DEUXIÈME PARTIE
U PABOLK PASTORALE DOIT ÊTRE UHE PAEOLB IHSTRUGTIÎE.
J'ai dit, en second lieu, que la parole pastorale doit être une parole instructive.
Pourquoi encore, Messieurs? parce que notre parole est une parole de vie. Et quelle est la vie de rintelligence? c'est la vérité, c'est la lumière.
Aussi le Verbe est-il lumière, parce qu'il est vie : En lui était la Vie , et la Vie était la Lumière des hommes. In ipso Vit a erat, et Vit a erat lux homimim.
C'est pourquoi, ceux à qui il a communiqué sa
fie sont appelés les enfants de lumière, fUii lucis.
leux au contraire qui n'ont pas reçu cette vie
larchent dans les ténèbres : In tenebris ambulant ,
a sont assis dans les ombres de la mort : In tenebris
' in umbrâ mortis sedent.
Et c'est pourquoi aussi vous , Messieurs , ministres
'• cette parole de vie, vous êtes appelés les ministres
la lumière, et il a été dit de vous par Celui qui
us a envoyés : Vous êtes la lumière du monde.
n'est pas seulement de lui que Notre-Seigneur
a dit : Je suis la Lumière du monde : Ego sum lux mundi. Il Ta dit aussi de nous : Vos estis lux mundi. Que tout cela est grand , Messieurs , et qu'il est utile de le méditer!
Ministres de lumière, vous devez donc éclairer, éclairer par votre parole : c'est votre mission. Or, qu'est-ce qu'une parole qui éclaire, qui porte la lumière dans les intelligences? C'est une parole qui enseigne,'' [c'est une parole qui instruit.
Mais à quelle condition une prédication sera-t-elle une parole enseignante , instructive , une parole de lumière? Et comment le pasteur remplira-t-il ce grand devoir pastoral: Enseigner , Instruire , Éclairer?
Le voici :
Par prédication [vraiment instructive , Messieurs , je n'entends pas celle seulement où se trouve quelque lumière, quelque instruction religieuse : toute prédication en ce sens est instructive ; il serait difficile, et par trop étrange , de prêcher pendant une demiheure, sans qu'il y eût dans ce qu'on dit rien qui instruise.
Mais j'appelle instructive la prédication , lorsque l'enseignement de la religion, un enseignement net, précis, exact, complet, en fait la base, le fond , et le caractère dominant.
La prédication instructive est celle d'un pasteur intelligent et zélé, qui s'applique à enseigner aux fidèles confiés à ses soins tout ce qu'il est nécessaire ou utile qu'ils sachent de la religion : c'est-à-dire les vérités de la foi, et tous les grands faits historiques qui leur servent de fondement et de preuves; les commandements de Dieu et de l'Église ; les vertus chrétiennes, avec les moyens de les acquérir et d'éviter les vices contraires, c'est-à-dire la prière qui obtient la grâce, les sacrements qui la donnent et l'augmentent, les principales parties du culte divin, les fêtes et les dévotions catholiques : en sorte que dans la paroisse de ce pasteur, tout homme d'une intelligence ordinaire, et qui désire sincèrement apprendre sa rehgion, n'a qu'à suivre avec assiduité pendant quelques années les prédications de son curé, pour acquérir une instruction religieuse, solide et vraiment suffisante.
Voilà, Messieurs, ce que j'entends par la prédication instructive : c'est tout simplement une prédication qui enseigne la religion, c'est l'enseignement de la religion.
Et, pour mieux expliquer ma pensée, et la rendre plus saillante par le contraste , voici le genre de prédication , malheureusement trop commun, qui est l'opposé de celui que je viens de décrire :
C'est la prédication qui n'instruit pas , qu'on entendrait pendant des années entières sans jamais
apprendre à fond sa religion; qui pourrait être multipliée, prodiguée même dans une paroisse, et laisser celte paroisse dans l'ignorance. Oui , Messieurs, car il y a des paroisses où l'on prêche régulièrement tous les dimanches , plusieurs fois même chaque dimanche : — prône, sermon, allocutions aux Confréries, — et où l'ignorance en matière de religion, ce grand fléau des âmes et des peuples, règne encore, parce que dans ces paroisses on prêche, mais on n'instruit pas ;
Et cela arrive, quand on ne fait que des discours vagues et détachés , plus ou moins bien écrits , si vous le voulez, mais où le fond et la doctrine manquent ;
Quand les vérités dogmatiques, ou les préceptes de la morale, ne sont jamais présentés aux auditeurs que par lambeaux, par morceaux brisés, sans oindre, sans suite, sans ensemble, comme l'occasion les fait .venir, et sans que le pasteur se rende jamais compte à lui-même des lacunes de son enseignement;
Quand, par suite de ce désordre, de cette incurie, qui laisse l'instruction aller comme à l'aventure dans une paroisse , il arrive que certains sujets y sont répétés à satiété, jusqu'à ennuyer les auditeurs, tandis que d'autres, non moins importants, plus importants peut-être, ne sont jamais ou presque jamais traités ;
Quand eufm les sermons, tout pleins de déve-
loppements et d'amplifications oratoires, négligent l'exposition proprement dite, l'exposition simple, claire , suivie, de la doctrine chrétienne , la laissent perpétuellement absente, en sorte que ce qui peut venir çà et là, comme par hasard, d'enseignement proprement dit dans le discours, y est tellement coupé, haché , morcelé , noyé, et perdu pour ainsi dire dans le vague et sous les voiles de la phrase, que les auditeurs ne l'y remarquent seulement pas.... Je m'arrête. Messieurs, vous me comprenez, et
vous reconnaissez à ces traits la prédication qui n'est
pas instructive.
Dirai-je qu'une telle prédication est absolument
inutile , qu'elle ne peut pas faire au moins quelque
bien, laisser quelques impressions?
Non ; mais je dis qu'elle n'instruit pas suffisam-
ment , qu'elle ne donne pas sur le fond de la religion
les notions nécessaires, indispensables, moins encore
des notions complètes ; et qu'une paroisse qui est
ignorante demeurera, avec une telle prédication,
éternellement ignorante.
Et j'ajoute que c'est là une déplorable, une
inconcevable lacune dans le ministère de la chaire, un grand malheur pour le peuple chrétien , et je ne crains pas de redire ce mot, un fléau, hélas! trop commun.
C'est, Messieurs , ce malheureux genre de parole, cette prédication sans doctrine, sans véritable et
sérieux enseignement de la religion, que déplorait Fénelon , quand il écrivait ceci ;
« J'ai souvent remarqué qu'il n'y a ni art, ni e science dans le monde que les maîtres n'enseignent € de suite, par principes, et avec méthode. Il n'y a € que la religion qu'on n'enseigne point de cette « manière aux fidèles. On leur donne dans l'enfance « un petit Catéchisme sec, et qu'ils apprennent par « cœur sans en comprendre le sens, après quoi ils « n'ont plus pour instruction que des sermons « vagues et détachés. Je voudrais qu'on enseignât « aux chrétiens les premiers éléments de la reli- « gion et qu'on les menât avec ordre jusqu'aux plus « grands mystères. » {Dialogues sur V éloquence)
Ce que dit ici l'Archevêque de Cambrai, « ce petit <k Catéchisme sec et que les enfants apprennent <L par cœur sans en comprendre le sens, 3^ ceci. Messieurs, n'a pas lieu chez nous, je crois pouvoir l'espérer. Les enfants de ce diocèse , élevés par vos soins, les jeunes garçons, les jeunes filles qui auront suivi pendant plusieurs années vos Catéchismes de première Communion , puis ceux de Persévérance, comprendront parfaitement le sens du Catéchisme. — Mais tous les enfants ne suivent pas les Catéchismes de Persévérance assez longtemps ; ceux mômes qui auront été le mieux instruits de la religion, l'oublieront bien vite, s'ils ne retrouvent pas à l'Église un enseignement qui , dans la suite,
LA PAROLEINSTRUCTIVE. 57
rappelle , entretienne , développe dans leur esprit ce que les Catéchismes leur avaient appris.— Enfin, il y a les grandes personnes, dont les unes ont été mal instruites dans leur enfance, et dont les autres ont^ pour la plupart , tout oublié : à moins de les renvoyer au Catéchisme avec les enfants , ce qui n'est pas aisé , leur ignorance demeurera sans remède , si vous ne prêchez pas, en chaire même, le Catéchisme ,. si vous n'enseignez pas solidement la religion dans vos prônes et vos sermons.
