‹ Entretiens sur la prédication populaireChapitre 4 sur 157 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

U MilLB PUTfBâU MIT ÉTBE OIB PAROLE APOLOGiTIQOB.

•^ififm^^'

Chaque siècle, Messieurs, a ses nécessités et ses périls, n fut un temps , dans l'Église , où la parole pastorale n'avait guère d'autre devoir à remplir que le devoir d'instruire et d'exhorter. Aujourd'hui, il faut autre chose; il ne s'agit pas seulement de nourrir et de conserver les âmes ; il faut les conquérir, les défendre , et pour cela il est de toute nécessité que la parole pastorale soit aussi apologétique.

Et j'ajoute que, dans un temps comme le nôtre, où l'impiété et les préjugés anti-religieux ont envahi toutes les classes de la société et jusqu'au peuple des campagnes , l'apologétique est un indispensable auxiliaire pour l'enseignement de la Religion, même dans les villages , et que nul de vous ne peut négliger cet important point de vue, dans ses instructions à son peuple.

Depuis longtemps, en Europe, en France surtout, l'indépendance de l'esprit humain, qui ne le sait ?

s'est exaltée, et le joug de la foi et des antiqu^i croyances a été rejeté par une foule d'hommes. Im protestantisme â commencé l'œuvre d'incrédulité ^ le philosophisme impie du xviiie siècle l'a continuée ^ notre siècle l'a vu renaître , depuis quelques années surtout , avec une recrudescence nouvelle , et aus vieilles objections, plus ou moins flottantes dans les esprits, ont succédé des attaques toutes modernes, et plus radicales que jamais. Le protestantisme attaquait surtout l'Église, le voltairianisme attaquai! surtout le christianisme; aujourd'hui, on attaque tout, et les dogmes surnaturels, et les vérités ration nelles; on attaque toute philosophie, conune tout< religion; toute raison, comme toute foi.

Et ce qui rend plus formidables aujourd'hui qu< jamais toutes ces attaques de l'irréligion, ce sont le terribles moyens de propagande dont elle dispos si impunément, et qui lui permettent de pénétra de se faire entendre partout, d'agir sur la jeuness chaque jour avec une opiniâtreté sans relâche, d l'enlacer de toutes parts , et d'atteindre auss jusqu'aux dernières couches populaires.

Il est un fait capital , dont on n'a pas été asse trappe , parce qu'il résulte de faits isolés et successifs mais il importe de le constater, afin de se rendre bie compte de la situation où nous sommes et de voir o nous marchons. Pour des motifs que je ne veui, r ne dois discuter ici , depuis dix ans , de nombreu

jovirnaux qui défendaient la religion ont été supprimés en France, dans nos diverses provinces. Et tous cavix, très-nombreux, qui ont été fondés depuis ce temps , tous , à part quelques rares exceptions, sont hatvitement des journaux anti-catholiques. De telle sor-te qu'en fait , aujourd'hui, dans l'état actuel de la presse, la religion et l'impiété sont en présence 6t en lutte dans les positions que voici : quelques défenseurs isolés sont çà et là sur la brèche , sans q^'on leur permette de recruter aucun auxiliaire; tandis que la grande masse des journaux et des revues attaque, avec un concert et une audace qui v^nt toujours croissant, non-seulement le Pape, ïï^ïûs Jésus-Christ, l'Évangile, l'Eglise tout entière, s^s Ordres religieux , son Clergé , tout son Enseignement; avec les calomnies les plus odieuses, les phis perfides, et cela partout, chaque jour, tous les ''^tins , dans tous les ateliers , les restaurants , les ^^Ifes, les cabarets , les gares de chemins de fer. ^^ il &at ajouter que certains journaux attaquent, *^<^ti pas seulement le Christianisme, mais toute religion et Dieu même. Les vieux systèmes de maté-

^^lîsme et d'athéisme, qu'on pouvait croire morts,

^^vivent et ont leurs organes dans la presse con-

^^poraine, et même dans certains journaux qui,

^ïUme le Journal des Débats^ par exemple, se pré-

^tideat conservateurs. La Revue des Denoo-Mondes,

^^i une justice qu'il faut lui rendre , s'est fait ici,

depuis quelques années surtout, un rôle à part. Je a sais s'il est un seul de ses numéros qui ne conlienu» une attaque, voilée ou violente , mais toujours pro — fonde et perfide, contre la religion, et si les docteurs^ du panthéisme et du matérialisme ont une tribun( qui leur soit plus facilement ouverte, pour les aider à pénétrer là où ni leurs personnes ni leurs doctrine^^ ne parviendraient à s'introduire : cela, toutefois, j( le reconnais, avec un mélange singulièrement fail pour tromper les dupes, d'articles agréables et de boi ton.

Telle est à peu près la situation de la presses, périodique dans notre pays.

Et tandis que, pour la partie lettrée et cultivée d^ la société les mauvaises doctrines circulent, sou^ toutes les formes, par les livres, par les revues savantes, et produisent d'incalculables ravages dans les esprits , elles passent , de ces livres , de ces revues » dans d'innombrables publications de tous genres ^^ de tous formats, journaux, chansons populaires» romans à quatre sous, composés et colportés expr^ pour le peuple (1); et c'est là, Messieurs, que

(1) Un rapport officiel de la Commission de colportage ^ Ministre de l'Intérieur, constatait expressément que « sur --'^•^

millions de livres vendus au public des villes, villages et camp^'^ gnes, par la voie du colportage, les huit neuvièmes de ces livr^ c'est-à-dire huit uillions, étaient, avant 1863, plus oa moi des livres immoraux. »

L\ PAROLE APOLOGÉTIOIE. 99

pa Vivres paroissiens, si vous n'y veillez, vont boire à longs traits le poison. Et il ne manque pas d'ailleurs, vouas le savez, dans les petites villes, et quelquefois dans les bourgs , de ces cabinets dits de lecture, où Ton trovive à bon marché les plus immoraux comme les plvis irréligieux écrits; et presque partout aussi se rerx contrent aujourd'hui de ces philosophes de cabaret, q^^î endoctrinent autour d'eux les simples, et savent l^vxr traduire, dans un langage trop bien entendu, les ^i*g^ments de l'impiété savante.

^e croyez pas , Messieurs , que j'exagère , lorsque r^Cïîrrae qu'en ce moment, à l'heure où j'écris ces 'iSnes , une nouvelle et grande conspiration est à l'oBuvre contre le Christianisme : rappelez-vous les doctrines dénoncées par moi il y a deux ans dans ïï^on Avertissement aux pères de famille; et il me suffirait d'ailleurs de placer sous vos yeux une simple liste d'ouvrages de philosophie, de littérature ^t de science édités récemment à Paris, et de vous d^naander si un tel concours de publications, dirigées ^c^ïitre le Christianisme , et contre les fondements '^êmes de toute religion et de toute croyance, ne ^^vèle pas un immense travail de démolition, et une ^ïijuration profonde de l'impiété contemporaine, 'iv^ant à moi, c'est là à mes yeux un des signes les P^vxs alarmants de ce temps.

Car, veuillez-le bien remarquer, ce ne sont pas ^vielques erreurs partielles qu'on proj)age ainsi, mais

un tel ensemble d'erreurs, et d'erreurs si capital et subversives à tel point de toute foi, de toi raison, et de toute morale, qu'une nation, je ne crai pas de l'affirmer, chez laquelle de telles doctrines de telles mœurs prévaudraient, deviendrait cinquante ans un peuple effroyable.

