PREMIÈRE PARTIE
n L'SUÎRB BB8 GATÉGII8IB8 BH 6ÉRÉRAL
Nous examinerons d'abord l'œuvre des Catéchismes 311 elle-même, et dans ce qui la constitue : question fondamentale; — puis nous verrons ce qu'en ont pensé dans l'Église tous les saints et grands personnages en qui Dieu a mis son esprit et son inspiration pour cette œuvre ; — et surtout ce qu'en a pensé le Maître des maîtres, le Modèle des Modèles, Notre-Seigneur ; — nous regarderons ensuite de plus près ce que sont les Snfants, sujets même de cette œuvre, ce qu'ils sont lans le présent et pour l'avenir;— -et enfin, ce qu'est lujourd'hui, sous le rapport de l'éducation chrétienne les enfants, la Famille.
Qu'est-ce qu'un Catéchisme?
Qu'est-ce qu'un Catéchiste?
Qu'est-ce que faire le Catéchisme ?
250 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
Au premier abord, Messieurs, ces questions, vous paraîtront peut-être étranges, pour le moins superflues ; car il semble bien que, dans le vrai, personne n'ignore ce qu'est un Catéchiste, ni ce que c'est que faire le Catéchisme.
Pour moi, Messieurs, je n'ai pas si bonne confiance; je pense qu'on ne sait peut-être pas ici tout ce qu'il faut savoir ; et, par conséquent, je crois au contraire ces questions très-importantes, fondamentales même.
Faire le Catéchisme, c'est, comme on le définit généralement, enseigner les éléments de la Doctrine chrétienne aux enfants.
Cette définition est vraie ; mais elle n'est pas complète. Elle dit quelque chose, une partie, une importante partie de la grande œuvre dont il est ici question ^ mais elle ne dit pas tout : le Catéchisme, c'est beau--coup plus.
Entendu et pratiqué comme il doit l'être, le Caté— chisme n'est pas seulement l'instruction, c'est l'édu-— CATION : l'éducation religieuse de l'homme, pendante les années de son enfance et de sa jeunesse.
L'ÉDUCATION, l'instruction, VOUS le savez, Mes- sieurs, sont deux choses très-distinctes.
L'ÉDUCATION, c'est le but àatteindre, l'œuvre même ^ à accomplir ; l'instruction n'est qu'un des moyens.
L'instruction pourvoit l'esprit de certaines connaissances ; l'éducation élève l'àme tout entière.
L'instruction ne s'adresse directement qu'à l'intelligence ; l'éducation forme tout à la fois l'intelligence, le cœur, le caractère et la conscience.
L'éducation religieuse, assurément, ne peut se passer de l'instruction religieuse ; mais il est capital de le bien entendre. Tune n'est pas l'autre. Donner Knstruction religieuse à l'esprit sans faire en même temps l'éducation religieuse du cœur, du caractère et de la conscience, serait demeurer bien loin du but et de l'œuvre, dons nous voulons ici définir la nature et démontrer l'importance.
Donc, faire le Catéchisme, ce n'est pas seulement enseigner aux enfants le Christianisme : c'est les élever dans le Christianisme. Les élever dans le Christianisme! Grande parole! Qu'est-ce à dire? C'est les élever dans l'innocence et la sagesse chrétienne, dans la lumière et la grâce des vertus évangéliques ; c'est les élever dans la crainte et l'amour de Dieu, c'est préparer en eux l'éternelle vie, en élevant et sanctifiant la vie présente.
Élever dans le Christianisme, est donc ici le mot capital : il exprime ce qui est le fond même du Catéc^hisme, l'essentiel de l'œuvre à faire. — Accepter ou rejeter ce mot, c'est dire oui ou non sur l'œuvre même.
N'est-il pas évident en effet. Messieurs, que se bor-
!fô2 LA PAROLE GATÉGfilSTIQUE.
ner à instruire les enfants des éléments de la doctrine chrétienne, sans se mettre en peine de la leur faire goûter et pratiquer, sans former en eux les habitudes, les inclinations, les mœurs chrétiennes, ce tfesl presque rien pour le grand but à atteindre, presque rien pour la vertu et le bonheur dans la vie présente, et rien absolument pour la conquête de la vie étemelle.
