‹ Entretiens sur la prédication populaireChapitre 16 sur 157 · L'EXEMPLE SUPRÊME DE N.-S. JÉSUS-CIIRIST · texte numérisé non relu

L'EXEMPLE SUPRÊME DE N.-S. JÉSUS-CIIRIST

iffreuse, ouvrir ces perspectives sombres, amener '^Ite apparition sinistre ; jeter cette ombre sur ce ciel mr! Malheur à celui-là! Il vaudrait mieux, ditNotreîeigneur, qu'on lui mît une meule au cou, et qu'on le )récipitàt au fond de la mer! Qui autem scandaliza- ^erit unum de pusillis istis qui in me credunt, ex-wdit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, 't demergatur in profundum maris!

Cette terrible parole, il faut la méditer nousnèmes. Messieurs; oui, nous-mêmes ; car il est, hélas! rop facile de causer, sans le savoir et sans le vouloir, me impression funeste aux enfants. L'enfance, Mesieurs, est délicate, oh ! très-délicate ; et il peut arrirer, même à des Catéchistes, même à des Prêtres, par )ubli, par négligence, par précipitation, par défaut de iouceur et de bonté, de piété ou de gravité, en ne 'épondant pas à l'idée que, dans sa simplicité et sa laïveté, l'enfant se fait de la religion et d'un homme le Dieu, il peut arriver qu'on le scandalise, pour long- :emps quelquefois, pour toute la vie peut-être.

Prenez garde, nous dit Notre-Seigneur, leurs Anges jont puissants dans le Ciel, leurs Anges les vengeront : prenez garde de mépriser, de négliger jamais m seul d'entre eux ; Videte ne contemnatis unum ex his pusillis : Angeli eorum vident faciem Patris.

Un pénible souvenir me frappe en ce moment, et je veux vous le redire. Vous savez la tristesse que je /eus ai souvent confiée, Messieurs, et si cette tristesse

â98 LÀ PAROLE GATÉCHiSTlQUE.

est si vive et profonde en moi, c'est que je ne puis m'empêcher de voir, dans ce qui la cause, un véritable mépris des enfants ! Oui, n'est-ce pas les mépriser, les traiter avec un dédain scandaleux, que de leur donner, comme cela se voit quelquefois encore, la dernière place dans la maison de leur Père, que de les éloigner de son autel, que de les reléguer à la dernière extrémité de l'Assemblée sainte, sous un porche glacial ?

Est-ce là respecter et accomplir la parole de Notre- Seigneur : Laissez venir à moi les petits enfants. Sinite parvulos venir e admet

Ah! nous dit Notre-Seigneur, leurs Anges qui voient sans cesse la face de mon Père dans le ciel, leurs Anges y sont avec eux et vous le reprocheront un jour.

Telles sont, Messieurs, les grandes leçons que Jésus- Christ nous donne ici, et il serait difficile qu'elles fussent plus fortes, plus profondes, plus saisissantes. Il y ajoute la divine autorité de son propre exemple; il se montre à nous comme un admirable modèle de cette tendresse et de ce respect qu'il nous recommande pour les enfants; ce que son cœur si aimant lui a inspiré de nous dire pour eux, il le pratique luimême sous nos yeux. Voyez : sur le front de cet Enfant qu'il a placé là devant ses disciples, il pose ses lèvres divines ; et osculatm est enm ! Que d'amour et de respect dans ce baiser du Christ à rEn&nce! Ah!

si nous ne sentons pas, à cet exemple de notre Maître, notre âme s'émouvoir et tressaillir, notre cœur se remplir de charité pour les enfants ; si nous pouvons trouver petit l'apostolat auprès de cet âge, si nous ne sommes sensibles qu'à ses défauts qui n'ont pas éloigné le Sauveur et que rachètent tant d'admirables qualités, si nous leur parlons avec dureté et avec aigreur, si nous perdons patience avec eux, si nous nous rebutons auprès d'eux ; ah ! sommes-nous dignes de Jésus-Christ, avons-nous l'esprit de notre Maître? Comprenons-nous l'esprit de notre ministère? oui, le fond même, l'essentiel, le capital du ministère, que nous avons à remplir, qui est de sauver les âmes ?

Et j'achève tout ceci par cette dernière considération.

LES ENFANTS SONT LES HOMMES DE L'AVENm.

Allons maintenant au fond. Messieurs : cherchons plus loin encore les raisons de ces tendresses, de ces sollicitudes évangéliques, de ces attentions, de ces vigilances réclamées de nous par Notre-Seigneur pour les enfants. Est-ce seulement à cause de leur faiblesse ou de leurs grâces chai'mantes, à cause de leur ingénuité et de leur candeur ? Ils sont les privi-

300 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.

légiés du Père céleste, les disciples favoris des vérités révélées, les premiers héritiers du royaume des cieux dans leur simplicité et leur aimable innocence : est-ce à cause de cela seulement qu'il faut se dévouer à eux avec un zèle si ardent, et, si je puis le dire concentrer en eux toute la plus vive ardeur de ce zèle ? Non, Messieurs, il y en a une raison plus profonde encore ; et dans ces scènes ravissantes qui viennent de passer sous nos yeux là même, Notre-Seigneur a prononcé une parole qui est pour nous le dernier trait de lumière, la dernière et complète révélation :

Venit filius hominis salvare quod perierat.

