‹ Entretiens sur la prédication populaireChapitre 17 sur 157 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DES CATÉGfflSMES DE PERSÉVÉRANCE.

Entrons maintenant, Messieurs, dans le vif des choses, et dans les détails de la pratique.

Il y a trois sortes de Catéchismes : les petits Catéchismes, les Catéchismes de première Conununion et les Catéchismes de Persévérance.

Je ne vous parlerai pas d'une manière spéciale, en ce moment, des deux premiers. Je me réserve de le faire plus tard, avec tout le soin que méritent ces importants sujets. Aujourd'hui, Messieurs, c'est principalement sur les Catéchismes de Persévérance que je veux appeler votre attention ; parce que, d'abord, le Catéchisme de Persévérance étant le plus parfait et le plus élevé de tous, beaucoup de détails pratiques dans lesquels j'entrerai, pourront s'appliquer plus ou moins aux deux autres Catéchismes ; et ensuite. Messieurs, il faut le dire, c'est là peut-être qu'il nous reste le plus à faire. Vous faites le Catéchisme de première Communion avec un zèle auquel je ne me lasse pas de rendre hommage ; mais les Catéchismes

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de Persévérance, tels que je les voudrais, tels que les besoins les plus impérieux des âmes les réclament, sont encore à fonder dans un grand nombre de paroisses.

Examinons ici s'il est vrai que les Catéchismes de Persévérance sont à ce point nécessaires, et si, malgré les difficultés qu'ils présentent dans certaines paroisses, ils ne sont pas néanmoins possibles et réalisables.

NÉCESSITÉ, D1FFIC0LTÉS ET POSSIBaiTÉ DBS CiTiCHISHBS DE PEaSÉVÉaiNCE DilKS LES GiMPiGHES.

Tout d'abord je vous le dirai. Messieurs, mon grand désir serait de voir institués partout des Catéchismes de Persévérance non-seulement dans les villes, mais encore dans toutes les paroisses rurales.

Y a-t-il rien, en effet, de plus indispensable et de plus urgent que la création de ces Catéchismes? Regîu^dez ce qui se passe.

Une chose vrainent cruelle. Messieurs, n*est-ce pas de voir la plupart de nos enfants, après tant de soins que nous leur avons prodigués, s'éloigner de nous el de TEglise, dés qu'ils n'y sont plus ramenés par la nécessité de faire leur première Conununion.

Il n'y a pas ici d'illusion à se faii^e ; dans les cam-

pagneSy la plupart des filles, et on peut dire à peu près tous les garçons, le lendemain de leur première Communion, nous échappent; ceux que vous sauvez et qui persévèrent, sont vraiment, selon la comparaison de TEcriture, comme les épis que l'on recueille après la moisson. La moisson est faite par le démon, pai^ le vice, par l'impiété ; et nous ne gardons que ce qui leur échappe.

C'est à percer le cœur, Messieurs, quand on y arrête sa pensée, et ce serait à désespérer, si à un tel malheur il n'y avait point de remède.

Mais il y en a un. Se pourrait-il que ce travail des Catéchismes de première Communion, que vous faites avec tant de labeurs, et quelquefois aussi avec une vraie consolation, ne dût vous donner en définitive que des fruits éphémères, et se terminer toujours nécessairement par une désertion véritable et une amère déception?

Non, grâce à Dieu, il n'en est pas de la sorte, ^l il y a un remède, un moyen, mais un seul, de vous ramener vos enfants, de faire fructifier dans leurs cœurs la bonne semence que vous y avez jetée, d'assurer l'avenir de votre œuvre : ce remède, ce moyen, c'est un Catéchisme de Persévérance.

Oui, fondez dans vos paroisses des Catéchismes de Persévérance, sachez y attirer, y retenir les jeunes gens, les jeunes filles, sous votre action et votre parole^ pendant quelques années encore, et vous n'aurez

328 LA PAROLE CAÎÉCUISTIQUE.

pas travaillé en vain sur toute cette jeunesse, et la première Communion ne sera pas aussitôt oubliée que faite, et la foi et les pratiques chrétiennes s'affermiront dans ces jeunes âmes, et vous aurez réellement élevé des générations chrétiennes, et assuré l'avenir de la Religion dans vos paroisses.

Voilà le remède, le moyen, et je n'en connais pas d'autre. Sans Catéchisme de Persévérance, vos enfants vous échapperont toujours comme ils vous échappent maintenant : la jeunesse ne persévère que là où les Catéchismes de Persévérance sont institués et florissants, les temps et les mœurs actuels étant donnés, c'est une expérience universelle, c'est une démonstration de fait qui ne saurait être contestée.

Mais si la nécessité et l'efficacité du Catéchisme de Persévérance sont choses si évidentes, qu'il serait superflu d'y insister près de vous, en est-il de même de la possibilité générale de ces Catéchismes? Si ce moyen est nécessaire et excellent, est-il pratique ? Et où et comment peut-il être employé? C'est ce que je dois, Messieurs, examiner avec vous en ce moment.

Et d'abord, quant aux villes, et j'entends même dans les plus petites villes, il est manifeste que l'établissement du Catéchisme de Persévérance ne peut être qu'une question de bonne volonté et de zèle. On ne peut parler ici d'impuissance et d'impossibilité. C'est ce que m'écrivait un des Curés les plus expérijuentés de ce diocèse : t Partout où il y a ces deux

€ choses : une jeunesse agglomérée, un curé et un

€ vicaire pour l'attirer, l'intéresser la discipline et l'ins-

€ truire, il ya les éléments certains d'un Catéchisme,

€ et d'un florissant Catéchisme de Persévérance. i>

Mais en est-il de même dans les petits bourgs, dans les campagnes? L'établissement des Catéchismes de Persévérance n'est-il pas, dans de telles paroisses, une chimère?

Là, en effet, le curé est seul;

La jeunesse est peu nombreuse, éloignée de l'église, dispersée souvent dans plusieurs hameaux ;

Les natures sont rudes et incultes : à la campagne une fois la première Communion faite, généralement on ne va plus à l'école; on n'a plus pour l'instruction, surtout pour l'instruction religieuse, que de l'indifférence : ajoutez que ce sont d'incessants et durs travaux auxquels les enfants mêmes se trouvent employés : après une semaine ainsi passée, c'est pour tous im besoin plus ou moins défini, mais très-vivement senti de se reposer et même de se livrer, dans Faprès-midi du dimanche, à des divertissements.

Il suit de là, avec de telles natures et de telles habitudes, que les ingénieux moyens qui vivifient le Catéchisme dans les villes, ne sont pas possibles à la campagne. Comment, par exemple, demander et obtenir, de gens qui travaillent à la terre ou apprennent un métier, des cahiers d'analyses? Comment stimuler

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en eux pour rinsti^uction religieuse une heureuse émulation ? La jeunesse des campagnes n'a ni le temps, ni les aptitudes, ni les connaissances premières qui offrent tant de prise au zèle pastoral dans les villes.

Tous ces soins, toutes ces attentions peuvent être utiles pour des enfants accoutumés aux recherches d'une éducation soignée et aux délicatesses d'une position plus élevée ; mais pour des enfants que leurs habitudes ont laissés étrangers à toutes ces choses, pour des enfants grossiers, et qui le seront toujours, est-ce possible ?

Ajoutez enfin que ces Catéchistes n'existant pas, il n'y a pas d'habitudes prises, pas de traditions, et qu'à toutes les difficultés que nous venons d'énumérer se joignent par conséquent celles qui résultent, particulièrement à la campagne, d'une innovation.

Vous voyez, Messieurs , que je ne cherche pas à faire illusion , à dissimuler les difficultés : elles sont malheureusement trop réelles, et voilà pourquoi les Catéchismes de Pereévérance sont peu nombreux dans les campagnes. Mais aussi , que devient toute celte jeunesse des campagnes? et combien fautril de temps, après la première Communion , pour que les cabarets, l'amour des plaisirs, les danses, et le reste, vous l'enlèvent presque tout entière ?

Encore un coup , que de fois vous m'avez confié vos tristesses à cet endroit !

