LE CATÉCHISME
Ne croyez pas. Messieurs, que, dans la préoccupation de mon zèle, je trace ici le tableau utopique d'une (ruvre admirable, mais impossible à réaliser.
Non : tout ceci s'est fait, se fait encore ; et rien n'est moins nouveau que ce que je demande qui soit fait parmi nous.
On n'a jamais varié dans l'Église sur la nécessité et l'inappréciable bienfait du Catéchisme, entendu et pratiqué comme nous venons de le définir.
C'est co (pi'uno rcNne rapide de l'histoire de l'Église démontrerait avec la dernière évidence.
Depuis saint Augustin, consacrant les premières années do son Êpiscopat à composer pour un Diacre do rÊgliso de Garthage, chargé de faire le Catéchisme Mjpitllr de rAfiriqae, son beau livre De
Catechisandis rudibus ; jusqu'à Bossuet , croyant honorer les derniers jours de son ministère et ajouter quelque chose à la gloire de tous ses travaux, en donnant aux enfants de son Diocèse le célèbre Catéchisme de Meaux ; depuis Origène et les fameuses Catéchèses d'Alexandrie jusqu'à Fénelon ; et depuis Bossuet et Fénelon jusqu'à notre époque, il n'y a eu qu'une voix dans le Christianisme sur ce point.
Si l'on étudie de près les ouvrages composés à ce sujet, soit dans les premiers siècles, soit au moyen-âge, soit dans les temps modernes, et même de nos jours; si l'on y recherche l'esprit et la méthode qui dirigèrent les plus célèbres Catéchistes de l'Église, il est vraiment merveilleux de retrouver toujours la même inspiration, le même dévouement, les mêmes sollicitudes, avec des principes, une sagesse et une méthode constanm[ient invariables dans son fond, malgré les variétés accidentelles et nécessaires dans la forme.
Les plus grands hommes, les génies les plus illustres conune les saints les plus éminents, ont été unanimes à cet égard. Ils entendaient de la même manière nonseulement les principes généraux, mais aussi les détails et la pratique : saint Augustin pensait comme Benoît XIV, Bossuet comme Origène, saint François de Sales comme saint Charles Borromée ; le chancelier Gerson comme saint Ignace et saint François Xavier; l'abbé Fleury, Massillon, RoUin, Lhomond, comme saint Liguori ; le vénérable Boudon, comme
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Monseigneur Borderies, évêque de Versailles, qui fut au commencement de ce siècle l'incomparable mod^e des Catéchistes.
Et si Ton veut ici aller au fond des choses, on comprendra que le principe supérieur de cette admirable unité de vues, de sentiments et de méthode, en tous temps et en tous lieux, tient simplement à ce que tous ces saints Évoques et tous ces saints Prêtres pensaient comme saint Paul et Jésus-Christ; ils se souvenaient tous du récit évangélique : Et offerebant illiparvulos... et infantes... et complexans eos et imponens tnanus super illos^ benedicebat eis. Tous aimaient à redire avec Notre-Seigneur : Sinite parvulos venire ad me»
Ce n'est pas que dans tous les temps il n'y ait eu certains esprits peu initiés à cette œuvre, qui n'en sentaient pas l'importance et la dignité. Ce qui arriva à Gerson, en est une preuve.
On sait que Gerson, cet homme si considérable à son époque, cet illustre chancelier de l'Université de Paris, trouvait, dans sa vieillesse, une consolation inexprimable à faire le catéchisme aux enfants dans Téglise de Saint-Paul, à Lyon ; et que tel ^tait son respect pour eux, et sa confiance dans l'innocence de leur âge et la puissance de leurs prières, que, sentant sa dernière heure approcher, il voulut les réunir tous autour de lui, à son Ut de mort, et leur demanda de recommander à Dieu c son pauvre serviteur Jean Gei^on. »
De beaux esprits du temps se scandalisèrent et attribuèrent ce zèle de Gerson pour les fonctions de Catéchiste à un affaiblissement de tète pardonnable, mais au fond ridicule, chez un vieillard : le beau traité Deparvulis ad Christum trahendis^ telle fut la réponse que fit le Chancelier à l'étonnement de ses amis et aux sarcasmes de ses ennemis.