Ce qu'il faut ici, après toute chose et avant toute chose, in fine et ante omnia^ comme le disait autrefois le prince des Apôtres, c'est de gagner leurs âmes à Dieu : nul ne le conteste ; mais pour cela, l'important, l'indispensable, c'est de former, d'élever leur volonté aussi bien que leur intelligence dans l'ordre des choses divines, en déposant au fond de leur cœur, avec la lumière de la foi, l'amour de Dieu et les espérances de la vie éternelle. Sans doute on élève dignement l'esprit des enfants par l'enseignement de la Doctrine Chrétienne; mais si on ne veut pas mutiler misérablement l'œuvre qu'on fait, il faut élever en même temps leur cœur par l'amour de cette céleste doctrine et des vertus qu'elle inspire.
Les éclairer sur leurs devoirs est capital, je le reconnais; mais à quoi servira cette lumière, si on ne leur fait pas aussi aimer leurs devoirs, et sentir le bonheur de les pratiquer? Pour cela, à l'enseignement qu'on leur donne et qui les instruit, il faut ajouter des exhortations qui les touchent, des exemples qui
les persuadent, des pratiques qui leur plaisent, des exercices pieux qui les améliorent. Il faut redresser leur caractère, corriger leurs défauts, fortifier leur volonté, éclairer et rectifier leur conscience, ennoblir leurs sentiments ; il faut enfin élever jusqu'à Dieu leur àme tout entière.
Vous le voyez. Messieurs, l'enseignement de la Religion, tout important qu'il soit, n'est qu'une partie de cette belle œuvre. En un mot, qui résume tout, et qui est sur ce point la formule de la science catholique : le Catéchisme, ce n'est pas simplement l'instruction, c'est l'éducation ; ce n'est pas seulement Enseigner le Christianisme aux enfants, c'est Élever les enfants dans le Christianisme. Le simple énoncé des termes porte ici avec lui une clarté qui ne peut échapper à des esprits aussi clairvoyants que les vôtres.
Cette formule, elle est d'ailleurs bien connue dans la pédagogie générale : elle a été employée bien souvent en France, depuis trente années, surtout pendant les grandes querelles pour la liberté d'enseignement. On a fait alors des volumes pour démontrer que l'instruction n'est pas tout ; et que l'éducation est très-supérieure à l'instruction.
Et pour bien entendre. Messieurs, combien cela est
SÔ4 LA PAROLE GATÉGHISTfOlIB.
particulièranent vrai, quand il s'agit <kt Catéchisme, veuillez remarquer les expressions dont on se sert ici, dont nous nous sommes servis nous-mêmes jusqu'à présent Le langage vulgaire cache quelquefois, vous le savez, sous une simplicité apparente, des sens profonds qu'il importe de pénétrer.
Nous avons dit: L'Œuvre des Catéchismes, parce qu'en effet ce n'est pas seulement ici une simple parole, une sèche instruction, la Lettre d'un texte récité, et même expliqué; non : c'est une Œuvre, une grande œuvre ; c'est une action, une forte et nécessaire action sur les âmes.
Avez-vous encore remarqué. Messieurs, cette autre expression, dont on se sert universellement, même quand on ne la comprend pas assez : Faire le Catéchisme? Faire le Catéchisme, c'est-à-dire faire l'œuvre du Catéchisme, c'est évidemment bien plus que l'expUquer : c'est apprendre à le pratiquer, à l'aimer; c'est le mettre dans le cœur en même temps que dans l'esprit ; c'est le faire passer de l'enseignement théorique dans la vie réelle : autant que cela est possible, en cet âge si tendre duquel tous les autres âges de la vie dépendent, c'est former et établir l'homme avec solidité dans les mœurs et les habitudes chrétiennes.