Kt ce sont précisément ces Urist^ses , les vôtres

Catéchismes de persïjvérance. 331

et les miennes sur ce point important, Messieurs, dont je ne puis prendre mon parti , et qui m'ont fait regarder de plus près au fond des choses , au fond des di£Gcultés et possibilités de cette œuvre si nécessaire, et qui, après quinze années de réflexions, d'observations, d'expériences, de consultations pratiques , m'ont convaincu de sa possibité comme de sa nécessité.

Car enfin , faut-il donc croire , Messieurs , à cette impossibilité apparente des Catéchismes de Persévérance dans les campagnes , et faut-il s'y résigner? Faut-il croiser les bras , et se dire , dans le découragement de son âme : il n'y a rien à faire. Je réponds d'abord que quand on pense , et surtout quand on parle ainsi, c'est un grand malheur : on ne se décourage pas seulement soi-même , on décourage ses paroissiens, on décourage ses confrères : c'est l'œuvre même du démon qu'on aide sans le vouloir.

Et de plus, je dis , moi , que nonobstant leurs difficultés spéciales, les Catéchismes de Persévérance, avec des modifications sans doute, sont possibles dans les campagnes , non moins que dans les villes ; ils sont possibles, puisqu'ils se font, et la question n'est plus à résoudre : elle est résolue , Messieurs , et résolue par vous-mêmes.

J'ai ici sous les yeux des rapports archidiaconaux, et surtout une quantité de lettres à moi adressées par vous : tous ces travaux que vous faites chacun en

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particulier dans vos paroisses , tous ces efforts isolés, épars , sur la surface du diocèse , toutes ces tentatives multipliées pour accomplir l'œuvre des âmes par les Catéchismes , je les ai là , ramassées devant moi , je puis les embrasser d'un coup d'oeil : eh bien ! devant tous ces documents , devant tous ces faits , devant tous ces efforts du zèle déjà réalisés, je l'afTinne, la question des Catéchismes de Persévérance dans les campagnes est résolue.

Je n'ai fait aucune ordonnance : j'ai conseillé, je n'ai rien prescrit : je vous ai laissé faire vos essais , chacun selon ses ressources locales et ses inspirations propres , vous aidant de mes encouragements et de mon expérience , quand je le pouvais. Vous vous êtes mis à l'œuvre , Messieurs , avec un zèle dont je ne saurais trop bénir Dieu et vous remercier vousmêmes : et non-seulement se sont mis à l'œuvre, avec courage et succès , les prêtres jeunes et qui n'avaient pas encore d'habitudes prises dans le saint ministère et la vie pastorale, mais même des prêtres qui, en essayant cette œuvre, avaient tout une nouvelle voie à se frayer, et à entreprendre un tout autre genre (le travail que celui qu'ils avaient fait jusqu'alors.

Je puis donc vous le dire, tout se fait par vous. Messieurs, soit ici, soit là : toutes les industries variées do cotte œuvre, tous les divers moyens d'y attirer, d'y intéresser, de la fonder solidement et de la faire fleurir, vous les avez trouvés, vous les avez appliqués

avec un zèle et une bénédiction de Dieu qui m'élonnent à la fois et me consolent, en sorte que je n'ai qu'à vous renvoyer à vous-mêmes les lumières que vous m'avez données sur cette grande question pratique ; je n'ai qu'à vous mettre sous les yeux ce qui se fait par vous-mêmes, pour vous montrer tout ce qui se peut faire ; je n'ai qu'à constater et résumer ici vos diverses expériences pour faire profiter chacun du travail de tous, et pour ranimer encore s'il se peut, en l'éclairant, votre zèle envers une œuvre que nous n'aurons jamais trop à cœur vous et moi ; car, d'une telle œuvre, faite comme elle pourrait, comme elle devrait l'être, doit sortir finalement, mais nécessairement, la régénération de ce diocèse.

Qu'on ne se méprenne point sur ma pensée : je n'entends pas dire que l'on puisse organiser partout les Catéchismes de la même manière, sous tous les rapports. Il faut tenir compte des difficultés locales, du personnel plus ou moins complet des Catécliistes, et de l'aptitude des enfants ; mais, si Ton a soin de dégager du fond même des choses l'accessoire, de dégager ce qu'il y a de principal dans une direction bien entendue des Catéchismes, de certaines pratiques qui peuvent répandre plus d'intérêt sur l'œuvre, mais qui ne lui sont pas essentielles, j'affirme qu'il est possible d'établir des Catéchismes de Persévérance même dans les campagnes, puisqu'on y est parvenu là où il était le plus difficile d'en venir à bout.

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Mais comment donc ont fait ceux d'entre vous à qui cette œuvre a réussi dans les paroisses rurales? Quels moyens ont-ils employés? Ds ont foit trois choses.

D'abord, Messieurs, ils ont pris l'initiative^ une ferme et courageuse initiative : ils ont commuée, ils ont dit : Dixij nunc cœpi. — Il faut dire et faire comme eux.

Ensuite, ils ont usé de divers moyens pour mettre le Catéchisme en honneur dans leur paroisse, pour le bien poser dans l'opinion des paroissiens, et le faire accepter comme une chose sérieuse, honorable, excellente : — il faut employer les mêmes moyens.

Enfin, après une étude attentive de leurs posâbilités, après des essais réitérés, ils ont réussi à trouver et à employer les diverses industries qui peuvent, dans une campagne^ donner un grand intérêt à un Catéchisme de Persévérance : — il faut recourir aux mêmes industries.

Je vous le déclare, Messieurs, en voyant tout le mal que se donnent certains bons prêtres pour cette seule partie de leur ministère, tout l'esprit de suite et de persévérance qu'ils y mettent, tous les détails dans lesquels ils entrent, tous les moyens qu'ils essaient successivement, tous les préparatifs qu'exigent d'eux, indépendamment des instructions et des explications, certains autres exercices destinés à raviver le Catéchisme, tels que petits dialogues, petites conférences.

Catéchismes de persévérance. 343

petites loteries, tenue de certains registres pour la dis^ tribution intellig^te et opportune des récompenses, les rapports obligés avec les parents et les instituteurs; certains autres assujettissements encore qu'ils s'imposent pour le succès du Catéchisme, et dont j'aurai à vous parler : en un mot, en voyant, dans la plus hittX^le paroisse, tout le mouvement, toute la vie pastorale qui résulte d'un Catéchisme de Persévérance, pour un bon prêtre qui porte cette œuvre dans son cœur, qui y pense avec bonheur toute la semaine, comme à son œuvre la plus chère, et qui, le jour, venu, la fait avec zèle et avec amour comme son œuvre capitale, je suis loin, plus loin que jamais de croire à l'inaction à laquelle certains prêtres de campagne se croient condamnés. Mais plus que jamais aussi je sens combien est nécessaire la flamme du zèle, pour un ministère qui ne consiste pas dans tel ou tel acte officiel tracé d'avance, mais qui est tout dans l'initiative de chacun ; qui se fera ou ne se fera pas, qui ne sera rien ou sera beaucoup, selon qu'on restera tranquille, les bras croisés, ou qu'on s'ingéniera, qu'on se remuera : plus que jamais aussi je bénis Dieu d'avoir mis au cœur d'un grand nombre d'entre vous cette apostolique flamme.

Et je le dirai, à l'éloge de ces excellents prêtres, je les bénis de ne s'être pas laissés arrêter dans leurs essais de zèle par la raison banale de la grossièreté de leurs enfants, et tout au contraire d'avoir vu là

336 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE

une preuve spéciale de la nécessité des Catéchismes de Persévérance dans les campagnes. Car enfin, U faut en être bien convaincu, vous ne ferez pas d'un homme un vrai chrétiettj sans lui donner une certaine élévation^ une certaine distinction d'âme et d'habitudes. La rudesse et la grossièreté^ dans une mesure extrême, sont presque incompatibles avec l'esprit chrétien.