Mais la sainte Église ne tarda pas, dans le saint Concile de Trente, à prendre en main la cause de l'enfance un moment délaissée ; et un décret solennel ordonna à chaque Pasteur de faire avec soin le Catéchisme aux enfants, du moins les jours de Dimanche et les autres jours de Fête.
A peine l'Église eut-elle fait entendre sa voix, que, de toute part, on se livra avec un zèle admirable à l'œuvre des Catéchismes. Une multitude de Conciles confirmèrent et publièrent le décret de Trente, avec des prescriptions de détail qui montrent l'importance qu'ils y attachaient : des hommes du premier mérite se dévouèrent à procurer l'exécution de ce décret ; et peur en perpétuer l'heureuse influence dans l'Église, il se fœrma des Compagnies uniquement occupées du soin de donner aux enfants l'instruction et l'éducation chrétienne.
En Italie, les Conciles provinciaux de Milan, présidés par saint Charles Borromée, publièrent les plus beaux règlements De Calechisandis pueris et rudibus.
Les synodes de Sienne, de Camerino, de Monza, de
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Césène, de.ForK ; ceux de Parme, d'Albane, de Montefiascone, et une multilude d'autres suivirent le même exemple. Le synode de Brescia, en Lombardie, parla un langage des plus pressants. Il exhortait les pasteurs à prendre pour les enfants « des entraillés de mère, » et à leur distribuer affectueusement des récompenses afin de les affectionner à ces exercices salutaires.
L'Espagne ne montra pas moins de zèle ni d'empressement. Le Concile provincial de Valence, celui de Tarragone publièrent le décret de Trente, et ordonnèrent formellement aux pasteurs de faire le Catéchisme avec le plus grand soin, et de la manière la mieux adaptée à l'intelligence des enfants et du pauvre peuple.
Dans le royaume de Naples, le Concile provincial de Salerne voulut, comme celui de Milan, qu'on appelât les enfants au Catéchisme au son de la cloche.
En Allemagne et en Belgique, les synodes d'Olmutz, d'Anvers, d' Augsbourg, de Gand ; les constitutions des diocèses de Trêves, de Sion, de Constance, d'Osnabruck, d'Ypres, entrèrent, sur la manière de faire le Catéchisme, dans les détails les plus intéressants, les plus instructifs, les plus capables de faire comprendre que le Catéchisme, ainsi que nous nous sonunes appliqués à le démontrer, n'est pas seulement l'mstruction, mais l'éducation religieuse des ûmes : de même
en Savoie, les statuts de la Tarentaise et ceux du diocèse d'Annecy principalement.
En France, les Conciles de Besançon et de Bourges, les synodes de Metz, de Rouen, d'Orléans ; les statuts de Troyes, d'Angers, et enfin de tous nos diocèses sans exception, enjoignirent fortement aux Curés le ministère des Catéchismes.
Nous voyons même que le Nouveau-Monde s'empressa d'exécuter le décret du Concile de Trente: les Conciles de Lima et de Mexico rivalisèrent de zèle avec ceux de l'ancienne Chrétienté.
