‹ Entretiens sur le spiritismeChapitre 3 sur 13 · DEUXIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DEUXIEME ENTRETIEN

ANALYSE DE LA COMMUNICATION DU LIVRE DES ESPRITS SUR LES PROPRIÉTÉS DE LA MATIÈRE.

Mesdames, Miîssieurs,

Dans notre dernier entretien, je me suis efforcé de vous prémunir contre cette idée préconçue et assez généralement accréditée que les Esprits étaient des êtres quelque peu fatidiques, des sortes d’oracles. Sans méconnaître que, parmi eux, il y en a qui sont d’une nature très-supérieure, d’une intelligence remarquable, d’une haute moralité, et que ceux-ci peuvent par conséquent nous être d’un grand secours par leurs communications, j’ai insisté sur ce point que la majorité, se recrutant de nous-mêmes après notre mort, devait être une image assez fidèle de la majorité terrestre, et contenir par cela même des méchants, des ignorants, des fous, avec un nombre assez clair-semé de bons et de sages.

S’il en est ainsi, nous devons nous attendre à retrouver dans les rapports avec les Esprits tout ce que nous constatons dans nos relations avec nos semblables. Or, parmi ceux-ci, quels sont les plus remuants? Quels sont ceux qui, prompts à profiter de nos faiblesses, sont les plus actifs à nous circonvenir, à nous subjuguer, cà nous exploiter ? Les mauvais sans contredit. Quant aux bons, s’ils viennent à nous, c’est pour nous donner do salu-

taires conseils, pour nous soutenir dans nos peines, pour nous améliorer, pour nous entourer de leur charité. Malheureusement, si les premiers ont de trop faciles et de trop nombreux succès, les seconds n’on ont que de rares et souvent incomplets. Or, ne réaliserions-nous pas un grand bien si nous parvenions à changer ces proportions? Yoilà ce quhl faut essayer.

Ainsi prévenus, que les hommes de bonne volonté comprennent que la communication, soit avec les vivants, soit avec les morts, ce n’est pas la soumission qui accepte sans réfléchir, c’est la lutte ; non pas cette lutte aveuglément entreprise pour le plaisir de la révolte, mais celle qui, sans parti-pris d’aucune espèce, ne veut combattre qu’avec l’arme de la rationalité. Dans ces conditions, soyons convaincus que les mauvais génies, voyant qu’ils ne sauraient avoir facilement prise sur nous s’éloigneront de plus en plus et finiront par succomber, ce qui sera un grand bien; tandis que les bons, qui occupent sur leur terrain une position supérieure, nous domineront, ce qui sera un bien plus grand encore. Leur domination en effet ne nous imposera d’autres chaînes que celles des vérités scientifiques et morales ; or, ce ne sont pas là les chaînes de la défaite, ce sont des guides qui nous dirigeront dans la voie du progrès. Un plan de résistance ainsi combiné, quelle que soit la nature de la force que nous aurons en face de nous, ne peut évidemment nous attribuer que des profits, il n’y a donc aucun péril à le suivre.

Après ce résumé, et avant d’aller plus loin, qu’une observation incidente, mais nécessaire, me soit permise. Dans le sujet que je traite, et quelques personnes m’ont paru s’etre méprises à cet égard,, mon but n’est pas de prouver l’existence des Esprits, mais seulement de dire à ceux qui croient à cette existence comment il me semble qu’on doit

se mettre eu rapport avec eux, quelles sont les conditions auxquelles nous devons chercher à satisfaire pour retirer de leurs communications des résultats utiles. Aù reste, puisque cette question de l’existence des Esprits vient de se trouver sous ma plume, laissez-moi vous dire en passant, que là où vous serez en contact avec une âme opposante, mais qui consent à descendre avec bonne foi dans sa conscience, vous n’échouerez jamais complètement. Peut-être ne réussirez-vous pas du premier coup à la convaincre, mais vous pourrez tout au moins espérer de faire disparaître la négation absolue. Que si ces deux conditions de bonne foi et de conscience vous manquent, la tâche devient presque impossible. Ne faut-il pas en elFet une base à tout raisonnement? Or, si vous prenez votre point d appui sur l’immortalité de l’âme, beaucoup plus facilement admise que 1 existence des Esprits, on vous dira qu’elle n’est pas prouvée ; si alors vous remontez à l’existence de Dieu, croyance plus généralement adoptée que les précédentes, on vous demandera s’il est vrai que Dieu existe. Parvenu à ce point, quel autre appel pourriez- vous faire q ue celui de ce sens intime que nous nommons conscience? Mais ici il est prudent de s’arrêter et d attendre, car celui qui déclare qu’il ne croit pas en Dieu, emporté par le torrent de la négation, pourrait en venir à vous demander s’il existe bien une conscience en lui , et comme dans ces circonstances la réponse la plus polie que vous pourriez lui faire serait de lui dire qu’en vérité vous n’en savez rien, vous voyez qu’il sera toujours plus charitable de clore le débat. Cependant ne désespérez pas et revenez de temps en temps à la charge, car si dans toute discussion, il y a des paroles dites et par conséquent connues, qu’on le veuille ou qu’on ne veuille pas, il y a aussi les aveux intérieurs secrets qui peuvent très-utilement collaborer avec vous.