Le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu ! voilà la raison de tout ceci. Le Fils de l'homme est le Sauveur du monde, Salvator mundi ; le Sauveur des hommes, le Réparateur de l'hnmanité déchue, Salvator hominum. Eh bien, voilà pourquoi il s'applique avant tout à sauver l'enfance ! voilà pourquoi il aime, il recherche avec tant de soUicitude, il bénit d'abord les enfants, et nous demande de les aimer et de les bénir à son exemple. L'enfant, c'est en effet l'homme lui-même, avec tout son avenir possible de vertu et de bonheur ; c'est, si je puis le dire, l'humanité dans sa fleur. Toute la vie est dans l'enfance, comme tout le fruit est dans la fleur. L'enfance, c'est tout l'espoir de la grande famille humaine ; en un mot qui dit tout : les enfants sont les hommes même de l'avenir. Voilà ce que regardait

le Sauveur, quand ce cri sortait de son cœur et de ses entrailles : c Videte^ prenez garde, ne méprisez « pas, ne scandalisez pas les enfants, un seul enfant, « ne unum ex his ! car le Fils de l'homme est venu « sauver ce qui était perdu. >

Il ne dit pas seulement, remarquez-le, Messieurs, car le Fils de l'homme est venu sauver les enfants ; non, il dit : « car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu, » quod perierat ; c'est-à-dire le genre humain tout entier. Et c'est pourquoi, lui. Sauveur dumonde, lui^ Sauveur des hommes et de toute l'Humanité, est attiré d'abord vers les enfants, et leur témoigne une prédilection si tendre. Il a laissé les deux, laissé les Anges, pour venir sauver les hommes; et si tout le salut de l'Humanité, si tout le mystère du royaume des cieux semble se résumer dans le salut de l'enfance, c'est qu'en effet, tout est évidemment perdu, si l'enfance est perdue ; rien n'est sauvé, rien n'est régénéré, si l'enfance ne l'est pas. Voilà pourquoi Notre-Seigneur acheva tout ce grand discours par cette conclusion péremptoire et solennelle : Ainsi votre Père céleste^ — Celui-là même qui veut que tous les hommes soient sauvés : Qui vult omnes homines salvos fieri, — ne veut pas qu'un seul de ces petits enfants périsse. — Sic non est voluntas ante Patrem vestrum ut pereat unus de pusillis istis.

303 LA PAROLE CÀTÉGHISTIQU6.

Tout ceci est bien remarquable Messieurs, et n'a peutrêtre pas été suffisamment remarqué.

Les enfants^ ce sont les hommes de Tavenir! Voilà, Messieurs, la parole très-simple, mais aussi le fait incontestable que nous ne méditerons jamais assez, si nous voulons réveiller, éclairer notre zèle, et entrer dans le fond même de l'œuvre des Catéchismes, en véritables et sérieux ouvriers de FEvangile.

Et ne craignons pas de nous avouer ici franchement à nous-mêmes ce dont nous gémissons si souvent en secret.

Nous nous plaignons, et certes avec grande raison, que les hommes nous échappent : nous nous lamentons sur le triste état de ces pauvres peuples de nos villes et de nos campagnes, tels qu'un siècle et demi d'impiété et de révolutions les a faits. Nous disons que tout le travail des âmes est n recommencer; que tout ce bel ouvrage des apôtres et des premiers prédicateurs de la foi dans nos contrées est à reconstruire, que c'est une régénération à fond qu'il faut entreprendre, et comme une résurrection des morts qu'il faut accomplir. Eh bien oui, tout cela est vrai ; c'est cela même qui est à faire, rien moins que cela. Quiconque ne l'entend pas ainsi, n'entend pas les premiers éléments des choses, n'a pas la première idée de l'œuvre que Dieu nous demande.

Mais que conclure d'une telle situation. Ah ! Mes-

sieurs, c'est sans doute avant tout que nous devons tous être des apôtres, des hommes de Dieu dans toute la force du terme, des prêtres livrés à la grâce, traditi gratiiBj et décidés à ne pas vivre pour eux-mêmes, mais uniquement pour Dieu, pour l'Eglise , pour les âmes, et à mourir à la peine, s'il le 'faut, comme ces grands hommes apostoliques qui renversèrent le paganisme, établirent sur ses ruines la Religion du Fils de Dieu, et cimentèrent l'édifice de leur sang.

Jésus-Christ le premier y a mis son sang : tous les apôtres après lui y mirent leur sang; nous, après eux, nous devons y mettre nos sueurs et notre vie même, s'il est nécessaire. C'est à ce prix que nous réussirons.