Plus donc la première éducation naturelle a laissé de lacunes, ou a même établi de précédents contrai* res, plus il faut que l'éducation chrétienne vienne au secours de ces pauvres enfants, relève leur dignité, éveille en eux des sentiments plus délicats, leur apprenne à s'estimer, à se traiter avec honneur; et si partout ils comptent pour rien, il faut qu'ils sentent au moins qu'à l'Église on les compte pour quelque chose, parce qu'ils sont des enfants chrétiens. Que la Religion ait pour eux ce bon procédé, cette affection, ces soins respectueux, ils lui en garderont bon souvenir et peut-êtie éternelle reconnaissance.

CATECHISEES, DE PERSÉVÉRANCE. 337

DE L INITIATIVE NECESSAIRE POUR FONDER TN CiTKCinSME DE PERSÉYÉRANCE DANS TNE P\BOISSE DE CAMP.1GNE.

Je dis donc d'abord, Messieurs, et avec d'autant plus de confiance et de certitude que plusieurs d'entre vous l'ont compris comme moi et le font admirablement, je dis que pour fonder un Catéchisme de Persévérance dans une paroisse de campagne, la première chose, c'est de sentir qu'il y a là une œuvre de zèle au premier chef: une œuvre qui ne va pas toute seule, mais qui, pour s'établir et se maintenir, a besoin avant tout de Vinitiative du Curé, d'une grande et généreuse initiative; qu'il ne suffît pas d'être disposé à instruire les enfants, s'ils se présentent, à faire un Catéchisme de Persévérance, s'il est accepté d'avance; mais qu'il y a là un travail, une peine sérieuse à se donner, et qu'il faut de toute nécessité, si on ne veut pas laisser périr les ânles et tomber la Religion dans sa paroisse, se donner cette peine, prendre cette initiative.

Il faut la prendre avec quatre sortes de personnes : les Enfants, les Parents, et même, puisque Tétat des choses vous met en rapports nécessaires avec eux, et vous rend indispensable dans une certaine mesure leur concours, les Instituteurs et les Institutrices, et je dirai aussi, car ceci est capital, les maîtres et maU

338 LA PAROLE CATËCHISTIQUE.

tresses d'apprentissage, soit dans les fermes, soit dans les ateliers.

Les Enfants: non, Messieurs, il ne faut pas se contenter de les attendre ; il faut, s'ils ne se présentent pas d'eux-mêmes, aller les chercher, courir après eux. comme un berger après son troupeau : il faut là surtout pratiquer, avec le zèle et l'affection d'un bon pasteur, le Compelle inirare de l'Évangile.

Ils nous échappent, disons-nous: la première Communion faite, on ne les voit plus. Et ce n'est que trop vrai. Donc au moins il faut leur faire le Catéchisme de première Communion de manière que les impressions en soient durables et ineffaçables dans leui*s âmes.

Ils nous échappent: mais n'est-ce pas que nous les avons laissés partir, que nous n'avons pas assez prolongé l'époque où, certains de les retenir près de nous par le désir de faire leur première Communion, nous pouvions, i Taide de cette attente et de délais sagement ménagés, nous donner le temps de faire pénétrer profondément dans leurs àmcs les douces et fortes impressions qui les auraient attachés au Catéchisme et nous les auraient ramenés.

Us nous échappent: mais, devant Dieu, faisonsnous tout ce qu'il faudrait pour qu'ils reviennent? Les allons-nous trouver là où ils sont, à l'exemple de Notre-Seigneur, qui se consumait en courses apostoliques pour atteindre pai tout, dans les villes, dans les

villages, au désert, au bord des lacs, siu* les montagnes, les âmes à qui il apportait l'Évangile ?

A l'exemple de l'apôtre saint Paul, le grand Catéchiste, allant, c'est lui-même qui nous l'apprend, per donioSj de maison en maison, de porte en porte, pour catéchiser, recherchons-nous ces chers enfants dans leurs pauvres demeures, per domos, et au bcooin dans leurs champs? Ces pauvres enfants qui ne reviennent pas ne sont-ils pas eux-mêmes les agneaux, les brebis égarées, dont parle l'Évangile ? Et que fait le bon Pasteur ? Se contenle-t-il d'être prêt à accueillir ces brebis perdues, quand elles reviendront ? Non, il court après elles, il les poursuit et les ramène sur ses épaules au bercail, voilà ce que fait le bon Pasteur.

Ils ne reviennent pas ! nous nous en plaignons avec tristesse, et puis bientôt, trop tôt, hélas! nous nous en consolons : permettez-moi de vous le dire, ils reviendraient, si nous ne nous consolions jamais de leur absence, si nous ne nous lassions point de les aller chercher, si nous savions les attirer à nous, leur faire sentir, ainsi qu'à leurs parents, un cœur qui les aime.

Ils ne reviennent pas ! Mais de bonne foi encore, avons-nous toujours fait, quand nous les avions au Catéchisme, tout ce qui dépendait de nous pour les y faire revenir ? N'y aurait-il plus lieu aujourd'hui de répéter ces plaintes que faisait autrefois l'auteur du célèbre Catéchisme de Bourges, M. de la Chétardie,

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sur la négligence que plus d'un prêtre apportait de son temps à ce ministère sacré? € On ne s'y applique « que légèrement...., on ne s'y prépare point..., oo € n'y apporte aucune industrie, telle que de donner € des images, des prix, etc.; ni même d'avoir des € bancs bien disposés, afin que les enfants s'y tiennent € commodément. On ne fait pas la moindre dépense € pour cela...., on ne choisit pas le lieu ni l'heure € commode...., on ne va ni les exhorter par les mai- € sons, ni inscrire leurs noms, ni les solliciter à « venir...; et voilà souvent les véritables causes de € ce que personne ne vient au Catéchisme. »

L'expérience montre en effet qu'il importe extrêmement au succès des Catéchismes d'employer ces moyens, si nécessaires, et cependant si négligés. Ces moyens et plusieurs autres dont nous parlerons dans la suite, ont faitjusqu'àce jour laréputation toujours croissante des Catéchismes de Saint-Sulpice : s'ils étaient employés ailleurs autant que les habitudes locales pourraient le permettre, ils y produiraient des résultats semblables, et apprendraient aux Catéchistes le secret de tenir des enfants attentifs pendant plusieurs heures consécutives et de leur faire trouver dans l'instruction chrétienne un intérêt toujours nouveau.

Ah 1 Messieurs, avant de nous plaindre, il conviendrait souvent d'examiner s'il n'y aurait pas lieu de nous accuser nous-mêmes.

Je le m^ il y aura toujours les enfants de perdi-

tion : filius perditionis ! Mais il y aura toujours aussi les brebis fidèles, et, parmi celles qui s'égarent, les brebis retrouvées, les brebis ramenées au bercail ; et il est presque inouï, dans l'Église de Jésus-Christ, qu'un bon pasteur ait jamais été sans troupeau.

Il faut donc non-seulement appeler du haut de la chaire, mais encore aller chercher soi-même les enfants, s'ils ne reviennent pas ; les parents loin d'en être offensés en seront flattés : il faut savoir ce qu'ils deviennent, il faut les suivre; autrement, on ne court pas, comme le doit faire tout bon pasteur après la brebis égarée.

J'ajouterai même qu'il faut les suivre hors de la paroisse. Vous dites qu'ils quittent votre paroisse : soit, quelques-uns du moins, non pas tous; mais ils ne quittent pas le diocèse : recommandez-les, c'est encore là une de ces idées excellentes que je dois à plusieurs d'entre vous, recommandez-les au curé de la paroisse où leur service les a conduits : « J'ai c souvent pensé, m'écrivait un de vos confrères, c qu'il serait utile de proposer que, à côté du re- « gistre paroissial par lequel on suit chacun de ses « paroissiens, il y en eût un spécial pour les enfants € de la première Communion, afin de les suivre « non-seulement dans la paroisse, mais au-delà, en « les recommandant à leur nouveau curé, qui les visi- « terait, et leur ferait savoir qu'on s'occupe d'eux. 3> Pourquoi ne feriez-vous pas cela, comme le font

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plusieurs de vos confrères? C'est là, Messieurs, incontestablement une inspiration toute pastorale. — Il y en a même parmi vous, je le sais, qui accompagnent, qui continuent à suivre de toute leur plus tendre sollicitude, comme une mère son enfant, leurs jeunes paroissiens, lorsqu'ils quittent leur village et le foyer paternel pour aller acquitter envers la patrie la dette militaire. Ils savent toujours, ces zélés Pasteurs, dans quelle garnison sont leurs pauvres conscrits : là, ils leur donnent des lettres de recommandation pour MM. les Curés, et, suivant les lieux, pour les aumôniers de l'armée, pour les Présidents des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, pour les Prêtres et les fervents laïques qui s'occupent de l'œuvre des militaires. Par ces moyens, que Dieu bénit, il est plus d'une fois arrivé que ces braves jeunes soldats, non-seulement ne sont pas devenus plus mauvais, mais sont devenus meilleurs au régiment qu'ils n'étaient même dans leur paroisse. Voilà ce que j'appelle du zèle pastoral !

