L — PROVOQUER SON AUDITOIRE
€ Et d'abord, on ne saurait recommander avec trop d'instance c le moyen qui consiste à mettre le Catéchisme et ceux qui l'écou- « tent en^communication mutuelle et ostensible des sentiments qui c les animent : cette méthode profite à celui qui parle et à ceux c qui écoutent.
c Rbvrra, dit saint Augustin {De Catech. rud,, c. xiii , n. 18) « MULTUM SST perduroTe in loquendo usquè ad terminwn presti- « tutum , cùm moveri non videamus audientem ; quod sivè non « audeat , relxgtonis timoré œnstrictus , voce aut aliqtto mot% « corporis significare approbationem iuam , sivè humanâ vere* « cwidià reprimatur, sivè dicta non intelligat , sivè contemnut^ « quandoquidem , no&ts non cementihus , animum ejus incertum « est, omnia sermone tentanda sunt. quœ ad eum excitandmm.et « tanquam de lalebris eruendum posssnt valbrb.
f St ailleurs il avait dit : pacit btiah loqubiiti tsdium amdi'
dant , en est-il toujours ainsi , et faut-il absolument renoncer à cet ornement , à ce stimulant d'un Catéchisme de Persévérance? N'y a-t-il rien à espérer et à tenter de ce côté? Eh bien I Messieui^, je ne le crois pas ; et pourquoi? Parce que je vous l'ai dit , j'ai eu , et j'ai encore sous les yeux des analyses, et de trèsbonnes analyses, faites précisément par des enfants de douze ans , de quatorze ans, dans de pauvres campagnes, et dans diverses paroisses. Assurément, l'in-
€ tor immobilis vel quia non movetur affectu , vel quia nullo « motu corporis indicat se intelUgere, vel sibiplacere qujk dicun- € TOR. (G. X, n 14.)
c Autrefois les auditeurs chrétiens n'hésitaient pas à manifester c publiquement leurs impressions , et , si le recueillement y perc dait quelque chose , l'éloquence y gagnait beaucoup. L'auditoire « était entraîné par l'explosion des sentiments de quelques cœurs c émus ; et les choses allaient si loin , que les Augustin et les c Cbrysostôme étaient souvent obligés de rappeler une assemblée « enthousiaste à la modération et au silence. Quand saint Ephrem « prêchait sur le jugement dernier, l'animation de son auditoire « ajoutait à l'effet de ses discours : il interrogeait , il se faisait in- « terroger, il répondait : c'était une conversation entre lui et l'as- « semblée, et les interruptions qui arrivaient de tontes parts, lui « fonmissaient l'occasion d'ajouter de nouveaux traits au tableau < déjà si effrayant qu'il avait tracé des jugements de Dieu, et de « rendre commun à tous le sentiment de la piété et de la terreur « dont quelques-uns seulement étaient d'abord pénétrés.
c De telles manifestations ne pourraient se produire durant le (« sermon ou le prône : mais quel inconvénient y aurait-il à les « provoquer au Catéchisme , et quel avantage ne procureraient- « elles pas ?
f Nous voudrions donc que le Catéchisme donn&t toute espèce
410 LA PAROLE CATËCHISTiQOK.
struction de M. le Curé avait dû être bien préparée, bien divisée , bien nette , pour être ainsi saisie et reproduite par ces enfants;. mais il n'en est pas moios vrai que ces analyses, excellentes sans se ressembler, feraient honneur aux plus florissants Catéchismes. Quelque pauvres que soient sur ce point vos ressources, je vous engage, Messieurs, à les employer, et n'obtinssiez-vous qu'un très-petit nombre d'analyses, ce seraient d'abord quelques enfants qui s'instruiraient bien plus à fond ; et puis ces analyses , avec
« de liberté en ce point ; nous voadrions que, sans cesser d'être « digne, nec nominetur in vohis , aut stultiloquiwn , ont fciuri- « litas , il s'appliquât à exciter tantôt Tadmiration , tantôt la « crainte , tantôt Thilarité dans son auditoire ; qu'il en provoquât « la manifestation par des paroles vives et par tous les genres « d'excitation directe ou indirecte ; nous voudrions qu'au moment « où l'explosion a lieu , il lui laissât suivre son cours , et loin de « la comprimer, s'y abandonnât lui-même , pour la rendre plus « universelle et plus sympathique : timor nimius, impedienf de- « clarationem judicii ejus , hlandd exhortatione pellendus est « (Aug., de Catech.y 13-18). Ce serait le triomphe de son éio- « quence : le fruit d'un tel Catéchisme ne saurait être douteux; un « homme spirituel et adroit amènerait bientôt les esprits les plus « paresseux à ce point : et alors le Catéchisme, loin d'être un sujet « d'ennui , serait envisagé comme l'un des passe-temps les plus
< agréables de la jeunesse.
« Que si , malgré remploi de ces moyens , l'auditoire persiste à « demeurer en proie à son engourdissement , voici comment saint
< Augustin recommande de procéder, pour l'en faire sortir.
il. — PARLER A L'IHAGINATION.
« QuoD SI ifiKis TARDUSEST,... . renovoTt oportet e/tM antiiiiMn
CATÉCHISMES DE PERSËVËRANCE. 411
leurs cachets divers , avec vos éloges bien ménagés , avec la lecture que de temps en temps vous en feriez, jetteraient sur le Catéchisme un prestige qui certes est loin d'être à dédaigner.
