PLUS LA PAROLE DE DIEU, C'EST LA PAROLE ET
ce l'invention des hommes. 1>
C'est pour prévenir ces abus et ces dangers que Fénelon et Bossue t demandent que la morale soit toujours appuyée sur le dogme dans les sermons : s'ils le demandaient, s'ils le pratiquaient de leur temps, que ne devons-nous pas faire au nôtre ? L'indiflérence en matière de religion, le goût des nouveautés profanes, le Protestantisme, l'impiété, et l'impiété la plus radicale et la plus audacieuse, nous entourent et nous menacent : jamais une instruction solide ne fut plus nécessaire, jamais les fondements de la foi ne furent plus indispensables.
Mais, dira-t-on, voulez-vous donc jeter les prédicateurs et les simples fidèles dans la controverse ?
Non, répond Fénelon, <t car la véritable manière ce de prouver la vérité de la religion n'est pas dans la « controverse : pour prouver la religion, il suffit de « la bien expliquer. Elle se proifve elle-même quand « on en donne la vraie idée. »
< Je voudrais, dit-il, qu'un prédicateur expliquât ce toute la religion, qu'il la développât d'une manière ce sensible, qu'il montrât l'institution des choses, qu'il « en marquât la suite et la tradition, qu'en montrant ce ainsi l'origine et l'établissement de la religion, il ce détruisît les objections des impies sans entrece prendre ouvertement de les attaquer, de peur de ce scandaliser les simples fidèles.
« Je voudrais encore qu'un prédicateur expliquât « assidûment et de suite au peuple, outre tout le « détail de l'Évangile et des mystères, l'origine et l'ins- « titution des sacrements, les traditions, les discic plines, roffice et les cérémonies de l'Église : par là c on prémunirait les fidèles contre les objections des < hérétiques. Toutes ces instnictions affermiraient la c foi, donneraient une haute idée de la religion, et c feraient que le peuple profiterait pour son édifica- € tion de tout ce qu'il voit dans l'Église, au lieu € quavec r instruction superficielle qu'on lui donne, € il n^ comprend presque rien de tout ce qu'il voit, « et il n'a même qu'une idée très-confuse de ce qu'il « entend dire au prédicateur. ]>
Voudriez-vous donc, dira quelqu'un, que dans un bel auditoire un prédicateur allât expliqua le catéchisme? il y a manière de le faire, répond Fénelon : on peut faire le catéchisme aux auditeurs les plus délicats et les plus recherchés ; il n'y a qu'à s'y bien prendre. Plût à Dieu qu'il n'y eût parmi nous que le peuple qui ignorât la religion ! mais € la plupart des € honnêtes gens sont peuple à cet égard-là. 11 y a « toujours les trois quarts des plus beaux auditoires < qui ignorent ces premiers fondements de la religion, € que le prédicateur suppose qu'on sait. i>
Toutefois il y faut apporter quelque tempérament ; mais on peut, sans offenser ses auditeurs, rappeler les histoires qui sont l'origine et l'institution de toutes les
choses saintes, ce Bien loin que cette recherche de « l'origine fût basse , elle donnerait à la plupart « des discours une force et une beauté qui leur « manquent. » L'auditoire n'est ni instruit, ni persuadé, si on ne remonte à la source. « Gomment, « par exemple, ferez-vous entendre au peuple ce que « l'Église dit si souvent après saint Paul, que Jésus- <t Christ est notre Pâque, si on n'explique quelle était « la Pàque des Juifs j> instituée pour être un monument étemel de la délivrance d'Egypte, et pour figurer une délivrance bien plus importante qui était réservée au Sauveur ?
Mais faut-il, pour cela, demandera-t-on, expliquer de suite les livres saints au peuple ?
€ Je ne voudrais pas y assujettir tous les prédica- « teurs. On peut faire des sermons sur l'Écriture ct^sans expliquer l'Écriture de suite. Mais il faut « avouer que ce serait tout autre chose, si les pas- « teurs, suivant l'ancien usage, expliquaient de suite c les saints livres au peuple. Représentez-vous quelle « autorité aurait un homme qui ne dirait rien de sa « propre invention, et qui ne ferait que suivre et excc pliquer les pensées et les paroles de Dieu même. « D'ailleurs, il ferait deux choses à la fois : en expli- « quant les vérités de l'Écriture, il en expliquerait le « texte et accoutumerait les chrétiens à joindre tou- « jours le sens et la lettre. Quel avantage pour les « accoutumer à se nourrir de ce pain sacré ! Un au-
« ditoire qui aurait déjà entendu expliquer toutes les « principales choses de l'ancienne loi serait bien au- « trement en état de profiter de l'explication de la
< nouvelle que ne le sont la plupart des chrétiens
< d'aujourd'hui. ]>
« On parle tous les jours au peuple de l'Écriture,
< de l'Église, des deux lois, des sacrifices, de Moïsp, c d'Aaron , de Melchisédech , des prophètes , des « apôtres, et on ne se met point en peine de leur ap- « prendre ce que signifient toutes ces choses et ce « qu'ont fait ces personnes-là. !►
< On suivrait vingt ans bien des prédicateurs sans « apprendre la religion comme on doit la savoir. »
Une des parties les plus importantes de la prédication, c'est l'action : Fénelon s'en est fort occupé : il me suffira de citer quelques-unes de ces observations pour en faire comprendre la justesse, et confirmer encore par son autorité ce que nous avons dit plus haut sur ce sujet.