Que pourrait-il, en effet, après seulement tr générations, rester encore de raison, de bon se public, de dignité, de vie honnête, de civilisati véritable, chez un peuple à qui l'on aurait persua que l'homme n'a pas d'autre Dieu à adorer que h môme, pas d'autre âme à ennoblir qu'un cerveau pi ou moins semblable à la cervelle des brutes, p d'autre religion que celle dont ses caprices lui do nent la fantaisie, pas d'autre distinction entre bien et le mal que celle qu'il lui plaît d'imagini pas d'autre vie future que le souvenir de la pc térité , pas d'autre providence enfin que la nécess; de lois fatales, avec je ne sais quelle liberté humai réduite à n'être pas autre chose que l'alternative d mouvements contraires et prépondérants de Tactiv] cérébrale ?

Or, voilà ce qu'on enseigne aujourd'hui, Messieui voilà les indignités qu'une prétendue philosopl: caresse et propage avec une impudence toujou croissante , que les organes les plus accrédités de presse accueillent et célèbrent, et qu'une jeunes légère et trompée applaudit. Et voilà ce qui, par tout

les voies de la propagande en usage aujourd'hui, descend dans le peuple, et jusque dans les villages, et porte à la foi des populations honnêtes et à la Pï'ohité de leurs mœurs, des coups qui peu à peu dél'â.oînent et renversent tout.

Voyez, Messieurs, ce qui vient de se passer en "^Igique, à Liège, au moment même où je songeais *^ vous offrir ces conseils. L'impiété elle-même en ^ été effrayée, celle du moins qui met d'ordinaire plus d'habileté dans ses attaques. Quelle explosion Gfïroyable de matérialisme, d'athéisme et de démagogie sanguinaire ! Quelle guerre audacieuse déclarée , non seulement au Christianisme , mais à l'âme, ^ I>ieu, à l'ordre public, à la société tout entière ! Car ces jeunes gens, dans leur exaltation et dans l^ur franchise, ont tout dit, et les conséquences que les habiles n'avouent pas, ils les ont tirées hau- ^^ment, et se montrent décidés, dans l'occasion, à les f9.ire passer résolument dans les faits. Tout ce qui s'est dit là sans doute est monstreux, et les abonnés du Siècle eux-mêmes s'en sont émus. Mais, je le demande, d'où venaient les doctrines qui ont fait explosion là? Il est impossible de ne pas se poser cette gestion. Qui donc a formé ces jeunes gens? Quels ^ut été leurs maîtres? leurs écoles? leurs collèges? Quels livres, quels journaux , quelles revues Hsent- ^l^? Qui leur a servi chaque jour une telle pâture? ^^i nous les a préparés pour les catastrosphe s

politiques à venir? Dans dix ans, peut-être, hommes-là gouverneront. Le congrès de Liège ^ révélé les Saint-Just, les Hébert, les Chaumette, les- Carrier futurs d'une nouvelle révolution démocratique et sociale. Les hommes les plus eflroyables 93 n'étaient pas autre chose que de jeunes hommes, disciples pratiques de l'athéisme et du matérialisme^^ -ie le plus abject, arrivés aux affaires, et donnant avec:» îC l'ardeur et la fureur de leur âge et de leurs passions,^ ^, les fruits naturels de leurs doctrines et de leur cor — ruption (1).

Non , je n'avais pas tort de pousser un cri d'alarme et d'avertir les pères de famille. Mais je le dirai d^ e nouveau aux hommes politiques qui attaquent s — >j aveuglément la Papauté : Vous croyez qu'on fev^^t impunément porter la main sur la plus haute autoritz^e religieuse et morale qui soit dans le monde , qu'o *i peut sans péril renverser cette barrière? Ehbier^, vous vous trompez! vous êtes bien coupables; roSLJ-s vous êtes aussi étrangement aveugles. Savez-vous

(1) 11 est remarquable que la plupart des grands scélér^

révolutionnaires étaient de tout jeunes homines. Quand Sainl-J*^

arriva à la Convention, dont il ne tarda pas à devenir présid^^^

il avait à peine 24 ans. Robespierre n'en avait que 30, quantï-

arriva à la Constituante, et il non avait que 35, quand il rao^^

# e sur l'échafaud. Danton était du môiae âge. Tallien avait un an ^-"^

moins que Sainl-Just. Voilà les hommes sous lesquels la Frar^*"^

trembla si longtemps, et qui firent tomber tant de têtes.

Et on dit des jeunes gens de Liège : Ce sont des enfants!

que VOUS faites? Je vais vous le dire : Vous ouvrez uae éckise, par où se précipitera le flot chaque jour montant de l'impiété démagogique, et, sachez-le bien, vous ne le détournerez pas de vous-mêmes, et il vous emportera à votre tour, vous et votre race , vous et cette génération dont on peut dire, sans être prophète , que si on continue à la pervertir comme on Je fait et le laisse faire : Non prœteribit generatio ^^^c, d<>nec omnia fiant.

Toutes les erreurs se tiennent. Lorsque les hautes classes de la société et la jeunesse française lisaient d'Holbach et Diderot, on pouvait prévoir que le t^ètre Duchesne serait bientôt crié et célébré dans 'es rues, et que lui et ses pareils ne tarderaient pas à 'enir dans leurs mains les destinées de la France et du monde. L'athéisme des lettrés et des riches appelle l'athéisme du peuple, et vous savez comment ' Un traduit l'autre, en quel style, et en quels actes, ^'est en un style auquel on ne peut pas du moins ^^p rocher, comme à celui de quelques prétendus phi- *^^ophes, de manquer de clarté : « Quand on est ^Ort, tout est mort, d — « Il n'y a pas d'autre Dieu ^ que le soleil. » — « J'ai ma religion à moi. » — ^ lia religion a fait son temps. 3> — « Les prêtres et ^ les rois sont des tyrans. 3> — « La propriété c'est ^ le vol, > etc. — Et les actes sont bientôt d'accord ^"^ec le style. Cela doit être. Les grandes erreurs sont inévitablement la semence des grands vices, et notre

âme est le terrain toujours prêt, qui propage et mu tiplie le mal. Ceux, dans vos paroisses, dans nos can pagnes, qui désertent l'Église et toute croyance, q\ ne savent plus les commandements de Dieu, ceuxont beau vous dire, dans le même grossier langage « Je n'ai pas besoin d'aller à confesse , je n'ai ni tu ni volé : » bientôt il s'en rencontrera parmi eux q^ voleront et tueront. Les négations dogmatiques coi duisent bientôt aux négations morales : l'erreur ra fmée sur les lois morales ne tarde pas à colorer tromperie sur la qualité de la chose vendue, et à jusl fier toutes les fraudes, tous les mensonges intéressé Qui ne sait où tout cela en est aujourd'hui? Et pu bientôt, une nWolution étant donnée, vous sav( jusqu'où vont les violences meurtrières de la cup dite.

Ah! combien notre nature est corrompue! Il a six mille ans que l'homme est sur la terre. Il y dix-huit cents ans que l'Évangile est prêché. Die l'àme, le ciel, devraient être des vérités acquise incontestées, le pain quotidien, le premier trésor < tous les hommes. Nullement! Que deux ou trc funestes esprits viennent contester ces vérités pr mières à la face de notre vieille société , et aussit notre vieille société, sans s'inquiéter un momen sans se demander où ces docteurs d'impiété la mi neut, continue avec insouciance ses affaires et s plaisirs, et, ce qui est plus triste , elle réserve à c

doutes impies rattention, et quelquefois la faveur, la célébrité qu'elle refuse si souvent à ceux qui ne lui parlent que le langage du bon sens, de la vertu et du respect !