Fleury pensait sur ce point absolument comme Fénelon. Voici ce qu'il dit dans l'avant-propos de son catéchisme historique:
«c Quoique l'on prêche souvent, on peut dire qu'il « n'y a pas assez d'instruction pour les chrétiens, t même pour les mieux intentionnés... On ne traite € (dan§ la chaire) que des sujets particuliers , déta-^ « ckés le plus souvent les uns des autres, selon la € fête, ou l'évangile, ou le dessein du prédicateur. On € y explique rarement les premiers principes, et les t faits qui sont les fondements de tous les dogmes... t Ainsi on trouve partout de bonnes gens qui fréquent tant les églises depuis quarante ou cinquante ans, t ignorent Içs premiers éléments du Catéchisme. »
Ces paroles de Fleury méritent singulièrement d'être remarquées, et l'observation par laquelle elles se terminent est malheureusement aussi vraie que triste. Elle me rappelle le mot d'une bonne dame de Paris,
fort âgée, et qui était très-ignorante, quoiqu'elle eût suivi toute sa vie les sermons de sa paroisse : a: Comment, y> lui disait un jour un prêtre qui s'était aperçu de son extrême ignorance, « comment se fait-il que vous ne sachiez pas des choses si élémentaires dans la religion? Est-ce que vous n'allez pas aux prédications ?» — « Eh ! Monsieur, réponditelle , je n'en manque pas une dans notre paroisse depuis trente ans ; mais que voulez-vous ? On nous prêche et on ne nous instruit pas ! »
Quelle parole, Messieurs! et, dans cette parole, quel reproche! N'est-ce pas le petierunt panem du prophète , et non erat qui frangeret eis ?
Ou plutôt on semble présenter à ces pauvres âmes , à ces âmes avides et affamées , le pain de la divine parole, et au lieu du vrai pain de Dieu, aliment de doctrine et de vie , on ne leur donne , hélas ! qu'un pain trompeur, un pain sans substance, qui ne nourrit pas : on les prêche, et on ne les instruit point !
Vous voyez. Messieurs, ce que je veux dire, quand je parle de la prédication instructive.
Sans doute l'instruction n'est pas tout, mais si l'instruction n'est pas tout, elle est la base et le point de départ de tout. Ignoti nulla cupido. Pour aimer Dieu , il faut le connaître ; pour aimer Notre- Seigneur , il faut avoir ce que saint Paul appelle : Scientiam Christi ; pour pratiquer les préceptes du christianisme, il faut les savoir; pour désirer le ciel
et craindre l'enfer , il faut avoir bien appris qu'il y a un ciel, un enfer; pour que vos paroissiens emploient les moyens de salut, la prière, les sacrements, il faut que vous leur ayez bien enseigné la nature, la nécessité et l'usage de ces moyens.
Il est évident que l'exhortation qui a pour but de remuer, d'exciter la volonté, serait vaine sans Tinstruction ; ce serait encore parler en l'air : Aerem verberans : ce serait exciter les gens sans qu'ils sachent ce qu'on leur veut, ni pourquoi on les presse, ni où on prétend les mener.
Prêcher d'une manière instructive , ce n'est pas , certes , négliger les mouvements oratoires , le jeu des passions et toutes les autres ressources de Téloquence; mais c'est donner l'instruction pour fond solide à tout cela; c'est donner aux fidèles, qui se réunissent chaque dimanche, aux pieds de nos chaires, un enseignement religieux non-seulement exact et précis , mais qui , avec le temps, soit complet, et fasse des chrétiens vraiment instruits, sachant tout ce qu'ils doivent croire, tout ce qu'ils doivent pratiquer pour parvenir au salut.
Voilà, Messieurs, ce qu'il faut entendre par prédication instructive.
Et maintenant quelle est la nécessité, quel est le devoir pour nous de la prédication instructive ? Y a-t-il là une obligation rigoureuse?
Sans contredit , Messieurs. La prédication instructive est d'obligation divine, ecclésiastique, naturelle ; car, telle que je viens de la définir, elle est impérieusement commandée par Notre Seigneur, par l'Église, et par la nature même des choses.
Voici les paroles de Jésus-Christ , paroles d'autant plus importantes à méditer ici , Messieurs, que ce sont les paroles mêmes de l'institution de la prédication, celles, par conséquent, où nous devons chercher la pensée, la volonté du Maître, et comment il a entendu le ministère de la parole divine dans son Église.
Il était sur le point de quitter la terre ; il donnait aux Apôtres leur mission : Écoutez, Messieurs , voici le décret par lequel il les établit, eux et leurs successeurs après eux, prédicateurs de l'Évangile dans tout l'univers et pour tous les siècles :
« Comme mon Père m'a envoyé , je vous envoie. « — Allez, Enseignez toutes les nations, les Baptisant « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et € leur Enseignant à garder toutes les choses que je « vous ai commandées.
« EunteSy docete omnes gentes , Baptizantes eos « in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, « DOCENTES eos servare omnia quaecumque mandavi c vobis. Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus f usque ad conmmmationem seculi. i>
Voilà les paroles fondamentales, Messieurs; voilà l'institution divine de la prédication.
Et d'abord, n'est-il pas remarquable, que Notre- Seigneur, cherchant, pour ainsi dire, dans tout le langage humain, l'expression la plus vraie, la plus propre pour désigner le ministère de la prédication , tel qu'il le comprenait, tel qu'il le voulait, ait choisi, précisément, le mot qui dit : Instruction , Enseignement ?
Et ce mot, il le répète par deux fois: Docete,
Docentes ; pour nous faire entendre qu'en établissant
la prédication évangélique, cette grande et divine
nouveauté, dans le monde, c'était une école qu'il y
venait ouvrir, un enseignement qu'il y prétendait
fonder : école qui aura bientôt des chaires par millions^
Sur tous les points de l'univers, et, dans ces chaires»
non des rhéteurs cherchant à charmer les oreilles par
l'art d'une vaine éloquence, cela n'existait que trop
dans le monde ; mais des docteurs^ des maîtres de
religion^ s'appliquant à enseigner aux hommes la
plus haute des sciences, celle qui nous apprend à
connaître Dieu, Jésus-Christ, nous-mêmes, avec nos
devoirs et nos immortelles destinées.
Prêcher, dans la pensée de Notre Seigneur, c'est donc, avant tout, instruire.
Sans doute il y a autre chose, nous l'avons dit, dans la prédication : l'on y instruit , et Ton y exhorte. Mais le Fils de Dieu, selon sa grande et divine manière de toucher les choses par leurs sommets et par ce qu'il y a en chacune de principal, marque à dessein, dans la prédication, Y Enseignement, comme en étant la fondamentale partie , et ce qui porte en quelque sorte tout le reste. Voilà pourquoi il dit: Docete, Docentes.