Pendant que de toute part les Conciles s'occupaient de ce grand objet, on vit des évêques, des ecclésiastiques du premier mérite, des Saints honorés du don des miracles, remplir eux-mêmes les fonctions de Catéchiste, et en persuader efficacement l'importance par ces grands exemples donnés au monde chrétien. Le docte et pieux cardinal Bellarmin, archevêque de Capoue, rassemblait les enfants dans sa cathédrale, leur faisait lui-même le Catéchisme, et distribuait des récompenses à ceux qui avaient le mieux répondu; puis il assemblait ses curés à l'archevêché et leur traçait, dans des conférences particulières, les règles qu'ils devraient suivre pour se bien acquitter d'une fonction si importante. Bien plus, il allait dans les diverses paroisses, et faisait lui-même le Catéchisme aux enfants sous les yeux des Curés ; et on rapporte qu'il parlait d'une manière si paternelle que tous en étaient touchés
et attendris. Dès qu'on annonçait le Catéchisme de l'Archevêque, les personnes de tout âge accouraient avec les enfants, et Bellarmin profitait de cette circonstance pour leur adresser à tous de salutaires avis, de vives exhortations.
Le bienheureux Jérôme Emiliani, dont la mémoire est en bénédiction dans toute l'Italie, rassemblait à Venise les petits enfants deux fois chaque jour pour leur faire le Catéchisme; et par ce moyen, il renouvela la piété dans cette grande ville.
Le zèle de saint Charles Borromée, pour exécuter les règlements des Conciles sur les Catéchismes, fut audessus de tout. Il institua à Milan, spécialement pour cette œuvre, la confrérie de la Doctrine Chrétienne, et s'efforça de la propager dans tout son diocèse. D n'y avait point de dimanche qu'on ne vît toutes les églises de la ville et de la campagne pleines de fidèles et d'enfants, s'unissant tous ensemble pour écouter • les enseignements et les exhortations du Catéchisme; puis ils chantaient des litanies, des psaumes, des hymnes et des cantiques de piété.
Ces exercices attiraient partout une grande foule de peuple, et surtout les artisans, qui laissaient là les jeux, les danses et les autres divertissements profanes, pour assister à ces pieuses et intéressantes réunions. Le saint Archevêque prenait plaisir à les visiter, et sa présence était un nouveau sujet de joie et d'édification publique.
Lorsqu'il mourut, il y avait, tant dans la ville que dans le diocèse de Milan, plus de quarante mille personnes qui suivaient ces saints exercices, environ sept cent quarante Catéchismes, et plus de trois mille Catéchistes.
Tel était. Messieurs, le zèle de ce grand et saint Archevêque pour les Catéchismes, et les bénédictions abondantes dont Dieu le récompensa.
En Portugal, Dom Barthélemi des Martyrs, Archevêque de Brague, celui-là même qui jeta un si grand éclat au Concile de Trente, mit tout en œuvre pour faire exécuter dans son immense diocèse le décret du Concile sur les Catéchismes; et lorsqu'il se fut démis de la charge épiscopale, il se livra uniquement et tout entier à cette grande œuvre. Elle fut la chère et unique occupation de ses derniers jours.
Saint Ignace, de retour dans sa patrie, résolut aussi de faire le Catéchisme aux enfants ; et comme on lui représentait qu'aucun n'irait l'entendre: « S'il en « vient un seul, répondit-il, je me croirai bien dédom- € mage de mes peines. i>
La haute estime que saint Ignace avait conçue pour Toffice de Catéchiste le porta à s'engager par vœu, lui et ses premiers compagnons, à ce genre de ministère. L'historien de sa vie raconte qu'étant devenu Général de son Ordre, il commença l'exercice de sa charge par faire le Catéchisme dans une église de Rome, où l'on voyait arriver en foule pour l'entendre
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non-seulement des enfants, mais encore des théol giens, des canonistes et des personnes de qualité- « Quoique son langage fût assez étrange et rempli tournures espagnoles, ses exhortations faisaient beai coup d'impression sur ses auditeurs ; et après Tavoi entendu, chacun se retirait en silence, les larmes ams yeux et le cœur rempli de componction.
Ainsi le Catéchisme était pour lui un apostolat : Ll n'instniisait pas seulement, il exhortait, il gagnait Dieu les âmes. Il continua cet exercice durant quarante-six jours dans la même Église; et c'est à so exemple qu'aujourd'hui encore les supérieurs de Is» Compagnie de Jésus font quarante jours le Catéchisme, quand ils entrent en charge.