Toujours las de la vérité ancienne, jamais attristé de l'erreur nouvelle, et ne prévoyant jamais les abîmes où il court, voilà l'homme depuis qu'il a été corrompu et dégradé par le péché! Et il lui faut des coups de tonnerre, et quelquefois un siècle entier do douleurs effroyables , pour lui faire retrouver le l>on sens et l'honnêteté perdue!

Et ce que je dis ici, Messieurs, n'est pas pour

ï^audire le temps où nous vivons, mais seulement

Po\ir constater l'état des choses et des esprits, les

périls de l'avenir, et en déduire nos devoirs. Vous

Comprendriez bien peu l'esprit qui m'anime, si, à

*^ vue de ces dangers auxquels sont exposés vos

P^Xiples et les âmes, vous tombiez dans l'un ou

* filtre de ces extrêmes : les anathèmes au temps

ï^'^^sent, ou les inerties et le silence du découragement.

^ Oiir moi, j'ai horreur de ces deux excès, que j ap-

ï^^lle deux variétés de la paresse.

Quand on a gémi sur son temps, on croit avoir

^^sez fait, et on se tire de tout avec des hélas! et

^^s sanglots. Non, Messieurs ! Il faut lutter, il faut

^gir, il faut profiter de toutes les ressources qui nous

^^stent. Car il nous en reste, et de grandes.

Ah ! sans doute notre siècle a ses misères et ses

106 Là parole pastorale.

périls ; mais il a aussi ses vertus et ses puissance pour le bien.

Il y a , aujourd'hui surtout , en France, vers bien , à rencontre des progrès du mal , des progr immenses , qui frappent tous les yeux, des dispos tiens excellentes pour les meilleures choses, une f condité admirable d'œuvres , et de surprenants r tours vers les vérités et les vertus chrétiennes; e il faut bien le reconnaître, c'est là même ce qui fii frémir et rugir l'impiété. Mais il n'en est pas moit vrai, que tout ce qui se fait avec courage, suite i sincérité, réussit. Non, n'accusons pas notre temps mais travaillons courageusement, au prix de tous le dévouements, en dépit de tous les efforts contraires travaillons à l'améliorer en nous améliorant nous mômes. Ne maudissons pas ceux que nous de von sauver. Est-ce à nous, chargés de rendre l'honun meilleur, à nous plaindre toujours qu'il est mau vais? Ses maux à guérir, ses défaillances à relever ses périls à conjurer, ne sont-ils pas l'honneur et l raison même de notre ministère, que dis-je, le bu même de l'Église?

Et d'ailleurs , est-ce qu'il n'en a pas toujours éh ainsi plus ou moins ? Est-ce que le bien et le ma n'ont pas toujours été en lutte et en lutte ardenb sur la terre? Est-ce (}ue le bien n'y a pas souven semblé vaincu? Pour moi, quand je regarde chaqw siècle attentivement, d'un bout jusqu'à l'autre e

jusqu'au fond, chaque siècle m'apparaît avec son fai^cdeau, ses malheurs et ses labeurs; et si Dieu in'^avait laissé le choix, en vérité je ne sais si j'oserais me charger de choisir le temps où j'eusse mieux aimé vivre.

tiaissons donc là les retours sur le passé, qui ne le font pas renaître , et les anathèmes au présent , ^\x\ no le font pas changer. Mais ne nous endormons pa.s sur les malheurs et les dangers qui menacent c^iax que nous devons sauver.

El ne nous endormons pas non plus dans ces ^î^ines prophéties qui nous promettent des paix huïïi aines, des prospérités temporelles, des temps nou- ^^aux, où tout nous sourira, où, toutes les erreurs et ^^xts les vices étant vaincus, les chrétiens n'auront P*Vàs qu'à fleurir en ce monde. Le grand évêque Hippone nous demande : Numquid christianus factus ^'^3 ut in seculo isto floreres? Non, ne nous payons Pas de si vains prétextes, et ne nourrissons pas nos ^Q:>ursdeces molles espérances.

^ais ne réfugions pas non plus notre découragement ^^ notre paresse dans ces abattements ridicules qui *oxil rêver la fm du monde à ceux qui ne devraient ^^nger qu'à le convertir. Il n'y a, il n'y aura jamais ^ï^'une chose à faire ici-bas, comme le disait saint *^^ul: c'est d'être courageux et de vaincre le mal par *^ bien : Vince in bono mahim.

Donc, Messieurs, veillez et priez : Vigilale et orale:

c'est l'avertissement, c'est le cri du Seigneur ! N^ croyez pas que l'existence de l'Église suffise, p plus que celle du soleil, à chasser toutes les ténèbres. Il a plu à Dieu de nous obliger au travail : e s'il nous a faits prêtres, c'est afin que nous travaillions sans cesse, pour rallumer dans les âmes le flambeau qui s'éteint, pour déraciner chaque jour, sans nous lasser jamais, l'erreur qui renaît.

L'erreur renaît et se multiplie; que l'apologétique renaisse et se multiplie de même; qu'elle prenne toutes les formes que prend l'attaque; que la défense soit partout où pénètre l'ennemi. Il faut aujourd'hui que le clergé écrive et parle; qu'il écrive, qu il publie de bons livres, livres savants ou populaires ; qu'il ne soit pas en dehors des efforts que font en France à l'heure qu'il est tant de laïques occupés à combattre la propagande impie par la propagande religieuse; qu'il seconde de tous ses efforts et de toute son influence cette lutte par la presse; qu'il écrive, et aussi qu'il parle ; et qu'il ne fasse pas seulement pour les âmes pieuses des discours d'édification, mais qu'il ait encore, et constamment, une préoccupation , une intention apologétique ; et qu'il parle non-seulement dans ses chaires , où ceux qui ont le plus besoin dVntendre sa parole ne viennent pas Tenlendre, mais qu'il fosse ser\'ir la parole privée, non moins que la parole publique, à la défense de la Religion. Non pas , Messieurs , qu'il faille

LA PAROLE APOLOGLTIQUE. 109

instituer vainement des discussions religieuses, qui, quisnd elles ont la forme directe de discussions, se pei^dent dans l'air et n'aboutissent presque jamais : non; mais il est incontestable qu'un prêtre, qu'un ciax-é, très-solidement instruit des preuves de la Religion, et très au courant aussi des objections vulgaires répandues autour de lui contre elle, peut, par les relations sociales et dans les conversations, directement ou indirectement, par des mots jetés en passant, ou même, quand cela est possible et opportun, P^r des thèses rapidement établies , ou des réfutations P^remptoires, atteindre ceux qu'il n'atteindrait jamais ^'^ chaire, dissiper un préjugé, éclaircir une difficulté, résoudre un doute, enlever un obstacle , et préparer *^s Voies à une illumination totale et à un retour ; "^^s en tout cas, qu'il n'oublie pas, dans ses diseurs en chaire, le devoir où il est d'éclairer ses ^^diteurs, de les ramener à la foi, s'il le faut, et '^Hjours de les y affermir. Mais ce qu'il faut pour ^^'^ > je ne saurais trop le répéter, c'est, outre la ^^'ence solide et positive, actuelle, si je puis dire ^^'^^i, et pratique pour ceux avec qui on vit, c'est ^ que j'ai défini tout à l'heure par des mots qui ^^Uclent bien ma pensée, la préoccupation, l'intention ^* l'auention apologétiques.