Et je me permets de l'ajouter, s'il faut faire des miracles de grâce pour y réussir, Dieu les fera. Mais, avant tout, il est évident qu'en un siècle tel que le nôtre, il faut des apôtres, c'est-à-dire des pasteurs animés de zèle, des hommes d'un dévouement généreux, et qui au besoin s'épuisent, se consument dans le travail. Et, Messieurs, pourquoi ne serions-nous pas ces hommes ? Des prêtres vulgaires, bons, réguliers, mais d'une vertu commune ne suffisent plus. Ils ont pu suffire dans des temps meilleurs, aujourd'hui ils ne suffisent plus^ Il y en a d'ailleurs parmi vous qui sont ces hommes de Dieu dont je parle. Pourquoi ne le seriez-vous pas tous? — Nous^ le voulons bien, me direz-vous, mais que faire et quels moyens prendre ? — Il faudrait, Messieurs^ tout un traité de Pastorale,

304 Là Parole càtéchistique.

pour vous indiquer tous les moyens nouveaux de zèle que réclament les nouveaux besoins de l'Église et la détresse de notre société si profondément déchue de l'esprit chrétien, si éloignée des mœurs, des pratiques et des anciennes habitudes chrétiennes.

Du moins, pour demeurer dans mon sujet, et vous dire en même temps ma conviction profondément réfléchie et invariablement arrêtée, je vous répondrai que le moyen de tous le plus propre, le plus radical, le plus infaillible pour régénérer promptement nos paroisses, ce diocèse et la France entière, c'est sans contredit l'œuvre des Catéchismes. Oui, si cette œuvre est bien organisée, bien faite, conduite avec zèle et persévérance, quelque grand, quelque profond que soit le mal, ayons confiance, nous pouvons encore tout sauver.

Et la raison en est bien simple : je vous l'ai donnée; c'est que Tœuvre des Catéchismes atteint les enfants, et que les enfants, encore une fois, ce sont les hommes de l'avenir.

Les hommes nous échappent... Mais occupons-nous donc des enfants, qui sont encore là, sous notre main, que la Providence fait naître et grandir au temps favorable sous nos yeux; tournons-nous vers ces chères âmes, dont la conquête est plus douce et plus facile ; élevons-les sous les yeux et sous la main du Seigneur. Faisons de ces enfants des chrétiens, de bons chrétiens, et nous aurons profondément amé-

lioré le présent et sauvé l'avenir : car ces enfants bientôt deviendront des hommes^ et seront le peuple chrétien tout entier.

Oui, MessieuBS, vos enfants d'aujourd'hui et ceux de Tannée prochaine, et ceux des années suivantes, dans vingt ans, formeront toute votre paroisse : ce seront les pères et les mères de famille, les ouvriers, les laboureurs, les vignerons, les propriétaires, les magistrats, tout le peuple enfin.

Et, si vous les avez gagnés à Jésus-Christ, ces chers enfants pendant que vous les avez au Catéchisme, si vous en avez fait de bons chrétiens, un jour, sous vos successeurs, toute cette paroisse sera chrétienne, et c'est vous, qui en faisant le Catéchisme, l'aurez rendue telle.

Et, s'il faut. Messieurs, ajouter quelque chose aux paroles si fortes et si décisives de Notre-Seigneur, je vous dirai, en m'appuyant toujours sur les Saintes- Écritures, que tout cela est fondé sur un raisonnement bien simple : le salut dépend de la bonne vie, mais la bonne vie de quoi dépend-elle plus étroitement que de l'éducation rehgieuse du jeune âge? — Le Saint-Esprit l'a dit : Bonum est viro, càm portaverit Jugum ab adolescentiâ sua.

Et encore : Adolescens juxlà viam suam, etiam dm senuerit, non recedet ah eâ. Ce qui signifie, qu'il est difficile, très-difficile, qu'un homme soit

906 Lk t'ÂROLË CATÉGHISTIQtifi.

vertueux dans son âge mûr et même chips sa viefllesse, s'il n'a appris à l'être dès son enfance.

Quand on vous presse de faire le Gatéchimie avec zèle, ce n'est donc pas d'une œuyre surérogatoire qu'il s'agit : non, il y a là une question de vie ou 4e mort. — Le ciel ou l'enfer pendant l'éternité, voflà, Messieurs, ni plus ni moins, pour tous vos paroissiens, pour les 350,000 diocésains d'Orléans, pour les 40 millions d'âmes qui sont en France, pour tous les fidèles de l'Église, ce qui est en jeu dans cette grave question des Catéchismes bien ou mal &its.

On peut le dire : si un tel intérêt ne nous touchait pas ou nous touchait peu, nous ne serionà pas prêtres, nous ne serions pas même chrétiens; nous serions des hommes sans foi, sans cœur, sans entraÂlles, dignes de tout le mépris pubUc.

Je tiens aux Pâques, Messieurs, — non pas jusqu'à vouloir que vous vous écartiez des règles afin d'avoir beaucoup de Pâques dans vos paroisses, non pas comme quelques-uns peut-être se l'imaginent, au point de faire du nombre des Pâques le thermomètre du zèle de nos bons prêtres; à Dieu ne plaise! — Mais enfin je tiens aux Pâques et je dois y tenir, parce que c'est le moyen de ramener, de sauver, chaque année, bien des âmes, au milieu de la génération qui s'en va, et dont la plus grande portion périt! Toutefois, comprenez-le, je tiens aux Gâté-

chismes très-bien faits beaucoup plus encore cpi'aux Pâques, parce que les Catéchismes sont le moyen de reconquérir la génération qui arrive, et par conséquent de régénérer à fond vos paroisses, et de sauver avec le temps, et Dieu aidant, toutes les générations à venir. Dans l'œuvi^e des Pâques, vous glanez, si je puis m'exprimer ainsi : hélas ! avant vous, le démon a fait la moisson : vous ne faites que glaner ! Mais par l'œuvre des Catéchismes, vous semez à pleines mains dans le champ du père de famille, et c'est toute une riche moisson d'âmes que vous préparez pour vos successeurs dans l'avenir. Voilà pourquoi je tiens surtout aux Catéchismes ; et c'est là, bien plus encore que dans les Pâques, que je trouve la mesure du zèle et de l'utilité réelle d'un prêtre.