Donc, au sens de Notre-Seigneur, qui n'instruit pas ne prêche pas.
Mais ce divin enseignement , substance et fond de la prédication évangélique, quel sera-t-il? Jésus- Christ lui-même nous le marque, et arrête, pour ainsi dire d'avance, tout le programme de la prédication pastorale, quand il ajoute : Docentes eos sei'vare omnia quczcumque mandavi vobis.
« Vous enseignerez tout ce que je vous ai moimême enseigné:» quœaimque mandavi vabis^ pas autre chose, mais cela, et tout cela, quœcumque.
Vous n'inventerez pas ; vous ne donnerez pas du vôtre, ni rien de ce que vous auriez appris seulement aux académies et aux écoles du siècle; vous ne direz que ce que vous avez reçu de moi , car il n'y a qu'un seul maître en cette science, le Christ : Magister unus est Christus.
Mais cela, mais tout ce que je vous ai enseigné, vous l'enseignerez à votre tour, entièrement, sans en rien omettre, par négligence, ou par crainte ou par vaine délicatesse. Ne taisez rien, dites tout : Om^i^ ; et pour être mieux assuré de bien rendre toujours ma doctrine, employez de préférence mes propres paroles : Quœcumqvs mandavi vobis.
C'est à cette condition que Notre-Seigneur promet aux Apôtres sa continuelle et toute puissante assislance : Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebuSy « et je serai avec vous, tous les jours, avec vous, partout, avec vous enseignant, instruisant, jusqu'à la consommation des siècles; y> comme avec vous baptisant.
Car, remarquons ceci, la prédication instructive, celle qui donne véritablement l'enseignement de la religion, est, aux yeux de Notre-Seigneur, si essentielle dans le plan divin, qu'il la met au même rang que le baptême, sans lequel le salut est impossible : Docentes... Baptizantes...
Résumons : Jésus -Christ veut que ses ministres enseignent aux peuples la religion, et la religion tout entière ; par conséquent il veut qu'on prêche, dans chaque paroisse, dans chaque chaire, petite ou grande:
Toutes les Vérités révélées ;
Tous les Préceptes de la morale chrétienne ;
Toutes les Vertus évangéliques;
Tous les moyens de salut, la Prière, les Sacrements, le Sacrifice.
Telle est, on n'en peut douter, la volonté de Notre- Seigneur.
Mais, s'il en est ainsi , Messieurs , que répondrons-nous un jour, je vous prie, à l'heure du jugement, lorsque Jésus-Christ, nous mettant alors sous les yeux toutes nos prédications pendant dix, vingt, trente années dans une paroisse, nous montrera qu'il y a un grand nombre de points de la religion, et des plus importants, dont nous n'avons jamais parlé, ou queVnous avons tout au plus touché en passant , sans jamais les traiter comme il eût fallu le faire pour les enseigner; et si légèrement, vaguement , que les auditeurs n'ont pas même pu les remarquer? Ah! jugeons-nous nous-mêmes. Messieurs, afin de n'être point jugés : mettons tous nos prônes, tous nos sermons en regard avec le Docenfes Omnia de Notre-Seigneur, et examinons sérieusement à ce point de vue, qui est le seul vrai, qui est celui de l'Évangile, et qui sera celui du Jugement, examinons ce qu'il y tiurait à réformer dans notre prédication, pour le choix des sujets , pour
leur intelligente distribution , et pour la manière
solide et claire de les traiter , afin de remplir véritablement les ordres du Mautre divin en instruisant ses peuples.
J'ajoute, Messieurs, et les ordres de l'Église.
Cette prédication instraclive, telle que nous l'avons définie et expliquée, est expressément commandée par le saint Concile de Trente qui en a fait à tous les pasteurs une loi formelle : il n'y a pour s'en convaincre qu'à lire les célèbres décrets de ce Concile sur la prédication :
Le Concile de Trente déclare expressément que les paroles de Notre-Seigneur regardent tous ceux qui ont charge d'âmes : PRiECEPro divino mandatum ^t omnibus quibtis animarum cura commissa est, ^ves suas... verbi divini prœdicatione , pascere. [ Sess. xxin, ci, de Reform. )
Le saint Concile entre du reste, sur ce point capital , dans tous les détails :
Quicumque parochiales vcl alias curam animarum habentes Ecclesias quocumque modo ohtinent , per se, vel altos idoneos, si légitimé impediti fuerint,
IHSBUS SALTEM DOMINICIS ET FESTIS SOLEMNIBUS, plebes
HH commissas, pro sua et earum capacitate pascant 9alutaribus ver bis , docendo quœ scire omnibus necessarium est ad salutem, annuntiandoque eis cum hrevitate et facilitate sermonis vitia quœ eos declinare , et vir tûtes quas sectari oporteat , ut pœnam (Btemam evadere et cœlestem gloriam consequi valeant. (Sess. v, c. n.)
Le Concile de Trente ajoute :
Si quis eorum prœstare negligaty per censuras ecclesiasticas cogatur; paroles qui révèlent ici une obligation grave, puisqu'on ne peut infliger les censures que pour une faute mortelle.
Non content d'une injonction si formelle, le saint Concile revient encore sur ce sujet dans la xxn^ session, ch. viii, de Sacr. Miss. : Mandat sancta synodus pastoribus et singulis curam animarum gerentibuSy ut fréquenter inter missarum celebra-
tionem vel per se velper alios aliquid exponant....
diebus prœsertim dominicis et festivis.
Enfin, à la xxive session, ch. vn, de Reform., il
dit encore : Prœcepit sancta synodus ut inter
missarum solemnia aut divinorum celebrationem ,
sacra eloquia et salutis monita singulis diebus
festis vel solemnibus explanent, eademque in onmium
cordibus inserere atque eos in lege Domini eru-
dire studeant.
Je pourrais, si je faisais , au lieu d'une simple lettre, un ouvrage d'érudition ecclésiastique, je pourrais. Messieurs, apporter une quantité d'autres textes empruntés aux divers Conciles de tous les temps, généraux et particuliers , qui concourent tous à établir la même pensée , la même volonté de l'Eglise sur le sujet qui nous occupe ; mais le Concile de Trente suffit ici : jamais réunion d'Évêques , depuis les fameux Conciles des premiers siècles, ne représenta avec une
plus éclatante solennité les grandes assises du corps enseignant, de l'Épiscopat catholique uni à son Chef. Vous n'avez pas oublié, Messieurs, le but de cette mémorable assemblée. Il s'agissait de défendre et de maintenir, par des définitions d'une invincible autorité, les dogmes que l'impiété de Luther avait attaqués ; mais il s'agissait aussi de réformer la discipline et le ministère ecclésiastique. La prédication fut un des objets de cette nécessaire réforme : des négligences , des abus s'y étaient glissés ; il y fallait apporter remède ; et plus les temps devenaient mauvais, plus les vérités et la vraie piété chrétienne étaient menacées — et ils le sont bien plus encore aujourd'hui , Messieurs , qu'alors, — plus il importait de restaurer dans sa pureté primitive, et selon la règle de Notre-Seigneur , ce grand ministère de la parole, par lequel tout a commencé, et par lequel aussi tout se conserve , et au besoin tout se renouvelle dans l'Église.