Ah! Messieurs, vous vous plaignez souvent de ^ apparente stérilité de votre vie, de la longueur de ^os journées. Seuls dans vos presbytères , vous atten-

dez tristement qu'on vienne à vous, comme le batelier attend, assis sur le rivage, en voyant couler l'eau, qu'un passant vienne monter dans sa barque. Eh bien! je vous propose une occupation plus digne de vous, ou plutôt c'est Jésus-Christ lui même qui vous appelle et qui vous dit : « N'attendez pas ; levez-vous et mar— « chez : les âmes ne viennent pas à vous ; allez S « elles : Ite ad ovcs quce perierimt /. . . i> Qu'arrive-t-i au contraire? Vous les attendez , et elles vous attendent Les siècles s'écouleraient ainsi entre vous,,

sans rapprochement ni rencontre. C'est à vous à vous lever les premiers, et à faire les pas nécessaires : Ite ad oves,.. Exitc... Sortez de votre repos, de votre demeure, du coin de votre feu. Allez, pcr vias et sepes... Ite, docete.,. Ecce ego mitto vos... Je ne vois pas une parole de Jésus-Christ qui ne nous commande l'action, l'action vive, l'initiative dévouée. Si les âmes qui vous entourent sont d'abord rebelles y. prenez patience et travaillez toujours : pensez k l'Église universelle, pensez à toutes les âmes , travaillez pour elles; tenez-vous au courant des erreurs qa' les menacent; priez, étudiez tous; écrivez, si vouser avez le talent; apprenez au moins, si vous n'écrive; pas, apprenez de plus en plus à défendre la foi pa la parole , à en multiplier les preuves , à en fair voir les beautés. Quand vos études solitaires ne devraient être utiles qu à une seule ùme, — et savezvous si un jour, cette àme, vous ne la rencon-

Irerez pas? — est-ce que votre peine serait perdue?

Ah ! si l'on menace un de nos droits, une de nos

prétentions, un de nos usages, comme nous sommes

éloquents , animés et actifs ! Mais voici qu'on menace

Tune de nos grandes vérités ; on démolit nos dogmes,

on donne des coups de hache à la croix du Sauveur :

on nie Dieu, Tâme, la vie future. Serons-nous moins

émus, moins empressés, moins agissants ?

Une chose m'a souvent frappé, Messieurs : nous

sommes cinquante mille prêtres, avec cent évoques,

et trois mille professeurs ; nous n'avons ni famille

qu.î nous gêne, ni ambition qui nous occupe. Eh

bien ! avec une telle armée, laisserons-nous la victoire

^ l'incréduhté et au mensonge? De notre temps, un

pauvre prêtre du diocèse de Belley, M. Gorini, simple

curé de campagne, a vengé l'Eglise dans l'histoire.

Pourquoi n'y a-t-il pas un abbé Gorini dans chaque

diocèse ? Saint Vincent de Paul était aussi un curé

de campagne. Ah ! si nous avions seulement deux

^^ trois Vincent de Paul, deux ou trois François de

^^es, un ou deux Charies Borromée , la victoire ne

^^t pas longtemps indécise. On se moque de nous ;

^s on ne se moque pas des Saints , des Saints qui

^^^illent, prient et se dévouent pour leurs frères.

Sainte Thérèse disait autrefois : « L'Église souffre :

* ïïies filles, à la prière, à la prière! » Et moi je vous *^s : c Messieurs, l'Église souffre; à la prière et

* ^ l'étude ! à la prière et au travail 1 » Vous êtes

jeunes et vous avez du temps : travaillez, travailla. Plusieurs d'entre vous l'ont déjà fait utilement, trèsutilement et très-courageusement. Mais il est mani- l 'ç feste que nous ne sommes pas assez nombreux , je mm ne dis pas sous la tente et au camp, mais dans la I^M lutte et en face de l'ennemi. Il y en a qu'on laisse 1*^ s'épuiser à lutter seuls; mais on se lasse à porter ses r^ forces défaillantes sur toutes les brèches à la fois. Si nous nous partagions le travail, après l'avaiï bien défini, réglé et accepté, que d'utiles étud£^^ et de résultats féconds! quelle sève, quelle vie! quelle puissance pour le bien! Non, nous n'avons pas uiB-^ idée suffisante de nos forces, et nous n'en faisoim ^ pas un suffisant usage.

Je vous en conjure , Messieurs, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, et par l'amour que vous porte aux âmes , appliquez-vous avec une ardeur nouvelle^^ à l'étude et à la prédication. Appliquez-vous à ins — truire solidement, à éclairer à fond les peuples confiés à vos soins. Faites des cours d'instructiou suivis et bien ordonnés. Ne vous contentez pas d'enseigner les formules générales et sèches des dogmes ; il faut le fond el le détail. Cela seul intéresse et instruit. J'ai par moi-même l'expérience certaine que les enfants et les paysans sont capables d'une forte et so!ide instruction religieuse. Seulement, il y faut du zèle, et il faut savoir s'y prendre. Voyez l'Évangile. N'est-ce pas la révélation des plus hautes vérités dans la sim-

plicité et la clarté la plus pénétrante ? Éclairez donc ^t affermissez la foi des peuples. Faites-leur connaître ^es fondements de la religion. Exposez-leur, en les tnettant bien à leur portée, les preuves de l'existence de Dieu, de la spiritualité, de la liberté de Fâme, de la vie future , la belle et grande histoire de la révélation mosaïque et chrétienne , la divinité de Jésus- ^iirist, l'institution divine de l'Église. Montrez l'enchaînement des vérités entre elles, leurs convenances, feiir harmonie , et combien, sans contredire l'esprit humain, elles s'accordent, en le surpassant, avec '^s plus saines et les plus pures données d'une raison fei^me et élevée.

J'insiste sur ce dernier point. Il est évident que G ^sl à nous aujourd'hui à défendre non-seulement 1^ foi, mais la saine raison contre des attaques insens^^s. Pour peu que ce que nous voyons dure, le ^Oment viendra bientôt où notre mission, la mission ^^ clergé, des évoques, des prêtres, dans le monde, °^ sera plus seulement d'y maintenir et d'y propager '^ foi ; mais d'y conserver le bon sens.

I^ersuadez-vous donc bien. Messieurs, que l'en- ^içnement religieux, qui fut de tout temps le premier '^^^oin des peuples, est devenu plus indispensable ^^jourd'hui que jamais, à cause de l'invasion inces- ^^^te de l'erreur et des périls croissants de la foi. ^t. persuadez-vous bien aussi que cet enseignement ^^ la religion, il ne saurait être donné par des prônes

seulement, des sermons plus ou moins vagues, i des sujets mêlés et sans suite : il faut nècessaireiûc si on veut atteindre le grand but et acccnnplir le grs précepte du Maître, docete, il faut des Cours cf t tmctions proprement dites, des Cours qui se suivi et se développent de manière à former un ensem et un tout complet. Et la préparation de ces instn tions suivies, voilà, Messieurs, ce qui suffirait, d vos presbytères, à occuper votre temps, avec un p fond intérêt pour vous-mêmes, et une véritable uti pour vos paroissiens : et c'est dans ces instructi< suivies que vous placerez le plus natundlement ei plus utilement la Parole apologétique.

