‹ Entretiens sur la prédication populaireChapitre 5 sur 157 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

U PUTORALB DOIT ÊTRE DRE PAROLE BXHORTÂTm.

^■/Hi^ArtyV^-

ons , Messieurs , dans l'étude que nous fai-

la parole pastorale.

rôle pastorale, parole de vie, doit donc être

une parole vivante , pour saisir les âmes et

îr;

oit être une parole instructive , parce que

ion , c'est la lumière, et que la lumière, c'est

j intelligences ;

[)it être pour la même raison, surtout aux

i nous vivons , une parole apologétique ,

le l'apologétique est aujourd'hui une partie

e et un complément nécessaire de l'instruc-

jieuse; et c'est surtout par elle que l'ins-

religieuse défend , soutient, conserve et ranime

is les âmes.

e que la parole pastorale doit être en qua-

8U une parole exhortative.

En effet, Messieurs, si la Religion n'était qu'une science , la prédication pastorale pourrait se borner à renseignement spéculatif de la Reli^on. Mais la Religion est tout autre chose : c'est la conversion et la direction de toute la vie humaine vers Dieu; c'est la pratique de tous les devoirs ; c'est la soumission de l'esprit, du cœur, des sens, de l'âme, de tout Thomme enfin , et de toute sa conduite , à l'a^' torité di\ine. Or, pour atteindre par la parole ^^ tels résultats , instruire , évidemment ne suffit p^^- Instruire n est qu'un des moyens pour arriver au bi^^ Le but , c'est de faire vouloir et pratiquer le bie^ • le but, c'est de pei'suader la vertu, en donner l'amoi:*^» inspirer en morne temps Thorreur du mal, et décid^^

enfin les hommes à se faire toutes les \îolences néc^^'

sairos pour mener une vie pure et chrétienne. M^^^ pour cola , c'est au cœur, autant et plus encore qt^^ l'esprit , qu*il fout jKirler : oui , il faut s'adresser ^^ cœur et l'atlaquor, pour ainsi diiv, de tous les côtfe ^il y faut arriver par IVntondemont et la raison ; mi^^ aussi pr rimagination, [xir le sentiment , par l'éff^^^" tiou do touli^ los plus vives taoultés de l'àme.

11 laul aussi prier et t;iire prier pour attirer^ i^ grAoo . sans laquoUo la [vm^lo hum;ùne ne peut rL en-

En un mot, la |xirolo {wstorale, ce n'est pas

LA PAROLE EXHORTxVTIVE 137

ement l'instruction de l'esprit; c'est l'élévation ;ieuse de l'âme tout entière; c'est la vive culture outes les puissances de l'esprit et du cœur de nme, pour les tourner et les élever vers Dieu, Pénétrer de sa crainte, les remplir de son amour, « assujétir à sa loi : c'est enseigner la religion , i avec les développements, les détails, les appliins pratiques, et aussi avec le mouvement, la le feu , le zèle et l'action que demande la chaire 6e. Et c'est par là que la parole pastorale atteint but essentiel, qui est de produire la vie dans les 5, de faire vivre les âmes, d'encourager les 5 à aimer la vérité , à profiter de la grâce, à faire progrès dans la vertu ; or, tout cela, c'est ce qui it par l'Exhortation.

ne telle parole est essentiellement exhortative, aijoute que c'est là un caractère qui la distingue . met à part de toute parole humaine.

oand Jésus-Christ fonda , ainsi que nous l'avons ►elé, le ministère de la parole, et institua la parole orale , la parole ne faisait pas défaut dans le ide ; on parlait, et on parlait beaucoup alors dans londe grec et romain. Il y avait des maîtres de arole , qui s'en allaient promener de ville en ville éloquence applaudie. Est-ce simplement une e de plus que le Sauveur venait fonder? une ire comme il y en avait tant? Non, ce qu'il lut créer, ce fat une parole et qui ne devait

ressembler à aucune autre, et par cela môme qu'elle devait être Exhortative.

L*Exhortation, rExhortation vive, au bien, à 1^ a vertu, c'était chose tout à fait nouvelle et inconnue i, sur la terre. Et cela se conçoit. Une telle parole suppose le zèle des âmes, l'autorité, la mission : qui avait cela sur la terre avant le Sauveur ?

Les rhéteurs parlaient pour plaire, pour débiter de belles maximes , de fastueuses théories, peu sati'' cieux de ce que devenait dans l'âme des auditeu^^ leur parole , pourvu qu'elle fût payée et encensée.

Jésus-Christ voulut que ses apôtres , que les conti'' nuateurs de son œuvre , parlassent pour une tc*'*autre fin , pour convertir et sauver les âmes; lesatl quer dans le vif, les vaincre par des exhortatio: puissantes, les toucher, les saisir et les jeter dompté et changées aux pieds de Dieu , c'est-à-dire poi renouveler et sanctifier leur vie tout entière.

Et c'est pour cela que Jésus-Christ donna à apôtres les trois choses qui manquaient essentielle ment aux rhéteurs, la mission , l'autorité, le zèle : zèle, cette flamme dont le foyer n'est pas sur la terr( ni dans le cœur de l'homme , mais dans le cœur d« Jésus-Christ.

Aussi, voyez ce que le plus grand ministre cette parole dit à deux de ses disciples qui devaient lî porter aussi aux peuples, et par conséquent ce qu'ieï vous dit à vous tous. Messieurs,

LA PAROLE EXIiOHTATlVE. 130

Hœc Doce , et Exhortare. Enseignez, mais n'enseignez pas seulement; Exhortez. Allez à l'assaut des cœurs, à l'assaut des âmes : Hcec loquerc, et Exhor* (are. Parlez, mais que votre parole soit Exhortative, car elle doit être vivifiante , c'est-à-dire , convertissante. Et soyez puissant à Exhorter dans la saine doctrine : Potem Exhortari in doctrinâ sanâ. Voilà ^ que saint Paul dit, et redit sous toutes les formes, ^ ses disciples Tite et Timothée.

Le caractère qu'il signale sans cesse dans la parole

^u ministre de l'Evangile, c'est qu'elle doit être

Exhortative. Nous vous Exhortons à ne pas recevoir

^^ vain la grâce de Dieu : Exhortamur, ne in vaciium

^^^^tiam Dei recipiatis; ou plutôt, c'est Dieu qui vous

*^^Horte par notre bouche : Tanquam Deo Exhortante

P^t^ n4)8. C'est Dieu qui, par nous. Exhorte vos

^^^^-"^virs , et qui les confirme en tout bien et toute

^^ï"tu : Exhortetur corda vestra, et confirmet in

^^^^^i opère bono.

-^insi donc, Messieurs, à l'Instruction il faut ^^^Odre ^Exhortation , qui s'adresse plus particulièrement au cœur, par laquelle, en même temps qu'on ^^laire l'esprit, on attaque , on excite , on presse la ^'^lonté , cette puissance maîtresse d'où dépend toute *^ direction de la vie humaine.

Ce n'est pas qu'il soit nécessaire, à cet effet, faire deux dis: ours différents, dont l'un instruit l'autre exhorte. Mais il en est de l'Exhortatii comme de l'Apologétique : rien de plus facile qi de joindre le tout ensemble dans l'unité d'un sei discours : l'Instruction, si elle est bien faite , doi toujours être mêlée d'Exhortation, et l'Exhortatioi si elle est bien faite aussi, toujours mêlée d'Instruc tion. Jamais, en un mot, Messieurs, un auditoii chrétien ne doit être congédié , sans qu'on ait parl^ tout à la fois à son esprit et à son cœur.