En second lieu, Messieurs, il faut bien comprendre ici que les Parents sont nos grands auxiliaires dans l'œuvre des Catéchismes, que nous avons besoin d'agir sur eux pour avoir les enfants, et qu'ils offrent plus d'une prise à cette action; et de plus, que le but total des Catéchismes de Persévérance n'est pas seulement d'attirer les enfants, mais aussi les parents mêmes,

qui s'intéressent à ce qui touche leurs enfants, et qui trouveront, en assistant quelquefois à ces Catéchismes, un profit qu'ils n'y venaient pas chercher. Oui, si nous savons bien faire usage de nos moyens, nous avons là, ainsi que me l'écrivait encore l'un de vous, Messieurs, dans ce vif et profond intérêt que les parents, à la campagne comme partout, prennent à ce qui touche de près leurs enfants, une précieuse ressource pour créer nos Catéchismes et pour faire le Catéchisme même aux grandes personnes.

c Nous voyons dans nos campagnes, m'écrivait ce « bon Prêtre, les pères participer avec une certaine <r avidité aux cérémonies religieuses personnelles à « leurs erffants.

€ Pour les premières Communions, dans les cam- € pagnes comme dans les villes, on ne voit guère de € père s'absenter de celte grande cérémonie. > C'est pour les parents, pour tous indistinctement, pour ceux qui ne pratiquent pas aussi bien que pour ceux qui pratiquent, un grand jour, une grande chose.

Il peut y avoir à cela de tristes exceptions; mais cela est dans la nature.

Voyez, dans les réunions pour la distribution des prix aux Enfants, chez les bons Frères des écoles chrétiennes, ou dans d'autres petites écoles : les pères y sont attirés par les dialogues qu'y récitent leurs enfants, par les prix qu'ils obtiennent. Ils se réjouissent d'y être, d'entendre prononcer leurs noms, de

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les voir réussir : ils sacrifient tout pour avoir des places. Ne pourriez-vous donc profiter de ce grand attachement qu'ont les parents pour leurs enfants, et de leur vif désir de voir ceux-ci se faire honneur, pour les exciter et pour les activer eux-mêmes.

Les Catéchismes vous fournissent deux excellents moyens d'attirer vos paroissiens, même les plus indifférents : je dis excellents, infaillibles, car je ne les ai vu employer nulle part sans succès : le premier, c'est de les visiter chez eux : ils seront toujours, quelles que puissent être leurs dispositions, charmés d'une visite de leur pasteur. Je ne dis pas qu'il faille le faire toujours sans précautions, sans ménagements, sans prudence; mais je dis qu'en règle générale. Messieurs, on ne doit pas redouter d'être importun, quand on représente et qu'on porte avec soi dans une famille la paix, la charité, le désintéressement.

Et combien de pauvres gens qui se tiennent éloignés des Sacrements, non par irréligion, mais par pure négligence, et qu'il serait possible, facile même d'y ramener en les visitant chez eux. Il y en a vraiment qui, pour se confesser, semblent n'attendre qu'une seule chose, c'est qtion le leur demande^ non en chaire, mais en particulier, tête-à-tête. J'ai toujours été convaincu qu'un Curé qui ferait, chaque année, avec zèle, la visite de toutes les maisons de sa paroisse, ramènerait plus d'àmes par là que par tout autre moyen et que par la prédication elle-même.

Le deuxième, c'est de visiter vos paroissiens pour leurs enfants, pour le bien même de leurs enfants : c'est de s'occuper de leurs enfants, d'une manière qui les touche, les flatte, leur montre un vrai dévouement, un vrai attachement : quand les parents voient qu'on s'occupe de leurs enfants avec une véritable affection, il est impossible qu'ils n'en soient pas touchés ; de même que si le Catéchisme, comme nous le dirons bientôt, met en scène leurs enfants, les fait paraître, les distingue, les honore, il est difQcile qu'ils ne finissent pas par y être eux-mêmes attirés.

Messieurs, nous nous affligeons souvent du peu de succès de notre ministère, et nous regardons avec tristesse un prêtre voisin de nous dont les travaux sont bénis de Dieu. Mais chaque chose a sa cause, et ne serait-il pas bon que chacun ici se demandât : Pourquoi ne fais-je rien dans ma paroisse, tandis que mes voisins, mes bons confrères, commencent à obtenir de grands fruits? A quoi cela tient-il ? quelquefois à bien peu de chose, une misère, un côté fâcheux du caractère, un léger défaut, un rien : mais ce rien est tout! On est trop brusque avec ses paroissiens, on a un certain respect humain qtii empêche de leur parler : déplorable faiblesse et bien funeste dans un Prêtre qui a charge d'âmes ! Cela tient quelquefois aussi à des négligences qui indiquent bien peu de charité et bien peu de zèle : on ne va pas visiter ses

paroissiens, on ne va pas les voir chez eux, quand ils

346 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.

onl du chagrin, une peine, ou bien à l'occasion d'un événement heureux, pas môme à la première Communion, à la Confirmation de leurs enfants.

Il faut donc, et dès que commencent les Catéchismes préparatoires à la première Communion, il faut visiter vos familles, et commencer avec les parents ces rapports dont je vous ai dit les avantages. Il faut inscrire les adresses de chaque enfant, afin de pouvoir aller les chercher pour le Catéchisme de Persévérance, pour la Confession et pour la Confirmation, quand ils ne reviennent pas. Les parents en sont flattés. Il faut, en un mot, savoir ce qu'ils deviennent : autrement, je le répète, on n'est pas un bon pasteur, et on ne court pas après la brebis égarée.

Sur tous ces points je partage pleinement l'avis d'un curé de ce diocèse, qui m'écrivait : « Ma pensée « est qu'un curé devrait faire, dans l'intérêt des ence fants, la tournée pastorale des familles, à l'ouvercc ture des Catéchismes; puis au commencement du <r carême ; puis quinze jours avant la première Com- <r munion ; et aussi immédiatement après la première « Communion, quand tout le monde, parents et en- « fants, est encore sous l'impression toute vive de ce a: grand jour ; et enfin aux environs de l'Assomption « pour faire renouveler la première Communion, i

Et c'est bien là, Messieurs, ce que font beaucoup d'entre vous, et bien plus encore : vos visites, je le vois par les lettres que j'ai reçues d'un grand nombre de

nos bons Prêtres, sont encore plus fréquentes ; et nonseulement vous les allez voir, mais vous faites en sorte qu'ils viennent eux-mêmes chez vous pour vous parler de leurs enfants.

A cette question que j'avais posée dans une lettre : quels rapports avez-vous avec les parents relativement h la première Communion de leurs enfants, voici ce qui me fiit répondu par l'un de vous :

« lo Le jour de l'ouverture du Catéchisme, je prie « les parents et les maîtres de m' amener eux-mêmes « leurs enfants et leurs domestiques. Là, je leur fais € promettre de me les envoyer exactement, de veiller « à ce que les enfants sachent leurs leçons.

<» 2o Lorsque je suis très-content ou très-mécontent « d'un enfant, je ne manque pas d'aller moi-même en f prévenir les parents.