Ainsi, on le peut dire, il y a trois degrés dans l'œuvre du Catéchisme : il y a le Catéchisme récité, le Catéchisme expliqué, et puis le Catéchisme pra-
tiqué. La récitation sans l'explicatloo n'est rien, vous le sentez tous : que penseriez-vous d'un Catéchiste qui se bornerait à faire réciter la lettre du Catéchisme sans l'expliquer jamais? Mais la récitation et l'explication sans la pratique, ce n'est guère plus ; car c'est la pratique du Catéchisme qui, seule, sauve les âmes : c'est la pratique du Catéchisme qui, seule, fait des chrétiens, forme des esprits et des cœurs chrétiens, gagne à leur Créateur et à leur Dieu ces âmes que Jésus-Christ a rachetées de son sang.
Mais, Messieurs, si expliquer le Catéchisme et faire le Catéchisme sont deux choses distinctes, il faut ajouter que ces deux choses devraient toujours être inséparables. Malheureusement, il arrive bien souvent que l'une va sans l'autre. Combien de prêtres à (pii l'on pourrait dire : Vous ne faites pas le Catéchisme, vous n'avez pas compris qu'il s'agit là, non d'un simple enseignement religieux, non d'une expli- ^tion plus ou moins claire de la doctrine, mais d'une Buvre effective, d'une grande œuvre, de la plus im- )ortante de toutes les œuvres sacerdotales, de celle que «int Paul appelle i"^ Opus ministerti, opus Christi ; le celle qu'il définit admirablement par ces paroles: Filioliy quos iterum pariurio, donec formetur Chis- U8 in vobis.
n s'agit là de la formation des âmes, de la formaion de Jésus-Christ dans les âmes; et vous, vous vous M)ntentez de parler, de disserter, d'enseigner, de faire
26â LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
une classe de Religion ; vous donnez une instruction plus ou moins sèche à Tesprit ; vous ne travaillez pas à la formation, à l'éducation religieuse de l'àmel Puis après avoir ainsi fatigué, et disons le mot, ennuyé ces enfants pendant plusieurs mois et vous y être fotigués ennuyés vous-mêmes, vous vous étonnez de les voir fuir loin de vous le lendemain de la première Communion I
Et souvent ce n'est pas ici défaut de zèle ; non, c'est défaut de réflexion ; car il y en a qui ont assez de zèle, pour faire centriste Catéchisme tous les jours: les moins zélés s'astreignent à le faire trois fois par semaine.
Je dis donc : Défaut de réflexion ; et qu'on ne s*ek offense pas ; car on peut avoir, avec du zâe, beaucoup d'esprit, et n'avoir pas assez réfléchi sur I6 fond des choses.
Je le dis avec sincérité et avec joie. Messieurs : l diocèse d'Orléans est un des diocèses de France oC on le fait le mieux, le Catéchisme. C'est un honunag^ qu'il m'est aussi doux de vous rendre qu'il peut vou^ être glorieux de le recevoir. La vérité est toutefois qu'un grand nombre de prêtres, dans nos villes et dan^ nos campagnes, tombent encore souvent dans ce dé — faut, que nous reprochions nous-mêmes naguère avec^ tant de force aux professeurs universitaires, et que les* hommes les plus éminents de l'Université leur reprochaient les premiers : a: Vous instruisez, vous n'élevés
pas, disait M. Saint-Marc Girardin : vous cultivez et développez l'esprit, mais non le cœur, i^ Eh bien ! ijourd'hui encore, il y a des prêtres dont on peut re : ils instruisent, ils n'élèvent pas. Ils donnent astruction plus ou moins aride et par là même plus i moins stérile ; mais ils ne songent pas à la faire >ûter, à la faire aimer.
Et cependant, si l'enseignement, même profane, de jeunesse n'est véritablement sérieux et complet, que, land, à l' instruction qui éclaire Fesprit, se joint l'édution qui forme le cœur, le caractère, la conscience, volonté, et, par là même développe, fortifie, élève, aies les facultés de l'àme ; si, dans l'enseignement s sciences et des lettres humaines, on ne doit pas se imer à if^truire, mais s'appliquer aussi et surtout élever : à plus forte raison, dans l'enseignement de Religion est-il de toute nécessité qu'à cette Instrucm de r esprit, qui éclaire et fait connaître les devoirs, joigne r Education du cœur, qui les fait aimer, et d, inspirant les bonnes incUnations et les saintes ibitudes, forme aux vertus chrétiennes, et élève relieusement l'âme tout entière?