Il y en a, dit-il, qui croient qu'un prédicateur doit s'agiler presque indifféremment sur tout ce qu'il dit; mais il est aisé de montrer que souvent nos prédicateurs s'agitent trop^ et que souvent aussi ils ne s'agitent pas assez.
222 Lk PAROLE PASTORALE.
Il y en a qui s'agitent trop, car il n'est point natnrel de remuer toujours les bras en parlant
Il faut remuer les bras parce qu'on est animé: mais il ne faudrait pas, pour paraître animé, remuer les bras.
Il y a des choses même qu'il faudrait dire tranquillement ; autrement on ressemble à ces mauvais orateurs qui veulent toujours déclamer et ne jamais parler à leurs auditeurs : il faut, au contraire, que ch4h eun de vos auditeurs s'imagine que vot^ parlez à lui en particulier. Voilà bien à quoi servent les tons naturels, familiers et insinuants. Il faut, à la vérité, qu'ils soient toujours graves et modestes; il faut même qu'ils deviennent puissants et pathétiques dans les endroits où le discours s'élève et s'échauffe.
Fénelon, on le voit, n'était pas complètement de l'avis de ceux qui disent : Moi^ je cause avec mon auditoire : je ne prêche pas. Si on entend par causerie un ton naturel en chaire : oh ! Fénelon est absolument de cet avis, et nul n'a plus horreur que lui de la déclamation et du ton convenu ; mais si on entend par une causerie une parole abandonnée, négligée, mal préparée, c'est autre chose. Outre que Notre-Seigneur a dit : PrœdicatCy ce qui ne borne pas l'enseignement évangélique à de simples causeries^ le bon sens indique que la vue d'une grande assemblée et l'impoilance du sujet qu'on traite doivent sans doute animer beaucoup plus un homme que s'il était
dans une simple conversation; a: mais il faut agir € toujours naturellement, il faut que le corps ait € du mouvement quand les paroles en ont, et que le c corps demeure tianquille quand les paroles n'ont « rien que de doux et de simple. Rien ne me semble < si choquant et si absurde que de voir un homme « qui se tourmente pour me dire des choses froides : « pendant qu'il sue, il me glace le sang (1). d
La plupart de ces déclamateurs sont pour le geste comme pour la voix : a Leur voix a une monotonie c perpétuelle et leur geste une uniformité qui n'est « ni moins ennuyeuse, ni moins éloignée de la nature, « ni moins contraire au firuit qu'on pourrait attendre « de l'action. »
Us ne discernent point, ou plutôt ils ne sentent point les choses où il faut s'animer; ils s'épuisent sur des choses conununes et sont réduits à dire faiblement celles qui demanderaient une voix véhémente.
Beaucoup de variété dans la voix et dans le geste, voilà ce qui rend l'action si puissante et qui la faisait
(1) Il y a quelque temps que je m'endormis à un sermon, raconte Fénelon, vous savez que le sommeil surprend aux sermons de Faprès-midi ; je m'éveillai bientôt, et j'entendis le prédicateur qui s*n^lait eitraordinairement; je crus que c'était le fort de sa morale. Non, c'est qu'il avertissait ses auditeurs que, le dimanche suivant, il prêcherait sur la pénitence. Cet avertissement fait avec tant de violence me surprit, et m'aurait fait rire si le respect du lieu ne m'en eût empêché.
mettre par Démosthènes au-dessus de tout. « Plus « l'action et la voix paraissent simples et familières « dans les endroits où on ne fait qu'instruire, que rate conter, que s'insinuer, plus préparent-elles de sur- « prise et d'émotion pour les endroits où elles s*élè- « veront à un enthousiasme soudain. > C'est une espèce de musique : toute la beauté consiste dans la variété des tons, qui haussent ou qui baissent selon les choses qu'ils doivent exprimer.
« Nos principaux orateurs même sont bien éloi- « gnés du véritable art. i> Excepté les trente premières paroles, ils disent tout d'un môme ton ; c et, « toute la différence qu'il y a entre les endroits où ils a: veulent s'animer et ceux où ils ne le veulent pas, <t c'est que dans les premiers ils parlent encore plus « rapidement qu*à Tordinaire. » Leur voix est naturellement mélodieuse ; mais elle est très-mal ménagée : elle ne fait dans l'âme aucune des impressions touchantes qu'elle ferait si elle avait toutes les inflexions qui expriment les sentiments. « Ce sont de a: belles cloches dont le son est clair, plein, doux et « agréable ; mais, après tout, des cloches qui ne signi- « fient rien, qui n'ont point de variété, ni, par con- « séquent, d'harmonie et d'éloquence. s>
k, ces paroles si sensées de Fénelon, j'ajouterai, en terminant, quelques paroles de saint François de Sales, qui résumeront, avec le charmant esprit et la grâce exquise de ce grand saint, toute la vérité des
choses sur l'action et Fâme qui conviennent à la parole pastorale :
« Dire merveilles, mais ne les dire pas bien, c'est € ne rien dire ; dire peu et dire bien^ c'est beaucoup. >
Bien, et voici comment l'entendait saint François de Sales. Il n'est pas question ici des grandes formes oratoires. La Parole pastorale est quelque chose de paternel : « Nos anciens pères et tous ceux qui ont fait du fruit parlent cœur à cœur^ esprit à esprit y comme les bons pères aux enfants. y>
Il y a, au contraire, des jeunes prêtres qui, à cause de leur âge et de la timidité naturelle de leur caractère, disent leur prône et leur homélie presque comme des enfants et avec un embarras qui parait sur leur visage : non, dit saint François de Sales, <c L'action doit être généreuse. Je dis celw, ajoute-il, contre ceux qui ont une action craintive, comme s'ils parlaient à leurs pères et non pas à leurs disciples. »
< Il faut, dit-il encore, parler affectueusement et ^c dévotement, simplement et candidement, et avec « confiance; être bien rempli de la doctrine qu'on « enseigne et de ce que l'on veut persuader. Le sou- « verain artifice est de n'avoir point d'artifice; il faut « que nos paroles soient enflammées, non par des cris « et des actions démesurées, mais par l'affection in- ^ térieure ; il faut qu'elles sortent du cœur plus que % de la bouche. On a beau dire, la langue ne parle € qu'aux oreilles ; mais le cœur parle au cœur. »
u Parole pastorale.