Sans cela, on parle et on prêche en l'air, aet verbcrans ; mais on n'enseigne pas , on ne défi point la foi. Chose étrange, et sur laquelle je ne p me lasser de revenir! 11 n'y a pas parmi nous cours de religion, sinon pour les seuls enfants, d les catéchismes ! Et comme les hommes et les grani personnes ne peuvent pas être ramenés au ca chisme, il s'ensuit qu'ils n'ont à la lettre aucun mo] public et régulièrement institué, pour s'instruin fond de la religion. C'est là, évidemment, Messiei une lacune qu'il faut se préparer à remplir.

Préparons-nous donc, veillons, travaillons de to manière et agissons. L'erreur est armée : armons vérité, mais comme il lui convient d'être armée, ] le savoir, la justice, la charité, la lumière , le 2

sincère et ardent. Comme le disait saint Paul : Induamur arma lucis; revêtons-nous des armes de lumière, puiscpie nous sommes les fils de la lumière, Filii lucis. N'obligeons plus Notre-Seigneur à nous reprocher que les enfants de ténèbres sont plus prudents et plus habiles dans leurs efforts pour le mal que les enfants de lumière dans leur zèle pour le bien : Filii tenebrarum prudentiores filiis lucis sunt. Soyons plus studieux , plus instruits dans la vérité que les professeurs d'impiété ne le sont dans le mensonge ; soyons plus zélés, plus dévoués que les plus infatigables propagateurs d'erreur : que leur zèle, au besoin, soit le modèle du nôtre, et leur haine pour l'Église la mesure de notre amour. Oui, devenons tous plus forts, plus éclairés, plus habiles, plus éloquents, en continuant surtout à être exemplaires. Notre exemple sera toujours le meilleur des livres à l'appui de notre doctrine. Mais l'exemple ne suffit pas ; et la lutte savante pour la vérité , dans Pardeur de la charité et des vertus, ne doit jamais oesser. L'Église doit refaire, par nous, contre d'éternelles attaques, son éternelle apologie.

116 Lk PAROLE PÂSTORilLE.

C'est cette nécessité d'une prédication apologétic qui après 1830, comme au commencement de siècle, a fait instituer, à Paris, au centre même tout ce mouvement contemporain d'incrédulité, conférences de Notre-Dame, et relever la chaire M. Frayssinous, par le P. Lacordaire et le P. Ravignan. Avec quel éclat, vous le savez. Pend de longues années , — meilleures que celles où m sommes , car du moins alors , si nous étions attaqi nous étions libres pour la défense, non-seulem en Chaire, mais dans la presse, à la tribune partout, — pendant de longues années, on enter tour à tour ces deux grandes voix défendre, avec i éloquence diverse, mais également souveraine, divinité du christianisme; l'un avec l'originali l'élan, la flamme, l'ardeur , la pénétration et l'élévat d'un esprit merveilleusement fait pour les luttes la pensée; l'autre avec une gravité, une séréni une noblesse, une autorité, tout à fait dignes de divine religion dont il était l'interprète.

Il faut cependant le reconnaître, les nécessi particulières et tout exceptionnelles de l'auditoire Notre-Dame ont imposé à ces conférences un car tère à part, et sur lequel il ne conviendrait pas se régler généralement. Et d'ailleurs le talent

original des deux célèbres conférenciers que j'ai nommés, de l'un surtout, ne peut pas être un modèle pour la prédication ordinaire. Plusieurs jeunes prêtres se sont jetés dans un genre absolument faux en cherchant à imiter le P. Lacordaire : ce serait Je cas de rappeler ici ce mot d'un poète :

Pindarum quisquis studet œmulari.,.

Ceratis ope Dœdaleâ Nititur pennis, vitreo daturus Nomina Ponto.

On a dû, à Notre-Dame de Paris, se tenir long- *"^mps en dehors de la grande exposition catholique ^u dogme, et défendre pour ainsi dire les avenues menacées du temple : aujourd'hui il serait temps d'ouvrir *^ sanctuaire, et d'en révéler les trésors cachés, et ^'aborder , en eux-mêmes , ces grands dogmes chrétiens, que les Pères autrefois exposaient avec tant cJe splendeur : l'Incarnation, la Rédemption, le Sacrifice, les Sacrements. Le conférencier qui osera Venlreprendre, et qui sera tout à la fois assez théologien, assez philosophe et assez orateur pour développer, comme elles le doivent être, les magnificences de nos croyances, en recueillera, on peut Vespérer et le prédire, l'honneur et les fruits les plus consolants.

Mais quoi qu'il en soit du genre exceptionnel, et particulièrement philosophique qui convient à

Notre-Dame de Paiîs , ma pensée est qu'une chaire, spécialement apologétique , serait nécessaire aujourd'hui dans chacune de nos grandes villes. Je l'ai cru nécessaire pour ma part à Orléans, et voilà pourquoi, il y a quelques années, j'avais commencé des conférences apologétiques, qui ont été suivies nonseulement par les hommes que le malheur des temps avait éloignés de la religion, mais par les chrétiens eux-mêmes , qui étaient charmés d'entendre ^ Messieurs, rendre raison de leurs croyances. Notr^ devoir, en effet, c'est de chercher à rappeler la fo» ^ dans les uns, et de la fortifier dans les autres - Obligé plus tard d'interrompre ces conférences -« et empêché de les reprendre, je les ai confiées J* d'autres, et les ai instituées d'une manière permanentes et régulière à Orléans. Là où cela pourrait être imité,. Messieurs, je crois qu'on répondrait au premier besoin d'un nombre , hélas ! chaque jour croissant, d'hommes plus ou moins profondément atteints par l'incrédulité ou le doute.

Mais dans la plupart de vos paroisses, où un cours spécial d'instruction apologétique serait difficile ou même impossible, c'est à la prédication ordinaire que l'apologétique doit être mêlée; et ce doit être là une de vos grandes préoccupations quand vous prêchez : démontrer nos dogmes en les exposant, combattre les objections répandues, redonner aux uns la foi, la défendre et la protéger chez les autres.

lais de quelle manière procéder ici, et quelle doit tre dans un auditoire ordinaire de paroisse la ^arole apologétique? Je me bornerai à quelques ionseils très-précis et très-simples.

4» D'abord, Messieurs, une remarque importante . qu'il ne faut pas oublier, c'est que l'apologie, pour re efficace, n'a pas besoin d'être présentée sous la rme directement apologétique : la meilleure apo- Si6 est celle qui ressort du fond même des choses,

qui démontre les vérités divines par elles-mêmes, Mnme dit l'Ecriture : Judicia Domini vera, jmtificata

semetipsa.

La plupart des difficultés qui se forment dans s esprits contre la religion, viennent de ce qu'on -xitend mal, et de ce qu'on lui prête des enseignements qui ne sont pas les siens. La simple exposition

- la doctrine, quand elle est bien faite, suffit >ur faire tomber une bonne partie des difficultés qui ■^barrassent les ignorants. Après avoir bien exposé ' dogme, il n'y aura souvent qu'à faire remarquer ^^bien ce dogme, pris dans son vrai sens, esrt *i d'être contraire à la raison, même lorsqu'il en n[>asse la portée naturelle, et à quel point les idées *G les incrédules, ou les hérétiques s'en font, et d'où ^^ent leurs préjugés , sont fausses , et contraires ^ véritable enseignement de l'Eglise. C'est, vous

- Savez, le procédé de Bossuet contre les protestants, ^s son admirable Exposition de la foi catholiqw.