Vainement répondra-t-on ce que nous répondaient Ttains professeurs universitaires, que l'instruction intribue à la bonne éducation. Cela est évident, et suis loin de le nier ; mais il n'est pas moins évident 18 rinstruction n'est pas tout, et qu'elle ne saurait re ici un moyen suCûsant. L'instruction la plus
258 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
solide, bornée à elle-même, demeurera toujours froide, sèche, et souvent stérile. Je ne me lasse pas de redire qu'il y faut joindre des exemples, des exhortations, des pratiques surtout]: autrement on aura en résultat trop peu de chose. Vous êtes peut-être le Prêtre le plus savant d'un diocèse et qui donne le mieux une instruction : tant mieux ; car par là vous pouvez faire connaître aux enfants le fond de la Religion. Grâce à vous, tel enfant pourra savoir et comprendre parfaitement toute la lettre de son Catéchisme, et tout l'essentiel, toute la substance de la théologie chrétienne; mais, avec tout cela, ce petit théologien pourra n'être qu'un enfant sans cœur, sans émotion, sans âme, sans piété, sans religion véritable, si le zèle et la sollicitude de son Catéchiste n'ont pas su lui inspirer la foi viv^-j l'amour du bon Dieu, le goût, la pratique et le zèW des vertus chrétiennes.
Messieurs, quoiqu'on ait pu s'éloigner plus o^ moins de ces sentiments et de ces pensées, il est im-^ possible de ne pas en reconnaître la vérité. Inutil ^ donc d'insister plus longtemps : vous m'avez compris Je conclus en répétant ma formule : Le Catéchisme n'est pas la simple Instruction, c'est V Education chrétienne de Vâme.
Et n'est-ce pas ainsi que l'entendit et le pratiqua la primitive Église et que le pratiquèrent depuis, car* l'Église ne change pas, tous les Pasteurs, vraiment' dignes de ce nom ?
Quel était, dans les premiers siècles du Christianisme, le but de ce qu'on appelait les Catéchèses ? c'était ^instruire sans doute, mais n'était-ce pas aussi et surtout d'élever^ et de formnr à la vie chrétienne?
€ Celui qui était jugé capable de devenir chrétien, € dit Fleury, était fait Catéchumène. Il assistait aux € sermons publics, où les infidèles mêmes étaient « admis; mais de plus il y avait des Catéchistes qui c veillaient sur la conduite des Catéchumènes, et c leur enseignaient en particulier les éléments de la « foi. On les instruisait principalement des règles de € la morale^ afin qu'ils sussent comment ils devaient € vivre après leur baptême.
« On ne regardait pas seulement si le Catéchumène € apprenait la doctrine, mais s'il corrigeait ses « mœurs; et on le laissait en cet état, c'est-à-dire, € sans baptême, jusqu'à ce qu'il fût entièrement con- « verti. :•
L'Église a pu changer sa discipline, et établir qu'on baptiserait à l'avenir les petits enfants aussitôt après leur naissance, mais son esprit n'a pu changer; et quand les enfants de nos jours. Catéchumènes encore, non plus du Baptême, mais de l'Eucharistie, viennent se faire enseigner par nous avant d'être admis pour la première fois à la Table sainte, l'Église n'entend pas que nous nous bornions à les instruire ; elle veut que nous veillions sur leur conduite, que nous leur a;>pr^-
260 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
nions comment il devront vivre au milieu du monde, et persévérer dans la vertu après la première Communion : pour cela elle veut cpie nous leur apprenions à aimer Dieu, à prier, à réfléchir sur les choses du salut, à se repentir de leurs péchés, à corriger leurs mauvaises habitudes, à demander pardon à Dieu, à faire des actes de contrition et de ferme propos, — qui ne soient pas seulement dans leurs livres, ou sur leurs lèvres, mais dans leur cœur; — elle veut que nous fassions en sorte que leurs mœurs deviennent saintes et pures, et que nous ne les laissions enfin sortir de nos mains et de nos Catéchismes, que quand ils seront entièrement convertis et affermis, que quand nous aurons en un mot, autant qu'il est en nous, fait et achevé leur éducation chrétienne.