Le même zèle animait saint François de Borgia : on le voyait parcourant les campagnes une clochette à la main, pour appeler les enfants, et leur apprendre à aimer et à pratiquer la Doctrine Chrétienne.
Dans les Indes, saint François Xavier aimait à bégayer avec les enfants les premiers éléments de la foi: € Il allait par la ville de Goa, et priait à haute voix € les pères de famille d'envoyer pour l'amour de Dieu « leurs enfants et leurs esclaves au Catéchisme. > — « Cet homme, si apostolique, avait dans l'esprit, ajoute l'auteur de sa vie, que si au moins la jeu- « Portugaise était bien instruite des principes de la « Religion, et formée de bonne heure à la pratique « de la vertu, on verrait en peu de temps le Chris-
revivre à Goa... Et ce fut en effet par les
que la ville commença à changer de face. »
;, du reste, Messieurs, comment l'Apôtre
r et tous ces grands saints, sans exception,
le Catéchisme. Il ne s'agissait pas là pour
ire seulement la jeunesse des principes de m, mais encore, comme nous le voulons, de
âmes à la pratique de la vertu.
évêquede Cahors, Mgr Alain de Solminhiac, me lasse pas. Messieurs, de vous citer ces Imodèles, — ne sortait jamais d'une paroisse Hf eût fait lui-même le Catéchisme, et sa cha- I fournissait toujours quelque nouveau moyen idre l'instruction intéressante, agréable et profii ses auditeurs pour l'amélioration de leur vie. S le modèle par excellence, le modèle income, c'est, Messieurs cet aimable et sublime saint ns de Sales, faisant lui-même le Catéchisme ifieuits de la Savoie. Je suis heureux de mettre M yeux le naïf et touchant récit que nous en ssé les historiens du temps :
*ous les jours de Dimanche, l'heure de midi étant née, vous eussiez veu marcher par les rues un 16 homme vêtu d'une espèce de cotte d'armes ne, sur le devant de laquelle était le saint nom Jésus en caractères d'or ; ce héraut sonnait une chette, et allait par les rues criant d'une voix ate et sonore: Venez à la Doctrine Chrétienne,
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« on VOUS y enseignera le chemin du Paradis. Alors c tous s'assemblaient en leur chapelle es places désir tinées ; et aussitôt que le Catéchiste avait fléchi le « genou devant Tautel, deux chantres, l'un à sa « droite, l'autre à sa gauche, entonnaient avec un chan t « mélodieux l'hymne du Saint-Esprit. L'oraison étant « dite, le prêtre se mettait en chaire, et les enfants « sur des bancs, d'un côté les garçons, et les filles de « l'autre, qui récitaient par manière d'interrogat et c de réponse, quelque partie du Catéchisme de Bel- « larmin, qu'en après le Catéchiste tâchait d'expliquer « plus amplement, et avec plus de facilité qui lui était « possible, levant les difficultés et les doutes ; même c bien souvent interrogeant etfesant redire ce qui avait « été expliqué, et le fesant prouver par des exemples.
« Et à cette œuvre catéchistique, le saint Evêque « s'employait ordinairement avec ses confrères les « chanoines, tour à tour; l'heure étant coulée, on « chantait quelque dévot cantique, ou en musique ou a à simple voix, ou avec des orgues, de la composi- <L lion du bienheureux Homme, ou de quelque autre. « Certes il appliquait quelquefois son esprit, par mam nière de récréation, à cette sorte de poésie, ou bien « choisissait quelque psaulme de David, de la belle m et admirable traduction de Philippe des Portes, « abbé de Thyron, qu'il baillait aux musiciens pour « y mettre l'air.