Ce devrait être aussi le nôtre. Mais demandons nous-le à nous-mêmes, dans notre conscience c devant Dieu : Messieurs, enseignons-nous assez 1 religion, la prêchons-nous bien, la rendons-nou lumineuse, et aimable dans sa lumière? Gonfuner voulez-vous que les peuples connaissent Jésus-Chris s'il ne leur est pas enseigné, ou s'il l'est mal, s'il m l'est pas dans sa vraie lumière, dans sa lumièr totale, mais seulement par fragments et par lani beaux ? La foi ne s'invente pas. Nous partons ton jours de ce point, que ceux qui négligent la religioc savent ce qu'ils font et la connaissent. Eh bien non, très-souvent ils ne savent, et ils n'ont jamais si le fond de la religion. C'est une chose prodigieuse di voir à quel degré les plus instruits ignorent le Christianisme , et jusqu'à ses premiers rudiments. Ils n'ei connaissent ni la langue, ni les termes les plui simples, ni les signes élémentaires. Le christianism< est pour eux comme un livre écrit dans un idiom< inconnu. Que faut-il donc? Sans trop en avoir l'air de peur de les humilier, il faut leur apprendre à lire à épeler dans ce livre divin. Faisons-nous cela' prenons-nous la peine d'épeler avec eux, de leui faire assembler les divines lettres ?

Non, nous prêchons trop souvent en vain, grondan les absents, et n'instruisant pas les présents. Quan( nous parlons, il faut toujours songer à ces pauvrei esprits nialades, qui ont un voile devant les yeux.

au qu'un faible obstacle arrête, un grain de sable, un rien, une pauvre objection, mais qui suffit à les embrouiller et dont ils ne savent pas se défendre : souvent, un mot, dit à dessein, un raisonnement, mie démonstration, dirigée à leur adresse, suffira pour lever le voile, écarter le grain de sable, dissiper '3. difficulté, et laisser la lumière arriver jusqu'à leur ime.

2o Ensuite, Messieurs, une chose capitale à

observer dans la parole apologétique, c'est, en

Posant et en discutant les objections, de ne pas se

<Jonner l'air d'un homme qui lutte comme d'égal à

%al contre l'erreur; mais de conserver toujours

l'attitude calme et ferme d'un Maître de la vérité , qui

^ïiseigne de la part de Dieu , pro Christo legatione

n^ngimur , d'un homme qui parle avec puissance,

^^nime dit l'Écriture : tanquam potestatem habens ,

pour réduire tous les esprits sous l'autorité de Jésus-

'^hrist, redigetites omnem intellectum in obseqnium

^f^risti : autrement on semble mettre en question

*^ religion , et c'est l'affaiblir considérablement dans

^ esprit des peuples , instinctivement portés à regarder

^^nime douteux tout ce qui est mis en question

^^vant eux. Qu'on sente au contraire dans votre parole

* ï^orume qui ne doute pas , qui ne cherche pas, mais

T^i est sûr de lui-même, sûr d'être posé, comme cela

^st en effet, sur le terrain solide et inexpugnable de

^^ vérité.

Ainsi donc , Messieurs , quand je dis qu'il iau donner les preuves , montrer les fondements de h religion , faire voir les raisons des choses , ne 1( prenez pas en ce sens qu'on doive , en chaire, philosopher, disputer, et changer la prédication ei controverse querelleuse: ce serait altérer rinstitutioi de Notre-Seigneur qui, en nous envoyant , ne nous pas dit : Disputez, mais : Enseignez.

Ce que j'entends donc , c'est ceci : Il feut prouver,,^ donner les raisons des vérités et des préceptes divins, « non en disputant, mais en exposant avec gravité , ^ clarté , simplicité, et autorité. Il y a deux lumières, ^ deux soleils des âmes : la foi et la raison. Eh bien ! je dis qu'il faut faire tomber sur les vérités que vous ^ présentez aux fidèles les rayons de ces deux lumières : de la foi, afin qu'il y ait, obsequium, soumission de ' l'esprit à la parole de Dieu; et de la raison , afin que cette soumission soit raisonnable et éclairée , ralionabile obsequinm. L'esprit alors voit que c'est à la parole de Dieu qu'il se soumet, et il comprend dans cette parole, malgré sa hauteur et sa profondeur, tout ce qui est accessible à la raison.

30 Surtout, Messieurs, gardez-vous bien d'élever des difficultés inconnues à vos auditeurs , et qu'ils n'entendront jamais proposer. Pourquoi embarrasser leur esprit inutilement? Soyez au courant de ce qu'il pensent, de ce qu'ils disent, de leurs diverses dispositions d'esprit : c'est le devoir du pasteur de

connaître son troupeau, et de savoir bien à point où ils en sont; c'est pour eux que vous parlez , ce sont leurs difficultés à eux que vous devez lever; ce sont les objections actuelles et présentes que vous dervez combattre. Les autres n'importent pas à votre auditoire et ne pourraient que l'étonner ou le troubler.

Ou3 faisons-noUs cependant plus d'une fois, Messieurs ? Nous luttons contre de vieilles erreurs dont nous trouvons çà et là le nom chez d'anciens auteurs, et qui n'existent plus que dans des livres outliés ; mais nous ne combattons pas les objections présentes , sérieuses et meurtrières. Tout a changé ^^ face sur le champ de bataille; l'ennemi n'est plus là où il était , et nous , nous restons toujours ^ la même place, portant contre lui des coups ^^'^(Aes^ aerem verbcrans ; ou bien si, avertis par ^^ clameur publique, nous nous décidons à le Poursuivre et à le combattre dans ses évolutions 'Nouvelles , c'est presque toujours avec hésitation, ^^•oimement , mollesse, et quelquefois exagération ^^clamatoire.

4** Au lieu d'exagérer et de déclamer , prouvons

^t démontrons. L'exagération et la déclamation, voilà

^ticore deux fléaux. Messieurs , de la parole apologé-

Mque. Il est essentiel que la réponse à toute objection

^bordée par nous en chaire soit simple, nette, solide

H péremptoire, et non-seulement le soit, mais le

paraisse. Il serait désastreux au contraire que Vobjection fût ou parût plus saisissante que la réponse.

Et pour cela, il faut bien comprendre que souvent votre auditoire sera en état de saisir trèsbien l'objection, et ne sera pas en état de saisir votre réponse. Le peuple ne comprend généralemeol que les preuves simples, de bon sens : les démoas* trations savantes le surpassent.

Il faut donc bien y prendre garde , et ce péril doit être évité avec d'autant plus de soin, Messieurs > que la formule populaire de certaines objections s^ présente avec une concision et une précision, av^^ une apparence de superficiel et grossier bon sen^> tout à fait capables de faire impression sur des gei^^ peu instruits, et que de telles objections ainsi expr^' mées vont se loger en quelque sorte comme un coi ^ dans leur esprit. Il faut mettre tous vos efforts poi^^ donner à vos solutions autant de clarté , de relief • de frappante raison que possible. Que si vo craignez de ne pas résoudre péremptoirement un objection, de manière qu'il n'en reste rien dan l'esprit de vos auditeurs, si vous sentez que vou n'arriverez peut-être pas à donner à votre solulio une forme aussi vive, aussi saisissante , aussi populaire enfin que celle de l'objection , passez-la plutô sous silence, de peur que la faiblesse, réelle ov0^ apparente, de votre réponse ne forme un préjugé d^ plus contre la vérité.