Évidemment, un des meilleurs moyens que vous puissiez prendre pour obtenir des analyses , c'est de les faciliter par une bonne méthode d'instruction. Voici Texcellente méthode de l'un d'entre vous :
« dieendo aliquid honesta hilaritate conditum et aptum rbi quœ « agitur, vel aliquid y ALuk mirandum et stupendum^ vel etiam « dokndum et plangendum , et magis de ipso, ut propriâ eurâ « peclus evigilet : quod tamen non offendat ejus verecundiam « asperitate aliquA, sed potius familiaritate conciliet. (Jbid.)
c J'ai insisté sur ce point avec une véritable coniplaisance , et je « Tai appuyé sur des autorités graves, parce qu'il est, dans ma « conviction , l'un des deux ou trois moyens les plus propres à « faire du bien aux pofjulations ignorantes des campagnes ; qa*il c est d'une pratique facile , et qu'il sera d'une efficacité certaine. « N'eût-on à ce Catéchisme que six grandes personnes , on en aura « bientôt fait des chrétiens instruits, zélés et fervents. Au sortir de € l'église , ils iront communiquer à leurs proches le feu sacré qui « les aura remplis : vous en ferez des modèles qui édifieront les « aatres.
« J'entends dire ici à quelqu'un que ces facilités et ces succès « sont chimériques ; je me borne à affirmer que tout cela est pos- « sible , et la seule raison que j'en donne , c'est que tout cela a été « fût, même en de très-petites paroisses; au surplus qu'on l'essaie; « et si Ton ne réussit pas , on aura du moins le mérite de l'avoir « entrepris : c'est quelque chose devant les hommes ; c'est tout « devant Dieu : curam exigeris, non curalionem. (St. Bern., de c Conêid.). >
a: Chaque Instruction est toujours résumée en qucs- € tions. »
Ceci est capital, Messieurs, et votre Confrère en dit très-bien les raisons, «c l"" Afin de faciliter l'analyse à c ceux qui peuvent en faire; 5io Afin de m'assurer a: que Ton m'a bien compris. >
< Exemple :
c On a récité la leçon du 3* Commandement de Dieu.
« Après l'invocation du Saint-Esprit, je commence c mon instruction. Lorsqu'elle est terminée , je fais « lever un enfant de moyenne force , et je lui adresse € les questions suivantes, qui résument toute mon c instruction :
« Comment le 3* Commandement est-il exprimé m dans la loi de Dieu ?
c Pourquoi ce mot, souviens-toif
€ Que veut dire le mot, sabbati
« Que signifie le mot, dimanche ?
« Que veut dire sanctifier un jour ?
« Pourquoi les Apôtres ont-ils transféré la sancti- « fication du jour du Seigneur du Samedi au Di- « manche?
« Qui leur avait donné ce pouvoir?
« Que faut-il faire pour sanctifier le jour du « Dimanche?
« Qu'entendez-vous par ces œuvres serviles dont « on doit s'abstenir?
« Ces œuvres sont-elles permises le dimanche?
€ Quelles œuvres sont défendues le dimanche?
€ Si l'on travaillait sans vouloir gagner de l'argent, c pècherait-on ?
€ Si c'était par simple délassement?
€ Pour quelles raisons pourrait-on travailler le c dimanche?
€ Le travail du dimanche, dans ce cas, exempteraitc il d'aller à la messe?
c Est-on obligé, à moins d'empêchement grave, c d'assister à la messe sous peine de péché mortel ?
c Pour quelles raisons pourrait-on la manquer?
« Quelles autres œuvres de piété devons-nous faire
c le dimanche?
« Que penser de ceux qui ne font aucune œuvre de c piété?
c Et de ceux qui se livrent à des plaisirs défen- « dus (1)?
€ Chaque enfant qui fait une analyse écrit la ques- € tion , en même temps que je l'adresse à celui qui c est debout pour répondre.
(l] Celte méthode de faire toute une instruclion , sous foroie de questions précises et claires, a ses avantages. On peut cependant en adopter une autre qui consiste à diviser un sujet en trois ou quatre questions ou parties principales qui se subdivisent ellesmêmes logiquement en quelques autres. Mais il faut apporter le plus grand soin à ce que les divisions principales soient bien nettes et tranchées, et les subdivisions bien rattachées aux divisions. Rien n*aide plus Tintelligence et la mémoire des enfants.
414 U PAROLE CATÉCHISTH)U£.
€ Si le répondant désigné hésite y je réponds moic même pour ne pas retarder, et je fais répéter ma c réponse.
c Cet exercice dure dix minutes.
c Au Catédiisme suivant ^ au jeu (i^ èon point, •* j'adresse les mêmes questions.
c Par le fait, chaque leçon se trouve ain$i exf^uée f trois fois.
€ Généralement , à la troisième fois , même ceux a: qui ne savent pas lire, et qui ne fréquentent pas les « écoles, répondent passablement.
€ Les analyses sont dans la proportion d'un cina quième. »
Un autre Curé pratique à peu près de même la même méthode :
« Quelques enfants, dit-il, font des analyses qui « consistent à répondre par écrit à un certain noni- « bre de sous-questions , que je dicte et laisse entre <L les mains des garçons et des filles après le Calé- « chisme. Leurs réponses sont des propositions cotna plètes et doivent toujours renfermer les demandes. « Enfin ils résument , dans une résolution motivée « et dans quelques sentences , les instructions qu'ils a ont entendues sur les obstacles à leur persévérance. « Ils pourront plus tard , dans la lecture de ces réso- « lutions et sentences , trouver le contre-poison dont « ils auront tant besoin. »
Mais , Messieurs , si vous ne pouvez obtenir que de
CATiCHISMES DE PERSÉVÉRANCE. ilb
rares analyses, voici au moins un stimulant puissant, et qui partout est tout-à-fait en votre pouvoir : les Conférences, les Dialogues.