Et rÉglise veut aussi, Messieurs, que vous le sachiez : tant que vous n'avez pas fait cela, vous n'avez rien fait : non, l'enfantement de ces jeunes âmes, qui est le fruit le plus glorieux de votre fécondité sacerdotale, n'est pas fait, n'est pas achevé, tant que Jésus-» Christ n'est pas formé en elles : Donec formelur Christtis in vobis.
Ce qu'il faut donc ici bien entendre, encore une fois, c'est que le Catéchisme n'est pas une simple classe, une espèce d'école, où l'on apprend la religion
aux enfants, où l'on éclaire plus ou moins leur esprit ; non, les Saintes Écritures nous en donnent d'autres idées : le Catéchisme, c'est une Famille où l'on élève les âmes pour Dieu, pour l'Église, pour le Ciel ; c'est un Sanctuaire, un asile sacré où on leur fait aimer la Religion ; c'est un Bercail où l'on rassemble, pour les nourrir et les faire croître sous les yeux du Seigneur, les plus jeunes agneaux du troupeau, et où, pour cela, on leur donne les aliments et tous les soins qui conviennent à la faiblesse de leur âge.
Ce qu'il faut entendre avant tout, c'est que le Catéchiste n'est pas simplement un professeur de religion et de morale, qui instruit plus ou moins bien ses écoliers; n'est pas, comme le disait autrefois saint Paul, un pédagogue; c'est un Pasteur, c'est un Père, non P(Bdagogos, sed Patres, Ceux qui lu sont confiés ne sont pas de vulgaires écoliers, mais les enfants de Dieu, les enfants de la sainte Église, les ouailles du divin Pasteur, rachetées par sa croix.
Certes, Messieurs, je n'exagère rien ici ; et j'arriverai, j'en suis sûr, à vous le démontrer avec les dernières clartés de la lumière évangélique; et dès à présent j'affirme, avec insistance, et avec la certitude de ne pas rencontrer une contradiction possible, que le Catéchiste- chrétien vraiment digne de ce grand nom, c'est un Ministre sacré, revêtu d'un caractère auguste, pour accomplir dans de jeunes âmes la plus belle des œuvres; c'est un Pasteur qui connaît, qui
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appelle par leurs noms les plus chères brebis du troupeau de Jésus-Christ, qui les conduit avec sollicitude dans les pâturages de la vie éternelle; anteeas vadit; c'est un Père qui aime ses enfants avec tendresse, c'est une Mère qui les nourrit avec bonheur; voilà pour* quoi Fénelon s'écriait : Soyez pères ^ ce n'est pas assez, l soyez mères ! î
Et voilà pourquoi aussi cet adnairable Apôtre, saint 1 Paul, dont le cœur était si fort et si tendre, disait àt ceux qu'il catéchisait : « Facti sumus in medio ve^— trûm, tanquam si nutrix foveat filios suos. > Noi^^^ sommes devenus au milieu de vous comms une Mèr'^^ qui nournt avec amour ses petits enfants.
C'est encore saint Paul qui disait : c Consolantes v(^^^ et deprecanteSj sicut pater filios suos. i^ Nous aimof^t^ à vous conjurer et à vous consoler, comme un Pèr ""^ fait à regard de ses enfants.