Du reste, ces grandes difficultés que vous éprouvez avec les hommes d'un âge mûr, Notre-Seigneur a voulu les éprouver lui-même ; il suffit d'ouvrir le saint Évangile pour le voir; et voilà pourquoi il vous demande de vous tourner à son exemple vers les enfants : sans doute, comme Notre-Seigneur, dites à ces hommes qui ont passé de longues années dansl'éloignement des pratiques chrétiennes, dites-leur avec le zèle de la parole évangélique : « Faites pénitence I car le royaume c des cieux approche, et il est aussi pour vous I y> Racontez-leur l'histoire de l'enfant prodigue et du bon Pasteur ; mais gardez-vous d'oublier la génération qui arrive, qui vient à vous, neuve, ardente, avec

à08 LA PAROLE CATÉCHISTIQbË.

un sang jeune et généreux : emparez-vous d'elle à son entrée dans la vie; occupez les avenues de son esprit et de son cœur ; façonnez-la pendant qu'elle est encore tendre et flexible, et à cette époque de la vie où, par un bonheur inappréciable, une religieuse coutume, précieux débris de l'ancienne foi, l'amène dans nos temples, et la confie, la livre pendant de longs et heureux jours à votre affection et à votre zèle.

Béni soit Dieu, Messieurs, qui, au milieu du naufi^e des mœurs chrétiennes, a du moins sauvé pour les enfants cet admirable jour de la première Communion, lequel, grâce aux années de Catéchisme qui le précèdent, et qui le suivent, peut réparer tous les malheurs de la première enfance, et préparer tous les fruits les plus glorieux et les plus purs de la vertu pour la vie entière.

Je vous le disais tout à l'heure. Messieurs : toufe la vie d'un homme est dans l'enfance, comme le fruit est dans la fleur. Sans doute toute fleur ne donne pas son fruit; elle peut sécher et se flétrir, elle peut tomber sous la pluie ou l'orage; mais incontestablement, si on n'a pas de fleurs, on n'aura pas de fruits, et les années les plus riches sont toujours celles qui ont eu le plus beau printemps.

Cultivez donc ces fleurs chéries, qui sont les enfants ! entourez-les de soins et d'amour ; en eux repose tout l'espoir de la moisson : c'est l'âge décisif où les im-

pressions sont plus vives, où l'esprit et le cœur sont accessibles à la culture, où l'âme tendre se laisse pénétrer plus facilement; c'est surtout l'âge fécond où tout croît et se développe pour le vice ou pour la vertu, où les habitudes se prennent pour la vie entière. Irréligieux dans son enfance, l'homme continuera presque toujours à l'être : comment plus tard le retrouver, quand la foi n'aura aucune racine dans son âme, et que l'incroyance et les passions l'auront toujours occupée? Au contraire, pieux dans son jeune âge, initié aux secrets et aux douceurs de la vie chrétienne, ayant connu et goûté le don de Dieu, de deux choses l'une : ou il persévérera fidèlement, ou si, dans l'entraînement de la vie, il s'égare, il aura du moins en lui un principe de retour. Mais une génération qui a grandi sans connaître et aimer Dieu, une génération qui n'a pas de bonne heure dirigé vers lui son cœur, dont l'esprit ne lui a pas été d'abord confié, cette génération-là devient et demeure trop souvent une génération incrédule et perverse : Generaiio quœ non direxit cor suum et non est credittis ciim Dca spiritus ejus... generatioprava et exaspérant. . . incredula et perversa.

Combien d'expériences, les unes pleines de consolation, les autres pleines de douleur, viennent confirmer chaque jour ces grandes paroles de l'Esprit-Saint! Qui ne sait avec quelle peine on ramène à Dieu ces hommes qui n'ont pas fait ou ont mal fait leur pre-

310 LÀ PAROLE CATÉCUISTIQUE.

mière Communion ? Le plus souvent, c'est impossible. Même à l'heure de leur mort, tous les efforts du zèle le plus dévoué viennent souvent échouer là contre un aveuglement et un endurcissement incurables.

Au contraire, qui ne sait quelles facilités pour le retour vers Dieu, on trouve dans les âmes qui ont connu, qui ont aimé Dieu dès leur première enfance ?

Au tribunal de la pénitence, dans les missions et dans les retraites paroissiales, demandez aux pécheurs qui reviennent : Avez-vous bien fait votre pr^nière Communion? Presque tous répondront : « Oh ! oui, Monsieur, par la grâce de Dieu. Je ne l'ai jamais oublié, et c'est ce bon souvenir qui m'a décidé; > et le plus souvent ils ajoutent le nom et l'éloge du bon prêtre qu'ils ont aimé dans leur enfance et qui leur a fait faire cette bonne première Conmaunion; et s'ils ont eu une mère pieuse, ou ce qui est plus rare, un père chrétien, ils le rappellent avec larmes et en bénissant Dieu.