« Tous les ans deux fois, les jours du Dimanche,
«: il allait à la procession solennelle par toute la ville c avec ses enfants, suivi de ses prêtres; et montrant « une si grande dévotion que, seulement à le regarder « les cœurs des pécheurs étaient frappés de contric lion ; et toutes fois et quantes les enfants ou les « filles répondaient ou récitaient pertinemment à ses « demandes, il leur donnait des images, des médailles « bénites, des chappellets, des Agnus Dei^ des petits « livres de prières, et autres choses semblables, qu'il c portait toujours avec soi, pour les récompenser. »
Le Père de la Rivière, qui dans son enfance, avait assisté à ces Catéchismes, en parle ainsi dans sa Vie du saint Evêque :
« J'ai eu l'honneur de participer à ce bénit Caté- « chisme , oncque ne viz pareil spectacle. Cet aimable a et vraiment bon père était assis sur un trône de « quelques cinq degrés ; toute l'armée enfantine l'envi- «: ronnait... C'était un contentement non pareil d'ouïr € combien familièrement il exposait les rudiments de « notre foi; à chaque propos les riches comparaisons € lui naissaient en la bouche pour s'exprimer, il re- « gardait son petit monde, et son petit monde le re- € gardait : il se rendait enfant avec eux, pour former « en eux l'homme intérieur et l'homme parfait selon € Jésus-Christ. i>
Voilà, Messieurs, ce que croyaient devoir faire les Catéchistes d'autrefois, dans des temps qui étaient
280 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
assurément plus heureux et meilleurs que les nôtres» Que d'exemples ne pourrais-je pas encore citer t Chose extraordinaire! Il n'y a peut-être pas un seul de ces hommes de Dieu, suscités dans les temps modernes pour créer dans l'Église ces congrégalioas nombreuses par lesquelles ils ont fait refleurir la piété 9 qui ne se soit consacré à l'œuvre des Catéchismes, o» qui n'ait fondé pour cette œuvre des sociétés. Cest ainsi que le P. Romilion, fondateur des Ursulines e^ France, commença d'exercer ce ministère à l'Isl^» dans le comtat Venaissin, où il fit un fruit extraordi"^ naire. Il attachait tellement les enfants à son Gdil^^ chisme par les récompenses qu'il leur distribu; chaque fois, et par toutes les pieuses inventions qc^ peut fournir le zèle apostolique, qu'il les gardait ou trois heures de suite sans leur causer le moin ennui. C'est lui qui est l'inventeur de ce qu'on appela les Billets, Chaque semaine il faisait réciter des Bi^ lets par des enfants habillés en anges et placés sa des sièges élevés à divers points du Catéchisme. L'au teur de sa vie ajoute qu'après avoir remercié, au noiC^ des assistants, ces petits anges de l'instruction qu'ils avaient eu la bonté de leur apporter du ciel, le P. Ro^^ milion prenait de là occasion de répéter les choses qu'ils avaient dites, et d'en montrer l'importance et la nécessité. Ne serait-ce pas là, aujourd'hui encore. Messieurs, un moyen excellent et une admirable industrie de zèle pour attirer à l'égUse les parents, et
les instruire eux-mêmes, sous prétexte de les
assister aux preuves de science données par
enfants.
P. Yvan, fondateur de la Congrégation de Notre- 3- de-la -Miséricorde, faisait aussi chaque diîhe le Catéchisme aux enfants ; et son zèle le por- L graver lui-même des planches pour leur distri-
des images.
i sait enfin que c'était par le Catéchisme que
François Régis commençait ordinairement ses ons, et que saint Vincent-de-Paul, étant curé, se L apprendre le patois du pays, afin d'être plus en le faire le Catéchisme.
1 fallait. Messieurs, ces grands exemples de zèle
persuader efficacement les pasteurs , il fallait , pour perpétuer ces exemples dans l'Eglise, foules compagnies vouées à l'instruction chrétienne i jeunesse : on en vit naître, au souffle de l'Esle Dieu, un grand nombre. Le saint Pape Pie V, té par la Providence pour réparer les ruines de Lse, et comprenant toute la nécessité et la puisî des Catéchismes faits comme il faut, institua à e, pour raviver cette œuvre de restauration et de , une confrérie de Catéchistes.