Aussi voyez avec quelle admirable et féconde simplicité le saint Concile pose dans sa y^ session les règles de la prédication Pastorale :
Premièrement, elle doit être pratiquée partout. — Tout pasteur a le devoir de prêcher, dans les campagnes comme dans les villes : la plus humble paroisse doit avoir sa chaire : Quicunique parochiales ecclesias^ vel alias curam animarum habentes quocumqtie nwdo obtinent...
Secondement, elle doit être fréquente : — tous les dimanches au moins, et toutes les fêtes solennelles : Diebus saltem dominicis et festis solemnibus.
Et remarquez ici: saltem; plus souvent, serait mieux, c'est le vœu du Concile, évidemment; mais pour le moins les dimanches et les fêtes, saltem; sans préjudice des saints temps de l'année, l'Avent, le Carême, où le saint Concile dans sa session 24^ demande que la prédication soit plus fréquente encore.
Saltem omnibus Domifiicis et solemnibus diebus festis : tempore autem jejuniorum Quadragesimce et AdvefHûs Dominij quotidiè, vel saltem tribus in hebdomadâ diebus si ità oportere duxerint , sacras scripturas divinamque legem annuntient; et aliàs^ quotiescumqvs id opportune fieri posse judicaverint .
Remarquez aussi, festis solemnibus j qui est constamment répété. Ce n'est pas en ces jours des grandes solennités de l'année, quand le peuple chrétien afflue dans nos Églises et les remplit, ce n'est pas alors qu'il faut soustraire à vos ouailles le pain de la divine parole , sous prétexte de plus longs et de plus brillants offices.
Certes, les grands et beaux offices sont une excellente chose, et j'en suis toujours consolé; mais la prédication est meilleure encore. Les offices de deux ou trois heures ne sont pas commandés; la prédication est commandée. Le même Concile qu^
dit : diebus dominicis, dit aussi fortement et fréquemment festis soletnnibus. Et ce serait un renversement trop étrange que de supprimer la prédication aux jours précisément où elle profiterait à un plus grand nombre de fidèles, et alors que les fêtes même qui sont célébrées appellent l'explication des plus hauts mystères.
Ce retranchement de la prédication aux grandes fêtes, dans beaucoup de paroisses, n'a pas peu contribué à y produire ce résultat déplorable, que Jésus-Christ est si peu connu des chrétiens, parce que les grands mystères de l'Homme-Dieu, qui sont tout le fondement de notre foi et de notre espérance, ne sont plus prêches dans ces paroisses les jours où l'Église les célèbre.
Vous avez également remarqué ces paroles du saint Cfoncile , répétées plusieurs fois : Inter
missarum celebrationem inter missarum solem-
nia, aut divinorum celebrationem. C'est, en effet, à ce moment qu'il y a le plus de monde à l'église , parce que les fidèles ont l'obligation d'assister à la messe. C'est donc le moment où le saint Concile veut qu'on nourrisse de la parole sacrée le peuple chrétien.
Le saint Concile veut que cette prédication, commandée par lui , soit avant tout instructive : Pascant mlutaribus verbis, docendo. Vous le voyez, c'est le mot du divin Maître qui revient ici, Docete.
Le saint Concile veut la parole qui donne la vie : Pasgant.
Ce ne sont donc pas des discours pompeux, Messieurs, que le Concile vous demande, ni pour les simples dimanches, ni pour les jours de fête , mais la parole pastorale , c'est-à-dire des paroles utiles , des paroles de salut, des paroles de lumière et de vie : salutaribus verbis Pascant.
Ce ne sont pas des phrases sonores et compassées pour le plaisir des oreilles; mais des paroles pleines et substantielles, pour la nourriture des âmes : Pascant.
Il n'est pas ici question de parler d'une manière plus ou moins diserte, mais d'instruire, d'enseigner, et de telle sorte qu'après vous avoir entendu, vos auditeurs se retirent ayant appris ce qu'ils ne savaient pas , ou sachant mieux ce qu'ils ne savaient qu'imparfaitement et confusément de la science du salut : Docendo.
Mais que leur faut-il donc enseigner ? La réponse du Concile est simple : Tout ce qu'ils doivent savoir pour sauver leurs âmes : Docendo qiiœ scirc omnibus necessarium ad salutem.
Remarquez : Omnibm... necessarium.
Ce n'est pas pour l'agrément, ce n'est pas même pour l'utilité particuUère de quelques-uns de vos paroissiens, d'un petit nombre d'auditeurs d'élite, que vous parlez dans ces grandes assemblées du peuple chrétien; c'est pour la nécessité de tous.
Donc, avant tout, leur apprendre ce qui est nécessaire, ce que tous ont besoin de savoir pour leur salut : Quœ scire omnibus necessarium est ad salutem.
Dans le détail donc, toutes les vérités delà foi, tous les préceptes de la loi, tous les moyens de salut : le symbole , les commandements de Dieu et de l'Eglise, la prière, les sacrements, le saint sacrifice de la Messe : voilà ce qu'il faut continuellement prêcher, car c'est là ce qui est nécessaire à tous.
Et encore, tout ce qui va à la réforme et au perfectionnement des. mœurs chrétiennes : les vices dont tous doivent se préserver, les vertus que tous doivent pratiquer : Vitia quœ eos declinare, vir tûtes Quas sectari oportet.
Puis, à cette grande morale chrétienne, il faut joindre, — c'est encore le Concile qui l'ordonne, • — la grande sanction des fins dernières : l'enfer et le ciel; l'Enfer, sur lequel il ne faut rien outrer sans doute, mais qu'il faut prêcher, pom^ ne pas supprimer, en pratique, le plus puissant frein des consciences humaines ; et le Ciel , qu'on ne prêche pas assez non plus, ou trop vaguement, en sorte que beaucoup de chrétiens ne savent plus ce que c'est que le Ciel, et, le connaissant peu, ne le désirent pas et lui préfèrent la terre , où ils établissent leur félicité : Ut pœnam œternam evadere, et cœlcsteni gloriam consequi valeant.
Voilà, Messieurs, ce que TÉglise par l'organe du saint Concile de Trente commande à tous ceux qui portent la sainte et redoutable charge des âmes de prêcher dans les paroisses : Quicunique parochiales ecclesias obtinent.
Et, par une nécessaire conséquence, voilà ce que nous. Évoques, devons exiger, dans toutes les paroisses des diocèses* confiés à notre garde; et cela, sous peine d'avoir à répondre nous-mêmes, âme pour âme , devant Dieu , de l'ignorance des peuples et des effroyables suites de cette ignorance.
Mais pour tout cela, vous le voyez clairement, Messieurs, ce n'est pas assez que nous discourions sur la religion; il faut, je le redis, que nous enseignions la religion : comme ce ne serait pas assez pour un professeur de Droit, par exemple, de discourir devant ses élèves sur le Droit, le fît-il de la manière la plus brillante , s'il ne leur enseignait pas le Droit.
Discourir et enseigner sont deux choses très-différentes ; l'une peut parfaitement aller sans l'autre : on pourrait entendre pendant longtemps de beaux discours sur une science, sans jamais bien savoir cette science, sans en acquérir, tout au plus, que quelques idées vagues et incohérentes.
De même en est-il de la religion.
Il n'est pas de paroisse où l'on ne discoure, tous les dimanches, sur la religion : mais celles où l'on enseigne réellement et à fond la religion,
OÙ la prédication est un vrai cours de religion , et une parole de vie pour l'intelligence et pour la foi , sont-elles nombreuses?
Eh bien! je dis que c'est là un grand malheur, un déplorable abus, Messieurs ; et là où il existe chez nous, il faut le réformer.