Si le sujet est dogmatique, il y faut joindre de^ conclusions morales : vous ne trouverez pas un seuF point de dogme, qui ne s'y prête parfaitement. Et si le sujet de sa nature est pratique, comme quand il s'agit d'une vertu, ou d'un vice, ou d'un détail important de la vie chrétienne, par exemple, de la contrition, de la pénitence, etc., il faut avant d'exhorter à pratiquer cette vertu, dire sa nature, son objet, faire connaître le précepte divin qui nous y oblige, etc., instruire par conséquent, et mettre l'instruction solide pour fondement de l'Exhortation.

Mais l'important. Messieurs, c'est de savoir bien exhorter, c'est-à-dire de savoir bien parler au cœur.

On arrive au cœur par deux voies, l'intelligence et le sentiment.

Donc la première règle, à vous donner ici, c'est de toujours bien motivci^ vos Exhortations ; de les moti-

LA PAROLE EXIIORTATIVE. 141

ver d'une manière non-seulement solide , mais persuasive; et le grand art, pour cela, c'est de savoir trouver, discerner, et proposer habilement les motifs qui peuvent le mieux convenir à vos auditeurs.

Cet art si important de la persuasion, les livres ne nous en donneront qu'une partie, et la moindre. Le livre qui vous l'apprendra le mieux, savez-vous quel il est ? C'est celui qu'un des plus habiles maîtres dans l'art de la prédication apostolique, saint François-Xavier, appelait le grand livre des âmes et de la vie.

Oui, il faut à l'étude des livres joindre celle du cœur humain, en général, et surtout l'étude des âmes auxquelles vous devez parler. Il faut avoir l'esprit d'observation, réfléchir beaucoup sur tout ce que vous voyez ou entendez, bien méditer toutes les expériences consolantes ou douloureuses que vous faites.

Quiconque n'a pas lu dans ce livre sait peu pour soi, et ne sait rien pour les autres.

L'autre voie pour arriver au cœur, c'est le sentinent, à l'aide duquel on l'émeut, et on achève d'en- :raîner la volonté, éclairée déjà et inclinée par la îonnaissance des motifs. C'est ici l'un des plus grands nobiles, sans contredit, dont se puisse servir l'oratenr chrétien.

Sans doute, des résolutions produites par le seniment seul pourraient être faibles; mais, quand la ^nviction a précédé, le sentiment ajoute alors aux

14î2 LA PAROLE PASTORALE.

résolutions de la volonté une grande force, parce que I ^^ la volonté veut avec plus d'amour, et par conséquent avec une profondeur, une vivacité et une efficacité bien plus puissantes.

Faire embrasser la vertu par conviction tout à ^^ fois et par amour, c'est le triomphe de celui (^tf^^ exhorte, et le plus haut succès de l'éloquence chr:::^' tienne et de la parole pastorale.

Et c'est à cela que ser\'ent, avec les motifs, ce q" 3*^^ dans l'art oratoire on appelle les passions, soit douce^^^^' soit fortes, tant celles que l'on fait pénétrer p- -^^ insinuation, que celles qui s'inspirent par la véhément -*^ de la parole et de l'action. Les unes et les autr^^"^^ ont leur emploi dans le discours chrétien; mais W -^^ premières y sont d'un usage plus fréquent, comnr^^^ étant bien plus dans le génie de la Loi nouvelle , q^ ^0^ est une Loi d'amour.

Ajoutons enfin que, pour exciter les passions ^^ émouvoir fortement une assemblée, les images, le^^^ peintures vives, comme aussi la véhémence ou W ^ douceur du ton et du geste, selon les cas, sont égale ment d'un très-grand secours, à cause de Tétroi rapport qui existe entre le sentiment, l'imagination e^ les sens.

Tout discours du reste qui, d'une manière ou d'une autre, n'est pas plus ou moins passionné, fera peu d'effet, même quand on n'aurait pour auditeurs que des gens instruits, des gens capables de raison-

LA PAROLE EXHORTATIVE. 143

ner et de réfléchir : mais sur un auditoire d'enfants et de peuple , l'impression, on peut le dire, sera totalement nulle.

C'est, Messieurs, dans la facilité plus ou moins grande d'exciter les passions , et d'agir vivement sur lésâmes par le sentiment, que consiste surtout cette grande et précieuse faculté, qu'on appelle la puissance oratoire.

Mais dans l'éloquence de la chaire , la puissance oratoire toute seule ne suffit pas , il y faut la grâce de Dieu. Les passions qu'il s'agit d'exciter ici sont de l'ordre surnaturel; pour être propre à les produire dans les autres, il faut les sentir d'abord en soimême , dans un certain degré ; et c'est la Grâce seule qui les inspire.

Donc si nous voulons. Messieurs, que notre parole puisse produire sur les âmes de grands effets, il faut savoir attirer en nous la grâce d'en haut. Il faut par l'oraison, par la profonde méditation des vérités divines et par l'amour des âmes , allumer dans nos cœurs la flamme du zèle. Il faut par les mêmes moyens, joints à une grande pureté de cœur, mériter de recevoir en nous l'onction divine du Saint- Esprit. Alors, nous serons capables de faire sentir aux autres ce que nous sentirons nous-mêmes les premiers très-vivement ; et comme saint Paul, nous pourrons dire : Evangelium nostrum non fuit ad vos in scrmone tantùm, sed in virtufe, et in Spiritu Sancto, et in plenitudine multâ.

Sans ce zèle, au contraire, sans cette onction et ce vif sentiment des choses de Dieu, nous pourrions bien parler dans une chaire, ou dans un catéchisme, avec plus ou moins de talent et avec un certain succès humain, mais cettp parole pénétrante , efficace , dont parle l'Apôtre , qui convertit les âmes, les vivifie, et les donne au Seigneur, nous ne Taurions pas.

Pour instruire, il faut être instruit : eh bien ! de même pour exhorter les autres, il faut s'exhorter soimême.

S'exhorter soi-même. Messieurs, c'est-à-dire se laisser pénétrer profondément par la grâce de Dieu, se pénétrer soi-même de tout ce qu'on dit, de tout ce qu'on enseigne aux autres.

C'est le sens de la grande parole de l'Apôtre : Exhortationem quâ Exhortamur et ipsi à Deo. Et de cette autre parole du prophète Ezéchiel, pleinement applicable aux prophètes et aux prêtres de la nouvelle loi : Audies ex ore meo verbum, et annuntiabis eis ex me.

Oui, il faut s'exhorter soi-même, autrement notre exhortation manque de sincérité, et n'est plus, dans le vrai, qu'une sorte de mensonge, froid et glacé ; c'est une parole de l'esprit et non pas du cœur;

Oui, il faut s'exhorter soi-même, c'est-à-dire méditer d'abord pour soi, pour son âme, la sainte doctrine ; s'en nourrir et en vivre ; la faire passer dans

LA PAROLE EXHÔRTATIVE. 145

sa substance et dans sa vie ; mettre là, en un mot, dans ces choses de l'ordre surnaturel, dans ces vérités de Dieu, son esprit, son cœur , sa conscience, son âme tout entière ; et ne pas les mettre ailleurs, dans les phrases, dans les livres vains, dans les choses profanes.