Pour moi. Messieurs, j'ai fait sans cesse dans ma vie cette heureuse expérience, et tout récemment encore, dans nos retraites d'honmies, à la Cathédrale.

Là famille. 311

Il y a d'ailleurs, Messieurs, une raison spéciale extrêmement grave, pour laquelle jinsiste sur la nécessité de bien faire le Catéchisme, particulièrement dans le temps où nous vivons ; et de telle sorte que les enfants n'y soient pas seulement instruits du Christianisme, mais élevés dans le Christianisme, et attachés pour jamais, et par le fond même de leur àme, à cette Religion sainte.

Celte raison, la voici : c'est que l'Éducation Chrétienne de l'enfance, depuis longtemps déjà, ne se fait plus, et disons le mot, ne peut plus guère se faire aujourd'hui que par nous, et dans les Catéchismes : si elle ne se fait point par nous, elle ne sera guère faite par d'autres ; et si nous ne la faisons pas dans les Catéchismes, nous ne la ferons nulle part ailleurs.

Autrefois, quand la famille était profondément chrétienne, quand les habitudes, les impressions, les mœurs, les lois chrétiennes régnaient au sein de la famille ; quand l'enfant, entouré dès son berceau de pieux exemples, se formait naturellement et sans effort, sous les yeux de son père et de sa mère, et au

312 LA PAROLE CATÊCIIISTIQDE.

milieu de ses frères et de ses sœurs, au respect de la. Religion et à l'amour de la vertu; quand toutes ses inspirations, tous ses goûts, tous ses instincts même, naissaient, se développaient sous l'empire de la foi et de la piété fervente ; quand c'était là l'air qu'il respirait, et comme le moule où était formée et modelée son âme, dès sa plus tendre enfance : alors peut-être le Catéchisme pouvait n'être qu'une école chrétienne, où le prêtre venait, pendant quelques mois, ajouter par la gravité de sa parole et la précision de son enseignement, le dernier trait d'autorité, de fermeté et de sûreté doctrinale aux traditions, aux habitudes et aux leçons de la famille chrétienne.

Alors peut-être les ministres de la Religion pouvaient se borner à la prédication commune, adressée du haut de la chaire à toute l'assemblée sainte, en y joignant quelques simples instructions spéciales données aux enfants.

Mais aujourd'hui la situation et les temps sont bien changés I aujourd'hui les familles, qui se peuvent dire hautement et profondément chrétiennes, sont bien rares! Je le rappelle avec toutes les réserves nécessaires pour de saintes et glorieuses exceptions ; mais à parler en général, où trouve-t-on aujourd'hui les familles chrétiennes d'autrefois? les anciennes mœurs, les anciennes habitudes, l'ancienne vie chrétienne, où cela est-il ? Est-ce dans les grandes cités mondaines? Est-ce dans nos petites villes? est-ce

ians nos tristes campagnes? est-ce parmi les riches? 33t-ce parmi les pauvres ?

On essaierait vainement de le dissimuler : ils ne sont )lus parmi nous ces baux jours de la foi antique, où les pauvres comme les riches environnaient la Religion le vénération et d'amour ; où TÉvangile s'honorait de [^ompter, dans les classes les plus obscures , comme dans les rangs les plus élevés, de nombreux disciples, qui mettaient leur bonheur dans une humble obéissance à ses lois, se glorifiaient de transmettre à leurs enfants, comme le plus précieux des héritages, leur respect et leur reconnaissance pour cette religion sainte, et préparaient ainsi de loin, aux ministres de Jésus-Christ, le consolant espoir d'une moisson facile au milieu des générations naissantes !

Elles sont surtout devenues bien rares, sur le sol de notre patrie, ces Éamilles pauvres mais bénies, dont les pères gardaient le dépôt sacré de la foi comme la consolation de leur indigence, dont les mères savaient ajouter à leurs leçons l'exemple et l'encouragement des plus aimables vertus, dont les enfants, dès le plus jeune âge, allaient dans les bras de la Religion recevoir les premiers enseignements de la sagesse, et mettre à l'abri leur innocence.

A ces jours de piété, de vertu et de bonheur, qui ne sait quels jours ont succédé ! De toutes parts l'impiété triomphante a étendu ses déplorables conquêtes ; et, si les riches, après de terribles leçons, ont cru de-

314 LA PAROLE GATÉCHISTIQUE.

voir enfin reftiser leurs hommages à e^te grande maîtresse de tous les crimes et (te tous les malhemis, les pauvres, moins intéressés que les riches à la vertu, ne sont restés que trop dociles à de funestes enseignements, et trop souvent encore aujourd'hui, on les voit repousser, et quelquefois avec brutalité, les lumières de la foi, pour se plonger et s'enfoncer obstinément dans les plus épaisses ténèbres de l'irréligion.