Voyez 9 Messieurs , pour ne prendre mon exemple que^dans une classe assez analogue à celles des campagnes , voyez dans les écoles des Frères quel intérêt excitent auprès desen&nts, et des parents qui y sont admis , ces petites scènes dialoguées , que les Frères font réciter à leurs élèves certains jours de fêtes. Pourquoi n'emprunterions-nous pas ces moyens pour nos Catéchismes, qui sont des écoles aussi, mais l'école même de la Religion ? Les gens du peuple , Messieurs, précisément parce que leurs enfants leur donnent moins de jouissances d'amour-propre qu'aux personnes riches , n'en sont peut-être que plus sensibles aux rares occasions qui leur procurent ces jouissances. Ce sentiment est certes bien naturel et bien légitime ; il en faut tirer parti : et très-certainement , ces petits Dialogues moraux , où la leçon pénètre insensiblement dans les esprits par le plaisir, ces petites Conférences , où un point de dogme ou de morale est traité contradictoirement , soit entre le Curé et un enfant , soit entre deux enfants bien préparés, répandraient le plus grand charme sur vos Catéchismes, les feraient bien venir auprès des parents , et y attireraient ceux-ci en foule. Et tout cela est parfaitement praticable dans une église de campagne; tout cela, Messieurs, est possible dans toute
416 U PAROLE GATËCHISTIQUE.
paroisse. La preuve, c'est que plusieurs d'entre vous le font avec un grand zèle et un grand succès. Yoici encore ce qu'on m'écrit à ce sujet :
€ Ne pourrait-on pas , à cet effet, d'abord pr^)arer € tous les enfants à discuter, dans les Catéchismes € auxquels assiste la paroisse, deux questions reKr c gieuses par forme de Conféretice. — Ces questions c seraient écrites, puis apprises de mémoire. — L'un € adresserait de vive voix, en public, dans l'assem- € blée des fidèles , la question à son camarade. — € Celui-ci y répondrait ; ils la discuteraient suivant € le plan écrit qu'ils auraient appris , puis le Curé € commenterait avec intérêt ces questions. »
Il y en a parmi vous qui se plaisent à composer eux-mêmes ces petits dialogues, ces petites conf^ rences , et cela assurément est une occupation bien digne d'un Pasteur, un bien bon emploi des loisirs du presbytère : « J'ai aussi composé , m'écrit un « Curé, et fait représenter avec un grand succès a les mystères de la Nativité de Notre-Seigneur et « l'Adoration des Mages, i^ Je n'ai qu une chose à dire à cela, Messieurs : c'est charmant et édifiant tout ensemble.
Un sujet tout indiqué de ces dialogues , dont on peut tirer un parti immense, et qui a été employé avec un grand succès dans plusieurs paroisses de ce diocèse, c'est la Passion de Notre^eigneur.
Voici ce que m'écrit le Curé qui, le premier dans
le diocèse , a essayé Je mettre le texte de nos Évangiles en dialogue,. et qui l'a fait ainsi réciter par les enfants de son Catéchisme :
c Ce que j'ai fait, Monseigneur, c'est tout simple- « ment un récit en dialogue sur la Passion de Notrec Seigneur. Tous mes enfants y ont pris part, même a: les petits, au grand plaisir des parents. Le rôle « multiple du peuple, ou des Princes des Prêtres , ou c même des Apôtres , permet d'en faire paraître un « grand nombre. Kotre-Seigneur n'était représenté « que par un seul : on avait tâché qu'il fût digne , f plein de noblesse et de sentiment : le rôle des « saintes femmes était plein d'émotion et de piété. c Le tout avait été entrecoupé de cantiques ou com- € plaintes, faciles à chanter, et interprétant aux en- « fants le sens des principales scènes de ce drame « divin. Le plus difficile a été de dresser nos petits « acteurs, à qui, d'ailleurs, la bonne volonté ne c manquait pas. Avec un peu de peine, on y est par- « venu.
c L'effet a été excellent dans nos campagnes. c Pendant plusieurs années, cela fut extrêmement « goûté. Foule immense , église pleine , silence « profond, pleurs versés. On me le redemande enc core. :»
Je le conçois , Messieurs : ce qui pourrait être d'un effet douteux, exécuté par de grandes personnes, est charmant dans les enfants.
418 LA PAROLE CATËCHISTIQUE.
Gela a été imité dans plusieurs paroisses , et les Curés en ont tous obtenu d'excellents résultats.
Enfin, Messieurs, vous avez les Récapitulations générales j vous avez les Examens.
Faire récapituler aux enfants, tous les mois par exemple, dans une réunion solennelle, devant toute la paroisse, les leçons du mois, toujours bien entendu avec des récompenses, c'est manifestement les tenir fortement en haleine, provoquer de vrais efforts : c'est aussi intéresser les parents, les frères ou sœurs plus âgés qui le peuvent, à se mettre eux-mêmes de la partie ; c'est produire un grand mouvement vers le Catéchisme. Si ce jour-là les vêpres ou la messe sont un peu allongées^ les parents vous le pardonneront volontiers.
Les Examens, Messieurs, sont plus solennels encore. Je ne vous en dirai qu'une chose ici : c'est qu'il n'y a pas moins de parti à en tirer à la campagne que dans les villes. J'ai vu avec plaisir l'essai que trois d'entre vous ont fait, avec tant de succès, pour donner de la vie à leurs Catéchismes, et y attirer les parents, et parmi toutes les industries que votre zèle me révèle, je me plais à vous signaler celle-ci :
Ces trois Messieurs eurent l'idée de réunir leurs trois Catéchismes de temps en temps pour un examen solennel. Voici comment ils s'y prirent pour exécuter
ce dessein. Ils arrêtèrent entre eux un programme qui contenait des explications précises, courtes, et pleines en même temps de lucidité. Ce programme fut mis entre les mains de chaque instituteur. Chacun des instituteurs, dans Fintervalle d'un examen à l'autre, c'est-à-dire environ pendant six semaines, fit apprendre non-seulement la lettre du Catéchisme, mais aussi les réponses explicatives qui lui avaient été confiées, de sorte que les enfants, qui les avaient déjà reçues au Catéchisme de leurs paroisses respectives, et qui les répétaient chaque semaine à l'école, finirent par les savoir ad unguem.