Et pour tout dire enfin, par une parole qui revient toujours, et qui est la conclusion de tout pour le prêtre, il faut être un saint, un homme de Dieu, un prêtre véritable I

Non, il n'y aura jamais de bonne exhortation, d'exhortation véritablement puissante pour arracher les âmes au péché , les vivifier et les sauver , que celle dont le prédicateur chrétien, quel que soit son talent, aura lui-même reçu de Dieu, dans le secret de son cœur, le don précieux.

Il y a des occasions. Messieurs , où nous devons particulièrement faire effort pour arriver jusqu'aux âmes, les remuer et les convertir : par exemple les retraites , soit générales pour toute la pai'oisse, soit particulières pour une première communion : c'est là surtout que la parole pastorale doit être Exhortative.

Je TOUS l'ai dit quelquefois. Messieurs, et permette que je profite encore de l'occasion qui s'offre

ici, pour y revenir : un de mes grands désirs serait que beaucoup de prêtres, dans le diocèse, se formassent à ce ministère si important des retraites paroissiales, lequel, pris dans une certaine mesure, n'aurait rien d'ailleurs qui ne se pût parfaitement allier avec les fonctions pastorales.

Toujours, dans l'Eglise de Dieu, te ministère ex^ traordinaire de la parole fut nécessaire; c'est un secours dont le ministère ordinaire a besoin de temps ea temps. Ce secours est plus indispensable que jamais^ aujourd'hui que les âmes sur lesquelles notre zèle doit s'exercer ne sont plus pour la plupart des justes à conserver , des faibles à raffermir ou à relever, mais sont trop souvent des brebis rebeUes et égarées, qui ont quitté le bercail, depuis dix, vingt, trente, quarante années , et quelquefois plus.

C'est pour cela, Messieurs, c'est pour entreprendre cette œuvre vive de la conversion des pécheurs, laquelle doit être notre grande préoccupation à vous et à moi, c'est pour organiser chez nous plus parfaitement et sur une plus vaste échelle ce ministère apostolique, ce ministère de la conquête des âmes, qui est le besoin évident de notre époque, c'est pour cela, dis-je, que j'ai établi dans le diocèse plusieurs compagnies de prédicateurs ; et c'est ce qui nous a permis, à ma grande consolation et à la vôtre, de pouvoir faire prêcher, jusqu'à cent retraites, par année, dans nos paroisses.

LA PAROLE EXHORTATIVE. 147

Et toutefois, Messieurs, ces secours, si grands qu'ils soient, ne suffisent pas encore ; il faudrait bien plus d'ouvriers pour le travail qui est à faire : Messis multa, Operarii autem pauci.

Et voilà pourquoi c'est dans le clergé paroissial lui-même, c'est parmi vous. Messieurs, parmi les Curés et les Vicaires des campagnes, que je voudrais pouvoir former des apôtres , et trouver des prédicateurs : c'est de ce ministère ordinaire des paroisses, qui n'a guère été jusqu'ici qu'un ministère de con- ^ervaiiofij c'est de là que je voudrais pouvoir faire sortir le ministère de conquête.

Je voudrais en un mot que chaque Curé fût apôtre, non-seulement chez lui, mais encore, de temps en temps, chez ses voisins, par le secours de sa parole, qu'il leur porterait, soit pendant une retraite, soit pendant un carême.

Voilà ce que je voudrais. Messieurs , parce que je vois de plus en plus que l'œuvre à faire parmi nous est immense!... Cette œuvre, je le dis sans hésiter, n'est pas moindre, ni plus facile que celle qui fut faite , il y a dix-sept siècles , par les premiers hommes apostoliques qui vinrent planter la foi dans ces contrées. Leur tâche fut de créer ce qui n'était pas; la nôtre est de ressusciter ce qui est mort. Pour accomplir efficacement cette œuvre de résurrection et dévie, que faut-il? que nous soyons apôtres comme eux : ce sera le moyen de faire aussi comme eux

des biens véritables , de ne plus voir périr autour de nous les âmes en si grand nombre, et de ne pas consumer notre vie à garder tristement des bercails déserts, pendant que les brebis dispersées et perdues sont ailleurs.

Remarquez ces mots de nos statuts diocésains : Relia ad animarum capturam laxare. Voilà, Messieurs , ce qui doit être aujourd'hui le principal soin du ministère pastoral : la recherche et la pêche des âmes.

Et ces autres paroles : Etsi unicm pastor ad oves in caulis custodiendas sufficiat, sed multorum labor exigitur ad colligendum ovile dispersum.

Non, il ne suffit plus aujourd'hui à un Curé, pour faire efficacement l'œuvre des âmes, il ne lui suffit plus de résider, de dire la messe et de célébrer les saints offices, de catéchiser, de prêcher, d'administrer les sacrements à ceux qui les demandent, etc.. Tout cela se fait dans toutes nos paroisses, depuis cinquante ans, et voyez, malgré tout cela, où nous en sommes?

Il faut faire tout cela sans doute , et plus parfaitement que jamais, d'une manière plus vive, plus apostolique, plus adaptée aux besoins actuels des âmes. Mais à ces fonctions ordinaires du saint ministère , il faut, de temps en temps, joindre aussi le ministère extraordinaire sous toutes les formes , afin d'atteindre, de toucher, d'ébranler, et de ramener enfin

LA PAROLE EXHORTATIVE. 149

à Dieu les égarés. Eh bien! c'est pour ce ministère, principalement, qu'il est si important, Messieurs, et si nécessaire que vous vous aidiez les uns les autres : Ad hoc, ce sont toujours les Statuts que je cite, ad hoc igitur apostolicum ministerium adimplendum , sibi invicem auxiliari studeant sacerdotes, juxta verhum Domini : « Unusquisque « proximo suo auxiliabitur et fratri suo dicet : « confortare. y>

Mais quelle parole , Messieurs , convient à ce ministère ?

C'est surtout la parole Exhortative.

Une première règle pour le succès de cette prédication soit dans une retraite, soit dans un carême, c'est le choix des sujets qu'on y doit traiter; et, pour faire ce choix convenablement, le moyen c'est simplement d'avoir le but toujours présent devant les yeux.

Ne prêcher jamais que ce qu'on a dans ses manuscrits , au heu de prêcher ce qui va au besoin des âmes, ce n'est pas faire une œuvre sérieuse; c'est ne rien faire et tout compromettre.

Mieux vaudrait, si l'on manquait de temps, se préparer moins bien sous le rapport de la forme, se livrer un peu plus à l'inspiration du zèle, parler sur simple canevas, au lieu d'avoir tout écrit et appris

par cœur ; mais prêcher ce qui convient, ce qui va à la circonstance et à l'auditoire : cela, dis-je, vaudrait mieux, mille fois, que de venir donner des discours laborieusement préparés, polis avec soin, magnifiques même, si Ton veut, mais sans aucun rapport avec les vrais besoins d'une retraite et d'une paroisse.

Pulchra, sed non apta,... Non erat hic locus.... Voilà le jugement qui se formule tout d'abord dans l'esprit d'un homme de sens, quand on débite devant lui de ces beaux discours hors de propos.

Le but de la retraite, c'est de convertir; prêchez ce qui convertit.