« 3o Quand les enfants sont reçus définitivement <r pour la première Communion, je vais voir les pa- € rents, afin de les engager à s'approcher des Sacre- € ments avec leurs enfants. Pour plusieurs cela a été € l'occasion de revenir au bon Dieu. — Pour plusieurs € cela a été P occasion de revenir au bon Dieu. Remar- « quez cela, Messieurs.

« 4o Le soir de la première Communion, quand ils « viennent me remercier, je leur fais promettre d'en- « voyer leurs enfants au Catéchisme de Persévé- € rance. »

348 LA PAROLE CATËCUISTIQUE.

« Je liens, m'écrivait un autre Curé, à ce que les « parents me présentent eux mêmes leurs enfants dès « l'ouverture des Catéchismes. Je profite de celte occa- « sion pour leur rappeler les moyens les plus propres a h faire fructifier dans ces jeunes cœurs rinslniction € religieuse qui sont, de leur part, la surveillance et « le bon exemple. Chaque fois que j'ai occasion de les « voir ensuite, j'insiste de nouveau sur ces deux points € importants : je prends auprès d'eux les renseigne- « ments dont j'ai besoin, et je leur transmets les ob- « servations que je crois pouvoir être utiles aux uns « et aux autres.

<r Quand arrive l'époque de la première Commu- « nion, je les engage à venir, avant l'admission des « enfants, me rendre témoignage de leur bonne « conduite, ce qui me met à même de pouvoir les d exhorter à accompagner les enfants à la sainte € Table. »

Un autre m'écrivait?

m II faudrait visiter souvent les parents et leur faire € des compliments de leurs enfants, s'ils le méritent; « de les conjurer de bien veiller à ce qu'ils fassent « exactement leurs prières; les prendre par l'amour- « propre, pour leur faire désirer que leurs enfants « sachent bien répondre au Catéchisme, et se con- « duisant bien, y occupent une place honorable ; leur « faire sentir combien les pères et mères travaillent à « leur véritable intérêt, en se procurant ainsi de so-

CATÉcmsyEs de persévérance. 34d

c lides appuis dans leur vieillesse, tandis que ce serait « le contraire, s'ils laissaient croire à leurs enfants c qu'il est indifférent de ne pas respecter et aimer « avant tout le Père qui est aux cieux

« Je les engage aussi très-vivemeiit à accompa-

c gner Imrs enfants à la Table sainte, i)

Un curé enfin m'écrit :

« Je vais donc, le 27 de ce mois, rappeler mes

« enfants de l'an dernier au Catéchisme de Persévé- « rance. Leurs parents ont coutume de fréquenter « aussi ces Catéchismes, parce qu'ils sont curieux et « étonnés d'entendre leurs enfants se stimuler entre

« eux par les dialogues qu'ils prononcent Ilsremar-

« quentceux qui ont de bons points, qui obtiennent des

« images, qui gagnent des prix Vous pouvez croire

« qu'en instruisant les enfants, la plus grande partie « de l'Instruction est dirigée vers les parents. — Dès « le mois de mai dernier, je vous ai fait part des heu- « reux succès que j'avais obtenus. J'aime à espérer « que je jouirai cette année du même bonheur. Mais... « pour avoir un nombreux et fervent auditoire, il faut « suspendre au-dessus de la tête des enfants et des « jeunes gens les couronnes des vainqueurs. »

Voilà donc encore un point acquis : une condition essentielle et facile pour faire fleurir les Catéchismes, c'est d'établir des rapports fréquents avec les parents, c'est de leur faire sentir, par des relations suivies, quel intérêt on porte à leurs enfants, c'est de bien leur ap-

350 LA PAROLE CATËCHISTIQUE.

prendre par ces conversations directes et familières, mieux encore que par des paroles générales dites en chaire, quels sont les grands avantages du Catéchisme.

Ce que je viens de dire au sujet des rapports atec les parents, Messieurs, m'amène à vous parler aussi d'un autre auxiliaire qui peut ou nous aider beaucoup par son concours, ou nous nuire considérablement par son opposition, dans l'œuvre des Catéchismes, je veux parler de Ylmtituteur.

11 faut. Messieurs, savoir se plier aux conditions des temps, et s'accommoder aux convenances des personnes qui sont nécessaires pour faire le bien. Il faut, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, savoir s'imposer certains devoirs. Il y a, à côté de vous, constamment, dans vos paroisses un homme en rapports assidus avec les parents et les enfants, jouissant auprès d'eux, quand il est bon, d'une certaine autorité morale, d'une certaine considération : atout prix, il faut éviter que, par votre faute, il élève des prétentions rivales et exerce des influences opposées. Il faut, en un mot, dans la mesure où il convient, compter avec cette situation, et avoir, à l'endroit de l'Instituteur, toutes les attentions qu'il mérite et dont il vous saura gré. En tous cas vous comprenez combien il importe qu'il vous seconde ; du moins qu'il ne soit pas hostile, qu'il

CATËCUlSVlËS DE PERSÉVÉRANCE. 351

n'ait aucun grief à alléguer. Rien n'est terrible comme un msdtre d'école froissé dans ses intérêts, et cela se comprend : il remuera ciel et terre pour faire cesser ce qu'il appelle une injustice, et souvent il trouvera des défenseurs auprès des autorités locales, dans les délégués cantonaux, et ailleurs. Par exemple, dans les paroisses où il n'y a pas cV école d'adultes^ une chose excellente, et que je conseille de toutes mes forces à MM. les Curés de nos paroisses rurales, c'est de réunir pendant les longues soirées d'hiver les jeunes gens pour leur faire de bonnes lectures, leur donner des leçons de chant et autres : il en peut résulter un très-grand bien. Je dirai cependant qu'il faut user ici d'une grande prudence ; mieux vaudrait quelquefois renoncer au bien qu'on pourrait faire par ces réunions, que de s'exposer aux inconvénients d'hostilités haineuses que pourraient provoquer ces tentatives, là où l'Instituteur tient lui-même une école d'adultes, ou plutôt on pourrait placer les réunions du presbytère aux jours où l'instituteur ne tiendrait pas son école, comme le dimanche. Sans parler de la guerre sourde qu'un instituteur mécontent peut faire au curé dans la paroisse; si un homme qui est du matin au soir avec les enfants, laisse à tous les instants percer sa mauvaise humeur contre le curé, s'il n'adopte qu'à son corps défendant les bonnes mesures proposées par lui, les enfants peu à peu et à leur insu s'imbibent des préventions et des soi-disant griefs du

352 Là parole CATÉGHISTIQUE.

maître avec lequel ils vivent, et tout est perdu. — En général, Messieurs, il en coûte peu à un curé de gagner son instituteur, qui n'a pas moins intérêt que lui a l'entente, aux bons rapports ; et tous les hommes qui se sont occupés d'instruction primaire sont unanimes à le conseiller. On a toujours vu les meilleurs effets résulter de la manière bienveillante avec laquelle MM. les Curés accueillent et ti^aitent les Maîtres d'école. Spécialement en ce qui concerne les Catéchismes, un grand nombre d'entre vous. Messieurs, doivent certainement à la bonté, à la confiance qu'ils ont témoignée à ces jeunes maîtres, le dévouement et le concours dont ceux-ci à leur tour les ont récompensés en toutes circonstances. Par exemple, de quels secours peut vous être un maître dont vous aurez su gagner la confiance et stimuler le zèle, pour la surveillance de vos enfants, pour l'étude du Catéchisme, pour les examens, pour les retraites de première Communion 1

De tout cela. Messieurs, j'ai d'ailleurs la preuve dans vos lettres : ce Les instituteurs et les institutri- « ces, m'écrit l'un de vous, surveillent avec soin les « enfants pendant la messe, et leur en font suivre <i dans leurs livres toutes les parties. »

Rien n'est plus désirable et plus utile.

Un point très-important. Messieurs, c'est encore de savoir si les enfants en âge de suivre les Catéchismes, les suivent réellement ; ch bien ! pom* cela, Messieurs

les Curés n'ont qu'à consulter Tlnstituteur qui est obligé d'envoyer, chaque année, au Préfet une statistique des enfants qui ne fréquentent pas les écoles. Dans certaines paroisses, il existe un cahier de correspondance. Sur ce cahier, les Catéchistes marquent non-seulement les absences, mais encore la manière dont le Catéchisme a été su. L'Instituteur, au Gâtéchimie suivant, renvoie le cahier qui indique la mesure du temps que l'enfant a mis à étudier, et comment, en fin de compte, il a su.

