dés crocodiles danA îesPays^bâs et dea ours blancs au centre de l'Allemagne, etc. Feréz-voua voyager tous ces animaux de leur climat toàtal pour les ensevelir dans des âônes étrahgèrés?

Mr. de P. Vous êtes, madâbe, si peu voyageuse que je ne nie permettrai pas de tenter cette voie d'explication, qui d'ailleurs est si commode qu'on s'est don* ni beaucoup de peine pour la faire valoir. Essayons en ubé autre, Vbus savez que dans hotre système la cristallisation et tè^ autres protès chimiilques ont produit beaucoup de calorique latent', qui a dôhné aux roches précipitées; à rocéaii et à l'atmosphère inférieure une température bien plus élevée que la surface du globè n'a aujourd'hui.

Mr. de Ri Mais qu'est deveiiu depuis éè snïplut de chaleur?

Mr. de P. Je pourrois le laisser s*échap)>er hors des limités de l'atmosphère ; nAais comfaie je suis avare de calorique, je préfère Teihployer i Iréhausséi: un peu

la température du globe entier.

•* * Mr. de L. Vous faites la cour â ma fHIleusè épouse,

en mettant taât d'économie dahs l'emploi du calorique. Mdê, de L. Pas du tdnti tfiar si dèjkuu 6000 ans

84^ CENT QUATORZObcB BNTRBTXBtr.

ce surplus de chaleur a passe dans rintérieur dagi il doit y passer encore et nous voila à la reillede

Mr. de P. Au moins pas sur les contioem; nous avons les cavernes volcaniques, ces forges de \ caiU) qui, en faisant si souvent trembler la Terre eci mir ses habitans^ renouvellent la chaleur et rëparest perte que vous craignez si fort*

Mde. de L. Et quand vos sulfates et vos pjtia seront ëpuisës, et je doute fort qu'ils soient inépoi» sables

Mr. de P. Alors nos arrières-neveux auroatu^ de trouver une nouvelle hypothèse qui explique (Xtf quoi ils ne sont pas encore changés en statues degtsa

Mré de L. Voyez comme le froid à craindre d 6000 ans a fait oublier à ma femme et ses ëlëphans de Sibérie et se% ours blancs de la Franconie !

Mr. de T. Je les eusse presque oubliësmoi-mèiBi Nous en étions à la température de Tair à rëpoqueodoi géans quadrupèdes vivoient. Cette température élert a dû produire au nord de TEurope, de l'Asie et ( l'Amérique un climat égal au moins à celui de TEgrp qui devoit très fort couvenîr à l'éléphant laineux q monsieur Adams a retrouvé à remboucluire de TOli et au crocodile qui a été incrusté dans les carrières Mastricht. Ce beau climat ayant cessée ces races disparu de ces lieux et Ton ne trouve leurs analogt que dans les pays chauds.

Mr* de L. Voilà la moitié du problème. Voyc

CSNT QVATORZIBBfB BMTRBTIEZI* ^47

Tautre moitié» D*où Tiennent les ours blancs des ca« yemes de Muggendorf ?

Mr. deP* Qui tous a dit que ces ours ëtoîent blancs ?

Mr. de L. (ëtonné.) Vous même et tous les Géo-« logistes) je pense?

Le Comte C. Leur squelette est en tout s^emblable à celui de ours blancs, à là taille près, qui est plus du double de celle des races d'aujourd'hui.

Mr. de P. Et cependant {e répète : Qui vous a dît que ces ours fossiles étoient blancs? II y a 30 ans que personne n'eut osé dire que les Mamouths portoient pelisse. C^ fait doit rendre l'Anatomiste très circons*pect, lorsqu'il veut juger de l'habitation des races primitives des quadrupèdes uniquement d'après la structure de leurs os. Notre ours ordinaire, avec sa pelisse plus ou moins chaude, se trouve en Europe depuis les Appenins jusques enLaponie; il vivroit àNaples> si Naples a voit de grandes forêts où il pût se soustraire à la guerre que rhommelui fait. Et trouvez-vous plus difficile de supposer que Tours marin d'alors ait une pelisse brune et moins chaude^ que de mander de ces grosses bêtes des bords de la mer glaciale pour se faire enterrer entre Baireuth et Erlangen? Noublions jamais dans nos explications géologiques les modifications que les animaux peuvent devoir au changemens du climat. Voyez le lièvre, si commun en Europe. En Pologne il est gris-brun, gras et gros^ et déjà en Livonieil est petit) maigre tt tout blanc» Je ne doute pas que queU

848 cnrr QVATOHzoiifB éMb

qoe$ {ndividos d'une espèce qaeieôoqaé â'âé|piiai d'ours, de drocodilés n'aiant été éntraioës par left ocm rans et fait de longs voyages; mais je crttis oser donti que des faihilles entières aient eu ce Bokt^ et {e pn fère croire qu'elle! ont habité lA pays qui léor serrei de tombeau.

Cmt QtriNzubtB sstBxrvm*

Page 1