Ce qui convertit, et ce qui se prête admirablement à la parole Pastorale et Exhortative, c'est : la fin de l'homme, ce qu'est la vie d'ici-bas dans les desseins du Créateur; c'est la brièveté du temps et le néant de tout ce qui passe; c'est la vie future, avec ses récompenses ou ses châtiments éternels; c'est le péché, unique obstacle au salut; sa malice, et les pressants motifs qui nous obligent de le haïr, de le pleurer, quand nous l'avons commis , et de l'éviter à tout prix à l'avenir ;

Et aussi tous les grands attributs de Dieu, sa puissance, sa justice, sa bonté, sa miséricorde, ses droits suprêmes sur nous, comme créateur, comme conservateur, comme souverain et universel bienfaiteur, comme juge, vengeur du crime et rémunérateur de

LA PAROLE EXHORTATIVE. 151

la vertu, et, à tous ces titres, l'étroite obligation que nous avons de l'aimer et de le servir ;

C'est Jésus-Christ, rédempteur et médiateur de nos âmes, qui nous a rachetés dans son sang, et par lequel seul nous avons accès auprès du Père ; la confiance sans bornes que nous devons avoir en lui ; et à l'appui , quelques-uns des principaux traits de l'Évangile, les plus propres à inspirer cette confiance et à ouvrir le cœur à la componction, comme la conversion de la Madeleine, de saint Pierre, la parabole du Prodigue, du bon Pasteur, etc ;

Puis, le sacrement de pénitence, et la préparation qu'il y faut apporter ; la nécessité et les qualités de la contrition et du bon propos ; la confession humble, sincère et entière des péchés; la satisfaction, cette partie de la pénitence si négligée, et dont on parle trop peu ; la sainte communion avec ses merveilleux effets et les dispositions qu'elle exige, etc. Et, — afin d'éclairer les âmes sur les résolutions qu'elles doivent prendre, — l'idée et le plan d'une vie vraiment chrétienne ; les vertus, avec les péchés qui leur sont opposés ; la prière, les devoirs les plus essentiels du chrétien, l'audition de la messe, le repos du dimanche, la communion pascale, la réception des derniers sacrements, etc....

Tels sont. Messieurs, les principaux sujets qu'il faut nécessairement prêcher dans toute retraite, si Ton y veut faire sérieusement l'œuvre de Dieu, c'est-

à-dire éveiller, éclairer, ébranler les âmes, et finalement les convertir.

De plus, Messieurs, ces sujets bien choisis, il faut les coordonner, les enchaîner, les disposer, selon les lois d'un certain progrès que la grâce suit, ordinairement , dans l'œuvre de la conversion des pécheurs. Nous avons ici un beau modèle : Lisez, dans le saint concile de Trente, l'admirable chapitre Disponufitur^ le sixième de Justificatione, où sont si parfaitement décrites toutes les opérations de la grâce divine, disposant l'âme du pécheur, et, de proche en proche, le conduisant avec force et douceur jusqu'à ces suprêmes résolutions qui décident tout, et rendent enfin une âme à Dieu ; vous trouverez là , Messieurs, la plus sûre et la plus lumineuse indication, pour le choix et l'ordre des sujets qui doivent être traités exhortativement dans une retraite.

Une autre observation très-importante est celleci : tous ces sujets si essentiels, il ne faut pas se contenter de les traiter chacun en son Heu et une fois pour toutes, dans un sermon ad hoc; de sorte qu'on ne parle, par exemple, du ciel ou de l'enfer que dans l'entretien sur le ciel ou l'enfer; de la confession, que dans l'entretien sur la confession, et ainsi des autres: non, Messieurs; mais il faut que toutes les vérités, toutes les maximes, tous les préceptes, tous les devoirs qu'on juge les plus nécessaires à rappeler dans une retraite, reviennent sans cesse, d'une

LA PAROLE EXnORTATIVE. 153

manière ou d'une autre, sous une forme ou sous une autre , dans presque tous les discours, et que, opportune^ importuné^ comme dit l'Apôtre , ils soient continuellement répétés.

C'est le seul moyen de faire entrer enfin dans les esprits ce qu'on veut y mettre, et de produire, par ses Exhortations , de grandes et profondes impressions sur les âmes.

Voilà pour ce qu'on peut appeler la prédication extraordinaire; j'arrive maintenant aux formes ordinaires de la parole pastorale.

Il est dans le courant de l'année un genre de prédication, où la parole pastorale peut et doit très-particulièrement être Exhortative, c'est XHomélie,

L'Homélie est une prédication courte, mais trèsintéressante, si elle est bien faite, et de nature à produire une vive impression sur les âmes. C'est tout autre chose que l'instruction proprement dite. On y peut librement déployer son âme et son cœur. Elle demande une certaine chaleur, et comporte môme le mouvement de la plus vive éloquence. C'est un petit discours, qui peut être tour à tour, selon les sujets et les fêtes, gracieux et doux, ou bien d'une gravité saisissante et pénétrante.

Cependant , de même que rinstruction doit être souvent, comme nous l'avons dit, Exhortative, THomélie, dont le but principal est d'exhorter, doit être cependant toujours Instructive, s'appuyer toujours sur un enseignement de foi, sur un fond très-solide.

Elle roule quelquefois sur une seule vérité, mais qu'elle met en saillie, et qu'elle jette pour ainsi dire toute lumineuse et toute ardente, comme un trait, dans l'àme des auditeurs.

Le sujet de l'Homélie peut être le mystère même du jour, ou le fait divin raconté dans l'Évangile; mais alors il est essentiel de toujours faire une application personnelle aux âmes, soit du mystère, soit du fait évangélique. Car, il ne s'agit pas là de donner carrière à son imagination, de montrer son esprit et son style : avant tout, le but de l'Homélie, comme de toute parole sacerdotale, c'est d'améliorer, c'est de convertir.

Parole toute pastorale, animée, chaleureuse, effective; il n'y faut rien de purement spéculatif, rien en l'air, rien qui ne s'adresse directement aux âmes, et ne les attaque par quelque endroit.

Assaut des âmes, vive attaque des cœurs, l'Homélie doit loujoui^ tendre à loucher, frapper, émouvoir les pécheurs, les arracher au vice, les exciter au bien, cl laisser tour à tour dans leurs àines des impressions douces ou fortes, consolantes ou terribles.

LA PAROLE FXHORTATIVE. 155

J'ai dit qu'elle prenait texte ordinairement dans l'Évangile du jour, soit en le paraphrasant, soit en lui empruntant pour sujet un détail particulier : mais, dans l'un et l'autre cas, il est de rigueur d'indiquer, au commencement et à la fin de l'Homélie, le but qu'on se propose, et la pensée principale du sujet : sinon, qu'arrive-t-il ? c'est que l'Instruction nécessaire et l'Exhortation solide s'évanouissent dans l'esprit des auditeurs.

Quelquefois, au lieu de l'Évangile, en certains jours de fête, l'Homélie peut et doit traiter des sujets dogmatiques ; mais elle doit alors toujours finir par une conclusion morale, bien amenée, et suffisamment développée , qui fasse descendre les auditeurs dans leur conscience, et les oblige à réfléchir sérieusement sur eux-mêmes.

Je dis, suffisamment développée. Il y a, il doit y avoir dans une Homélie, comme dans tout discours , un point capital et culminant, duquel dépend tout le fruit qu'on veut produire : dans l'Homélie, ce point capital, c'est la conclusion pratique; pour arriver là, l'Homélie doit se hâter, passant sur les accessoires rapidement, et réservant pour le trait pratique et décisif toute sa force. Trop souvent les jeunes prédicateurs surtout font le contraire : c'est sur des accessoires, brillants peut-être, mais d'une importance secondaire, qu'ils épuisent leurs dévelop-

pements et leur temps; puis le point pratique el important du discours est à peine effleuré.