Puis se fit l'examen : je vous cite. Messieurs, tex tuellement, le rapport qui m'en fut transmis par M. l'Archidiacre, que ces Messieurs avaient invité à présider.
« Le matin, au prône de la messe paroissiale, le « solennel examen avait été annoncé, et les familles « avaient été exhortées par de chaleureuses paroles c à venir constater elles-mêmes le succès de leurs c enfants.
c Les paroisses de M*** et de S*** sont venues à c deux heures. Tous les enfants étaient placés sous « la conduite des Instituteurs. Les complies ont été c supprimées. A l'issue des vêpres l'examen a com- € mencé. Les enfants occupaient la grande nef; les c filles à droite et les garçons à gauche, toujours sous « la surveillance des Instituteurs et des Institutrices a: qui maintenaient l'ordre et le silence.
420 LA PAROLE CATÉCHISTIQUE.
« Les marguilliers étaient au banc-d'œuvre, les € chantres assis dans le chœur, les pères et mères, les « frères et sœurs occupaient le reste de l'église.
c Un peu au-devant de la chaire se trouvait une c table avec deux urnes. Dans l'une étaient les noms « des garçons et dans l'autre ceux des filles. Les « enfants venaient trois par trois, tantôt les garçons, « tantôt les filles, répondre aux examinateurs.
<k Chacun de MM. les Curés interrogeait à son « tour.
« Il y avait là un écueil à éviter. Si les enfants « demeuraient sans répondre, ce serait une humiliait tion qui pourrait les décourager et refroidir aussi « la bonne volonté des parents.
<c On avait sagement prévu l'inconvénient et on y « avait paré.
« De distance en distance étaient, sous la main des « examinateurs, de jeunes, garçons et jeunes filles qui <c qui savaient leur affaire imperturbablement. A la « moindre hésitation des enfants interrogés, ils se « levaient et faisaient la réponse.
ft Le soir, à l'Archiconfrérie, il y avait encore une « nombreuse assistance. Cinq jeunes filles eurent « entre elles un dialogue composé par M*** sui' un « point de morale.
« Les parents écoutaient plus volontiers ces ai- « niables prédicateurs qu'ils n'eussent écouté un (L sermon, j)
CATÉCHISMES DE PEKSÉVÉRANCE. 421
Tout cela, Messieurs, indique à la fois un grand zèle et une grande intelligence des moyens avec lesquels on agit sur les enfants et sur les parents.
Toutefois, Messieurs, si excellent que soit ce moyen d'émulation, M. l'Archidiacre fait une observation générale très-sage, que je crois utile de vous transmettre : « On aurait tort, selon moi, de vouloir exa- € miner tous les enfants jusqu'au dernier. Cette « continuité d'interrogations et de réponses finirait € par devenir monotone, et on se priverait par là « d'un temps dont on pourrait user bien utilement, « pour placer des instructions, des histoires intéres- « santés, de bons conseils à l'adresse des parents. 3>
Le Catéchisme entendu et pratiqué de cette façon. Messieurs, est manifestement une œuvre sérieuse, mais parfaitement praticable, et qui doit occuper une notable part dans la vie d'un prêtre. En présence de toutes ces industries, de tous ces moyens d'émulation, de toute cette attention, de cette suite, de cette prévoyance, de ce travail, qu'un Catéchisme de Persévérance, même dans une campagne, suppose chez les prêtres, j'avoue que j'ai peine à comprendre ceux qui disent qu'ils s'ennuient, faute d'occupations. Non, on ne s'ennuie, ou ne manque d'occupation que quand on manque de zèle. Et indépendamment même des Catéchismes, le ministère des âmes, la recherche, le soin des âmes pris en détail : — malades, infirmes, vieillards, enfants, ignorants, etc. — Ne suffiraient-
422 LA PAROLE CATÉCniSTIQDE.
ils pas, dans la plus petite paroisse, pour occuper tout le temps d'un prêtre? Il n'y a que le ministère, pour ainsi dire officiel, qui laisse du temps; le vrai ministère, le ministère apostolique, tel que Notre- Seigneur le veut, n'en laisse point.
Cependant serait-il impossible. Messieurs, de trouver des prêtres, dans la vie desquels le Catéchisme n'est autre chose qu'un certain nombre par semaine d'heures d'ennui, et qui, en dehors du temps où les enfants sont là, ne savent y donner ni une préparation sérieuse, ni une pensée, et n'ont peut-être jamais consacré un quart d'heure à chercher des industries, à essayer des moyens, à faire des tentatives? Que voulez-vous? Ex nihilo, nihil : c'est un axiome évident et trop applicable ici. Nil sine magno vita labore dédit mortalibus, disait un poète profane luimême. Il faut s'ingénier. Messieurs, travailler, se donner du mal, j'en conviens ; mais on ne réussit à quoi que ce soit qu'à ce prix. Et ici, le succès, dans une certaine limite au moins, ne peut vous faire défaut. Souvent même il dépassera vos espérances. Par tout ce qui s'est fait jusqu'ici, il nous est donné d'entrevoir tout ce qui se peut faire encore, si le zèle poui* cette œuvre bénie des Catéchismes de Persévérance vous saisit tous fortement au cœur ; et le temps n'est pas loin peut-être où auront été créés ces foyers de vie chrétienne, ces sources de renouvellement religieux dans toutes les paroisses de ce diocèse.