Jt) résume, Messieurs, en quelques mots cette K^iauile instruction.
U y a une parole de Dieu sur la terre, et cette paivle, apportée par le Verbe de Dieu lui-même, a été confiée à l'Église par Notre-Seigneur Jésus-Christ; i»t cet auguste ministère de la parole divine, c'est le nôtre, à nous, prêtres, pasteurs des âmes, représentants, ambassadeurs de Notre-Seigneur Jésus-Christ auprès des hommes.
Cette parole est une parole de vie : parce qu'elle est la vérité, et que la vérité est la vie des intelligences ; parce qu'elle est une parole de grâce pour les cœurs ; parce qu'elle est une action, un ministère pour vivifier les âmes : autrement dit, parce qu'elle est ufie parole pastorale.
Et parce qu'elle est une parole de vie, elle doit être une parole vivante , vivante pour être efficace, pour être féconde ; vivante pour vivifier.
Et elle doit être aussi une parole instructive^ pai'ce que c'est la parole instructive seule qui fait la lumière, qui vivifie réellement les intelligences.
Et pour le même motif, elle doit être U7ie parole apologétique; parce que c'est la parole apologétique qui chasse les nuages dont la vérité divine est offus-
quèe, plus que jamais, aux temps malheureux où nous sommes.
Et elle doit être aussi une parole exhortative; parce que quand la vérité est arrivée jusqu'à l'esprit, il faut encore la faire pénétrer jusqu'au cœur, pour qu'elle devienne réellement la [vie des âmes, et soit pleine de grâce et de vérité, plénum gratiœ et veritatis.
Et pour que la parole pastorale soit tout cela : vivante, instructive, apologétique, exhortative, il y a des moyens, des procédés, un art, que je vous ai exposés aussi d'après un des plus grands maîtres en cet art divin, Fénelon.
Et vous avez compris. Messieurs, pourquoi il est nécessaire aujourd'hui de nous interroger nousmêmes sur ce grand ministère de notre parole, et de chercher à le rendre de plus en plus ce qu'il doit être pour atteindre son but, et faire par nous l'œuvre de Dieu.
Non, les temps où nous sommes ne nous permettent pas de nous endormir sur notre ministère, et sur les résultats de son action.
Les obstacles que notre Parole rencontre ne nous permettent pas de nous tromper nous-mêmes sur ce qu'elle fait ou ne fait pas, et sur ce qu'elle devrait faire.
Pas de découragement. Messieurs, mais aussi pas d'illusions.
Voyons les choses comme elles sont, et tirons les conséquences.
La religion ne peut périr ici*bas, mais elle peut plus ou moins régner dans les âmes ; elle ne peut être renversée dans le monde, mais elle peut s'afiaiblir dans un siècle et dans un pays; et les âmes, elles peuvent périr !
Où en sommes-nous donc, dans le vrai, aujourd'hui?
Je le crois, la Religion, parmi nous, progresse dans les classes supérieures de la société. Là, Tincrédulité parait diminuer et la foi prendre de plus en plus possession des intelligences et des cœurs. Symptôme heureux, qu'il importe d'autant plus de constater qu'on ne rencontre que trop ailleurs les signes douloureux de la décadence.
L'incrédulité, Messieurs, nous sommes bien obligés de le reconnaître, a pénétré à des profondeurs considérables les classes moyennes, et elle descend de plus en plus dans les masses ; elle envahit, nonseulement les populations ouvrières des villes , mais les populations mêmes des campagnes.
Les pratiques religieuses se perdent dans les familles plus encore que les croyances.
Regardez autour de vous, et comptez vos Pâques : comptez les hommes qui assistent à la messe dans vos paroisses les jours de dimanche !
Les hommes, Messieurs, nous échappent presque partout : beaucoup croient encore, et ont plus de foi qu'ils ne le pensent, mais le grand nombre cesse de pratiquer.
Ces causes de ce triste éloignement sont multiples et puissantes; j'en .pourrais assigner plusieurs, j'en rappellerai deux seulement, dont vous voyez de plus près encore que nous les effets désastreux, et qui vous créent, dans le ministère, auprès des hommes des classes intermédiaires et des hommes du peuple, des obstacles terribles, je veux dire les journaux irréligieux et le cabaret.