Et à ce propos, voici ce que m'écrit un de vos zélés confrères : « Un moyen d'émulation dont j'ai retiré les € plus grands firuits, consiste en un livret où sont c inscrits les noms de chacun, à la suite desquels c les Instituteurs et Institutrices donnent les notes « méritées en classe; ces notes deviennent de ma « part l'objet d'éloges ou de réprimandes, que je « m'applique à rendre profitables à tous. Je retourne « ce même livret, avec les différentes notes méritées « au .Catéchisme, aux Instituteurs et Institutrices, € qui à leur tour en font le même usage. »

€ L'Instituteur et l'Institutrice, m'écrit un autre € Curé, ont chacun un cahier, sur lequel ils marquent « l'assistance à la messe, aux vêpres, la récitation de « l'Évangile, la tenue pendant les offices, et si les c enfants ont un livre d'office et le petit manuel c pour le Catéchisme. »

Tout cela est excellent, Messieurs : d'autres Curés

354 LA PAROLE CATÊCffiSnQinL

pratiquent la mèrae chose et s'en trou¥M4 biea.

€ Le preHiier de chaque mois, m'écrit Tua € je me £ads remettre la liste des boM et ibuws € points de l'école : j'en doafie kcUire piiUîi|Me m € Catéchisme, avec blâme ou encouragratteiity qml- € quefois avec perte de la place : j'étddîê la comp»- € raison avec le mois précédent : deux feis par intîs « on me donne la note des absences de l'olbce. » Encore un coup, tout cela est eiceUent ; omis tout cela, évidemment, suppose une parfaite eaftente entre le Curé et l'Instituteur.

Faut-il vous citer encore un exemple ? J'«a connais trois parmi vous, qui pour ranima leurs Calé* chismes et y attirer les parents, ont eu Tidée admirable de réunir de temps en temps les Catéchismes de leurs trois paroisses, pour &ire un grand et solennel examen. — L'essai, Messieurs, je vous cd parlerai tout à l'heure, réussit à merveille. — Mais M. l'Archidiacre qui présida l'un de ces examens, constate dans son rapport le très-utile concours que ces Messieurs reçurent de leurs trois Instituteurs. <K Et, ajoute M. l'Archidiacre, ils pouvaient compter € sur ce franc concours, à raison de la bienveillance c dont ils les environnent. >

Il y a un point surtout, d'une importance souveraine, où llnslituteur et l'Institutrice peuvent vous être d'un très-grand secours, c'est la retraite de {»*a-

nrière Communion, que» grâce à Dieu, vous faites tous suivre aux enfants avec tant de zèle ; à ce sujet, un de TOUS m'écrit ceci :

c La retraite dure trois jours i^omplets. H y a trois c eiwcioes par jour... Entre les exercices, les enfants € sont réunis dans leurs écoles respectives, et leurs € maîtres et maîtresses leur font de [Heuses lectures, • leur inspirent de bonnes résolutions, les aident pour € leurs petits cahiers de retraite, leur font chanter des c canticpsies, enfin les tiennent le plus qu'ils peuvent c dms le recueillement. »

Je pms maintenant vous mettre sous les yeux la C90tre*partîe de ce tableau, dans les regrets que d'autres ciirés moins heureux sur ce point m'expriment :

c Aucun enfant de ma paroisse n'est en état de c ftûre utilement des analyses. L'Instituteur et l'Insti- € tutrice de la commune n'apprennent pas même € convenablement la prière de chaque jour et la € lettre du Catéchisme à leurs élèves. Ils ne les € conduisent ni ne les font conduire en semaine h € l'Église. »

Je dois cependant vous dire. Messieurs, que les Instituteurs sont obligés par les règlements à condmre ou faire conduire leurs élèves aux Catéchismes. Je pense qu'avec une fermeté nécessaire, tempérée par beaucoup de bienveillance, et en prenant l'heure convenable, on peut les amener à remplir ce devoir. •~ Je continue mes citations :

356 LA Parole gatécuistique.

€ Je tiens fortement à ce que mes enfants assistent € régulièrement à la sainte messe et à tous les offices € du dimanche ; mais, comme je ne mis nullement € secondé par le maître et la maîtresse d'école^ il y € ena toujours quelques-uns qui y manquent chaque € semaine. . . Ils sont peu surveillés par leurs maic tresj qui assistent habituellement à la messe, mais € manquent de temps à autre aux vêpres et viennent € souvent tard à l'Église. >

En résumé, Messieurs, sur le point qui nous occupe, il est manifeste qu'on peut être beaucoup aidé ou entravé, dans l'œuvre des Catéchismes particulièrement, par les Instituteurs et les Institutrices; qu'il importe donc au bien que les rapports entre le Curé et ces personnes soient excellents ; qu'un Curé un peu habile et prévenant peut sans peine, par les services qu'il est lui-même à portée de rendre si souvent, instituer de tels rapports; que dès lors le stèle des âmes, l'amour du bien lui en font un impérieux devoir.

Faut-il même vous dire franchement sur ce point ma pensée, comme je la disais naguère à l'Assemblée catholique de Malines ? Il dépend de vous de vous faire de votre Instituteur un ami. Je vous l'avouerai, quand je les vois , ces pauvres Instituteurs , dans la détresse où ils sont quelquefois, relégués au fond d'un pauvre village , dans cet étrange isolement d'esprit, dans ce labeur si constant , si aride , si ingrat, faisant

(courageusement leur devoir jusqu'au bout , pour moi , je n'ai pas trop de cœur pour les aimer et les bénir. Et je dis , Messieurs ! que , dans cette situation , il dépend de vous de vous en faire des amis , et que la charité seule , quand même les intérêts du bien ne s'y trouveraient pas engagés , vous ferait un devoir de leur témoigner de la bonté, de l'estime, de la confiance, de Taffection.

Ce que je dis ici spécialement pour les campagnes, est également vrai pour les villes, et c'est pourquoi MM. les Curés et MM. les Vicaires ont aussi des ménagements nécessaires et des prévenances convenables à obsei'ver vis-à-vis des Maîtres et Maîtresses de pension , de qui dépend dans une certaine mesure le bon succès d'un Catéchisme, et surtout le succès des Catéchismes de Persévérance.

Enfin , Messieurs , il y a encore , pour le Prêtre, des auxiliaires non moins utiles , les Maîtres et les Mm- Iresscs de fenncs ou d'apprentissage.

Dans bien des villages, vous en avez gémi souvent, la première Communion n'est pas sitôt faite , que les parents placent leurs enfants en service dans la paroisse et plus souvent encore dans les paroisses voisines. Je vous l'ai déjà dit. Messieurs, le zèle pastoral dont vous êtes animés , doit rendre ces jeunes enfants l'objet de votre sollicitude particulière ; et voici comment :

358 LA PAROLE CATÉCHISTIQUR.

Aux époques où les enfants entrent en service, à la Saint-Jean , à la Toussaint , ne manquez pas de visiter les chefs de fermes et d'exploitations rurales, et les chefs d'ateliers ; allez , chez eux y ùire cdmais* sance avec les nouveaux paroissiens que les circonstances et les nécessités du travail vous ont donné», avec les enfants , avec les jeunes gens : Diligenter agnosce vultum pécaris tui. Parlez aux siaîtres , parliez aux enfants , parlez aux jeunes gens , parlez aux jeunes filles , des réunions de persévérance , et des moyens par vous pris pour concilier Tassistanee au Catéchisme avec les exigences du service et de l'apprentissage : insistez auprès des Maîtres, et surtout, lorsqu'elles ont le bonheur d'être chrétiennes, auprès des Maîtresses , pour que ces jeunes ouvriers , serviteurs et servantes , aient , sinon toutes les senaaines, ce qu'il faudrait tâcher d'obtenir par tous les moyens possibles , au moins toutes les quinzaines, le temps et la facilité d'assister aux instructions de la paroisse et au Catéchisme de Persévérance.