Et le disciple bien-aimé, Jean l'Évangéliste, avait-i^-^^ d'autres sentiments et une autre âme, quand S^ ^ s'écriait : o: Majorem non habeo gratiam, quàm w-^^"*' audiam filios meos in veritate ambulare. d
Ces belles et si vives expressions du zèle apostolique^ ^ m'amènent à vous dire le mot capital, sans lequel riei ^ de ce que j'ai dit jusqu'ici ne peut être pratiqué, nr^ ^ même entendu, et ce mot, qui est à lui seul le gran( secret de l'œuvre que je cherche à vous exposer, 1< voici :
Pour que le Catéchiste soit pasteur et père, il y a^
omme pour toute paternité, une condition indispenable, l'amour. Oui, l'amour, le grand amour de Dieu t des âmes. Il faut avant tout que le Catéchiste aime es enfants, et Dieu dans ses enfants ; qu'il en soit limé lui-même, et qu'il leur fasse aimer Dieu ; qu'il eur apprenne à prier et à adorer leur Créateur, à se •epentir de leurs péchés qui l'offensent, et à se coriger des défauts qui déparent leurs âmes. Tant que rous ne leiur avez pas appris à aimer leur Père qui est lans le Ciel ; tant que vous ne leur avez pas appris à limer l'Église qui est la mère de tous les fidèles, et ïette maison sainte qu'on appelle aussi l'Église, et qui ^t la maison de Dieu, pour eux, dans leur village... ant que vous ne leur avez pas appris à aimer la îainte-Vierge et le Ciel... et, je l'ajoute, à vous aimer rous-mêmes, oui, vous-mêmes ! car il faut qu'ils vous liment ! autrement, vous ne réussirez jamais à rien mprès d'eux; tant que vous ne leur avez pas fait >entir que vous-même vous les aimez, que vous êtes leur pasteur et leur père : vous n'avez pas fait l'œuvre qui est à faire ici.
Oui, Messieurs, quand vous leur auriez appris et expliqué, à ces pauvres enfants, avec la science et la clarté du plus habile professeur, toute cette lettre du Catéchisme ; s'ils ne vous aiment pas, s'ils n'aiment pas ce Catéchisme que vous leur apprenez, s'ils n'aiment pas Dieu, s'ils n'aiment pas la Sainte-Vierge ; les Saints, les Anges, vous-mêmes, tout ce qui est à
264 Là parole CâTÉCHISTIQUE.
leurs yeux la Religion ; si le lendemain du jour où vous avez achevé de leur apprendre le Catéchisme, ils vous fuient; si la première Communion une fois faite, ils ne veulent plus vous revoir, si vous ne les retrouvez jamais ! — Hélas ! vous le savez, c'est là où Vous en êtes, surtout pour les garçons; c'est ce dont vous gémissez si souvent ; — non, encore une fois l'œuvre n'est pas faite : vous avez eu beau leur expliquer le Catéchisme et leur faire des instructions, vous ne les avez pas même instruits ; car sachez-le bien, ils n'auront jamais l'instruction solide de l'esprit, si on ne leur a pas donné l'éducation de l'âme : quand on cherche à les instruire sans chercher en même temps à élever leur cœur, ils n'écoutent pas cette instruction sèche, aride et sans vie.
Non, si vous n'avez pas su trouver le secret de pénétrer jusqu'à leur cœur, si vous n'avez jamais ressenti vous-mêmes, ni su exciter en eux ces tressaillements de Tàme, que produisent dans les hommes et les enfants, l'amour de Dieu et le zèle; si vous ne dites pas, comme saint Jean, comme saint Paul: Filioli quos diligo in caritate, fllioli quos ilermi parturio, il vous aura manqué, à vous et à eux, ce qui assure le fruit divin de l'enseignement pastoral.
Et ce que je dis ici, Messieurs, remarquez-le bien, est tout à la fois dans la nature et dans la grâce. Oui, il faut que le Pasteur aime son troupeau, il faut que le Catéchiste aime ses enfants et que les enfants aiment
leur Catéchiste ; autrement, il ne parviendra pas à les élever, pas même, je le redis, à les instruire comme il faut.
L'instruction sera toujours sans charme, si celui qui la donne n'aime pas ceux qui la reçoivent, et si ceux qui la reçoivent n'aiment pas celui qui la donne.
Voilà donc, Messieurs, le grand secret pour que le Catéchisme soit réellement l'éducation des âmes ; il n'y en a pas d'autre. Il faut que les Catéchistes aiment Dieu dans leurs enfants, et qu'ils le leur fassent sentir. Et alors les enfants aimeront leurs Catéchistes, et Dieu dans leurs Catéchistes, et on fera des merveilles dans ces jeunes âmes.