Oui, nous avons à lutter contre de redoutables puissances, et qui trouvent de tristes auxiliaires, il faut le dire, dans les penchants du cœur humain.
Mais sommes-nous désarmés devant ces puissances? Sommes-nous dans des conditions trop inégales pour la lutte ?
Ah! Messieurs, regardez autour de vous et comptezvous d'abord.
Il y a en France 40,000 églises, par conséquent 40,000 chaires !
Et qu'estrce qu'une chaire dans une église? Quoiqu'on fasse, quelle puissante tribune il y a là pour la parole !
Et non-seulement 40,000 églises et 40,000 chaires autour desquelles les populations peuvent venir, mais 80,000, 400,000 catéchismes!
Ainsi, toutes les conditions, tous les âges, amenés chaque semaine devant nous, sous le coup de notre parole ;
Toute la jeunesse dans nos mains pendant au moins deux années ;
N'est-ce rien cela, Messieurs ?
Ajoutons notre puissante organisation hiérarchique, notre union, notre cohésion.
Quelle doctrine ici-bas a de pareilles ressources et de pareils ministres à son service? Quelle doctrine, avec les moyens que nous avons entre les mains, ne se croirait pas sûre de la victoire et maîtresse de l'avenir ?
Cependant, avec toute cette puissance, que faisonsnous ? Et ici, Messieurs, répondons-nous encore non par des mots, mais par des faits : quelle digue opposons-nous au torrent ? Quels progrès, quelles conquêtes obtenons-nous ? ou plutôt quelles épaves retirons-nous du naufrage ? Car en vérité, notre plus conquérant ministère se borne à bien peu de conversions.
Et ce qui nous reste, nous avons grand'peine à le conserver ; et chaque jour le flot l'entraîne ; chaque jour, ici ou là, nous perdons du terrain; sur bien des points, combien qui reculent plus qu'ils n'avancent !
Mais de cela, quelle est donc la cause ?
Ne serait-ce pas. Messieurs, que nous ne nous servons pas, comme nous le pourrions, de nos ressources, et que notre parole n'est point ce qu'elle devrait être ?
Pas assez vive et vivante, pas assez lumineuse, pas assez militante et conquérante, et pour tout dire en un mot, pas assez pastorale?
N'y a-t-il pas du moins à nous interroger sérieusement sur toutes ces choses?
N'est-il pas temps de nous examiner fortement, de nous réveiller, de nous ranimer nous-mêmes; de nous adresser les premiers cette exhortation que nous devons adresser aux autres ?
Notre Parole n'est-elle pas trop souvent languissante et glacée, et par conséquent incapable de réchauffer les âmes et de les vivifier?
On ne vient pas nous entendre, dites-vous, nous n'avons à l'Église que des femmes :
Nais pourquoi encore un coup ? N'est-ce pas précisément que notre parole manque trop souvent d'âme, de flamme et de vie !
Qu'elle ne s'adresse pas assez aux âmes ? Qu'elle ne les prend pas assez au vif, et par les fibres sensibles et vibrantes ?
Et cela, n'est-ce pas par le vice de notre méthode, et par conséquent par notre fait et aussi peut-être par notre faute?
N'y a-t-il pas un genre de prédication, convaincu par tout ce que je vous ai dit ici, convaincu, dis-je, d'être glacé et mort, et par conséquent inefficace et stérile, irrémédiablement impuissant et vain, et ce genre, demandons-nous-le, ne serait-il pas un peu le nôtre?
Ce genre faux, glacé et mort, n'est-ce pas précisément ce genre trop généralement répandu, qui fait de
la Parole Pastorale une Parole absolument impuissante ? une Parole qui n'est ni ad rem^ ni ad homir neniy qui demeure vague et en Tair, qui n'est ni précise ni directe ; Parole préparée d'avance, longtemps d'avance, non pour l'auditoire qui est là, mais pour tout auditoire, ou plutôt pour aucun auditoire, et qui pour cela même passe infailliblement au-dessus ou à côté de tout auditoire ; vain son, pure cymbale retentissante : jEs sonans, cymbalum tinniens ? comme dit saint Paul.
Ah ! la Parole toute prête, toute préparée, en dehors et loin des auditeurs : le pain cuit, comme on dit quelquefois. Vous connaissez cette expression de certains Pasteurs, qui ont fait autrefois, qui ont écrit et composé avec soin, jeunes vicaires, des prônes plus ou moins rhétoriciens, plus ou moins académiques, et. qui, une fois curés, ne vivent plus que là-dessus, et redonnent, 20 ans, 30 ans après les avoir écrits, mot à mot, les mêmes sermons, et les redonneraient, je crois, jusqu'à rétemité : Est-ce là. Messieurs, la Parole de vie, la Parole vivante, la Parole apostolique, la Parole pastorale !
Le pain cuit! et cela depuis dix, vingt, trente ans! Est-ce là une nourriture saine, vivifiante? Est-elle faite pour ceux à qui vous la servez? Peuvent-ils se l'assimiler, la changer en leur substance, vivre de cela enfin ?
Ah! j'accepte l'expression, la comparaison, dans
son expressive vulgarité, et je n'en vois pas de plus propre à condamner ce genre vain, ce genre faux, ce genre mort, de la Parole faite d'avance, pour tout le monde et pour personne.