LA PAROLE APOLOGÉTIUUE. li>5

Il y a des solutions décisives, péremptoires en elles-mêmes, et qui ne le sont pas pour ceux à qui Yous parlez. C'est au bon sens surtout, et au sens commun chrétien qu'il faut s'adresser; parce que c'est pour tous que nous parlons, et que le bon sens seul est l'apanage , le commun patrimoine des esprits, et comme un clair miroir étendu par la sagesse divine au fond de toute intelligence humaine, ainsi que la rétine au fond de l'œil, pour recevoir te jour de la vérité.

5o Un auxiliaire précieux de la parole apologétique,

M^essieurs, et que vous ne devez pas négliger, ce

sont les bons livres, et c'est pourquoi je veux vous

^^ dire ici un mot. Il est plus nécessaire aujourd'hui

î^ejamais que vous en ayez sous la main, soit dans

^^s bibliothèques paroissiales , soit dans votre propre

'^^^liothèque , un certain nombre , que vous pourriez

Poêler dans l'occasion à tel ou tel de vos parois-

^^^ns , selon ses besoins particuliers. C'est là une

^vre de zèle, au bout de laquelle peut se trouver,

*^ssieurs, le salut de plus d'une âme.

On fait , on répand beaucoup de mauvais livres ; ^5ons-en, propageons-en de bons.

Si Dieu ouvrait devant nous l'intérieur des âmes, ^^Us serions étonnés d'y voir combien le nombre ^^t grand de ceux qui ont dû leur conversion et leur ^^lut à un bon livre.

Mais, Messieurs, que les livres dont nous nous ferons

les propagateurs , en les conseillant, les prêtant, les |lMi donnant, soient de vrais bons livres. Et pour cela , il ne suffit pas qu'ils aient de beaux et même ^ ^ de bons titres. Qu'importe l'étiquette, si au fond il n'y a rien, que des niaiseries, des fadeurs, ou s'il li y a l'erreur et le mal? Défiez-vous, Mesâeurs^ ^^ pour vos jeunes gens et vos jeunes filles , de ces romans prétendus moraux , qui , ne fussentrils pa^ tout à fait mauvais , ont du moins le double et gray^ inconvénient de fausser l'esprit et le cœur. Défie^^ vous même de certains livres de piété. La librairie ' — la meilleure librairie, hélas 1 — trop peu su^*" veillée aujourd'hui sous ce rapport, jette cha(ï*^ année dans le monde, dans les maisons religieuses^ ' dans les bibliothèques paroissiales, dans les dist^*^' butions de prix, des milliers de petits livres ^ piété, sans valeur, sans doctrine, sans solidité' pleins d'une quantité d'idées inexactes , d'exagératio:^^ ridicules et de sentiments faux , qui altèrent ^ abaissent la religion, dénaturent la dévotion, reb*»^^^ tent les hommes sérieux, scandalisent les chrétie éclairés, et sont comme une sorte de corruption s tile pour les âmes. Bannissez ces livres, Messieur^^ ' et préférez toujours les bons livres connus, l^^ livres dont la réputation est faite, à ceux qui n'o«^* souvent pour eux d'autre attrait que celui de l^ nouveauié.

6" Je termine tout ceci par un dernier mot.

Messieurs, sur le zèle et le soin particulier que demande, soit en fait d'études préliminaires, soit en fait de préparation immédiate, la parole apologétique.

Il faut s'être préparé de longue main à l'œuvre

d'apologiste ; et il me semble, Messieurs, qu'il ne

faudrait pas cesser de s'y préparer. 11 me semble

que toutes vos lectures et toutes vos observations

devraient être souvent , ou dirigées de ce côté , ou

'^naMées à ce point essentiel ; et aussi que dans vos

discours, la partie qui demande de vous la plus

^rteuse attention, et dont il faut que vous soyez

'^ plus sûr, c'est la partie apologétique. Ici, en effet,

'^ champ est sans bornes; tout rentre, plus ou

"^oins dans l'apologétique : tout a été tourné contre

'^ religion, tout peut être invoqué pour elle.

Mais aussi, tout ici est délicat; car il ne faut P^ ici manquer son but; il faut parler a coup sûr, ^ns faiblesse; avec toute la raison et toute la force ^Ue permet et que réclame la vérité. On peut, même ^^^c d'invincibles démonstrations, ne pas triompher *^Hjours de l'obstination de l'esprit, fortifiée souvent P^r la mauvaise volonté du cœur ; mais des preuves *^bles et incomplètes, non-seulement ne ramenèrent personne, mais courraient risque d'affaiblir ^^ foi des uns et de confirmer l'incrédulité des ^^Ires.

Oui , il faut travailler sérieusement pour acquérir

e précieux talent de l'apologiste ; mais certes , Mes- Isieurs , le sujet n'est-il pas digne de tous nos efforts comme le but de tout notre zèle ?

Quel magnifique sujet que la Religion ! Messieurs , toutes les vérités philosophiques sont dans nos dogme s, toutes les vérités morales et sociales sont dan^ nos préceptes; tout ce que l'honune comprend dl^ vrai, est illuminé par ce que l'Évangile révèle; tovi* ce que l'homme veut de bien est élevé, fortifié pî^ ce que l'Évangile inspire. Toute raison, plus la foi; toute vertu, plus la sainteté; voilà l'Évangile. L'âro^ et la société vivent de l'Évangile et par l'Évangile-

ic n'achèverai pas sans vous dire qu^aujourd'h^"*^^ surtout, en présence des erreui^s du socialisme, rap^"" logoliquc consiste aussi à expliquer et à démontr*^^ à vos peuples , avec les dogmes de la foi , la J- ^^ morale.

Du Toublio tix>p aujourd'hui; on le compren^*^ mieux au jour des catastrophes ; mais , dans le calnT^^ apparent où nous sommes pour le moment, trC^P i\o liens se remettent ;\ fermer les yeux sur la néce^^"' site morale et sociale, et sur les bienfaits de ^^ religion,

Kh bien! en pix^ence de cotte indifférence detar^* do gi'us » ol des hommes politiques eux-mêmes, (^^

ceux qui gouvernent le monde et qui livrent la religion à la merci de toutes les attaques , sans paraître se douter; que qui Tébranle ébranle tout, je le dirai bien haut:

Il n'y a pas deux lois qui soutiennent la société; il n'y en a qu'une : c'est le Décalogue, Messieurs , nous avons là et nous portons en nos mains, dans l^ Décalogue, le salut de la terre. Et c'est pourquoi ^1 faut , dans votre prédication, apologétique, prêcher ^Ite loi morale, et montrer qu'elle est le fondement d^ tout ici-bas, et qu'en dehors d'elle on ne peut ^^n , et que tout croulerait avec elle. Qu'est-ce donc que le Décalogue?

C'est simplement la grande loi morale et sociale : '^ loi de l'homme, la loi de la famille, la loi des ^^tions, la loi générale et fondamentale de l'huma- ^^té ; le lien suprême et essentiel du genre humain.

C'est d'abord l' amour de Dieu : l'amour de Dieu plus que de soi-même et par-dessus toute chose; * adoration de sa grandeur, la foi en sa vérité, l'espé- '^"^uce en sa bonté, la religion, le respect de son ^^nt nom.

Et par là même l'impiété, l'incrédulité, l'indifférence irréligieuse, le désespoir , le parjure , le blasphème, la superstition sont réprouvés.