Et voyez maintenant, Messieurs, cpiel bien, quel incalculable bien peut faire, et surtout préparer pour tout l'avenir, un bon Catéchisme de Persévérance dans une paroisse. Voyez déjà les consolations de ceux qui ont essayé, et les fruits qu'ils ont recueillis. L'un d'eux m'écrivait ;
€ J'ai été assez heureux. Monseigneur, pour don- « ner à la fête de Noël la sainte Communion à plus « de 60 personnes parmi lesquelles trois hommes « mariés, et voilà incontestablement un fruit de mon « Catéchisme. Ces grandes filles qui y viennent ont « contracté l'heureuse habitude de se confesser tous « les mois. — Permettez-moi, en terminant, de dépo- « ser à vos pieds l'hommage respectueux et filial de « ce cher Catéchisme. Hier, j'ai fait lire par l'inten- « dante la lettre que vous m'avez fait l'honneur de « m'écrire, puis tout le monde s'est mis à genoux et « a récité une dizaine de chapelet pour vosétrennes. > — J'ai cité jusqu'à ces dernières paroles, Messieurs, parce qu'elles nous rendent témoins d'une petite scène aimable de Catéchisme. Non, Messieurs, pour un ministère si fécond et si consolant dans son labeur, ne désespérez pas de vous-mêmes : il vous faudra du temps peut-êti^e, des fatigues certainement : mais la bénédiction de Dieu est au bout de vos efforts.
On m'écrit encore :
€ Monseigneur, le Catéchisme de Persévérance est « maintenant dans sa troisième année. J'ai eu relali-
424 LA PAROLE CATÊCnfSTîQUE.
€ vement plus de difficultés à le fonder que dans ma € paroisse précédente, à cause de réloignement des « hameaux et d'un peu d'hostilité locale, — vu la « nouveauté du fait, et cette grande raison, on n'en € faisait paSy — hostilité du reste demeurée sourde, « et dont Je Catéchisme a triomphé.
« Comme j'ai rencontré un tferrain nouveau, j'ai « dû étudier, observer. Il m'a été impossible de me € fixer tout d'abord sur le règlement qui convien- € drait le mieux à mon nouveau Catéchisme.
« Ce n'est pas trop encore de cette année, car j'ai « remarqué plus d'une fois que ce qui m'avait réussi « ailleurs, n'eut pas eu le même succès ici. »
Messieurs, c'est là le vrai zèle; il essaie les moyens après les moyens, les industries après les industries, et si le succès vient de suite, il attend, il ne se rebute pas, et cependant il ne se lasse pas d'essayer encore, d'essayer toujours : la grâce de Dieu vient enfin, et le bon prêtre est enfin consolé. Voilà ce qui arrive partout où l'on fait cette œuvre avec zèle, où tout le monde s'y met, où l'on s'occupe à la fois des filles et des garçons et avec plus de zèle encore des garçons que des filles.
Et à ce propos, un des curés les plus autorisés de ce diocèse m'a soumis dans le temps les réflexions suivantes que je crois devoir vous communiquer à mon tour ; vous y reconnaîtrez sans peine l'homme de pratique et d'expérience :
€ Dans une paroisse de canton, le Curé faisait le « Catéchisme des filles, et le Vicaire le Catéchisme € des garçons.
« Le Curé resta trente années dans cette paroisse, « et les Vicaires disparaissaient au bout d'une, deux € ou trois années.
c Au départ de chaque Vicaire, les garçons élevés, « catéchisés, confessés par le Vicaire, restaient sans € pasteur, sans lien vivant qui les rattachât à leurs € devoirs religieux ; car ils ne connaissaient pas le « Curé, et le Curé ne les connaissait pas.
« De sorte qu'après trente ans, les jeunes gens et « même les hommes, c'est-à-dire toute la population « virile, n'avaient eu aucun rapport intime de minis- « tère pastoral avec ce pasteur; et le Curé était « comme étranger au milieu des hommes de sa « paroisse. »
L'inconvénient signalé ici est grave, très-grave, Messieurs ; un Curé qui ne fait le Catéchisme qu'aux filles dans sa paroisse, et pas du tout aux garçons, n'est point aux yeux de ceux-ci le vrai Pasteur, son influence sur eux est nulle. Le Pasteur, c'est celui qui les a nourris assidûment du pain de la doctrine. Et quand celui qui a fait cela est changé, et s'en va, toute cette portion du troupeau, c'est-à-dire au bout de quelques années, comme le fait observer avec tarit de raison le Curé dont je cite ici l'expérience, tous les hommes d'une paroisse, n'ont pour ainsi dire point
426 LA PAROLE CATËGHISTIQUE.
de Pasteur. Mon vénérable correspondant m'indique à cela un remède :
« Comment espérer avoir quelque influence sur des € hommes avec une pareille marche de gouveme- € ment dans une paroisse?
« Pour remédier à cet inconvénient déplorable, il « faudrait obliger le Curé, qui a un ou plusieurs € Vicaires, à faire lui-même, au moins une fois tous € les quinze jours, le Catéchisme confié au Vicaire.
€ Dans ce Catéchisme on repasserait les matières « apprises et expUquées depuis quinze jours sous la « direction du Vicaire. Là, les récoinpenses et les en- « couragements seraient donnés par le Curé : le Curé <r verrait par lui-même si les méthodes de son Vicaire c sont bonnes ; et les enfants verraient, connaîtraient « leur Curé, recevraient de sa bouche l'instruction, ils 0 en recevraient les récompenses, ils l'aimeraient et « s'attacheraient à sa personne.