Et je dirai, au contraire, moi, poursuivant toujours la même comparaison : Ah ! sans doute, lorsque vous êtes jeunes prêtres, vous devez songer à l'avenir, et ne pas faire en pure perte votre travail de préparation, quand vous avez à parler; oui vous devez prévoir l'avenir, faire vos provisions pour l'avenir : mais que faut-il entendre par là? Sont-ce des provisions de pain cuit, comme vous le dites? Non, répondrai-je, non ; mais de blé et de farine.
Ces excellentes provisions, ce blé et cette farine, vous pourrez les pétrir, l'heure venue, et en faire telle nourriture qu'il faudra, et une nourriture véritable, appropriée à ceux qui la réclament, et que vous devez nourrir de la Parole de vie :
Mais ce pain cuit d'avance, si vous le leur donnez, ils n'en voudront pas; en voudraient-ils, il ne les nourrira pas; il a perdu toute qualité nutritive, il a moisi, il est dur ; fût-ce ce qu'on appelle une bonne pièce, une composition littéraire, ce n'est plus un aliment pour les âmes.
Et voilà pourtant ce que sont, dans le vrai, une foule de prônes et de sermons. Non, ce n'est pas là la Parole de Dieu, la Parole vivante, la Parole pastorale.
Je VOUS ai indiqué une autre méthode, Messieurs. Et cette méthode, croyez-le bien, n'est pas seulement la plus conforme à la nature, et au but de la parole divine, pas seulement la plus efficace, et la seule efficace; elle est aussi, au fond, la plus facile.
La plus facile, parce qu'alors la parole sort du cœur, et vient d'elle même sur les lèvres.
C'est cette parole-là que la bouche parle de l'abondance du cœur, parce qu'elle vient en effet d'un cœur qui en est rempli : a Ex abundantiâ cordis os loquitur.
Un pasteur, un vrai pasteur, qui aime les âmes, qui veut, atout prix, les atteindre ou les sauver, ah! ne me demandez pas où est son éloquence ! Je vous le dis, elle est dans son cœur ; et c'est la seule vraie et grande éloquence.
Et ne me demandez pas non plus comment elle viendra de son cœur sur ses lèvres: elle y viendra d'elle-même. Messieurs, avec le tour, avec l'accent qu'il faudra, et que le zèle des âmes et les besoins sentis des âmes suggèrent d'eux-mêmes.
Quand ce prêtre, quand ce curé, quand ce pasteur, avant d'ouvrir sa bouche aura ouvert son âme et son cœur ; quand il se sera dit à lui-même : voilà des âmes devant moi ; que leur faut-il? que demandent-elles? de quoi souffrent-elles et de quoi meurent-elles ? qui les arrête ? quiles éloigne? Et quand ce prêtre, ainsi rais par son zèle en face des âmes, aura profondément mé-
dite sa parole ; quand d'ailleurs pour se rendre capable de sa mission, il aura persévéré à étudier, à travailler fortement ; quand il aura observé, réfléchi, médité, et surtout prié; quand enfin, avec le temps, l'expérience et l'exercice, l'habitude de la parole lui sera venue, ah ! ne demandez pas à un tel prêtre de réciter devant les âmes une parole vieille de dix ans, ne lui demandez pas de s'emprisonner dans un texte fixé, d'où on no peut sortir, où on ne peut souvent rien introduire, même quand de nouvelles lumières seraient survenues. Il ferait éclater ces langes, il briserait ces entraves. Sa parole sortira de son cœur; non pas à la hâte,{àla légère, sans dignité, sans maturité, sans fécondité ; non elle sortira, avec l'accent qu'elle doit avoir, et avec la correction et la dignité suffisantes ; elle sera vivante surtout, et elle portera la vie : voilà la parole pastorale, Messieurs, voilà celle que je vous demande, ou plutôt que demandent de vous, aujourd'hui plus que jamais, et Notre-Seigneur, créateur et rédempteur des âmes, et les âmes elles-mêmes, qui périssent, et que nous devons sauver.
Messieurs, il faut enfin conclure.
Le Concile de Trente, après avoir insisté,Messieurs, comme vous l'avez vu, et à plusieurs reprises, dans les textes que je vous ai cités et dans d'autres encore, sur l'obligation pour les Pasteurs de prêcher et d'enseigner leurs peuples, insiste non moins fortement sur
robligation qui incombe aux Évoques de veiller à ce que les Pasteurs remplissent comme elle le doit être cette grande obligation :
Provida pastoralis Episcoporum sollicitudo non desit, ne ilhid impleatur : « Parvuli petiermt € patiem^ et non erat qui franger et eis. »
Et le Concile charge expressément les Evoques d'appliquer au besoin les censures ecclésiastiques aux Pasteurs qui manqueraient à ce grand devoir :
Itaque, ubi ab Episcopo moniti muneri suo defucrint, per censuras ecclesiasticas ad ipsius Episcopi arbitrium cogantur.
Et ce devoir, à l'exécution duquel les Évêques doivent veiller avec toute la persévérance et la constance pastorale, c'est celui d'enseigner, qnœ scire omnibm necessarium est ad salutem , ut pœnam (eternam evadei^c et cœlestem gloriam conscqui valcant.