Inévitablement alors, tout le fruit de l'Homélie est à peu près perdu. Le mot de M. Tronson , sur ces morales écourlées, est plein de justesse. Un jeune Prêtre lui ayant lu son homélie : « Votre morale , lui dit-il, est trop courte; elle ne peut toucher et enflammer les cœurs de vos auditeurs. Elle se dissipe trop tôt, comme une fusée. »

De même encore, jamais de morale vague, toujours celle qui convient aux auditeurs, et qui va droit à leurs besoins actuels; pas de déclamations; pas de rhétorique, pas de vaines phrases ou de froides banalités; toujours parler directement, à eux et pour eux.

C'est ainsi et par là même que l'Homélie peut arriver quelquefois à la plus grande véhémence : et toutefois, dans la bouche de personne, il ne faut jamais d'invective trop amère, ou du moins pas d'accusation persécutrice, et d'une personnalité excessive, qui puisse gêner les paroissiens dans leurs rapports avec leur pasteur, ou qui indique trop la science particulière du confesseur, ou le ressentiment secret d'une opposition éprouvée, d'une injure reçue. Rien n'est plus contraire à l'esprit pastoral que ces porsonnalités on chaire, ces désignations toujours avidement cl malignement saisies. N'oubliez pas,

LA PAROLE EXIIORTATIVE. 157

Messieurs, que quand un pasteur se laisse ainsi entraîner, il blesse tout à la fois la charité de Jésus- Christ, la dignité de son ministère et les défenses formelles de l'Église. Car l'Église a fait des lois expresses contre cet abus de la parole sainte, qui peut avoir du reste des suites si fâcheuses : il suffit quelquefois d'un mot imprudenunent lancé pour ruiner l'autorité d'un prêtre dans une paroisse, et mettre entre lui et certaines âmes à jamais blessées des barrières infranchissables.

C'est ici le cas de faire observer que, surtout lorsqu'on parle aux fidèles , soit en public , soit en particulier, du vice impur, il faut le faire avec netteté et vigueur , mais grande dignité ; il faut élever, purifier les âmes par le ton pénétré , la chaleur et la noblesse du discours.

Enfin, puisque les impressions, quoique vives, durent peu, il est nécessaire de revenir souvent sur les mêmes vérités, de les présenter sous diverses formes, dans une même homélie ; et, quand elles sont plus importantes, de les traiter de temps à autre régulièrement chaque année.

Et voilà pourquoi, comme pour les instructions, il est nécessaire d'avoir un plan d' Homélies, dans lequel se trouvent marqués tous les sujets que l'on traitera pendant le cours de l'année : autrement on serait exposé à négliger des sujets importants, quelquefois même pendant plusieurs années de suite.

i58 LA PAROLE PASTORALE.

J'ajouterai enfin qu'il est tout à fait nécessaire, pour que la parole ait de l'autorité et agisse sur les âmes, que les prédicateurs d'Homélie ne négligent pas la manière de dire.

. Voilà tout le secret pour faire une bonne homélie. On le voit, il faut que le cœur y parle : le cœur, c'est-à-dire, le zèle des âmes, l'amour, le dévoûment au vrai bien des fidèles. Que cette flamme de zèle soit au cœur des Pasteurs, quand ils parlent à leurs ouailles, et leur langage aura toujours l'éloquence qu'il doit avoir. C'est toujours YAmas mef Pasce ovesy Pasce agnos.

Une autre sorte de parole pastorale Exhortative, et que je ne saurais trop vous reconunander, Messieurs, c'est ce que j'appellerai YEntretien cordial du Pasteur avec ses ouailles , du père avec ses entants : un entretien simple et familier, où se fait la communication de toutes choses, comme en famille; où Ton se dit ses joies et ses peines, ses espérances et ses craintes, ses satisfactions ou ses mécontentements.

C est rexcixMce où une paroisse devient véritablement comme une famille : de même qu'au foyer domestique, après le li^avail du jour, le père rassemble autour de lui tous ses enfants et cause avec

LA PAROLE EXHORTATIVE 150

nxx de tout ce qui les intéresse; de même à certaines tpoques, à certains moments, le Pasteur dit à son roupeau rassemblé devant lui, dans la paix et le ilence du repos du dimanche, et tous les travaux de B semaine achevés, tout ce qu'il a sur le cœur et lans le cœur, pour ou contre eux : toutes ses remarques MT leur conduite, toutes les observations de son zèle.

C'est là que, selon le mot et l'exemple de saint Paul, il se fait tout à tous, se proportionne, s'égaie nême quelquefois comme un enfant : Tanquam mrvulus in medio vestrî, ou, selon cet autre mot le l'Apôtre, qu'il s'attendrit comme une mère : Tanquam si nutrix foveat filios suos ; mais c'est là aussi qu'il tonne quelquefois et menace, mais toujours avec amour.

C'est là où il les loue, où il les blâme, où il les pldnt, où il les encourage ; là, où il les amuse quelquefois un moment, et là où il les fait quelquefois aussi pleurer; mais là où il les intéresse toujours, car c'est là qu'il leur raconte ce qui se passe d'important, d'heureux ou de malheureux dans la paroisse, là où toutes les phases de leur vie laborieuse et religieuse se représentent à eux, avec un charme, avec un attrait de curiosité singuUère ; là où tout devient un événenaent, une attente, une surprise, une consolation ou un chagrin salutaire, et toujours un enseignement : en un mot, c'est là qu'il est père, là qu'il paraît avec rautorité, Ijsi majesté, la bonté, la tendresse, les insi-

nuations, les menaces, les bénédictions, et, quand il le ^faut, les malédictions d'un père.

C'est là surtout, que le Pasteur raconte ses bonheurs et ses tristesses : le progrès des uns, le retard de tels autres, les changements heureux , les amélî(h rations sensibles, les succès inattendus.

C'est là qu'il annonce solennellement, et avec tous les détails les plus piquants, les plus curieux, et longtemps à l'avance, les fêtes de la paroisse et de l'année chrétienne, les visites honorables et agréables qu'on espère , les personnages , évoques ou autres, qui se proposent de venir juger par eux-mêmes le bien qu'on dit de la paroisse.

C'est là qu'à la veille des fêtes, il leur raconte l'histoire de la fêle, la vie du Saint, au moins les traits les plus saillants. C'est là aussi que se Ut le Progranune de la fête ; et on achève ordinairement par une exhortation cordiale sur la joie de l'absolution reçue et le bonheur de la communion prochaine.

Pour tout dire enfin, c'est alors que le Pasteur raconte aux fidèles les histoires les plus récréatives et les plus instructives; tous les événements religieux et curieux du dehors; les grandes conversions; les beaux pèlerinages; les récits des missions étrangères ; tout ce qui frappe et saisit les âmes, et les enflamme pour le bien.

Dans mes souvenirs de \ie pastorale, à Paris, soit à la Madeleine, soit à Saint-Roch, soit dans mes Calé-

LA PAROLE EXIIORTATIVE. 161

chismes, soit au Petit-Seminaire, c'est l'entretien paternel qui occupe la plus haute place; car c'est là où nous ne faisions sensiblement tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme; où nous sentions avec douceur que nous nous aimions les uns les autres ; où toutes les peines s'effaçaient, tous les nuages se dissipaient ; là où la sérénité revenait; là où mon âme a donné à ceux qui étaient mes enfants tant d'avis consolants, et aussi tant d'avis terribles : et tous les sentiments qui m'agitaient, paraissaient tour à tour sur leur visage à mesure que je les exprimais, et pénétraient leur âme.