Car, ce n'est pas à discourir que Notre-Seigneur et l'Église nous appellent, mais à enseigner, Docete... Docendo; et par là à éclairer, nourrir, et vivifier les âmes.
Au reste, la nature des choses, Messieurs, suffirait seule, pour établir, avec une irrésistible évidence, ce devoir de la prédication instructive.
L'obligation pour les fidèles de savoir leur religion, et Tobligation pour les pasteurs de la leur enseigner, sont manifestement corrélatives. Cette corrélation est une conséquence nécessaire de l'idée même et de l'essence du ministère pastoral. Mais si ces deux obligations , l'obligation des fidèles et la nôtre, sont corrélatives, celle-ci doit se mesurer sur celle-là, et il faut prononcer, sans hésitation, que les pasteurs sont obligés , et en rigueur , par un devoir strict de leur charge, d'enseigner aux fidèles tout ce que les fidèles sont tenus de savoir, Cest évident.
71 LA Px\ROLE PASTORALE.
Voyons ce que les fidèles sont tenus de savoir.
Il y a des choses, nul de vous ne l'ignore, dont la connaissance est nécessaire, de nécessité à moyen, pour parler comme l'école; d'autres, de nécessité de précepte.
Les premières sont tellement essentielles à connaître, que leur ignorance, fût-elle innocente, empêcherait la justification, et les âmes demeureraient dans la mort. Tels sont les dogmes,
De l'Existence de Dieu ;
De la T.-S.-Trinité;
De rincarnation du Verbe divin;
De la rédemption de nos âmes par la Passion et la mort de Noire-Seigneur Jésus-Christ ;
De la Vie Futm-e, où Dieu récompense éternellement d une félicité surnaturelle ceux qui meurent dims son amom\ et punit d*un supplice étemel ceui qui mem^ent dans le péché mortel.
Âbstmction iîiite des controverses, pratiquement, tous les théologiens admettent la nécessité de coimaitiv et de ciH)ire cxplicùemMi toutes ces vérités : Tellement que si un chrétien en ignorait quelqu'une, on ne (H^un\iit jkis ladmettre aux sacremeiUs sans Tavoir instaùt ; et s'il avait reçu Fabsolution dans cotte ijiuorance. il faudrait lui faire ivitôivr SOS confessions et Tabsoudre de nouveau.
IVur qu'un |Vi hour puisse être absous, il est onooiv uiVossiùiv. ôvidoimnout, qu il c<mnaisse le
LA PAROLE INSTURCTIVE. 75
acrement de Pénitence, avec les dispositions de ontrition , de bon propos , de satisfaction requises our le pardon des péchés.
De même pour l'Eucharistie : comment un chrélen pourrait-il recevoir la grâce de ce Sacrement ar la sainte communion, s'il ne savait pas qu'il y îçoit Jésus-Christ, et ce qu'est Jésus-Christ ?
Quoi malheur donc , Messieiu-s , et quelle esponsabilité pèserait sur nous, si, par notre iule, quelques-uns de nos paroissiens, un grand ombre peut-être, ignoraient ces vérités nécessaires, ms la connaissance desquelles les Sacrements lêmes laissent les âmes dans l'état du péché , dans i mort, et hors de la voie du salut.
Or plus que jamais dans les tristes temps où nous )nmies, et dans l'éloignement où tant d'hommes îvent de la reUgion, ce malheur. Messieurs, cette [uorance est inévitable , surtout parmi le peuple, si ous ne rappelions souvent dans nos prédications lûtes ces vérités, mais si clairement, si nettement et 1 des termes si explicites, que les plus ignorants jx-mêmes les puissent entendre.
C'est ce qu'avait compris, Messieurs, et ce que e perdait jamais de vue ce célèbre prédicateiu*, le ère Lejeune, dont je suis heureux de vous citer ici I témoignage et l'exemple vraiment très-frappant.
Lui-même nous dit, dans la préface de ses sermons, ae pendant quarante années, en quelque endroit
qu'il prêchât T Avent pu le Carême , il avait coutume d'exposer presque tous les dimanches et fêtes, à la fm du sermon, les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, de la Passion, de la Résurrection du Sauveur , avec tout ce qui est essentiel aux Sacrements de Baptême, de Pénitence et d'Eucharistie.
« Si vous avez du zèle pour la gloire de Dieu et c le salut des âmes , » ajoutait ce grand missionnaire, s'adressant aux prédicateurs, « vous ferez « de même: autrement les peuples demeureront c dans une effroyable ignorance de ces mystères si « nécessaires au salut. ^^
« C'est donc à tort, » conclut M. Hamon, dans son Traité de la prédication (i) c que beaucoup de € pasteurs n'instruisent presque jamais leurs peuples « sur les vérités fondamentales ; bornant presque € toutes leurs prédications à quelques vérités morales, « tirées plus ou moins heureusement de l'évangile du « jour. Suivre une pareille méthode, là surtout où « ces vérités ne sont pas gravées dans tous les € esprits et dans tous les cœurs — et nous en « sonnnes là partout ! — c'est bâtir un édifice sans c fondement, c'est abandonner les âmes à leur perte € étemelle. >
« C'est de plus se perdre soi-même, dit TÉvêque € de Chartres {;i\ et méconnaître la grande dette
^1) Page 55.
(?) iDsiruction pasKonle. 1838.
€ des pasteurs. Non, vous ne sauriez vous dispenser c de poser pour fondement à vos instructions Fex- € plication de ces articles essentiels. Traitez donc c d'abord ces matières, approfondissez-les, repro-c duisez4es sous mille formes. Par là vous assurerez c à la fois votre salut et celui de vos frères, d
Et Bossuet n'était-il pas dans la même pensée, quand il écrivait aux curés de son diocèse : « Nous c vous exhortons hvéï^dnàre toujours dans vos prônes c et dans vos sermons quelque chose du Catéchisme , c et à y ramener souvent les mystères de Jésusc Christ et la doctrine des Sacrements (1). »
Remarquez, Messieurs, ces mots : toujours, souvent ; ce n'est en effet qu'en revenant sans cesse sur les principales vérités de la religion , qu'on finit par les faire pénétrer dans toutes les intelligences , et qu'on les fixe d'une manière ineffaçable dans l'esprit des peuples.
Indépendamment de ces vérités de première nécessité, il y a celles, en bien plus grand nombre, don t la connaissance est nécessaire au moins de nécessité de précepte.
C'est ainsi, d'après la commune doctrine des théologiens, que chaque fidèle doit connaître d'une manière explicite:
Tous les articles du Symbole des Apôtres ;
(1) Préface de son Catéchisme.
78 LÀ PAROLE PASTORALB
Les Commandements de Dieu et de FÉglise ;
La nature et les effets des Sacrements^ dont ils sont dans le cas de s'approcher, avec les dispositions 1 1 pour les bien recevoir; '-'
Le saint sacrifice de la Messe ;
La Prière, sa nécessité, comment il faut prier, et ce qu'on doit demander à Dieu ; par conséquent, l'Oraison Dominicale;
Enfin les vertus théologales, la Foi, TEspérance, la Charité, et la manière d'en faire les actes. '
Voilà , Messieurs , la mesure commune de l'instruction reUgieuse obligatoire pour tout chrétien: les hommes les moins cultivés, les laboureurs, les rignerons, les ouvriers, le pauvre peuple des campagnes aussi bien que les riches habitants des villes, tous doivent savoir ces choses.
Les théologiens examinent si l'on pourrait absoudre ceux qui refuseraient de s'en instruire- Ils décident négativement.