Mais, me demanderez-vous peut-être, comment leur faire sentir cela ? Oh ! Messieurs, voilà ce qui ne se dit pas, ce qui ne se définit pas. Ce que je puis vous dire simplement, c'est que, quand j'étais Catéchiste, je l'ai fait sentir. Comment? je n'en sais rien. Mais nous le sentions nous-mêmes, nous aimions ces jeunes âmes pour Dieu, nous tâchions d'aimer Dieu en elles ; et Dieu daignait bénir ce dévouement de notre cœur.
Mais il n'est pas question de moi ici. Un mot de saint Augustin dira tout, et avec une autorité souveraine : « Ama et fac quod vis. Aimez, aimez ! et tout ce que vous croyez impossible vous sera facile. Saint Augustin disait encore : Da amantem, et sentit quod dico. Dans l'œuvre des âmes, le cœur et l'amour sont
!266 LÀ PAROLE GATËCHISTIQDE.
l'esprit et la vie : Spiritus et vita. — Da amantem, da sitientem, da esurientem ; aimez ces précieuses âmes d'enfants ! ayez faim et soif de leiur bonheur, de leur beauté étemelle, de leur salut. Alors, vous comprendrez toutes choses, et vous ferez tout comprendre ; car c'est l'onction divine, c'est-à-dire l'Amour, qui enseigne tout : Vnctio docet omnia.
Da amantem ! da sitientem ! da esurientem ! Cette faim avide, cette soif ardente de vos cœurs excitera infailliblement pour les choses célestes la faim et la soif de ces vives âmes d'enfants : et alors vous aurez un spectacle admirable !
Avez-vous jamais réfléchi. Messieurs, sur cette ravissante parole du Sauveur, parole qui s'adresse tout particulièrement aux Catéchistes, et que Notre- Seigneur n'a pas prononcée en vain : « Quicumquc poliim dederit uni ex minimis islis calicem aquœ.... amen dico vobis, non perdet^mercedem suam. C'est ce qu'on fait au Catéchisme.
Je l'ai beaucoup méditée, cette parole, en songeant à vous la faire remarquer : voyez-en tout le charma pour un Catéchiste.
On a là ces petits enfants, minimis istisy ces agneaux de la bergerie, ces nouveau-nés de la famille^ et on leur donne à boire, on approche de leurs lèvres le breuvage que leurs âmes réclament
Ces enfants, ce sont de jeunes plantes, de tendres fleurs, trop souvent abattues vers la terre par des
souffles ftinestes, et desséchées avant le temps. Eh bien! on verse sur elles, au Catéchisme, pour les ranimer, pour relever leurs tiges vers le Ciel, l'eau pure de la doctrine, la douce rosée de la grâce, cette eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle.
Et avec quelle aimable avidité ils la boivent ! et comme ils en sont vite et entièrement pénétrés !
Avcz-vous vu boire un enfant qui a soif? C'est la même chose au Catéchisme : les enfants boivent véritablement nos paroles, s'en désaltèrent, et leurs jeunes âmes rafraîchies et vivifiées, se relèvent vers Dieu et les choses étemelles.
Ah ! seulement, il importe de le bien entendre, ce n'est pas une eau troublée, bourbeuse qu'il faut leur verser, mais une eau pure, fraîche, jaillissante, cette eau de la parole vive, de la grâce céleste, dont Notre- Seigneur dit qu'elle s'échappe du cœur et des entrailles : Flnmina aquœ vivœ de ventre fluent.
Et c'est alors qu'on voit éclore et s'épanouir en eux les plus aimables vertus : dans les natures qui étaient bonnes, ce sont souvent des prodiges de piété et de ferveur; et dans celles qui étaient viciées, les transformations les plus touchantes.
Messieurs, je ne connais pas pour un prêtre de plus grand bonheur que celui d'être l'instrument de ces merveilles.
C'est par là, que le Catéchisme, saisissant, pénérant peu à peu les âmes de ces chers enfants, y
infiltrera une à une les vertus chrétiennes, leur fera aimer la Religion, les transformera, et le Catéchisme sera ainsi pour eux véritablement l'école de Jésus- Christ.
»JL