Né au sein de cette nuit désastreuse, T^i&nt de nos ateliers ou de nos campagnes croit souvent dans un oubli profond du Ciel, dans le mépris de la Rdi* gion et dans la haine pour ses ministres. Yoye^4e errer par les rues de nos grandes villes, ou dans ces villages civilisés que traversent nos grandes routes : que respecte-t-il? Qui a l'œil plus impudent et plus effronté que lui ? Et comment en pourraitril être autrement? Le nom redoutable de Dieu, il ne l'entend proférer autour de lui qu'au milieu des blasphèmes; et, s'il le faut, l'enfer saura bien lui envoyer quelque grossier précepteur d'impiété, pour lui dire que Dieu n'est qu'un vain nom, le Ciel une chimère, la conscience un préjugé, la Religion une tyrannie ; les magistrats et les rois d'indignes oppresseurs ; les instituteurs et les maîtres d'imbéciles et d'odieux despotes, et les ministres de l'Évangile surtout, des honunes farouches, ennemis de tout bien, et dont le cœur ne s'attendrit jamais.

£t parmi les riches, parmi ceux que la réflexion, le

malheur des temps, les grandes et redoutables leçons de l'expérience ont ramenés à la Religion, dans les meilleures familles, où en est-on ? Si la mère est chrétienne, le père, les frères, les oncles le sont-ils? Et si le père et la mère sont véritablement chrétiens, sontils les maîtres de tout ce qui les entoure, les maîtres de tout ce qui se dit et se fait auprès d'eux, soit au dedans, soit au dehors? En un mot, les plus fervents, ceux-là même qui mettent leur gloire et leur bonheur dws une entière obéissance aux lois de la Religion, peuvent-ils entourer leurs enfants de tous les exemples dont le premier âge a besoin, et les faire vivre toujours au milieu d'une atmosphère véritablement chrétienne?

Combien en avons-nous vu, de ces parents les plus vertueux, gémir de leur insuffisance à cet égard!

Voilà pour les familles les plus exemplaires. Et que penser de tant d'autres, qui sont, je ne dirai pas, impies, mais indifférentes à la Religion ; où Dieu nonseulement ne règne plus, mais où Ton semble ignorer ses lois les plus sacrées, où la sanctification du dimanche est à peu près inconnue ; où les pratiques les {dus essentielles de la piété chrétienne sont oubliées; où les signes mêmes les plus vulgaires du Christianisme ont disparu; où le nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ n'est jamais prononcé ; où enfin, au lieu de cet air de foi que, dans des jours plus heureux, l'enfant respirait sous le toit paternel, il ne respire plus guère

316 LÀ PAROLE CATËCHISTIQUE.

aujourd'hui que rindifférence irréligieuse, et trop souvent des souffles empoisonnés, qui pénètrent Finfortuné sans qu'il le sente, et vont corrompre, dans son cœur, jusqu'au germe des vertus.

Non, Messieurs : il est manifeste que ce qui aurait suffi peut-être absolument autrefois, ne suffit plus aujourd'hui ; et que pour donner aux enfants une religion éclairée et des mœurs pures, pour conserver ou réparer leur innocence, pour les élever à l'abri de tout ce qu'ils voient et entendent chaque jour, nous ne pouvons plus nous borner à les instruire, à leur dire froidement, didactiquement, ce que c'est que la foi, ce que c'est qu'un mystère; à quoi nous obligent les ('ommandements de Dieu et de l'Église; ce qu'il faut croire sur Jésus-Christ, sur la grâce, les sacrements, etc., etc.

Il faut en même temps et avant tout, leur inspirer l'amour de Dieu, la haine du mal et de tout ce qui avilit le cœur, l'horreur du péché, l'attachement inviolable à la vertu ; et faire d'eux d'abord des chrétiens solides et fervents, puis, s'il le faut, des apôtres au milieu du monde et de leurs familles.

Mais où et comment tout cela se fera-t-il ? où et comment se donnera cette éducation profondément chrétienne sans laquelle la Religion s'affaiblira de plus en plus dans les âmes ?

Pour lutter avec succès contre tant d'influences pernicieuses, qui conspirent toutes à dépraver les gé-

LA Camille. 317

nérations naissantes ; pour sauver l'enfant de tant de périls amassés contre lui, pour refaire, recréer en lui Tesprit religieux, étouffé de si bonne heure, pour le prémunir contre tant de préjugés et d'erreurs qu'il suce souvent avec le lait, ne faut-il pas un autre berceau, une autre famille, une autre éducation de son cœur.

Mais ce berceau, cette famille, cette éducation, où les trouvera-t-il? Au Catéchisme, et uniquement au Catéchisme.

C'est là seulement qu'il peut recevoir des soins assidus, subir une action directement contraire à celle que le monde exerce si tristement sur lui, et dont il lui est impossible de se défendre seul. Si le Catéchisme est ce qu'il doit être, c'est là qu'il trouvera un asile protecteur pour sa foi et son innocence, et comme un berceau sacré où son âme pourra renaître à une vie nouvelle ; c'est là que la Religion, comme une mère, Taccueillira avec tendresse, lui ouvrira ses bras et son cœur, élèvera véritablement son enfance, ouvrira son intelligence et son âme à des vérités et à un amour inconnus ; l'accoutumera à la prière ; lui fera des révélations admirables de Dieu et du Ciel, de la vertu et de ses récompenses; du mal et de son châtiment; de Jésus-Christ et de la Rédemption ; lui découvrira des perspectives et une route nouvelles, y dirigera ses premiers pas, et l'initiera enfin pour jamais à la vie chrétienne dans ce jour incomparable de la pre-

318 LA PAROLE GATÊCHISTIQUE.

mière Communion, où Jésus^Ghrist lui-même vidnàa prendre possession de son cœur.