1 France, à son exemple, César de Bus voulut er une Congrégation d'Ecclésiastiques uniquet dévouée à faire le Catéchisme aux enfants, et at dans l'Eglise un Ordre de catéchistes, comme
282 LA PAROLE CATÉCHISTIQUK.
celui de saint Dominique était un ordre de Prédicateurs.
Pour attirer les enfants à ses catéchismes, 3 leur distribuait des récompenses, leur faisait chanter des cantiques et réciter des dialogues. Son zèle inventif avait recours à mille industries, toutes plus aimables les unes que les autres.
Le grand cardinal de Bérulle, M. Olier, le pieux fondateur de Saint-Sulpice , le célèbre M. Bourdoise, et tous les autres grands ouvriers du xvu^ siècle montrèrent le même zèle.
Je termine cette série de grands exemples sur les quels j'ai cru utile d'arrêter quelque temps nos regards, Messieurs, en vous citant les paroles suivantes, adressées à un Catéchiste célèbre de ce temps-là, M. de la Chétardie, par un Souverain-Pontife, qui, lui-même, au milieu de ses sollicitudes universelles, était heureux de dérober quelques instants aux plus grandes affaires pour faire avec joie, libenter^ nous dit-il, le Catéchisme aux enfants. Voici ces paroles de Clément XI, elles sont bien dignes d'être méditées :
Illud autem pr(B cœteris maxime nobis probatur quod promovendœ puerorum in catholicœ fidei rudimentis institutioni fQuod pilecipuum animarum rec- TORis MUNUS est), tam strentie ac sedulo vaces, atque ad saluberrimum hoc et sanctissimum opuSj undè prima christian^ï: pietatis fundamenta jaduntur^ et
oui nos ipsi in suburbano nostro recessu identidem ut aeeepisti, libenter impendere solemus, ctiram omnem et industriam, quemadmodum facis, vtsumas vehementer optamus.
Et maintenantjMessieurs, je vous le demande, ii'estil pas beau et consolant de voir ainsi à quel point Famour de Jésus-Christ pour Fenfance vit au cœur de l'Eglise et de ses pasteurs ? Ah ! il est manifeste que ce fut là un cher et doux héritage, que les Apôtres recueillirent de leur divin Maître, et transmirent fidèlement à leurs disciples ; et grâces immortelles en soient rendues au Ciel, le dévouement et la tendresse apostoliques n'ont pas défailli encore parmi nous. Elle vit toujours dans nos cœurs cette étincelle sacrée, et, pour oie servir de la belle expression de Fénelon, cette flamme céleste Au saint apostolat de la jeunesse. Non, ils ne manqueront jamais à l'Eglise ceux qui se plaisent à être les amis et les pères de cet âge béni du Seigneur, qui sont heureux de lui prodiguer les soins les plus assidus et l'amour le plus tendre, et qui mettent leur plus douce gloire comme leur bonheur à être nommés les précepteurs et les apôtres de l'enfance.