C'est l'amour de soi : mais l'amour légitime , ^ î^our humble et pur, l'amour de l'âme au-dessus ^^ corps : la pureté, la chasteté; l'amour du travail :

du travail qui doit, pendant «ta^y^wr^ chaque semsdt^^^ faire tomber du visage de l'homme pécheur les sueut^ de l'expiation et de la pénitence , mais qui est destiï^^ en même temps à exercer, cultiver, développer •• annobliret perfectionner toutes les facultés physiqa^^' intellectuelles et morales qui constituent la nature ^^ la dignité humaines.

Et par là même sont réprouvées Toisiveté, cj'*^ enseigne tous les vices, qui est la source de toiJ*^ misère, et toutes les passions d'ignominie qu'il ^— ^ meilleur de ne pas nommer.

C'est enfin V amour du prochain : Messieurs, di*'^ ^ bien ii vos peuples, d'abord que nul n'est plus le pf^^' chain de l'homme que son père et sa mère : aus^^» dans le Décalogue, le père et la mère viennent— i*^ aussitôt après Dieu; et l'homme leur doit un amo*^^ respectueux qui s'élève jusqu'à l'honneur; il leurd^^*' l'obéissance ; il leur doit, jusqu'à leur dernier jour, soins, ci une filiale assistance.

Quant à l'amour que l'homme doit à tous semblables, il va loin; car il doit les aimer con**'^ lui-nu^nu\ La formule générale de cette loi estconni»-^ • « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais ç^^^ e qu^il te fit. » Cela ne suflit pas : c Fais à auU"*^ « ce que tu veux qui te soit fait à toi-même. > Do^i^^ s<^ff^^ IMÉHÉÉ^^'^^ '^ pauvre, affranchis I^

^Qig^ recueille l'orphelin.

fomt; ui son corps par lemeur-

, ni son âme par le scandale, ni son honneur par outrage.

Tu ne déroberas point; ni ses biens, ni sa répu- .Cion, ni sa fortune.

Tu ne mentiras point ; tu ne diras contre lui ni max témoignage, ni calomnie, ni aucun mensonge.

Tu ne convoiteras point; ni sa femme, ni sa à^on, ni son serviteur, ni aucune des choses qui im appartiennent.

Ainsi , dans la loi de notre Dieu , l'amour du prottain doit aller jusqu'à ne se permettre jamais contre Ji ni une convoitise, ni une pensée, ni un désir I

On le voit , il n'y a pas un de ces commandenenls qui ne soit un commandement d'amour : cette* ^^i est tout entière la Loi d'amour.

Cette loi, c^est aussi la Loi du bien. Son accomplissement accomplit toute vertu, et fait le parfait ^^^me de bien. En effet, comme l'exprime si sim- P^^ment l'Écriture, tout le Décalogue, toute vertu, ^ réduit à deux mots : Déclina à\mal0y et fac bo- ^^m ; faire le bien, et éviter le mal.

Qui ne serait d'ailleurs frappé des singuliers détails ^^s lesquels cet abrégé divin de la loi sociale est ^tré ? Ce n'est pas seulement l'existence et l'hon- ^ur, la vie physique et morale, que le Décalogue Protège dans l'homme contre tout attentat; c'est ^^issila Propriété. Et pourquoi? Parce que la propriété sert elle-même à conserver la vie de l'homme.

et à protéger la vie de ses enfants. C'est le domicile de l'homme, c'est sa maison, c'est son toit, c'est le vêtement qui le couvre : c'est son serviteur; c'est l'animal môme qui l'aide à labourer son champ, c es^ son bœuf, c'est son âne, que le Décalogue preaii sous sa protection et couvre de sa majesté !

Oui, aujourd'hui encore, après tant de siècles écot*' lés, au miheu de cette magnifique civilisation dor**^ nous soumies si fiers, la propriété, sans laquel^^ LA FAMILLE ellc-mème, source, principe et modèM>e DE TOUTE SOCIÉTÉ, cst impossiblc, la propriété n"^ ^ pas de fondement plus ferme que le septième et M^ « dixième commandement !

La famille ne tient et ne résiste, dans ce qu'elB < a de plus vénérable et de plus sacré , que par le quatrième, le sixième et le neuvième I

Im silreté des villes et des grands chemins, la vérité des transactions et de toutes les relations des hommes ontiv eux , la sincérité des serments , la solidité des aniMs do la justice , ne reposent que sur le cin* c|uièiue, le septième et le huitième commandementî

Aujtnuxriuii encoiv le Décalogue est donc I^ grande oharlo de riuuuanité. Toute la question sociale est encore dans je Décalogue , et la société humaine nu pas irautiv appui.

Je me kusse entrahier par ce grand sujet, Messieurs I et, pour vous onoouniger à étudier et à pr*que je vous fuis une leçon et un seniio0-

comment entr'ouvrir ses lèvres sur de telles ons, sans que la vérité déborde?

iroilà ce qui devrait enflammer notre zèle ! Nous is dans nos mains le trésor des vérités qui sont it du monde.

! nous sommes bien forcés de nous le dire en e l'inefficacité de notre parole , et de ce grand re d'hommes qui nous échappent, non , nous kîhons pas assez, nous ne défendons pas, nous montrons pas assez la Religion ! — Nous ne ns pas assez, cette Religion sainte; nous ne is pas assez combien elle est belle, combien it bonne, combien elle est grande!

3ns-le donc. Messieurs, à tous, quels qu'ils : disons-le, aux philosophes, aux hommes , aux juges de la terre, aux guerriers, aux tes de lettres, aux législateurs, en même temps i laboureurs, aux ouvriers, aux bons habitants s campagnes : Oui , revenez , revenez tous ene, à la foi, à l'Évangile du salut, à Jésus- ,! Car c'est là , là seulement, que vous trouverez ►is pour toute la conduite de votre vie, des lations pour toutes vos douleurs, des ensei- Bnts pour toutes vos incertitudes, et des secrets ibles pour la sécurité du monde!

Ivangile de Jésus-Christ , c'est tout ensemble la iophie la plus pure , et la religion la plus su-

C'est dans le divin Évangile que se renoue l'antique alliance de ces deux grandes puissances émai^s de Dieu , la raison et la foi : c'est là seulement, sous le regard et sous les inspirations du Fils de Dieu , q^» la raison troublée de l'homme se rassure , que son intelligence affaiblie dans les ténèbres retrouve sa force , et que la foi lui prodigue ses clartés ; et c'e^^ appuyé sur ces deux ailes que l'homme s'élève, s'élè^'^ et monte , à travers les jours mauvais de son pèl^^ rinage, jusque vers la cité du Dieu vivant!

Dépositaires de telles vérités, Messieurs, comm^i^*^ pourrions-nous ne pas tout faire pour les propag^^ sur la terre , et pour les défendre contre ceux qui 1^ atta^iuent ; et quelle excuse aurions-nous, si les c^^' ueinis de ces étemelles vérités avaient plus de %^^ pour les renverser que nous , leurs défenseurs n^' turels, pour les soutenir? Messieurs, encore une Çc>^^ prions, veillons et travaillons. Ne dormons pas. EncO^^ une fois, Terreur est forte, soyons plus forts; l'err^^* s»* fait savante, soyons savants; elle est active, soyc^^ actifs; ne lui abandonnons pas un domaine sa>^ dtMense, ol des terres sans culture. Mon Dieu! ^ nous triomphons, ce sera votre œuvre; si nous blissons, oo sera notœ faute!

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