Eh bien ! je l'affirme de nouveau : voilà rœurre qui ne peut se bien faire qu'au Catéchisme. Je vous défie de m'indiquer un autre asile où cette grande œuvre puisse s'accomplir, comme il convient, avec tous les soins, avec toutes les sollicitudes nécessaires.

Sera-ce aux Grands Sermons^ sera-ce aux Prônes même, tels qu'ils se font ordinairement? Mais qui ne sait que dans les Sermons et dans les Prônes, on parie avant tout aux fidèles, que les enfants ont peu de chose à y prendre, et que ces sortes d'instructions sont presque toujours ou trop longues ou trop sérieuses pour leur âge ! Et d'ailleurs leurs parents les y conduiront-ils ? Y sont-ils eux-mêmes bien assidus?

Je vous le demande, Messieurs, en dehors des personnes dévotes, et qui se font un devoir d'assister au prône, combien de jeunes garçons, combien de jeunes gens y comptez-vous ? Sauf peut-être les petits enfants, que les Frères de Écoles chrétiennes ou les maîtres d'école y amènent bon gré mal gré, et qui souvent sont placés de manière à ne pouvoir rien entendre, sauf encore dans les paroisses où les Catéchismes, et surtout ceux de Persévérance bien faits, ont inspiré aux jeunes gens et aux jeunes personnes le goût de la parole de

LA FAMILLE. 8tt

et de Insistance aux saints Offices (1), sauf là, combien d'auditeurs compte&'Vaas à yœ prônes?

Sera-ce au Confessionnal? Sans doule, les enfants reçoivent là de charitables conseils, les leçons les plus utiles, et y entendent des exhortations précieuses qui peuvent concourir puissamment à former et à élever leur âme ; mais ils ne les reçoivent que rarement, et le peu de temps qu'y consacre le Confesseur, souvent obligé d'entendre après, et quelquefois avant eux, d'autres pénitents, ne permet guère à ces leçons et à ces conseils d'entrer bien avant dans leurs âmes, à moins que ces jeunes âmes n'y aient été déjà parfaitament préparées dans un Catéchisme bien fait.

Je l'ajouterai même : quels sont les enfants qui vont se confesser régulièrement? Ceux que le Catéchisme bien fait y prépare et y envoie. Les autres n'y vont que bien rarement, ou même jamais.

Non : le Confessionnal^ eût-il pour eux tous les avantages qu'il peut et doit avoir, il ne suffirait pas encore: le confessionnal est un secours à part, sut jwris; sui generis; très-puissant, mais à part, établi dans un but spécial, et qui ne peut suffire à tout.

(1) Qui oe sait qu'à Paris, les paroisses où les ûdôles de tout âge et de toute condition assistent plus régulièrement aux sermons et aux prônes, sont précisément celles où les Catéchismes de Perséyérance ont été longtemps florissants ? Il me suffît de nommer ieî les paroisses de Saint-Solpice, de Saint-Thomas-d*Aquin, de la Madeleine, de Saint^Philippe-du-Houle, de SaintrRoch, etc.

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n faut de plus la solennité de rinstruction et de l'exhortation, Témulation des bons exemples, Veûsàgnement et la pratique des vertus, de la prière, etc.; en un mot, les grands avantages de l'Éducation publique, du Catéchisme solennel, c'est-à-dire du Catéchisme fait et pratiqué comme nous l'avons dit: il faut le Catéchisme, sanctuaire de Jésus-Christ, le Catéchisme, bercail de Jésus-Christ, pour les plus jeunes agneaux et les plus faibles brebis du troupeau, le Catéchisme, famille de Jésus-Christ, représentant, remplaçant au besoin la famille chrétienne, sans laquelle l'Éducation religieuse est impossible.

Je dis: représentant la famille chrétienne; et j'insiste. Messieurs sur ce point de vue ; il est capital. En effet, c'est un principe, un fait, que pour former, élever un homme, il faut une famille : c'est la loi de la Providence : l'homme naturel, corps et âme, ne se forme, ne s'élève pas sans la famille naturelle. Je dirai plus : un français ne se formera pas, ne s'élèvera pas comme il convient dans une famille anglaise, pas phis qu'un anglais dans une famille française. Cela saule aux yeux, et les preuves de détail abonderaient ici. Eh! bien, de même un Chrétien ne se fait pas sans la famille chrétienne. Il faut la famille chrétienne, pour faire le Chrétien, pour élever le Chrétien.

Et, si vous voulez bien le remarquer, dans la primitive Église où la famille chrétienne n'existait pas encore, au moins pour ceux qui, de l'infidélité de-

mandaient à entrer dans le Christianisme, est-ce que le Catéchuménat, ses enseignements, ses exhortations, ses épreuves, les catacombes, les assemblées intimes n'étaient pas comme la famille, n'étaient pas la vraie source de la vie chrétienne, le vrai foyer où elle pouvait éclore et se développer.