Demome (jiie clans la vie végétale, c estdaiisToiiibre (Tue naissent et se développent les racines ûq la plante; de même, dans la vie de l’homme, cest dans les profondeurs de la conscience que s élaborent, souvent . à son insu, les bases de toutes les croyances.

Mais revenons à notre sujet. Il est donc bien entendu que ce n’est pas des preuves de^l epstence

des Esprits qu’il est ici question, qu’il s’agit seulement des conditions dans lesquelles nous devons nous placer pour entrer utilement en rapport avec eux Et comme généralement la majorité des Esprits d’en haut ne vaut ni plus ni moins que celle des Esprits d’en bas, vous en conclurez que mes observations peuvent également s'appliciuer aux uns et aux autres. . .

Mais il ne suffit pas de poser des principes quelque rationnels fj[u ils puissent paraîtie. I oui bien convaincre, il est très utile de s’appuyer sur . des exemples. Je sais que l’exemple ne crée pas le principe, mais il en facilite singulièrement! application, chose d’autant plus nécessaire que le sujet dont on s’occupe entre davantage dans le domaine

de la pratique. De plus, l’exemple indique tantôt

quelques restrictions qui ont pu nous écha^er, tantôt certaines extensions qui avaient d abord passé inapërcucs. De même., dansl ordre physique, les verres optiques ne créent pas la vision, mais ils lui viennent grandement en aide, fixent quelquesunes de ses irrésolutions et contribuent puissamment à en développer les facultés et à en augmenter les richesses.

Faisons donc maintenant des applications, c’està-dire passons en revue quelques réponses des esprits, analysons-les, et vous serez convaincus, je l’espère, que je n’ai rien exagéré.

Une des communications les plus vraies, les plus remarquables que je connaisse est celle qui, dans

le livre des Esprits, sert do préambule au dcvcloppemciit de ce titre: Propriétés de la matière.

Je pose d’abord la question :

« La pondérabilité est-elle une propriété essentielle de la matière? »

Voici maintenant la réponse:

a De la matière telle que vous rentendez, oui; « mais non de la matière considérée comme iluide « universel. La matière éthérée et subtile^ qui lorme a ce fluide est impondérable, et elle n’en est pas « moins le principe de votre matière pesante. »

Au premier abord, ce sujet ne pourra vous paraître qu'abstrait et fatigant. Ce n est pas en eflet dans une prairie émaillée de fleurs que je vais vous conduire*, c'est plutôt dans une foret dont la traversée aura scs labeurs, mais armez-vous de patience et de bonne volonté, et quand l’ombre du bois aura enfin disparu , vous serez dédommagés, je l’espère, par la splendeur des horizons qui viendront charmer vos regards. , 1

Cette communication nous dit beaucoup cle ciioses; autant il y a de mots, autant, pour ainsi dire, nous y trouvons d’instructions ; vous allez

en juger. ^ r, -i

Èlle nous rappelle d’abord 1 existence d un fluide éthéré universel, existence signalée à Newton, mais que le grand géomètre anglais n a pas voulu reconnaître et qui constitue un fait aujourd hui iirévocablement acquis à la science. . -v . ^

Elle affirme, en second lieu, l’imponderabilite du fluide : fait encore scientifiquement constaté nous savons en effet que c’est à 1 action du fluide éthére

que nous devons attribuer les phénomènes physiques appelés lumineux, calorifiques, électriques, magnétiques. Or, un corps chargé d éther qui devient ainsi éclairé, chauffé, électrisé, magnétisé, ne pèse pas plus que s’il ne l’était pas ;donc 1 éthei.

qui détermine toutes ces manifestations dans les corps, n’est pas pondérable.