C'est donc pour les Évêques un devoir du premier
ordre de surveiller dans leur diocèse la distribution
de la Parole pastorale , et de s'assurer, par les mesures
nécessaires, que les décrets du saint Concile de Trente
et de tant d'autres Conciles y sont exactement obsenés
En conséquence :
Article premier.
Nous rappelons le décrcl du Concile de Paris ainsi conçu :
Juxta Sacrosanctam Synodum Tridentinamf Parochi, t quoiquol curam animarum gerunt, diebus SALTEM kimiuicis et festis de prseceplo, divinam legem populo nnuntiare teoentur, et, si ab Episcopo moniti , trium lensium spatio muneri suo defuerint, per censuras Gclesiasticas , ad ipsius Episcopi arùitrium » cogi ebent.
Itaque ipsos graviter moDemus ut illud officium seulà adimpleant, et contra eos qui per tredecim domi' icas in anno, sive continuas, sive ioierruptas, illud tglexerint, pœnam suspensionis decemimus.
Ces expressions du décret : Parochi, et, quotquot curam nimarum gerunt; et celles-ci : tenentur; puis les autres ^ominicis et festis, et celle-ci, enfin, oii se découvre esprit et le vœu de l'Eglise, saltem, ne peuvent laisser ucune incertitude sur retendue du précepte.
Aussi, nous déclarons que tout prêtre ayant charge 'âmes, qui passe treize dimanches dans Tannée y compris )s dimanches où la nécessité des recolles pourrait autoiser l'interruption momentanée de la prédication , sans QDoncer la parole de Dieu, est suspens, ipso facto (1).
Et il est à remarquer encore que l'obligation de consience urge par elle même, de droit naturel et divin, vant la limite extrême où TEglise décerne des peines cclésiastiques contre le prêtre qui néglige ce devoir.
(1) Lorsque pour cause de maladie ou autres on aura été obligé e passer un certain nombre de dimanches sans prêcher, on devra loos en avertir, avant que le nombre des treize dimanches cilessus soit atteint, aûn que nous puissions accorder, s'il y a lieu, les dispenses nécessaires.
d98 LA PAROLE PASTORALE.
Art. 2.
Od ne devra jamais omettre la prédication , les jour fêtes (1) : et si un sermoD se donne ces jours-là, dod grand'messe, mais entre vêpres et complies, il ne dis| sera pas de l'instruction qui doit être faite, au prooe» t missarum solemnia^ comme le dit le saint Concile.
Si le jour de la fête du Souverain tombe un dimai ou un jour de fête, la prédication pourra avoir lie matin, s'il y a une première messe, ou à vêpres.
Art. 3.
Désormais, dans toutes les paroisses du diocèse prédication ordinaire se fera d'après un plan tracé vance et embrassant tout l'ensemble de la religion.-
Art. i.
Quant au choix et à la distribution de ce plan d'insti tiens en lui-même, nous ne croyons pas devoir rien on ner. Il nous semble plus convenable de lais&er ici à MM. curés toute latitude. Nous nous bornons à proposer, i suite de cette Instruction, plusieurs plans imprimés. N signalerons en outre d'autres plans que voici : celui
(l) Je sais que ces joars-là, il y a quelquefois de très-gn accablements ; mais le Concile de Trente est tellement et si rativement formel sur cette obligation de prêcher les joun fête, qu'il faut au moins alors, dans une courte mais solide eil talion, expliquer aux fidèles le mystère du jour.
Dotre catéchisme diocésain avec ses quatre parties; celui de Lhomond daus sa Doctrine chrétienne; celui du catéchisme de Charaucey, et celui du catéchisme du Concile de Trente, dans le sens des explications données par Nous ci-dessus.
Chacun de MM. les Curés reste donc libre de choisir ci le plan d'instructions qui ira le mieux à son genre d*es- ;>rity et qui lui paraîtra aussi convenir le mieux aux besoins le son auditoire.
Hais, quel que soit le plan, nous demandons^ dans :haque paroisse, un plan complet d'instructions suivies, oour quatre ans.
Le plan , une fois arrêté par MM. les Curés , sera communiqué à M. TArchidiacre.
Ce plan, une fois épuisé, on pourra le recommencer, ou e modifier et le varier, comme on le croira plus utile (1).
Art. 5.
La lecture des Mandements, celle de TExposé de la loctrine chrétienne, dont il sera parlé à Tart. xi, ainsi que elle du canon du Concile de Latran, s'il est commenté et xpliqué, tiendront lieu de prône.
Art. 6.
Il sera parfaitement permis, en certaines circonstances, le substituer un Sermon, une Homélie, un Avis important
(1) Une expérience qai vient d*ètre faite prouve bien à quel K>int est senti dans le monde le besoin de rinstruclion religieuse oème la plus élémentaire. J*ai eu l'idée , celle année, de donner le notre simple Catéchisme une édition spéciale à Vusage des
oa une Exhorlalioa, au sujet amené par le plan d'iostrofr lions. Hais il est défendu de s'en écarter pendant pi» de huit dimanches par an, hors le temps du carêoK, où l'on peut prêcher plus spécialement sur les &rtodei Vérités, les Fins dernières, et les Sacrements de Pénileooe et d'Eucharistie , ponr disposer prochainement les fidèles à la Communion pascale; et auii approches de la ConSrmation.
Aux. 7.