« Au départ du Vicaire, ces enfants sauraient qu'ils « sont connus et aimes de leur Curé, et se rapprooc cheraient naturellement de lui. i^
Le conseil est assurément très-bon. Mais un autre remède encore meilleur, sans préjudice de celui-là, ne serait-ce pas un Catéchisme de Persévérance, fait de concert par le Curé et les Vicaires, un Catéchisme qui réunirait au moins tous les garçons qui doivent faire la première Communion dans l'année, et tous les autres renouvelants qu'on pouri*ait faire revenir,
ce qui les mettrait en rapport direct avec leur Curé ?
Quoi qu'il en soit, Messieurs, pour en finir avec cette grande question des Catéchismes de Persévérance, je le demande maintenant à vous tous : pratiquement, devant cette multiplicité d'industries de zèle et de moyens d'émulation que nous avons entre les mains, qui pourrait douter encore du succès d'un Catéchisme de Persévérance, fait avec l'intelligence et la suite qu'y mettent les prêtres zélés ? ou du moins qui ne se sentirait excité à faire une bonne fois l'essai de ses possibilités, de ses ressources, et de ce que peut l'esprit apostolique dans le cœur d'un bon prêtre?
Mais cette question de la possibilité des Catéchismes de Persévérance, même dans les plus petites paroisses, a paru à plusieurs d'entre vous tellement décidée par Texpérience, qu'ils m'ont demandé formellement sur ce[ point des ordonnances.
€ Les Catéchismes de Persévérance, m'écrit l'un € de vous, et je vous citerai sa lettre presque entière, « pourraient être obligatoires et immédiatement :
a 4** Dans les chefs-lieux de doyenné ,
€ 2"" Dans les bourgs considérables y présentant une € agglomération d'au moins six cents âmes dans le « diamètre d'un kilomètre;
« Et facultatifs dans les paroisses d*une impor- € tance moindre, ou dont la population ne serait pas « agglomérée, mais répandue en divers hameaux, à la « distance de plus d'un kilomètre ;
428 LA PAROLE CATÉCHfSTÏQUE.
€ Dans les paroisses où ils seraient immédiate- € ment obligatoires, ils auraient lieu très-utilement :
« 1* En été, après les Vêpres;
€ 2* Dans les autres saisons, avant les Vêpres.
« Tous les enfants suivant le Catéchisme préparac toire à la première Communion devraient y assister : « eux seuls pourraient y être interrogés sur la lettre € du Catéchisme.
« Dans les paroisses où le Catéchisme de Persévé- « rance serait facultatif, on pourrait engager MM. les € Curés à remplacer, à titre d'essai, le prône par le « Catéchisme fait du haut de la chaire. L'avenir <r ferait connaître les avantages ou les inconvénients « de cette méthode. On pourrait piquer Tattention « des parents en faisant réciter aux enfants de petits « dialogues sur le mystère du jour, ou sur divers « points du dogme et de la morale.
« Les fêtes de Catéchisme auraient lieu à la grand'- <L messe et se termineraient par un salut solennel.
<r On pourrait les suspendre pendant le temps de « la moisson et des vendanges, et les faire pendant « tout le reste de Tannée.
<r Ce Catéchisme du dimanche serait non-seulement m pour les persévérants, mais pour les enfants de dix « à douze ans, sans préjudice de celui auquel ils « assisteraient au moins deux fois par semaine, et « pour les enfants moins âgés sans préjudice de celui « qui leur serait fait une fois au moins chaque ^ semaine, i^
Un autre Curé m'écrivait dans le même sens : « Il faudrait une lettre pastorale instituant solen- € nellement dans tout le diocèse des Catéchismes de « Persévérance aux Vêpres ou à la Grand'Messe, auxc quels seraient admis tous les enfants qui doivent « faire leur première Communion dans Tannée, et les « autres jusqu'à leur Confirmation et au-delà, avec « des chœurs de cantiques, des interrogations, des « dialogues , des conférences , des prix , des gra- « vures. >
Voilà, Messieurs, ce qui m'a été écrit et demandé. Pour le moment, je me borne à solliciter votre zèle, et à attendre, avec une confiance pleine et entière la réalisation de nos espérances; Je suis persuadé que nous pouvons arriver au résultat désiré, sans ordonnances, et ce résultat sera obtenu ainsi de votre seule bonne volonté etde°votre amour pour les âmes.
Arrivé au terme de cette longue instruction pastorale, il me semble encore une fois. Messieurs, en ramenant sommairement ma pensée sur les diverses industries employées par vous déjà pour fonder des Catéchismes de Persévérance, — et si nombreuses et ingénieuses qu'elles soient, assurément elles ne sont pas tout ce qu'on peut essayer et tenter ici, — il me semble, dis-je, qu'il est bien difficile, avec de l'initiative, de la suite, de la patience, du courage, de ne pas finir par arriver, dans les plus ingrates paroisses
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même, à un résultât sérieux, et, dans la plupart, à des œuvres pleines de charme et de consolation pour vous, et de bénédiction pour les âmes.