Et, si le pénitent l'avait promis et qu'il n'eût pa^ tenu sa promesse, il faudrait lui différer l'absolution ^ jusqu'à ce qu il se fût instruit ou fait instruire daix^ la mesure de sa capacité.
Voilà ce qu enseignent les théologiens, et le bc^^^ sens avec eux.
Car le bon sens dit que tout chrétien doit savoir sa religion ;
Qne le devoir de croire implique cefui de s'insuire des choses de la foi ;
Qu'on ne peut remplir les obligations imposées par s Commandements de Dieu et de l'Église, sans les ^nnaître : enfin , que si c'est un précepte grave de ier, et d'assister au saint sacrifice de la Messe, 3n est un aussi, nécessairement, de savoir prier,
de ne pas ignorer ce que c'est que la Messe.
Mais toutes ces choses , comment les peuples les Luront-ils si nous ne les leur enseignons pas ? uomodo audient sine prœdicantef et, les ayant les , comment les retiendront-ils, si nous n'avons is soin de les leur rappeler souvent ?
Encore une fois, l'obligation des fidèles et la )tre se tiennent:
Nécessité de précepte pour eux ; môme nécessité 3ur nous ;
Nécessité pour eux, de savoir; nécessité pour nous 'enseigner.
Ils pèchent, s'ils ne s'instruisent pas ; nous péchons, L nous ne les instruisons pas.
Eux pourraient quelquefois être excusés; nous unais.
Si venant chercher l'instruction dans nos prônes , ^s nos sermons, ils ne l'y trouvent pas, ils sont 'Xcusables : nous, nous péchons, parce qu'il ne tient ïu'à nous d'instruire, et nous y sommes rigoureusement obligés.
Et le péché du pasteur qui n'instruit pas est incomparablement plus grave que celui des fidèles qui resteraient dans l'ignorance par leur faute ; car le péché du pasteur est multiple : autant de péchés, pour parler en toute rigueur, qu'il y a dans une paroisse d'ignorants qui demeurent tels par la faute du pasteur!
C'est effrayant ; mais c'est évident !
Du reste si ce devoir pastoral d'instruire est grave, il n'est pas très-difficile à' remplir : ma conviction est qu'il est plus facile de prêcher d'une manière instructive qu'autrement. Je reviendrai bientôt sur cette proposition, pour la démontrer.
Mais n'en fût-il pas ainsi. Messieurs, et dût-il y avoir réellement plus de peine, eh bien ! cette peine, il n'y a pas à hésiter, il faut la prendre : car c'est pour nous un indispensable devoir.
Tous les professeurs des collèges, des universités^ des séminaires, et jusqu'à ces humbles instituteurs de nos pauvres écoles, quand ils tiennent à faire leur devoir, ne se donnent-ils pas de la peine pour instruire? Ils étudient, ils se font une méthode, ils préparent leurs leçons, ils prévoient ce qu'ils doivent dire, ils le disposent dans un certain ordre, ils cherchent les expressions et les tours les plus propres à le faire bien comprendre.
N'y aurait-il que nous, maîtres de la plus grande, de la plus nécessaire de toutes les sciences, qui
serions exempts de ce labeur? El il nous serait loisible, au lieu d'instruire sérieusement les peuples , de ne leur parler que d'une manière vaguent décousue, sans fond de doctrine , à l'aventure ; de telle sorte que nos auditeurs pussent nous écouter toute leur vie, sans jamais savoir exactement les choses que nous leur devons apprendre?
Non , cela ne se peut !
Vous venez de le voir : la nature des choses, les prescriptions de l'Eglise, la volonté expresse de Notre- Seigneur, repoussent toul-à-fait cette vaine et insignifiante manière de prêcher.
Tous les droits : divin, ecclésiastique, naturel, nous imposent le devoir d'instruire.
Mais ce grand et rigoureux devoir de la prédication instructive, comment le remplir?
Il y a plusieurs manières de donner dans une chaire de paroisse l'instruction religieuse : quelle que Soit la manière, le but sera toujours celui-ci :
Il faut que tout pasteur puisse dire à ses paroissiens, quand il les quittera pour aller rendre compte à Dieu de son administration , ces mêmes paroles que l'Âpôtre saint Paul adressait aux chrétiens d'Ephëse, en leur faisant ses adieux : Mvndns sum à
sanguine omnimn vestriim , nonenim sublerfugi quominus annuntiarcm omne consilium Dei vobis.
C'est-à-dire , Messieurs , qu'il ne doit rien y avoir dans la religion , qu'un pasteur, au bout d'un certain temps, n'ait enseigné à ses ouailles.
Tel est le but.
La meilleure manière .le donner l'instruction religieuse sera celle qui atteindra ce but plus parfaitement et plus sûrement.
Pour cela, Messieurs, il n'y a qu'un moyen, c'est d'avoir un plan suivi d'instructions.
Quoi donc! serait-il impossible d'instruire, d'une manière suffisante, en ne prêchant que par sujets détachés? — A peu près, Messieurs.
Car pour pouvoir donner un enseignement complet de la religion avec cette méthode , ou plutôt avec cette absence de méthode, il faudrait — ce qui serait infiniment plus assujettissant que d'avoir un plan, — Il faudmt tenir des notes exactes, détaillées, de tout ce qu'on prêche; avoir en regard une table de tout) ce qui doit être enseigné , et comparer sans cesse ces notes avec cette table, pour se rendre compte de ce qu'on a déjà dit , et de ce qui reste à dire , afin, comme on le doit, de ne rien omettre.
Mais qui fera cela , Messieurs? Qui le fera constamment? Non, on finira, bientôt, par ne plus savoir où l'on en est, et par laisser aller l'instruction à la dérive.
Ce résultat est surtout inévitable dans les grandes paroisses, où les prônes et les sermons se partagent entre plusieurs : trois, cpiatre, cinq ou six prêtres. Comment, dans de telles paroisses, ordonner, diriger la prédication, et s'assurer qu'elle présentera dans son ensemble un enseignement complet de la religion, s'il n'y a pas un plan d'instructions, tracé d'avance par le curé, et auquel tous les vicaires seront tenus de se conformer?
S'il est difficile, sans un plan, de faire entrer dans les prédications d'une paroisse tous les principaux sujets, soit de dogme, soit de morale, en sorte qu'aucun ne soit omis, conibien ne sera-t-il pas plus difficile et même impossible d'y amener une quantité de sujets moindres et de détails secondaires, mais très-importants encore? Ces sujets "et ces détails échapperont nécessairement, tandis qu'ils seraient venus se ranger à leur place, naturellement et comme d'eux-mêmes, si l'on s'était tracé et si l'on avait suivi un plan logique et complet d'enseignement chrétien, tels qu'on en trouve de tout faits dans une multitude d'excellents livres , dans les bons catéchismes , dans les traités élémentaires de théologie, etc.
Ajoutez que cette manière de prêcher par sujets détachés sera toujours infmiment moins satisfaisante pour l'auditoire; l'esprit humain étant ainsi fait qu'il aime, en tout enseignement, l'ordre et la suite, et qu'il ne trouve la vraie lumière que là : lucidus ordo !
Donc, Messieurs, c'est un plan qu'il faut.
Que si quelqu'un tenait absolument à prêcher par sujets détachés, à prendre, par exemple, pour matière de ses prônes l'évangile du joiu*, du moins faudrait-il alors nécessairement qu'il se servît, pour se guider, de la Table, par exemple, qui se trouve à la fin du Catéchisme du Concile de Trente, et qui a été faite dans le but spécial de ramener et de faire entrer dans les explications des Evangiles les principales parties du Catéchisme.