C'est dans ces entreliens paternels qu'un Pasteur donne à ses paroissiens tous les Avis, qui ne peuvent trouver place dans les prônes, homélies, ou autres discours, et qui sont si importants à la bonne direction d'une paroisse.

Les Avis bien donnés, à propos, avec le ton et l'accent convenables pour chaque chose, vont bien plus loin et pénètrent plus profondément que toute autre parole. C'est dans les avis que se trouve proprement la direction de la famille, l'Éducation des âmes : c'est la parole paternelle, pastorale, gouvernant, redressant, formant le cœur, l'esprit, les habitudes : en deux mots, c'est encore ici l'âme et la vie d'une paroisse.

Fréquents et presque toujours inattendus, arrivant chaque fois à l'instant opportun, tombant direc-

tement et discrètement sur ceux qu'ils regardent, les Avis ont une puissance de direction et de correction que rien n'égale : aussi, je n'hésite pas à le dire, savoir donner des Avis est un des premiers et plus nécessaires talents d'un Pasteur.

Si l'on demande : sur quoi roulent ces Avis ? Sur tout, répondrai-je : sur les défauts et les vices des uns, ou bien sur les vertus des autres, sans personnalités, bien entendu ! sur les points qui ne sont pas observés conune il faut ; sur les pratiques les plus essentielles de la vie chrétienne , auxquelles un bon Pasteur doit s'appliquer particulièrement à former les âmes qui lui sont confiées , comme la prière du matin et du soir, les soins qu'il faut prendre pour ' se bien confesser, la manière d'assister à la sainte messe, etc.; sur les devoirs des enfants à l'égard de leurs parents , le respect , l'obéissance , l'affection qu'ils leur doivent, ainsi qu'à leurs maîtres; sur les soins que les parents doivent à leurs enfants, etc., etc.

Ost encore dans ces Avis qu'on les félicite delà consolation qu ils domient,ou qu'on leur reproche leur négligence; e*esl là encore qu on reconunande à leurs prièivs les malades, les mourants, les morts, les voyageui^, les militiiires, etc. Quelquefois ce sont des hisloiivs , quelquefois des paraboles qu'on leur raconte.

Mais quel ton prendre dans ces Avis ? Il est difticile de le dire : ce ton est aussi varié que les Avis euxHQdèmes*

LA PAROLE EXHORTATIVE. 163

La parole y est tour à tour simple, familière, aimable; puis elle devient tout à coup, quand il le faut, très-pressante, très-animée, très-forte, afin de toucher, de pénétrer, de convertir. C'est là surtout qu'il faut éviter la phrase, et ce triste ton qu'on appelle à grand tort le ton de la chaire, et qui n'est rien qu'un ton factice et de convention , à Tusage de ceux qui ne savent pas trouver le ton de la nature, de la vérité et du zèle.

La simplicité, la familiarité, l'aisance; le naturel, l'absence de toute recherche, de toute prétention; et cependant une certaine tenue, une certaine force, une certaine dignité de langage, mêlée au besoin de finesse, de saillies inattendues, de gaîté, de grâce : tels doivent être le ton et le caractère des Avis.

Cette partie si importante du ministère de la parole, dans une paroisse, réclame évidemment une très-grande attention. Il est capital de ne point donner les Avis au hasard, sans suite, ni but. Pour cela, il faut les prévoir et les préparer. Or, pour les bien prévoû:, un plan d'Avis complet et bien conçu est encore tout à fait désirable. Je dis un plan ; car s'il y a des avis exigés par des circonstances spéciales et imprévues , il y en a, et beaucoup, qui tiennent aux circonstances communes de l'année et de la vie chrétienne ; et c'est pour ces Avis qu'un plan est possible et à peu près nécessaire. Une sérieuse préparation ne l'est pas moins pour les bien donner, avec le dis-

oernement et le tact convenable, d'une manière pratique, tout à la fois utile et agréable.

Sans doute, les Avis ont plus ou moins d'importance et ne demandent pas tous une égale préparation. Mais il y a des Avis tellement graves, qu'ils ne peuvent manquer leur effet sans les inconvénients les plus fâcheux : ceux-là sont extrêmement difiGiciles à bien donner, et demandent une perfection rare; car il s'agit là de frapper à coup sûr, d'atteindre inévitablement ce qu'on veut atteindre, et de vaincre de vivo force telle ou telle résistance. Je ne crains pas de dire que c'est vraiment alors comme une lutte corps à corps, comme un duel avec le mal, tant il arrive que de tels Avis sont directs et personnels, tant il faut toucher juste et pénétrer quelquefois jusqu'aux dernières profondeurs.

Pour moi , j'étonnerai peut-être en le disant, mais c'est la simple vérité, rien ne me demandait plus de peine que ces A\is : je ne préparais pas avec plus de soin les plus grands discours pour les plus grandes chaires de Paris. Ah! quand on ne l'a pas expérimenté, on ne sait pas combien il est délicat d'attaquer directement le fond et les résistances d'une ûme, quelle qu elle soit !

LA PAROLE EXHORTATIVE. 165

Est-il besoin, après tout ce que nous avons dit, d'insister longtemps pour démontrer que ces entretiens du Pasteur avec son troupeau , dans la simplicité d'un familier et paternel abandon, sur tout ce qui intéresse leur âme et leur vie, sont indispensables , et qu'une Paroisse vraiment chrétienne ne peut s'en passer ? La parole d'un Pasteur , épanchant chaque jour son âme dans l'âme de ses enfants, parole directe , précise, prenant les âmes sur le fait , parlant aux paroissiens d'eux-mêmes, entrant dans leur esprit, dans leur cœur, dans le plus intime de leur vie : quelle parole , quelle action pourrait valoir celle-là !

Où sera-t-il donné à un bon prêtre de façonner plus à son gré, de mieux marquer de son empreinte, A' élever plus véritablement les âmes? Où se monlrerat-il plus Pasteur, je ne dis pas assez, plus Père? Qu'est-ce qui donnera mieux à une Paroisse l'image d'une famille? Et ne doit-il pas en être ainsi? Une Paroisse ne doit-elle pas être une famille véritablement? Et y a-t-il une famille où ces entreliens au foyer domestique n'aient pas lieu? où le père n'éprouve pas le besoin , après les labeurs du jour, de retrouver ses enfants, de causer avec eux familièrement, cœur à cœur , avec une condescendance dans laquelle se montre l'amour , et qui entretient l'amour ?

Je ne crains pas de le dire : un Curé, qui n'a jamais en chaire d'entretien paternel avec ses paroissiens, se prive de la plus précieuse de ses ressources, de son plus puissant moyen d'action, et il crée dans son ministère comme dans l'âme des fidèles, une lacune que les efforts qu'il fera du reste ne combleront pas.

Qu'y a-t-il, en effet, de plus en rapport avec la fonction toute paternelle du Pasteur, et j'ajouterai avec le ministère pastoral, que ces entretiens familiers où le Pasteur s'attempère avec une touchante condescendance à tous ses enfants, descend avec affection jusqu'à eux, dans tous les détails de leur vie quotidienne pour les élever jusqu'à lui ! Pour moi, je vois là une si manifeste et si palpable nécessité, que je ne saurais comprendre, ni accepter le gouvernement d'une Paroisse, s'il ne m'était pas permis d'avoir ces entretiens intimes avec mes paroissiens. Quoi ! vous avez là des enfants, vous êtes leur père, et vous ne leur ouvririez jamais votre âme, et vous pourriez vous résigner à n'avoir jamais un entretien cordial avec eux ! Mais ne serait-ce pas renoncer à votre œuvre , à votre mission même, à l'apostolat des âmes?