284 LA PAROLE CATËGHISTIQUE.
Il le faut même ajouter ici, Messieurs : au commencement du siècle, la Providence parut vouloir ranimer d'une nouvelle ardeur, dans l'Eglise de FVance, cette flamme sacrée du zèle catéchistique, et ce ne fut pas sans une raison profonde. Car, si au xvn© siècle, il fallait réformer : — œuvre diftîcile sans doute, — au xixe, il fallait pour ainsi dire récréer. Vous savez. Messieurs, quelles ruines l'impiété et la révolution avaient accumulées, dans quel discrédit était tombée la Religion en tant de familles, et en quel étal retrouvaient leurs églises les prêtres sortis de leurs retraites ou revenus de Texil. On sentit alors que pour relever la Cité sainte, pour reconquérir les âmes, pour sauver les générations nouvelles, il fallait de suprêmes efforts : et un des moyens d'action les plus puissants et les plus féconds, dont Dieu mit alors l'inspiration au cœur des bons prêtres, pour opérer cette œuvre de restauration religieuse, ce furent les Catéchismes. Jamais, on peut le dire, ils n'avaient été faits dans l'Eglise de Dieu avec tant d'amour, d'enthousiasme et de succès. Par eux la foi germa dans les jeunes âmes, la piété pénétra dans les familles, la Religion reprit peu à peu tous ses droits et rentra dans toutes les habitudes de la vie , d'où elle avait été bannie ; par eux la génération nouvelle fut purifiée à sa source,
et l'on put espérer pour Tavenir des jours meilleurs. L'histoire un jour le dira, Messieurs, et les travaux des Catéchistes illustres de cette époque prendront place dans le souvenir de la postérité reconnaissante , et seront comptés à côté des efforts plus éclatants, mais non plus fructueux des grands orateurs et des grands écrivains de ce siècle.
La Province et l'EgHse de Paris surtout sont ici, Messieurs, riches de traditions et de souvenirs. Qui sait l'immense réputation des anciens Catéchismes de Saint-Sulpice et de Saint-Thomas-d'Aquin? Il faut citer ici ces hommes de Dieu, dont le nom doit être à jamais cher à l'Eglise de France et qui furent véritablement parmi nous les nouveaux fondateurs de l'œuvre des Catéchismes régénérés : c'étaient cet orateur si puissant alors, M. Frayssinous, depuis évèque d'Hermopolis; M. de Quélen, depuis archevêque de Paris, M. Borderies , le Catéchiste incomparable , depuis Evoque de Versailles, unis tous trois par la plus tendre affection, tous trois amis de Dieu et de la jeunesse, inspirés tous trois par un zèle profond et un amour ardent pour Jésus-Christ et pour l'Eglise. Bientôt se dévouèrent, avec eux et après eux à la même œuvre, la plupart des vénérables Evêques qui ont été depuis placés sur les premiers sièges de l'Eglise de France, et tant d'autres saints ecclésiastiques qui consacrèrent là les prémices et la ferveur d'un zèle dont toutes les œ.uvres les plus saintes de la foi et de la charité évan-
286 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
gélique devaient plus tard réclamer et employer le dévouement : MM. de Sambucy, M. Letourneur, M. Teysseire, M. d'Argenteuil, M. de Janson, M. de la Bourdonnaye, et tant d'autres.
Je puis nommer encore le Catéchisme de Persévérance de la Madeleine, fondé par Mgr Feutrier, depuis évêque de Beauvais, et par Mgr Gallard , ancien vicaire de Saint-Aignan à Orléans , et depuis évêque de Meaux et archevêque de Reims ; les Catéchismes de Saint-Louis-d' Antin , de Saint-Roch, de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés , et tant d'autres , à Paris et dans les provinces, dans les villes et dans les campagnes.
C'est là que les jeunes gens et les jeunes personnes assistaient régulièrement jusqu'à l'époque de leur entrée dans le monde, c'est-à-dire jusqu'à vingt et vingtcinq ans. Leurs parents, leurs pères et leurs mères venaient souvent eux-mêmes à ces Catéchismes de Persévérance, et quelquefois en si grand nombre que les chapelles, destinées à les recevoir, n'y suffisaient plus.
Et qu'on ne dise pas que cela n'est possible que dans les villes; j'ai vu de mes yeux ces sortes de Catéchismes très-florissants dans les petites villes de province et jusque dans les campagnes, sous la direction de pasteurs intelligents et zélés.
Il y a sur ce point, et en particulier sur les Catéchismes de Persévérance , les exemples les plus nombreux et les autorités les plus décisives :
€ D faut, disait Bossuet, dans une instructiou ^ solennelle adressée à son clergé, il faut faire le « Catéchisme non-seulement aux enfants, mais prin- « cipalement aux pères de famille , aux grandes perde sonnes.