Laissez-moi vous le dire, Messieurs, dans la pratique , nous ne regardons pas , nous ne traitons pas assez comme nos paroissiens tous ces serviteurs et servantes, qui souvent, il est vrai, ne font qu'i^paraitre dans nos paroisses , mais dont toutefois , pendant la durée de leur séjour, notis répondons devant Dieu. Et pourtant, le bien à faire auprès d'eux est quelquefois facile. Par cela même que ce sont des

GâTËGBISMES de PERSËYÉRANCE. 359

étrangers momentanément résidants dans la paroisse, ils sont peut-être quelquefois moins accessibles au respect humain y cause de si nombreuses défections y dans nos campagnes surtout.

Préoccupe3&-vou6 donc de ces jeunes serviteurs et servantes; vos démarches les toucheront, toucheront leurs maîtres, toucheront leurs parents; et pami œs derniers vous wrez la consolation d'en rencoBtrar qai vous second^ont de tout leur pouvoir, et voiis appuieront de leurs très-pressantes recommandations.

Je vous l'ai dit , plusieurs Curés ont la louable habitude de recommander à leurs Confrères les euÊmts qu'ils savent être entrés en service dans leurs paroisses. Dieu bénit leur zèle. Faites comme eux, fiûtes quelque chose de plus encore. Voyez les parents , surtoiit ceux qui sont chrétiens ; priez-les de reconmander à leurs enfants placés en service la fidélité à la Messe et aux Catéchismes : engagez-les à insister auprès des maîtres auxquels ils les confient, pour que le dimanche ils puissent assister aux saints offices et aux réunions de persévérance. Quand un père et une mère ont fait de sembiaUes recommandations , un Curé pourra se présenter, et il obtiendra d'un maître et d'une maîtresse ce que, sans le coneours des parents , il n'aurait peut-être pas obtenu.

360 LA PAROLE CATÉCHISTIQDE.

DES IKDCSTKIES POUR METTRE EN HONlfEUB LE GiTÉCHISyEDI^ PERSÉTÉRAKCE D\KS UIKE PAROISSE.

C'est beaucoup, Messieurs, de rechercher et ^::=^^ ramener les enfants au Catéchisme de Persévéranc^^^» et d y intéresser les parents par ces visites , par o démarches empressées , qui témoignent d'un dévou ment réel pour ce qu'ils ont de plus cher au mond^ leurs enfants; c'est beaucoup de s'assurer par bons rapports et de bons offices le précieux concoa des Maîtres et Maîtresses de pension , des Instituteu et des Institutrices , des Chefs d'atelier, des Maître "^ et Maîtresses de ferme ; mais il y a bien d'autr^^"*^ moyens encore, même dans les campagnes , qui nou-^^^ occupent surtout ici, de faire accepter par les parenls ^^ et les enfants le Catéchisme de Persévérance : il faiî-^-^ savoir le mettre en honneur, le faire estimer : sur"^^ ^ tout il faut le faire d'une manière intéressante. Ic^ ^^ encore , Messieurs , je ne veux que vous citer vousmêmes à vous-mêmes , je ne vous dirai rien qui ne fasse déjà , par le zèle intelligent de plusieurs d'entra^^" vous dans ce diocèse ; mais encore une fois , ce qui fait partiellement, isolément, je voudrais le voir venir général et universel.

Un premier moyen de mettre en honneur un Caté— —

CATËGHISyES DE PERSÉVÉRANCE. 361

chisme de Persévérance , c'est A' en parler en chaire, comme d'une chose souverainement importante et honorable , et dicn donner ainsi une grande idée à ses paroissiens. Certes, cela vaut la peine que vous preniez quelquefois le Catéchisme de Persévérance pour sujet de vos instructions.

f Appliquez-vous, vous dirai-je avec un des Doyens € les plus intelligents et les plus zélés du Diocèse, € appliquez-vous d'abord à donner à vos paroissiens c une très-grande idée, la plus grande idée possible € du Catéchisme; combattez énergiquement le pré- € jugé qui consiste à regarder le Catéchisme comme c un À B C religieux, comme un livre à peine bon c pour les enfants, mais infiniment au-dessous de f l'esprit sérieux d'un homme fait. Annoncez que vos € enfants se réuniront après la Messe ou à la suite c des Vêpres ; que vous aurez à leur faire réciter un € joli dialogue, ou une histoire intéressante; que vous € donnerez une récompense au plus instruit, etc. ; € invitez les parents à venir, toutes les personnes f présentes à l'office à y rester; faites les choses « conmie vous les aurez annoncées; joignez-y des € paroles chaleureuses et d'attachants récits. Si vous € avez dans la paroisse quelques personnes influentes € OU régulières, voyez-les en particulier et travaillez f à obtenir d'elles qu'elles s'y rendent assidûment, c au moins dans les commencements, pour donner f l'exemple aux autres: cela obtenu, votre Caté-

362 U PAROLE CATËCHISTIQDB. .

« chiame sera fondé, et il ne voub rtttert plus qui € lui communiquer le degré d'iatérèt ^ pwt m € assurer la conservation et l'accrcÂSBesienU >

c Parmi les moyens dont je me suis servi, M'écrit € un autre Curé du diocèse, pour établir k Cfttéfhiiitf c de Persévérance, — il s'ag^ ici d'uA bonfg, — <r je me suis efforcé de faire comprendre qpie ee serait € peu honorable pour la paroiact de me ^nt ei c avoir, que quiconque voulait ôtre estÎHié, et fiûre € bonneur à sa bonne éducation, devak en faire par*

< tie. Ce moyen a eu un grand succès sur les jeunes € filles ; elles tienoent à honneur de venir au CSaté*

< chisme de Persévérance. Deux seulement du bourg € n'y viranent pas, ettes sont peu estimées. »

Cette heureuse idée de parler en chaùre sur le Calé* chisme de Persévérance, d'en bien faire compraadre à tous les précieux avantages, d'en inspirer une grande estime, cette idée a réussi et devait réussir: et une telle thèse, pour être développée avec auccès, ne demande pas vraiment une éloquence eieeptionnelle.

€ J'ai fait d'abord attacher une grande honte à ne <c pas renouveler la première Communion ; et lorsque € j'ai senti que cela était bien établi, j'ai annoncé <r que quiconque n'assisterait pas au CHatéchittue de € Persévérance régulièrement, autant qu'il le pourrait, « ne serait pas admis à renouveler sa première Gomo: munion dans les rmvgs avec tout le Catéchisme, i

CÀTÉCHISllCS DE PERSÉVÉRANCE. 363

L'un de vous, pour faire venir ses enfants au Catéchisme de Persévérance après la première Communion, a employé les moyens suivants. — Il est évident, Memîfifurs, que chacun peut et doit choisir les moyens qaî conviennent le mieui à sa paroisse et à ses mfnts. En vous citant tel ou tel moyen pris par vos cdnfirères, je n'en impose aucun, et je ne prétends mèm? pas les conseiller pour chaque paroisse. — L'un de vous m'écrivait donc :

€ i"" Je fais du Catéchisme de Persévérance un article du règlement de vie dressé à l'époque de la première Communion, et l'observance de cet article reçoit chaque mois une récompense : de plus j'ai fais une condition pour l'admission à la céré* Hionie spéciale et solennelle qui se fait pour la sftinle Communion les jours de l'Assomption, de la Toussaint et de Neêl ; 3 ' Je leur fais valoir l'avantage qu'ils ont de gagner les indulgences attachées à l'assistance au Catéchisme et aux prières qui s'y rémtent : nous sommes pour cela agrégés à Yassoeiatien de Persévérance de Langres ; 3** Je m'applique à leur faire comprendre qu'ils ont besoin de ce secours pour savoir leur Religion, pour conserver et augmenter leur instruction religieuse. »

n y en a d'autres. Messieurs, qui, dans leur désir de fonder un Catéchisme de Persévérance, cherchant toutes leurs possibilités, étudiant en tous sens leur

36i Lk PAROLK CÂTÉCHISTiQIJE.

paroisse, ont trouvé dans certains usages locaux le moyen d*arriver à leur but.