Car enfm, un noyau d'enfants est toujours là, ceux de la première Communion au moins, avec les renouvelants pour donner une base à un Catéchisme de Persévérance, qui, peu nombreux d'abord, ledeviendra de plus en plus; les parents, si indifférents qu'ils soient pour les choses religieuses, et absorbés par les soins matériels, ont toujours dans leur cœur, à l'endroit de leurs enfants, une fibre sensible, qu'un Curé est sûr de remuer par les attentions, les prévenances, les visites, les sollicitations directes et indirectes que nous avons dites, et surtout par un dévouement évident aux enfants; et partout aussi, un Curé a dans l'école, religieuse ou laïque, des auxiliaires dont il est possible plus ou moins de tirer parti : enfm, dans cette organisation ingénieuse d'un Catéchisme, ce solennel règlement, ces dignitaires ces privilèges, ces insignes, ces honneurs, cette considération aux yeax de toute une paroisse ; dans cet intérêt si varié des séances, au moyen des cantiques, interrogations, récitations, explications, instructions, bons points; dans ces stimulants de tout genre, aimables et puissants, ces fêtes, ces récompenses, ces récapitulations solennelles, ces examens d'honneur, ces conférences, ces dialogues, toute cette multitude enfm de moyens, pouvant se diversifier à Finfini, selon l'âge et le caractère des enfants, les ressources ou l'indigence
des paroisses, le goût et l'attrait des Catéchistes : je le dis, avec une certitude que l'expérience a déjà confirmée et qu'un instant de réflexion ne permet pas de récuser, nous avons là un ensemble de moyens d'action, tel qu'il est impossible de se croire condamné à l'impuissance, et de ne pas se sentir encouragé à essayer au moins, et sérieusement, l'œuvre à laquelle je vous convie, l'œuvre bénie des Catéchismes de Persévérance.
Oui, Messieurs, essayons tous avec une volonté ferme, avec un courage grand et de longue haleine^ comme disait saint François de Sales ; mettons-nous à l'œuvre, ingénions-nous de toutes les façons, et volontiers dirais-je ici à chacun de vous, avec le poète : Fecundum concute pectus : et je Tespère, Messieurs, bientôt nous aurons la consolation d'avoir fondé partout, dans toutes nos paroisses rurales, des Catéchismes de Persévérance ; nous aurons fait du moins des efforts qui ne resteront pas sans bénédiction; et nous aurons répondu, autant qu'il était en nous, aux besoins des temps malheureux où nous sommes.
Car il est évident, Messieurs, que dans Tétat actuel des esprits et des mœurs, il faut des efforts nouveaux, de nouvelles industries , un nouveau zèle : ce qui suffisait dans des temps meilleurs ne suffit plus aujourd'hui.
A l'œuvre donc. Messieurs, à l'œuvre! Et vous, jeunes prêtres, en qui brûle dans sa flamme pre-
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mière le saint zèle; et vous, anciens du sacerdoce, qui avez travaillé beaucoup, essayé beaucoup, qui peut-être vous sentiriez ici, par un dangereux abattement, plus près de laisser tomber vos bras que d'entreprendre avec une généreuse ardeur de nouvelles œuvres; tous, remettons-nous avec cœur à l'ouvrage, et creusons ce nouveau sillon dans le champ du Père de famille ; attachons-nous, dévouonsnous, avec toute l'ardeur d'un cœur jeune, ou rajeuni par un saint zèle, à l'enfance, à la jeunesse, à cette portion la plus belle et la plus chère du troupeau de Jésus-Christ, à cette espérance de l'avenir. Imitons toute cette légion de bons prêtres, de saints apôtres, d'admirables Catéchistes, qui ont refait dans ce siècle l'Église de France, et tous ceux dont nous pouvons suivre dans toute la série des âges chrétiens les glo- ^ rieuses traces. Imitons surtout le Maître des maîtres, notre Sauveur Jésus-Christ, qui a tant aimé l'enfance ^ et qui nous convie, par tant d'admirables paroles ^t de touchants exemples, à l'aimer et à lui gagner^ ^ lui amener les jeunes âmes !
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sûrs, qui vous donnera plus de douceur et de asolations ; comme il n'y a peut-être rien dans notre nistère de plus aimable et de plus charmant que it ce qui fait l'ensemble d'un Catéchisme vivant et m ordonné.
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mière le saint zèle; et vous, anciens du sacerdoce, qui avez travaillé beaucoup, essayé beaucoup, qui peut-être vous sentiriez ici, par un dangereux abattement, plus près de laisser tomber vos bras que d'entreprendre avec une généreuse ardeur de nouvelles œuvres; tous, remettons-nous avec cœur à l'ouvrage, et creusons ce nouveau sillon dans le champ du Père de famille ; attachons-nous, dévouonsnous, avec toute l'ardeur d'un cœur jeune, ou rajeuni par un saint zèle, à l'enfance, à la jeunesse, à cette portion la plus belle et la plus chère du troupeau de Jésus-Christ, à cette espérance de l'avenir. Imitons toute cette légion de bons prêtres, de saints apôtres, d'admirables Catéchistes, qui ont refait dans ce siècle l'Eglise de France, et tous ceux dont nous pouvons suivre dans toute la série des âges chrétiens les glorieuses traces. Imitons surtout le Maître des maîtres, notre Sauveur Jésus-Christ, qui a tant aimé l'enfance, et qui nous convie, par tant d'admirables paroles et de touchants exemples, à l'aimer et à lui gagner, à lui amener les jeunes âmes !