Est-ce donc là d'ailleurs un ministère si difficile, et où l'on puisse tant craindre d'échouer? Je ne demande qu'une chose à un Curé, pour faire pai'faitement ces entretiens, c'est qu'il aime vraiment ses paroissiens. Oui, qu'il les aime, et tout ce qui les

LA PAROLE EXHORTATIVE. 167

touche le touchera, Tintéressera, l'animera; qu'il les aime et qu'il laisse avec eux parler son cœur, il sera sûr toujours de bien parler, de trouver tout ce qu'il faut dire, de se proportionner à chacun, et de faire du bien à leur âme. Eh mon Dieu ! mais c'est là tout le secret de ceux qui parlent vraiment aux âmes : entrer en rapport avec elles, s'identifier avec leurs besoins, leurs désirs, se faire petit avec les petits, faible avec les faibles, tout à tous !

Voyez saint Paul avec les premiers fidèles : c'est un père avec ses enfants ; ces tempéraments, ces condescendances, ces soUicitudes, ces effusions, ces communications quotidiennes, c'est tout le ministère du grand Apôtre !

L'illustre et touchant exemple de saint Paul ne saurait être trop médité, et mérite bien qu'on s'y arrête : saint Augustin et Bossuet n'ont pu le considérer sans un profond attendrissement, et on sait avec quelle éloquence ils l'ont commenté. Oui, quand saint Paul représente ce qu'il était avec les premiers fidèles, se faisant enfant avec ses enfants dans la foi pour leur donner le lait de la doctrine comme à des enfants; quand saint Augustin, avec l'éloquence de son cœur, raconte ces abaissements de l'Apôtre des nations, c'est le portrait même d'un bon Pasteur qu'ils nous font. L'analogie est frappante : Je veux vous citer , tout entier ici , Messieurs , ce beau passage de saint Augustin , qui , tout en montrant comment le plus

grand zèle sait s'abaisser et condescendre aux âmes, relèvera jusqu'aux hauteurs du plus sublime apostolat l'humble ministère d'un Pasteur, parlant avec familiarité à ses paroissiens :

« Je sais un homme, dit saint Paul parlant de « lui-même, qui , il n'y a pas encore quatorze ans, « a été ravi jusqu'au troisième ciel, et y a entendu « des parolesyineffables qu'il n'est pas possible à « une langue humaine de redire. Et cependant , « continue l'Apôtre, « je me suis fait petit au a milieu de vous, comme une nourrice qui ré- (L chauffe et nourrit ses enfants, d — C'est ce que <t nous voyons en effet, continue saint Augustin ; les <t nourrices et les mères descendent et s'abaissent « jusqu'à leurs enfants. Quoiqu'elles sachent parfaic tement parler, elles écoulent les paroles, elles les « brisent en quelque sorte, afin de réduire le (L langage que tout le monde parle à des sons cares- « sants et enfantins. Un père fait de même, fût-il <r un orateur si éminent que sa pai^ole excitât l'ad- <c miralion et provoquât des applaudissements « universels , soit au forum , soit au barreau , s'il a « un enfant en bas âge, rentré chez lui, il oublie « toute cette haute éloquence à laquelle il s'était élevé, « et il s'abaisse vers son enfant pour bégayer avec lui « l'accent d'un langage enfantin (1). y>

(1) Factus sum parvulus, inquit. in medio vestrûmt tanquam si nutrix foveat filios suos. Videinus cnira et nutrices et maires

LA PAROLE EXIIORTATIVE. 169

Laissons maintenant Bossuet traduire ici et commenter saint Augustin :

€ Voyez , dit le grand évêque de Meaux , voyez c cette mère et cette nourrice, ou ce père même, si « vous voulez, comme il se rapetisse avec cet enfant, c si je puis parler de la sorte. Il vient du palais, c dit saint Augustin (1), où il a prononcé des c arrêts , où il a tout fait retentir du bruit de son « éloquence : retourné dans son domestique , le soir, « parmi ses enfants, il vous paraît un autre homme: c ce ton de voix magnifique a dégénéré et s'est « changé en un bégaiement; ce visage, naguère si < grave, a pris tout à coup un air enfantin. Une c troupe d'enfants l'environne, auxquels il est ravi a de parler ; et ils ont tant de pouvoir sur ses volon- « tés, qu'il ne peut rien leur refuser que ce qui leur c nuit. Puisque l'amour des enfants produit ces c effets , il faut bien que la charité chrétienne, qui c donne des sentiments maternels , particulièrement t aux pasteurs des âmes , inspire en môme temps « la condescendance : elle accorde tout , excepté co

descendere ad parvulos : etsi norunt laiina verba dicerc, docurtant illa, et quassant quodammodo linguam sunm, ut possint do lingua diserta fieri blandimcnta pucrilia : et discrtus aliquis paler, etsi sit tantus orator ut lingua illius fora concrcpcnt, et tribunalia concutiantur , si habcat parvulum filiuni, cuin ad doinuni rodierit, scponit forcusem eloqueniiam quo adsccnderat, et lingua puerili descendit ad parvulum.

(1) In Joan., Tract, vu, p. 22, ui, part, ii, col. 352.

170 Là PAROLE PASTORALE.

€ qui est contraire au salut. Vous le savez, ô grand « Paul , qui êtes descendu tant de fois du troisième « ciel pour bégayer avec les enfants ; qui paraissiez « vous-même, parmi les fidèles, ainsi qu'un enfant : « facti sumtis parvuli inmedio vestrûm (1); petit « avec les petits , infirme avec les infirmes; tout à c tous, afin de les sauver tous !

« Et que dirai-je de saint François de Sales? > — « c'est toujours Bossuet qui parle ; — « comment « représenter au naturel les saints artifices de sa « charitable condescendance pour les âmes? Je le « ferai en exposant ici les vrais caractères de la « charité pastorale que saint Augustin nous a si « tendrement exprimés.

« La charité, nous dit-il, enfante les uns, s'affaiblit « avec les autres ; elle a soin d'édifier ceux-ci , elle « craint de blesser ceux-là, elle s'abaisse avec les « uns, elle s'élève contre les autres : douce pour « certains , sévère à quelques-uns , ennemie de per- « sonne, elle se montre la mère de tous; elle couvre « de ses plumes molles ses tendres poussins; elle « appelle d'une voix pressante ceux qui se plaignent; « et les superbes , qui refusent de se rendre sous « ses ailes caresssantes , deviennent la proie des « oiseaux voraces (2).

Il) î Thess., II. 7.

(2) Ipsa charitas alios parluritt cnm aliis infirmatur : alioi curât œdificare, alios contremiscU offendere; ad alios se tneU-

LA PAROLE EXIIORTATIVE. 171

€ Elle s'élève contre les uns sans s'emporter, et : s'abaisse devant les autres sans se démettre :

sévère à ceux-là sans rigueur , et douce à ceux-ci « sans flatterie ; elle se plaît avec les forts , mais elle i les quitte pour courir aux besoins des faibles. »

Ainsi fait un bon Pasteur, ainsi doit-il faire surtout lans ce que j'ai appelé les avis et les entretiens paemel?, et c'est pourquoi ces entretiens sont un des )lus admirables et des plus puissants moyens d'aposx)lat : c'est la charité, le zèle, l'amour même, igissant sur les âmes dans tout l'attrait de leur douceur, dans tout le charme de leur tendresse et dans toute la force d'un invincible dévoûment.