« Il faut tâcher d'établir dans ce diocèse une couc tume qu'on voit déjà en beaucoup d'autres, que c les hommes et les femmes d'âge assistent avec les « enfants au Catéchisme. » Combien cela. Messieurs, ne serait-il pas désirable et nécessaire en ce siècle où il y a tant d'ignorance religieuse dans nos populations rurales?
« Il y a des paroisses, disait encore Bossuet , où ils a sont bien aises d'être interrogés au Catéchisme et « d'y répondre. ï>
Et n'est-ce pas ce que pratiqua toute sa vie le vénérable Curé d'Ars?
Et ce que Bossuet dit ici , je l'ai vu pratiquer dernièrement encore non-seulement dans les paroisses et les Catéchismes de la religieuse Savoie , mais dans plusieurs des anciennes provinces de France , avec des succès et des consolations admirables.
Les fruits de grâce produits par ces Catéchismes de Persévérance dans une multitude d'âmes et de familles. Dieu seul les connaît bien dans toute leur étendue : on peut toutefois les imaginer sans peine , et quiconque les aura vus de près , en restera pénétré d'admiration.
288 LA PAROLE CATECHISTIQUE.
Pour moi , Messieurs , c'est le plus grand bonheur de ma vie , d'avoir connu dans ma jeunesse les hommes que je viens de vous nommer, d'avoir été appliqué comme eux de bonne heure et par eux-mêmes à cette œuvre bénie, dont les fruits surpassent vraiment toute pensée ; d'avoir senti là s'allumer dans mon âme la première flamme du zèle , et cet amour pour Tenfance qui durera jusqu'à mon dernier soupir; Dieu, je l'espère, m'en fera la grâce.
Eh bien ! c'est ce que j'ai appris dans ce ministère exercé par moi si longtemps ; ce sont les traditions éprouvées de ces apôtres de la jeunesse , leurs principes , leurs méthodes, leurs inspirations, que je voudrais , Messieurs , mettre sous vos yeux : non avec l'intention de vous imposer leur perfection , et chaque détail de leur méthode, mais pour qu'au moins, l'œuvre vous étant révélée dans tout son esprit et sous son vrai jour, votre zèle éclairé et ardent applique ces principes , selon les ressources des lieux et des circonstances où vous vous trouvez.
Et ne vous imaginez pas , Messieurs , en Usant le récit fidèle de ce qui s'est fait en l'Église, dans tous les temps et par les plus grands hommes, pour les Catéchismes, que l'inspiration de cette grande œuvre fut un goût sans raison, une inchnation capricieuse pour les enfants , ou le simple effet d'un amour, d'une sympathie naturelle pour les amabilités de cet âge. Non il faut regarder plus haut ; cette œuvre est la
grande œuvre de la régénérationjreligieuse , la grande œuvre du royaume des cieux et du salut des âmes, et voilà pourquoi elle inspira dès l'origine de si admirables dévouements.
Et ici , Messieurs , il faut nous élever à la source même de tous les principes, de toutes les inspirations, de tous les enseignements. Saint François de Sales , saint Charles Borromée, saint Vincent de Paul sont de grands maîtres, de parfaits modèles; mais il y a un maître plus grand qu'eux , un modèle plus parfait , c'est Jésus-Christ; et ils ne furent eux-mêmes grands et supérieurs, que paixe qu'ils puisèrent, les premiers , et plus abondamment que tous les autres, à la source divine.
Étudions donc maintenant , Messieurs , Notre-Seigneur Jésus-Christ , son amour, son respect pour les enfants , si je puis m'exprimer ainsi , ses divines relations avec eux; et nous y trouverons, tout à la fois, pris dans le fonds même de la nature humaine et aussi dans les plus hautes révélations de la foi , les motifs déterminants du zèle qui nous est demandé pour les enfants, l'exemple sacré de l'amour et du respect que nous leur devons, et tout cela avec des leçons irrésistibles et dans des scènes admirables.