Cette institution de la prédication insbrnctive, que nous établissons, ne dispensera pas, on le comprend, des Catéchismes de Persévérance. Ces Catéchismes, en effet, n'ont pas pour but unique l'instruction; — laquelle, d'ailleorsi y est donnée sous une forme un peu différente; — ils on*pour objet propre l'application d'un système et de ton ' un ensemble de moyens combinés pour faire persévère* la jeunesse et la former à la piété. Or, cela ne se rempis — cera jamais par le prône seul, même le plus instructif.
Art. 8.
A dater du premier dimanche de l'Avent de celle année;, il ï^era ouvert et tenu à jour dans chaque paroisse ■ du diocèse un registre, sur lequel MM. les Curés inscri-ronl, au fur et à mesure, les sujets de tous les Prônes^*
hommei dit monde. — SaTSz-vous cOnibicMi d'exemplaires en on «
i]6jh i4<'{ OroiiK^s, sans qu'aiicim iii<iyi'n d'annonccail élS employé = alllu en qiicltiied mois, et on en ilemafide eoeo^
0R1>ÛNNàNCE. 941
lostruelioDs et Sermons qui seroDt donnés dans leur paroisse, soit par eux ou leurs vicaires, soit par des prédicaleon étrangers, en désignant le jour où ces instructions aaruDteu lieu. — C'est le seul moyen, soit pour MM. les Curés, soit pour leurs successeurs, de savoir oùToDen tttduplan d'instructions adopté, et de n'être pas exposés, fli arrivant dans une paroisse pour en prendre la direction, à répéter ce qui a été dit déjà, ou à omettre ce qu'il faudrait dire.
MM. les Archidiacres vériGeront ces registres et en feront entrer le vendu compte dans leur rapport de visite ^hidiaconale^
Ils constateront dans ce rendu compte : 1 ^ Si les prédi- Wions ont été faites régulièrement, c'est-à-dim tous les jours de dimanches et fêtes, comme le veut l'Eglise ; 2® Si '®s sujets sont tels, que l'instruction religieuse soit vraiment et complètement donnée dans chaque paroisse, d*api^ le plan adopté.
Le même registre nous sera présenté à nous-même, tontes les fois que nous croirons devoir le demander, et Particulièrement dans nos tournées pastorales.
Art. 9.
Un cours de conférences spéciales pour les hommes est institué à Orléans, dans la paroisse de la Cathédrale, depuis l^première semaine de l'A vent jusqu'à la Pentecôte.
D est vivement à désirer qu'un semblable cours de ^Qférences puisse être aussi institué, au moins daus les ^Qtres chefs-lieux de nos archidiaconés, Gien, Hontargis,
243 Là parole PASTORALE.
Pitbiviers, et dans nos autres principales villes, telles c|m=ie Heung, Beaugency, etc., où les mêmes nécessités le i~*^ clament.
Art. 10.
Aux baptêmes.
Aux mariages.
Aux relevantes,
Il est de rigueur, ou de lire, d*un ton grave et reliffie les exhortations du rituel ; ou d'y suppléer par une par spéciale et bien préparée.
Aux messes de Confréries ou de Corps de métier — Ton a souvent des hommes qu*on ne voit à TEglise que jour- là, et dont celte circonstance-là même ouvre d'avai l'âme à notre parole, — il est vivement à souhaiter au que Ton fasse au moins une courte exhortation bien pr parée.
Art. H.
Nous renouvelons et recommandons très-instamment prescription du Rituel qui ordonne de réciter au Prôn deux fois Tannée au moins, la formule marquée, page 18 et il suffit de la lire pour en reconnaître la grande impo tance. — C'est une chose triste de voir de pareilles ins tutions tomber en désuétude.
Lue, non pas trop vite, ou trop bas, ou d'un ton mon tone — ce qui est rien moins qu'une parole pastorale mais, — comme le demande le Pontifical aux Lecteurs Distincte et apertè, ad intelligent iam ^ et mdificatione fidelinm — lentement , gravement , distinctemeot, et av
e ton d'autorité et d'enseignement nécessaire, cette formule, )ù la doctrine se trouve si solidement et si fortement con* lensée, est du plus grand et du plus salutaire effet.
Il sera fait mention de ladite lecture dans le registre paroissial deprédication, ainsi que de la lecture du Concile ]e Latran en Carême.
Art. 12.
Lorsqu'il y a dans une paroisse une première messe, 2»uivie pir des fidèles qui ne viennent pas ordinairement h la grand'messe , il est nécessaire d'y faire les principales annonces du prône, et très-désirable qu on y joigne une courte instruction.
Art. <3.
Nous recommandons enfin aux jeunes prêtres de mettre un soin tout particulier aux sermons qu'ils envoient à la Commission des examens; et en général de ne négliger aucune occasion d'apprendre à composer, à écrire et à parler. Il est bien désirable qu'il se forme de plus en plus dans notre clergé paroissial quelques prêtres capables, par leur talent et leur zèle, de prêcher des retraites de Première Communion, de Confirmation, des mois de Marie, et même des Avents et des Carêmes.
Art. 14.