Mais, quelque soin qu'on ait pu mettre à bien distribuer dans cette table toutes les matières principales de l'enseignement religieux , vous vous apercevrez facilement. Messieurs, de deux choses, en l'étudiant: la première, c'est que l'exécution d'un tel dessein est très-difficile pour le prédicateur; la seconde , que beaucoup de sujets utiles, importants même, n'y trouvent pas leur place, ou n'y peuvent être amenés qu'en forçant les choses.
Le mieux, sans contredit, et le plus facile, c'est donc d'avoir un plan.
Les plans d'instruction religieuse peuvent varier beaucoup quant à l'arrangement et aux détails ; chacun ici peut choisir sous ce rapport ce qui va le mieux à son esprit et à son auditoire ; et comme il est question d'une paroisse, où l'on annonce la parole de Dieu toujours au même auditoire, on peut prendre successivement, tous les quatre ou cinq ans, des plans différents.
LA PAROëE instructive. 85
Mais il va sans dire que le fond, quelque plan qu'on adopte, est toujours le même : c'est le Dogme, la Morale, la Prière, les Sacrements, le Sacrifice : nul ne peut changer cela ; mais sur ce fond toujours le même , il peut y avoir, on le comprend , une variété et un intérêt toujours renouvelés.
Vous trouverez des plans tout faits. Messieurs, dans votre Catéchisme du diocèse, dans le Catéchisme du Concile de Trente , dans la Doctrine chrétienne de Lhomond , — qui est un chef-d'œuvre, — en y joignant ses deux volumes sur V Histoire de la religian avant J.-C. et sur l'Histoire de l'Eglise. — Je place même ici sous vos yeux plusieurs plans, dont vous pourrez vous servir. Vous trouverez enfin des plans très-suffisants dans tous les bons ouvrages catéchistiques que vous possédez , ou que vous pouvez très-facilement vous procurer. Ces livres , si vous les choisissez bien , vous fourniront , encore, outre le cadre, des détails et des développements précieux. Pour les compléter, vous avez vos traités de théologie, et par-dessus tout la vive et féconde source des divines Ecritures, auxquelles il faut continuellement puiser, et qu'il faut expliquer au peuple chrétien , ainsi que le recommande exprès-' sèment le saint Concile de Trente. Rien n'est plus propre à donner de l'autorité et de l'efficacité à la parole d'un pasteur des âmes , puisque les Saintes Ecritures sont la vive parole de Dieu même.
Enfin, Messieurs, je vous l'ai dit, et j'y reviens pour le démontrer : cette manière de prêcher, instructive et simple, en même temps qu'elle a de si grands avantages pour l'enseignement réel et solide des auditeurs, est bien plus facile, incomparablement plus facile, pour le prédicateur, en sorte que ce n'est pas augmenter son labeur que de prêcher ainsi, c'est l'abréger.
Je suppose, bien entendu, des prêtres qui préparent leurs instructions. — Car pour ceux qui ne se préparent pas, qui parlent sans avoir étudié sérieusement ce qu'ils doivent dire, ohl il est bien évident que la prédication instructive, qui ne permet pas de parler en l'air, les obligera à plus de travail, parc^ qu'elle les obligera à se préparer ; mais sera-ce un mal que les fidèles soient délivrés de ces tristes parleurs, qui montent en chaire sans savoir ce qu'ils diront, fit qui en descendent sans savoir ce qu'ils ont dit?
Je suppose donc des prêtres consciencieux, qui se préparent avec soin au ministère de la parole divine. •Eh bien, je dis, Messieurs, que pour eux la prédication instructive, la prédication faite d'après un plan suivi, sera de toutes, sans comparaison, la plus facile.
Pas d'embarras, d'abord, pour le choix du stijet :
Que de temps souvent l'on perd à chercher un
sujet de prédication? Parmi les mille sujets qu'on pourrait traiter, lequel prendre ? On ne voit pas plus de raison pour l'un que pour l'autre ; et quand on a fait son choix , n'arrive-t-il jamais qu'après avoir conunencé à travailler, on se dégoûte, on se rebute, on abandonne son premier dessein pour en prendre un autre? Cet embarras, Messieurs, cette hésitation n'a pas lieu dans la prédication instructive. Comme c'est d'après un plan suivi que l'on prêche, chaque dimanche le sujet que l'on doit traiter est indiqué par l'ordre même et la suite des choses. Il n'y a pas à chercher le sujet, il est donné. Autre difficulté de moins, celle des divisions : Dans la prédication instructive, les divisions sont presque toujours déterminées, comme le sujet même, par la nature et la distribution logique des matières; ici encore il n'y a pas ou peu à chercher : au lieu que dans l'autre genre de prédication les divisions sont arbitraires, et de là les tâtonnements, les irrésolutions, les changements, et quelquefois le plus pénible labeur.
Que dirai-je du fond des choses mêmes qui doivent remplir le cadre qu'on s'est tracé? Si vous avez l'esprit lent, pauvre, stérile, vous vous épuiserez à chercher ; vous ne trouvez rien : si vous avez l'esprit riche, vif, fécond, vous voyez tant de choses à dire sur un sujet que vous ne savez que prendre de préférence. Quelquefois, après de nombreuses pages
écrites, vous vous apercevez tout à coup que votre verve vous a égaré : cela ne va pas ; il ftiit recommencer, chercher autre chose.... Jamais rien de semblable, Messieurs, dans la prédication instructive; ici non-seulement le choix et la distribution du sujet, mais les choses même qu'on doit dire ne sont pas à chercher : elles sont là, toutes prêtes, toutes ramassées sous vos yeux, sous votre main, dans les livres catéchistiques ou théologiques, dont vous vous servez pour étudier et préparer vos instructions.
C'est presque comme un professeur de dogme ou de morale dans un séminaire. Il n'a à chercher ni sur quoi il fera sa'classe, ni quelles choses il dira. Il faul qu'il étudie ses matières, qu'il les approfondisse, qu'il s'en pénètre, pour être en état de les expliquer copvenablement; mais il n'a rien à inventer : c'est un enseignement tout fait dont il n'est que l'interprète.
Et le stylc^ Messieurs, combien ne sera-t-il pas plus facile aussi pour le prédicateur qui veut enseigner et non pérorer !
Le style .de Tinstruction offre évidemment bien moins de difficulté que celui de la grande composition oratoire, précisément parce qu'il est simple.
Mais de plus, le style, dans la prédication instructive , est déterminé par les choses mêmes qui sont à dire , choses très-déterminées, très-positives, très-précises.
La plupart du temps, dans la composition oratoire,
ce qu'on appelle difficulté du style est bien plutôt (lifficolté de pensée : vous ne savez comment dire, parc^ que vous ne savez pas bien ce que vous voulez (lire ; vous êtes dans le vague, dans l'indétenniné : à défaut de choses, vous cherchez des phrases, et vous ne trouvez pas les phrases parce que vous n'avez pas les choses, ou vous ne trouvez que des phrases vides : lien (h plus difficile à écrire, Messieurs, que des phrases vides. Dans la prédication instructive, au contraire, le corps, le fond ne manque jamais : la pensée est là nette, claire, déterminée ; on a peu h chercher pour l'exprimer; quelquefois on n'a pas à chercher du tout, car souvent il n'y a pas deux manières de dire certaines choses, il n'y en a qu'une, laquelle jaillit, pour ainsi parler, nécessairement du fond même des choses, surtout quand on parle avec le cœur d'un pasteur, qui voit là des âmes, des âmes qu'il connaît, et qui parle à ces âmes. Voilà, Messieurs, l'avantage des sujets doctrinaux ; c'est qu'ils sont pleins et féconds ; ils sont tout substance , et la pensée y commande, y crée , y suggère elle-même le style.