C'est là que l'on habituait leur esprit aux pensées chrétiennes, leur cœur aux sentiments chrétiens; là, qu'on exerçait leur jugement à voir, à comprendre, à juger les choses du temps et de l'éternité, non plus selon les lumières de la sagesse profane ou païenne, mais selon les lumières de la foi évangélique ; là, où Ton accoutumait leur âme à aimer, à goûter, à sentir à désirer les biens que la foi nous promet ; à craindre, à repousser les maux qu'elle nous signale; là enfin, que l'on formait les mœurs, les habitudes, les affections pieuses, dans l'esprit et dans le cœur d'abord, pour les faire passer et les établir ensuite sûrement et solidement dans toute la conduite des Catéchumènes, et les rendre dignes d'entrer dans la grande famille, chrétienne.

Eh bien 1 voilà l'œuvre qu'il est question de faire dans les Catéchismes, c'est-à-dire dans le Catéchuménat des temps actuels. Sans doute les difficultés ne sont plus les mêmes; mais les difficultés sont réelles, considérables ; et quelle que soit la différence des temps, l'œuvre au fond est la même toujours.

Aujourd'hui, autant que jamais, il faut, je le répète,

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que les Catéchismes soient faits de maniéré à n'èlre plus seulement une espèce d'école où se donne un enseignement aride, mais une grande instituâon religieuse où se forment et s'élèvent les en&nts de Diéa. n les faut tels, qu'ils constituent un foyer de vraie et forte éducation chrétienne, en un mot, une fâttuDe et s'il m'est permis de parler ainsi, un intérieur chrétien, avec ses principes, non pas simplement enseignés, mais inculqués, insinuée dans le cœur, pénétrant dans la vie, et formant les habitudes de chaque jour ; avec ses idées saines, ses jugements arrêtés, sa manière de voir éclairée sur chaque chose ; avec ses joies et ses peines; avec ses joies partagées, vives, innocentes, paisibles, avec ses peines consolées; avec ses fêtes, ses souvenirs, ses affections; avec ses goûts simples, mais suffisants pour le bonheur intime de l'âme ; avec ses intérêts grands et petits ; avec sa tenue, sa dignité, ses bienséances, sa gravité de mœurs; et surtout avec son autorité et son respect, ces deux grandes et saintes choses constitutives de la famille et des vertus chrétiennes.

Pour cela, il est de plus en plus manifeste que Vexplication de la lettre du Catéchisme ne suffit pas.

Une éducation, une famille, ce n'est pas une froide parole, une leçon, un cours, un enseignement aride.

Dans une famille, assurément, on enseigne, mais de plus on avertit, on exhorte, on encourage, on

réprimande, on récompense, on aime, on fait aimer la vertu.

Et à tout cela préside l'Esprit de famille; c'est-àdire l'autorité, le dévouement d'une part, avec toutes les nuances, toutes les formes de la tendresse et du ïêle ; et de l'autre, le respect, la docilité, la confiance avec toutes les nuances aussi de l'amour filial et de la reconnaissance.

Voilà ce que les Catéchismes et les Catéchistes doivent être : voilà ce qu'ils doivent mettre et inspirer dans l'esprit et dans le cœur des Catéchisés, voilà ce que les enfants doivent trouver dans leurs Catéchismes, et y apporter en retour.

Cest par là que le Catéchisme deviendra pour eux la famille chrétienne, l'intérieur chrétien ; qu'ils y trouveront l'ensemble des impressions, des habitudes, des vertus, qui leur feront aimer le Catéchisme et la Religion, et peu à peu formeront en eux la vie chrétienne solide, durable, capable de persévérance.

C'est ainsi qu'il sortira de là des chrétiens véritablement dignes de ce nom, formés pour le monde et les diverses conditions de la société humaine; formés chrétiennement, à l'intérieur comme n l'extérieur, en sorte que les principes du Christianisme auront été comme infiltrés dans toutes les puissances de leur àme, et seront devenus le fond de leur âme et de leur vie même.

Mais dans la pratique, trop souvent, on est si loin

a^ LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.

de ce que je viens de dire ; tant de Catéchismes, malheureusement, présentent si peu ce consolant aspect, que quelques personnes seront tentées de répondre : Oh ! oui, sans doute, voilà bien la perfection idéale de l'Œuvre, et il serait très-désirable qu'il en fût partout ainsi; mais cela se peut-il? Cet idéal admirable, est-il possible de le réaliser? N'est-ce pas le rêve d'un cœur pieux, mais un rêve?

J'affirme de nouveau, et avec toute l'énergie de la conviction la plus ancienne et la plus profonde, que cet idéal est parfaitement réalisable : je l'affirme pour l'avoir expérimenté moi-même, pendant de longues années, pour l'avoir vu de mes yeux non-seulement à la Madeleine, à Saint-Roch, mais avant tout à Saint- Sulpice, puis à Saint-Thomas-d'Aquin, à Saint-Louisd'An tin, à Saint-Philippe-du-Roule, et ailleurs encore; oui, cette réalisation est possible : et non-seulement elle est possible dans les villes, mais encore, et c'est ce que je vous démontrerai bientôt, dans les bourgs et jusque dans les plus humbles villages ; essayez, et l'expérience vous en convaincra.

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