Un Curé m'écrit ceci :

€ Je désespérais l'année dernière de pouvoir établir € le Catéchisme de Persévérance, quand, au mois € d'octobre dernier, je m'aperçus que la population € avait un goût prononcé pour les veillées. Alors, « croyant pouvoir entrer dans ses vues en lui appor- € tant ce grand remède, j'ai annoncé une réunion « qui se ferait à l'église toutes les soirées des dîman- <' ches jusqu'à Pâques, et j'appelai ces réunions c Veillées de Nazareth (1).

€ Mon appel fut entendu, et à toutes les soirées ce des dimanches j'ai vu un bon nombre de femmes, <r de filles, d'enfants et quelques hommes se réunir « à l'église à la chute du jour. Le nombre a varié de ce 60 à 140: le plus ordinairement je voyais une cen- <( taine de personnes.

« Cet exercice dure une heure. On commence par ce la récitation de deux dizaines de chapelet, puis un « cantique, une petite instruction de 15 à 20 minutes

(1) Ceci me rappelle un usage excellent de la chrétienne Savoie, et qu'il serait à souhaiter de voir introduire dans nos villages.

En Savoie . on fait le Catéchisme aux veillées, dans les familles. Le père ou la mère, ou bien le grand-père ou la grand'mère, ou bien encore Une grande sœur, une Untc,fonr réciter le Catéchisme aux enfants. Quelquefois plusieurs familles se réunissent à cet effet. Voilà comment l'esprit chrétien se perpétue dans les familles

€ un second cantique : une dizaine de chapelet pour € la conversion des pécheurs, une autre pour les € âmes du Purgatoire. On termine par une quête pour « fournir le luminaire de nos réunions.

€ Je n'ai pas employé d'autre moyen que le chant € des cantiques, l'intérêt que je tâche de donner à c mes petites instructions , et la distribution de € quelques livres pour servir aux lectures de la € semaine. >

Voilà, Messieurs, des moyens excellents pour faire prendre un Catéchisme de Persévérance, mais il y en a bien d'autres encore. Pour mettre en grand honneur le Catéchisme de Persévérance, vous avez trouvé vous-mêmes et appUqué,Messieurs, d'admirables stimulants, des industries, dont l'effet a été et devait être infailUble; et en voyant cette variété de ressources que nous avons ici entre les mains, j'aurais peine à me persuader, quand même l'expérience ne serait pas là pour en démontrer l'efficacité, que, soit les uns, soit les autres de ces nombreux moyens, successivement ou simultanément essayés avec suite et patience, ne doivent pas aboutir enfin à un résultat sérieux.

Ces stimulants sont des Privilèges^ des Dignités, des RécontpenseSy des Fêtes, des Jeux même, d'honnêtes et B^^véBbles Divertissements.

En même temps, et avec une fécondité d'industries non moins grande, vous avez su donner le plus vif intérêt aux séances même du Catéchisme, par des

ai6 lA PAROLE CAieCHISflQlfB.

inventknis ingénieuseft, par des exercices qnichanaeiil et attirent à la fois les parents et les enfimls.

Parcourons successivement, Measievurs^ toaim ces diverses industries.

Je vois par vos lettres, et j'y applaudiSy que quelque^uns d'entre vous, pour honorer aux yeux ds toute la paroisse le Catéchisme, y ont attaché les Prir viléges suivants: — je le répète, Messieurs, cest iam des paroisses de campagae que tout ce que je fw dire ici se pratique :

€ Le Catéchisme a sa bannière, et marche le prec mier aux processions ;

€ Le Catéchisme dans l'église, auK offices, a uni c place d'honneur;

c Aux Dignitaires du Catéchisme, comme aux Di- < gnitaires des confréries, on offre du pain bénit ;

€ On fait faire quelquefois au Catéchisme des proc cessions, et même, quand cela se peut, on conduit c le Catéchisme à quelque pèlerinage;

€ Quand meurt un enfant du Catéchisme, le Caté- € chisme entier est convoqué à son convoi. »

Un autre Curé m'écrit :

oc Deux choses, me paraissent bien propres à faire <( prospérer un Catéchisme de Persévérance dans une « campagne ; elles ont produit ici le meilleur effet : — - € une procession de distance en distance, le soir après « Vêpres, à l'autel de la Sainte-Vierge, en blanc, et

GATtORSUBS DE FERSÉfËRANCE. 367

€ avec des deorges lâhimés; réunir les persévéran- € tes i la mort de l'une d^entre elles, ot les faire € accompagner leur compagne, ea blanc, bannière c wHée de noir. »

Autres moyens : < On signale, on nomme au prône, € à la frande satisfaction, au légitime orgueil des « parents, les enfants qui se distinguent au Catéc clysme. »

On anaoBce encore solennellement au prône certains exercices du Catéchisme dont je vous parlerai tout à rheure, tels que Dialogues^ Conférences, Exa-mmSj et on y invite les parents :

€ Les enfants du Catéchisme, garçons et filles, c portent des insignes honorifiques, les garçons une c croix oii une médaille, les filles une médaille, avec € rubans aux couleurs variées, bleus, verts ou blancs, c selon le rang ou Tancienneté.

Indépendamment de ces insignes donnés par quelques Garés à tous les enfiamts du Catéchisme de Persévérance, il est essentiel d'instituer des Dignités et des Dignitaires.

Un curé m'écrit :

<i II y a dans mon Catéchisme un Intendant : les c insignes de sa dignité sont le chiffre de Marie sur € soie rouge, qu'il porte au côté gauche.

« Une Intendante : elle porte une large médaille c suspendue à un ruban rouge.

c Un Secrétaire : Chiffre sur soie rose.

368 U PAROLE GATËCHISTIQUE.

« Une Secrétaire : Chiffre sur ruban rose.

€ Chœur de Cantiques pour les garçons: Soie bleue.

€ Chœur de cantiques pour les filles : Ruban bleu.

d Les premiers de banc ont leur chifiGre sur soie « verte.

< Les premières de banc ont un ruban vert i

Je lis dans la lettre d'un autre Curé :

€ Les quatre dignitaires occupent les premières c places dans les bancs réservés aux enfants à l'égiise.

< Ils MARCHENl LES PREMIERS AUX PROCESSIONS; et

<t chaque dimanche on leur présente un morceau de <L pain bénit comme aux marguilliers et aux auton- € tés des confréries.

0i Ils sont chargés à Féglise de surveiller les autres € enfants pendant les offices, de leur indiquer dans € leur livre ce que Ton chante, et pour cela ils ont dij (n avant Vofpct\ consulter le tableau d'annonces « placé à la porte de Véglise, Us marquent, chacun <ic sur une liste ad hocy les jeunes enfants absents, « ceux qui arrivent tard, qui causent ou qui ne sui- « vent pas bien sur leurs livres.

« A l'asile paroissial, ils surveillent les autres en- € faiils, leur distribuent les jeux, et avertissent M. le « Curé de ce qui se passe en son absence. )>

« Dans quelques Catéchismes, un tableau d'hon- « neur est affiché à la porte de l'église, et grand est <L le désir de voir son nom inscrit sur ce tableau. >

On conçoit ce désir; car, comme me Técrit un Curé

CATËCUISMES DE PERSÉVÉRANCE. 369

qui pratique ce moyen : c Les parents, en entrant à c réglise, cherchent avidement les noms inscrits, et c sont fiers d'y voir le nom de leur enfant. >

Quelques Curés ont cru utile de joindre à ce tableau d'honneur un tableau noir, pour y afficher aussi les noms des enfants qui donneraient de particuliers sujets de plainte. Un Curé m'écrit :

c Ceux qui ont manqué plusieurs fois pendant le € mois aux offices, qui n'ont pas gagné assez de bons < points pour pouvoir effacer tous leurs mauvais € (deux bons effacent un mauvais), ou qui se conduic raient ordinairement mal, sont susceptibles d'être « inscrits sur le tableau de déshonneur, exposé seu-

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