Enfin, Messieurs, il y a pour un grand nombre de prédicateurs une dernière difficulté , celle de la w^'moire, la peine d'apprendre et de retenir par cœur ce qu'on a écrit, quand on est condamné à tout écrire.
Cette difficulté de la mémoire est extrême; elle va, pour plusieurs, 5 un certain âge, jusqu'à l'impossibilité, surtout quand c'est d'une composition ora-
toire qu'il s'agit , genre dont le style, soigneusement élaboré, ne permet guère d'oublier impunément un mot, une phrase, qu'on ne saura pas sur-le-champ remplacer, et dont l'omission dérangera tout. C'est un supplice que d'apprendre de tels discours ; c'en est un autre de les débiter, exposé que Ton est, à chaque moment, au péril sinon de rester court, au moins de ne savoir plus où l'on en est, et de laisser apercevoir son embarras à l'auditoire.
Ces inconvénients , dans la prédication instructive, n'existent pas: là tout se suit, tout est lié; les pensées s'enchaînent si logiquement, l'une appelle si bien l'autre, que le seul fil des choses guide l'orateur et ne lui permet pas de s'égarer. Le style, plus facile, parce qu'il est plus simple, permet au besoin, en cas d'oubli , l'improvisation : si une expression échappe , on la remplace par une autre, sans détonner, sans qu'il y ait ni hésitation , ni chute. Le seul vrai travail dans ce genre de. prédication, mais travail plein d'intérêt et de profit pour le prédicateur , c'est l'étude du sujet : quand on a bien approfondi, quand on possède bien sa matière, écrire, apprendre, débiter, n'est plus rien, tant on y est aidé et soutenu par le fond des choses.
Je viens de dire : travail plein de profit pour le prédicateur.
Ceci, Messieurs, m'amène à vous signaler un autre précieux avantage de la prédication instrucUve ;
c'est qu'elle n'instruit pas moins le prédicateur que les auditeurs ; pourquoi ? Parce que, pour .prêcher ainsi on est forcé d'étudier. Les banalités, les idées vagues, les lieux communs ne suffisent pas à ce genre de prédication : il y faut la doctrine ; et cette doctrine, pour la mettre dans ses instructions, il faut l'acquérir, la chercher.
Qi;c de choses. Messieurs, dans le dogme, dans la morale, dans l'histoire ecclésiastique, dans la liturgie, que de choses que nous croyons savoir, parce que nous les avons étudiées autrefois , et qu'il nous en reste quelques vagues souvenirs; mais, quand nous voulons écrire ou parler sur ces matières, ah ! nous nous apercevons bientôt que nous ne savions pas, ou que nous savions mal : notre plume s'arrête ; parce que, pour écrire sur un sujet déterminé, comme sont tous les sujets doctrinaux, il faut avoir des idées précises.
Alors force nous est de recourir aux livres, d'étudier, de méditer ; et ainsi à chaque instruction nous apprenons des choses que nous ne savions pas, ou bien nous apprenons mieux celles que nous savions mal : nous passons de l'a peu-près au positif; nous nous faisons sur chaque sujet des idées claires, exactes, complètes ; nous devenons plus instruits.
Et par suite. Messieurs , voyez quelle différence il y aura, après quatre ou cinq années de ministère, entre un prêtre qui n'aura jamais prêché que des
sermons vagues, décousus, sur des sujets détachés, et celui qui, pendant ce même temps, aura fait tout un cours solide et complet de religion , en préparant chacune de ses instructions avec soin? Le premier n'aura rien appris, rien absolument qu'à aligner des phrases ; le second aura repassé toute la grande doc- Irinc chrétienne, et avec attention, avec réflexion, avec une pénétration d'autant plus intime des choses, (pi'il lui fallait absolument les bien comprendre el se les approprier, les faire siennes, les traduire en langage populaire, pour être en état de les bien expliquer à son auditoire.
Vous connaissez ce mot d'un ancien : « La meilleure « manière de devenir savant , c'est d'enseigner. > Enseignez, Messieurs, faites des instructions, soyez des Maîtres de religion, et vous -serez bientôt des prêtres très-instniits , et qui s'instruiront chaque jour davantage.
Que si, dans la préparation d'un premier cours, le travail pouvait un peu vous effrayer, — quoique vraiment il n'y ait rien là de trop pénible, — eh bien! forlifiez-vous , Messieurs, animez-vous à ce nécessaire labeur, en pensant à la merveilleuse facilité que ce premier travail, une fois fait, vous donnera pour toute la suite de votre \ie.
Dans un second, dans un troisième cours, vous n'aurez plus i\\ùx retoucher, à perfectionner, à compléter.
Kt , après dix années seulement de cette prédi-
ation instructive, vous serez tellement pleins de ioctrine, et si bien rompus à l'enseignement , que la larole , et la plus solide , la plus magistrale, ne vous oûtera plus aucune peine, ni dans les Catéchismes, li dans la Chaire : Modicum laboravi , pourrez-vous lire alors : et invmi mihi multam requiem.
Je ne veux pas achever, Messieurs, ce sujet de la )rédication instructive, sans vous faire part encore Tune importante observation concernant les églises 3Ù il y a, le dimanche, une messe basse, outre la grand'messe de paroisse. Si on ne joint pas à la première messe un peu de parole de Dieu, les habitués de cette messe passeront toute l'année, et peut-être leur vie entière sans aucune instruction religieuse. C'est un inconvénient énorme! Je ne voudrais pas demander pour la messe du matin une prédication aussi étendue qu'à la grand'messe, mais il y faudrait au moins une petite instruction, courte, substantielle et faite aussi d'après un plan suivi, en sorte que les personnes qui assistent à cette messe pussent y apprendre tout ce qu'il est nécessaire de croire et de pratiquer pour parvenir au salut.
J'en dis autant, et pour la même raison, des messes célébrées dans les églises où il n'y a pas de titulaire, et qui sont desservies par un curé voisin. Et de même, aussi , des messes qui sont dites dans les chapelles privées.
Il faut toujours à ces messes un peu d'instruction; autrement, il y aura là des gens qui n'entendront jamais la Parole de Dieu! Pour ne pas trop chaîner le prêtre qui doit prêcher à la messe paroissiale, j'admettrais absolument dans les circonstances ci-dessus un^ simple lecture, mais à ces trois conditions : 1* Qu^ cette lecture fût tirée d'un livre instructif très-solide^ contenant l'ensemble de l'enseignement religieux, telque la doctrine chrétienne de Lhomond, le catéchisme du diocèse, etc. ; 2*» qu'elle fût faite lente— ment, à haute et intelligible voix, et d'un ton propre à exciter l'attention et à faire impression sur le^ âmes; S"" que le prêtre ajoutât, quand il y a lieu ^ quelques paix)les d'explication ou d'exhortation.
En un mot, souvenons-nous. Messieurs, que ce n est pas tout pour un chrétien d'entendre la messe, mais qu'outre ce devoir, il y en a un autre , qui est non-seulemeut de droit ecclésiastique, mais de droit naturel et divin, celui de s'instruire de sardîgion; et c'est à raccomplissemeut de ce grand devoir que nous, Pasteurs des âmes, devons aider les fidèles eu toutes manières.