Nous élevons plus haut nos désirs. Nous voudrions qu'il se formât parmi notre clergé non-seulement des prédica- ' leurs, mais aussi des apologistes. C'est à cet effet encore
que nous eDCourageons de tout Dotre pouvoir les études théologiques, et aussi particulièrement Tétude de l'hébreu. Il se fait UD cours d*hébreu daus Dolre grand Séminaire. Nous exhortons très-fortement à le suivre ceux de nos jeunes séminaristes que M. le Supérieur et MM. les Professeurs du grand Séminaire en jugeront capables. Et nous leur demandons aussi très-instamment, quand plus tard ils seront dans le saint ministère, de ne pas abandonner cette étude, mais de la continuer avec persévérance autant qu'ils le pourront. C'est une connaissance qui devient de plus en plus nécessaire pour la défense de la religion.
Art. 15.
Ceux de MM. les Curés ou Vicaires qui auraient quelques doutes ou embarras sur l'interprétation et pour l'exécution de la présente Ordonnance, ou même besoin de quelque dispense, n'auront qu'à s'adresser à moi, et je serai toujours heureux de les aider de mes conseils et de leur aplanir les difficultés.
t FÉLIX, Evêque d'Orléans.
LA
PAROLE CATÉCHISTIQUE.
Messieurs,
Après de longues années d'étude et de travail, j'ai pu enfin publier l'abrégé de la Doctrine chrétienne, qui est maintenant entre les mains de tous vos enfants. Rien n'a été négligé de ce qui pouvait nous aider à faire d'un tel livre ce qu'il doit être, un Manuel populaire, un résumé exact de tout ce qu'il faut qu'un chrétien connaisse de sa religion, un livre clair, précis, substantiel, facile à l'intelligence et à la mémoire.
Si j'ai pu atteindre ce grand but, si j'ai pu mettre entre vos mains un texte qui vous soit un vrai secours pour donner aux générations nouvelles le premier et fondamental enseignement de la Religion, j'aurai
246 L\ PAROLE CATÉCHISTIQUE.
rempli, Messieurs, un des vœux les plus chers de mon âme; car je n'ai rien eu en ce monde plus à cœur, et rien poursuivi avec plus d'ardeur, dans ma vie sacerdotale, que l'éducation chrétienne de l'enfance et de la jeunesse.
Mais ainsi que dans ime paroisse, quand le Pasteur a été assez heureux pour restaurer ou rebâtir son église, cette œuvre est d'ordinaire le point de départ d'un sérieux* renouvellement des âmes, de même il faut que cette nouvelle importante promulgation d'un tel livre, renouvelle aussi, dans ce diocèse, l'ardeur pour un ministère, qui est le plus fructueux de tous peut-être, et certainement le plus nécessaire dans les temps où nous vivons.
C'est pourquoi, Messieurs, après vous avoir donné la lettre de la Doctrine, je voudrais, si vous me permettez de le dire ainsi, vous communiquer l'esprit de l'œuvre à accomplir, ou du moins en augmenter encore parmi vous le zèle ; vous aider de mes expériences, et aussi des vôtres, vous donner une intelligence encore plus parfaite et plus pratique, et un amour plus profond de cette grande œuvre: je voudrais vous la présenter, cette œuvre si humble et si modeste, dans sa nécessité, sa grandeur et son charme, et aussi dans sa fécondité vraiment merveilleuse, quand elle est faite comme elle doit l'être: je voudrais enfin vous indiquer les industries nombreuses, les moyens pratiques à J'aide desquels on peut faire d'un Catéchisme l'œuvre
tout à la fois la plus haute et la plus aimable, la plus vivante et la plus féconde.
Ces moyens et ces industries, Messieurs, c'est à l'expérience, je vous l'ai dit, que je les demanderai, à la vôtre et à la mienne. Vous faites le Catéchisme avec une intelligence et une ferveur dont je ne saurais trop vous bénir, mais qui peuvent et qui doivent s'élever encore. Il y a quelques années, MM. les Archidiacres ont fait, vous ne l'avez pas oublié, une visite spéciale, pour constater sur ce point vos efforts, vos inventions, vos industries pastorales, vos succès: je n'ai pas manqué de suivre d'aussi près que possible tout ce travail, par des rapports personnels et une correspondance active avec vous : enfin, j'ai été moi-même pendant de longues années à l'œuvre; toute ma vie, je puis le dire, j'ai fait, ou fait faire sous ma direction immédiate le Catéchisme. C'est donc ici. Messieurs, non pas des théories et des systèmes, mais une pratique irrécusable, des expériences multipliées que je vais mettre sous vos yeux : heureux si, par là, une nouvelle et plus complète entente de l'œuvre, et une nouvelle flamme de zèle venait à vos esprits et à vos cœurs.
Il y a quelques années, j'ai fait, sur cet important sujet, dans mon grand Séminaire, au clergé de la viile d'Orléans, et au milieu d'un concours dont j'étais édifié et consolé, des Conférences^ dans lesquelles j'ai dit une partie des choses que je vais vous redire ici :
248 LA PAROLE GATÉCHISTIQUE.
j'ajouterai dans cette Instruction quelques expériences et quelques détails ; et bien que je sois loin de vouloir épuiser la matière, et que je me propose de la traiter un jour, si Dieu le permet, plus à fond et sous toutes sesfac^s dans un grand ouvrage déjà préparé, j'essaierai cependant de vous présenter, dès aujourd'hui, un ensemble suffisamment complet.
Cette Instruction aura deux parties, la première sur l'œuvre des Catéchismes en général ; la seconde, sur ce qui est le complément et le couronnement nécessaire de l'œuvre, c'est-à-dire les Catéchismes de Persévérance.