Ah! oui, aimer l'enfance et ]a jeunesse, l'aimer, comme l'aimait Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout est là, je vous l'ai dit, pour cette œuvre. Et il y en a parmi vous. Messieurs, qui ont au cœur, admirablement, je le sais, cet amour, et qui m'en ont fait, par leurs travaux, ou par l'accent de leurs paroles, des révélations qui m'ont touché jusqu'au fond de l'àrae. Je ne puis résister au plaisir de mettre encore ici, en
finissant, sous vos yeux ces belles paroles de l'un d'entre vous : c Un saint prêtre, Monseigneur, ah! c que ne le suis-je, moi ! Un prêtre qui aime ses enfants c comme Jésus-Christ les aimait, qui, avant de comc mencer son Catéchisme, s'y est préparé dans les c larmes et même dans le sang, comme nous disait c ce saint supérieur de l'Oratoire : il arrive auprès de c ses enfants avec le cœur de Jésus ; il aime passionc nément ces âmes qu'il contemple avec ravissement « à travers l'enveloppe grossière qui les cache; il € aime, et il est aimé, et il est écouté; son regard et € sa paroleles pénètrent; sa douceur, sa douceur remc portent mille victoires ; ils boivent, pour ainsi dire c son langage ami, et ne serait-ce que par amour « pour lui, avant même de bien connaître le bon Dieu, € ils aiment déjà Celui que ce bon prêtre aime I d
Oui, il en est ainsi, Messieurs : il n'y a pas d'âge sur lequel nous ayons plus de prise que sur les enfants, point d'âmes où il nous soit donné d'écrire plus profondément; point de cœurs dont nous nous emparions plus vite et plus complètement • par l'amour. Aussi, quels que soient les labelirs de ce ministère des Catéchismes, si votre âme s'y livre, il n'y en a point, soyezen sûrs, qui vous donnera plus de douceur et de consolations ; comme îl n'y a peut-être rien dans notre ministère de plus aimable et de plus charmant que tout ce qui fait l'ensemble d'un Catéchisme vivant et bien ordonné.
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Si VOUS me permettiez ici, Messieurs, un souvenir personnel, je vous le dirais en toute simplicité, c'est aux Catéchismes que je dois tout; soit à celui où j'ai eu le bonheur d'être conduit dans mon enfonce, à Saint-Sulpice, et qui a saisi mon âme par de profondes, et ineffaçables impressions ; soit à ceux que la Providence m'a donné de faire moi-même ; et cela, je m'en souviens, me fut prédit par un homme à qui je dois beaucoup dans ma vie, un saint Prêtre qui fut plus tard un grand Évêque, et qui avait été un admirable Catéchiste, M. Borderies.
Je n'étais encore que Diacre, quand un homme dont le nom doit être cher à ce Diocèse, qui fut Vicaire dans la ville d'Orléans, et depuis Évêque de Meaux, et qui est mort Archevêque de Reims, M. Gallard, vint lui demander un Catéchiste pour la paroisse de la Madeleine : je faisais alors le Catéchisme à la paroisse de Saint-Sulpice : je me souviens que quand M. Borderies m'annonça que j'avais élé désigné pour le Catéchisme de la Madeleine, j'en fus extraordinairement arttristé ; c'était un grand sacrifice pour moi de quitter Saint-Sulpice : « Mon enfant, « me dit M. Borderies, ce sera le plus grand bien de « votre vie... » Et il ajouta avec une expression de piété et de tendresse recueillie qui lui était familière : « Les Catéchismes, je leur dois tous mes biens!... i
Messieurs, je puis le dire, ce que me dit alors ce saint Prêtre s'est réalisé dans ma vie. Il y a eu peu de bien dans ma vie ; mais s'il s'y est rencontré quelque
chose, je le dois aux Catéchismes ; et ceux d'entre vous qui se livreront à ce ministère, avec zèle, avec intelligence, selon les admirables méthodes qui ont été évidemment inspirées par l'esprit de Dieu pour la régénération des âmes sur le sol de notre patrie, et à l'aide de toutes les industries que nous venons de passer en revue, et de toutes celles que leur cœur leur suggérera à eux-mêmes, ceux-là devront à l'œuvre des Catéchismes tous les biens de leur vie.
Jeunes prêtres, vous jetterez là une semence féconde, dont vous recueillerez tôt ou tard les fruits ! Prêtres blanchis dans les travaux du saint ministère, et que les rapports avec les hommes plongés dans les âpres soucis de la vie ont si souvent contristés et fatigués, il me semble qu'il y aura pour vous une douceur et une bénédiction particulière en même temps qu'un contraste touchant, à vous retourner vers le premier âge, et à finir, par les plus assidus et les plus tendres soins donnés aux enfants, une carrière toute de labeur, de tristesses et de pemes.
Pour moi, ah ! que les enfants, qui ont été mou premier amour et le premier dévouement de ma vie, en soient aussi le dernier !
Enfants du Diocèse d'Orléans,
C'est à vous, en finissant, que je m'adresse : je veux que ma dernière parole soit ici pour vous.
Je le disais en arrivant dans ce Diocèse :
Celui qui est votre Évêque fut longtemps le Catéchiste de l'enfance ! il remplit longtemps auprès des
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enfaiits un doux et laborieux ministère qu'il aurait voulu ne jamais quitter I
Oui, chers et nombreux enfants, répandus sur la surface de ce beau Diocèse, je suis heureux de vous le dire : Les Catéchismes furent au commencement de ma vie sacerdotale ma plus douce joie et mon premier amour. C'est là que je vis pour la première fois le touchant spectacle de la jeunesse embellie par l'innocence, et l'alliance si aimable, et si rare ici -bas, du bonheur avec la vertu; c'est là aussi qu'un humble et obscur dévouement trouva dans de jeunes cœurs une docilité si naïve, une reconnaissance si vive, une fidélité si constante, et qui dure encore !
Le souvenir de ces chères âmes est mon plus doux souvenir ici-bas ; jamais rien ne sera comparable pour moi au bonheur d'avoir été l'ami, le précepteur et l'apôtre de l'enfance !
Et voilà pourquoi aujourd'hui, je veux l'être encore ; voilà pourquoi je vous ai adressé, Messieurs, cette longue instruction pastorale, et aussi voilà pouixjuoi je veux consacrer les années que Dieu me laisse, a compléter cette œuvre, et à tout faire pour assurer et développer dans ce Diocèse l'œuvre des Catéchismes et l'éducation religieuse des enfants : Pascam vos et parvulos vestros.
f Félix, Évêque d'Orléans.
oOOffOQO - -