Telle est, Messieurs, la nécessité, la nature, et les liverses formes de la Parole Exhortative.

Je vous dirai encore un mot ici, Messieurs, de quelques autres manières dont la Parole pastorale se peut faire entendre avec grand fruit, avec plus de fruit même quelquefois que dans de grands sermons.

1** Il n'y a pas de paroisses où l'on ne chante des cantiques dans les catéchismes, dans les retraites,

nati ad alios se erigit; aliis blanda, aliis severa : nulli inimica, omnibus mater; languidulis plumis teneros fœtus operit, et susurrantes pullos contracta voce advocat; cujus blandas alas refugientes superbi^ prœda /iunt alitibus.

dans les réunions de confréries. 11 serait fort utile quelquefois de paraphraser ces cantiques, c'est-àdire de faire, au moins sur les couplets qui y prêtent le plus, quelques réflexions. L'expérience que j'en ai m'autorise à vous recommander ces paraphrases comme une chose dont on peut obtenir les meilleurs effets.

La paraphrase, c'est une prédication, mais courte, vive, saisissante: elle repose du chant, elle explique ce qu'on a chanté et le fait mieux comprendre ; et le chant à son tour aide à mieux sentir le couplet paraphrasé, quand, après la paraphrase, on le reprend, ce qui doit toujours se pratiquer pour les couplets les plus saillants. La Parole de Dieu entre ainsi plus avant dans l'esprit et dans le cœur des auditeurs, et, par ce mutuel appui que se prêtent le chant et la paraphrase, on fait sur les âmes de bien plus profondes impressions.

Que de fois, dans les catéchismes, n'ai-je pas vu ces simples paraphrases des cantiques produire des émotions extraordinaires dans les enfants et sur les parents! Ils étaient visiblement touchés; des larmes coulaient de leurs yeux ; et quand ensuite ils reprenaient le couplet paraphrasé, ce qu'ils sentaient dans leur âme se trahissait par l'accent plus vif, plus tendre, plus véhément, plus résolu que prenaient leurs voix, selon les divers sens des pai'oles. On voyait qu'ils comprenaient enfin, qu'ils goûtaient ; que

LA tARÔLÉ EXHORÎATlVE. 173

leur esprit, que leur cœur étaient entrés dans ces paroles, dans ce chant; et la grâce de Dieu y était aussi : In gratiâ cantantes in cordibus Deo.

2o Dans toutes les paroisses on célèbre plusieurs fois chaque année des fêtes et des messes de confréries et corps de métiers. Vous avez ces jours-là. Messieurs, beaucoup d'hommes à l'Église, et il y en a parmi eux, hélas! qui n'y viennent jamais ou presque jamais en dehors de ces circonstances extraordinaires. Pourquoi ne saisiriez-vous pas ces occasions , rares et favorables, pour faire entendre à ces hommes la parole de Dieu, non de grands et beaux discours, mais des allocutions pastorales, simples, courtes, et toutefois bien préparées ; car on n'a jamais besoin de se mieux préparer que pour prêcher à ceux qui viennent rarement à l'Église : il faut faire en sorte que la parole de Dieu qu'ils n'ont pas l'habitude d'entendre puisse les frapper; et surtout, pendant qu'on les a là, il faut s'étudier à leur dire les choses les plus utiles, les plus nécessaires pour eux, ce qui va le mieux à leurs besoins, et qui en même temps leur montre l'intérêt et l'affection qu'on leur porte : or rien n'exige plus de préparation , sinon pour la forme, du moins pour le fonds et'le choix des choses.

J'en suis persuadé, Messieurs : un curé qui après s'être préparé, dans le sens que j'ai dit, parlerait toujours aux messes des confréries cl corps de métiers, ferait chaque fois de salutaires impressions sut plu*

sieurs de ses auditeurs ; et s'il n'opérait pas immédiatement des conversions, il les préparerait du moins pour plus tard, surtout pour l'heure de la mort. Regardons, Messieurs, comme une bonne fortune toutes les occasions de parler à ces hommes que le malheur des temps a éloignés de l'Église, et ne laissons passer aucune de ces précieuses occasions sans en profiter.

Une autre circonstance encore où il serait parfois bien utile de parler, ne fôt-ce que quelques instants, c'est aux messes d'enterrements; non pour faire réloge du défunt , mais pour adresser aux assistants quelques paroles graves et bien senties sur les grandes leçons que nous donne la mort, sur la brièveté de la vie , l'incertitude de la dernière heure, • la nécessité de se tenir toujours prêt, etc. De telles réflexions, tombant sur des âmes déjà disposées aux pensées sérieuses par ce spectacle funèbre , ne pourraient que produire d'excellents effets et quelquefois les plus salutaires impressions.

3MI y a une parole à faire entendre. Messieurs, aux mariages et aux baptêmes : ce sont là encore des occasions précieuses, qu'il faut savoir saisir pour édifier les fidèles, et pour dire des vérités utiles à ceux — comme il s'en trouve trop souvent dans ces circonstances — qui sont par rapport à la religion , tanquam alieni et hospites. Si on se contente quelquefois de l'exhortation du rituel , et c'est le moins qu'on puisse faire, qu'on la lise toujours avec beaucoup de gravité.

LA PAROLE EXHORTATIVE. 175

de dignité et d'un ton qui fasse sentir les choses qu'on lit.

4** Enfin, il y a cette Parole individuelle, si je puis dire ainsi , qu'il faut faire entendre en particulier aux fidèles, quand on leur administre le sacrement de pénitence, et surtout lorsqu'on leur donne les derniers sacrements, dans leurs maladies. De cette parole, souvent, peut dépendre le salut des malades. Il s'agit de leur inspirer ces sentiments chrétiens, de foi, d'espérance, de charité, de contrition, sans lesquels les sacrements n'opéreraient point. L'exhortation du rituel , ici , ne saurait suffire ; elle n'est bonne, évidemment, que si on a déjà disposé le malade par une parole directe, appropriée a son état, à ses dispositions, à ses besoins particuliers. Cette parole elle-même a besoin d'être bien préparée, parce que les fautes qu'on ferait ici, en disant ce qu'il ne faudrait pas dire, ou en ne disant pas ce qu'il faudrait, seraient ordinairement irréparables. Tout prêtre qui exerce le ministère auprès des malades, pourrait utilement avoir plusieurs petites instructions et exhortations pour ces circonstances, préparées convenablement, et même au besoin apprises par cœur; variées, bien entendu, selon la prévision des divers cas possibles , sauf à y apporter encore sur l'heure les modifications désirables. Si l'on ne prend pas quelqu'une de ces précautions, il arrivera souvent que, soit timidité, soit trouble, embarras , pesanteur d'esprit, on ne saura

176 La parole pastorale.

que dire, et on ne fera aucune impression sur malades; quelquefois même on pourrait faire impressions fâcheuses. Ce serait bien regrettabk un moment qui doit décider du sort éternel des an Je me suis laissé un peu entraîner, Messieurs, s pour vous dire des choses utiles, et qui ne sont ] certainement, hors de mon sujet. Je reviens â Parole pastorale publique.

Page 1