On me fera peut-être observer que tout ceci est connu. Je n’en disconviens pas; mais cela prouve tout au moins que l’Esprit qui répond y voit clair, qu il ne ment pas, qu’il ne cberclie pas à nous tromper, ce qui, veuillez le croire, n’est pas la règle générale.

Mais si ces premiers faits sont connus et acceptés depuis longtemps, voici une assertion qui est loin de courir les rues.

^ « Le fluide éthéré est impondérable pour vous et n’en est pas moins le principe de votre matière pesante. »

J’ai rencontré plusieurs personnes qui n’étaient disposées à voir dans ce passage qu’une contradiction, qui se refusaient à comprendre que ce qui ne pèse pas puisse produire de la pesanteur. J’aurais pu demander à ces personnes si elles s’étaient jamais enquises d’où provenait en principe cette propriété qu’on a appelée pesanteur ; car comment pourrait-on nier avec autorité l’origine annoncée d une propriété, alors qu’on ne lui connaît encore aucune filiation avec une quelconque des forces de la nature. Mais la demande eût été inutile, car le grand esprit de Newton, qui a si remarquablement étudié et établi les lois suivant lesquelles se manifeste ce phénomène , a humldement déclaré luimême qu’il en ignorait les origines; qu’à cet égard, il s’était borné d’abord à attribuer gratuitement à la matière, ensuite, pour la commodité du langage, à désigner par un nom une propriété parfaitement appréciée quant à ses effets, mais complètement inconnue quant au principe immédiat duquel elle peut dériver. Nous ne savons donc rien à cet égard. Or ne sachant pas, nous ne sommes pas plus autorisés à nier qu’à affirmer. Le seul di*oit qui nous reste, c’est celui de chercher et d’étudier, avec le

devoir de démontrer quand nous croirons avoir trouvé.

Ce qui au premier abord nous embarrasse en ceci, ce qui peut très-facilement, j’en conviens, provoquer chez nous l’hésitation, c’est que nous ne nous accoutumons pas assez à l’idée que la nature même d’une substance, agissant comme cause, peut etre très-différente de celle des effets qu’elle est susceptible de produire. Là est tout le mystère, et ce mystère qui a pour point do départ une opposition apparente dans les mots, opposition que, sans nous en douter, nous étendons à la pensée, s’explique, s’efface et s’évapore quand on le soumet au creuset delà raison. Pour aucun de vous, certes, un violon ne sera jamais considéré comme constituant par lui-même une œuvre musicale quelconque : c’est un simple assemblage de bois et de cordes, et cependant, de ces cordes mises en vibration , s’échapperont en souffles mélodieux les chants inspirés d’Euterpe. Est-ce que la poudre, qui produit si facilement les effets de l’inflainmabilité, est une flarnrne ? Est -ce que l’alcool ahcsoin d’être ivre lui-même pour provoquer l’ivresse ? Une page d’écriture, qui consiste en diverses formes noires tracées sur un fond clair, n’est certes pas qne pensée par elle-même, puisque les illettrés ne peuvent y en trouver, et cependant n’en fait-elle pas toujours naître chez ceux qui savent lire? Enfin, ma voix qui vous parle en ce moment, et qui n’est qu’un ensemble de phénomènes purement physiques, ne produit-elle pas en vous, permettez-moi du moins de l’espérer, des effets intellectuels ? Tous ces exemples, à sujjposer qu’ils ne vous convainquent pas immédiatement, sont du moins de nature à vous faire réfléchir qu’il se pourrait bien, à tout prendre, que letJier non pesant fut la cause de la pesanteur.

Quant au fond même de celte parlie de la corn

miinication, son importance est inconstestaLle en matière spirite : car il est le point de départ de cette science des- actions fliiidiques encore peu avancée, mais qui, j’en suis convaincu, projetera les^ plus vives clartés sur les perspectives de l’avenir. Laissez- -moi donc, puisque l’occasion s’en présente, vous dire quelques mots d’initiation sur un sujet qui ne peut pas, qui ne doit pas rester étranger h notre

doctrine. .

En 1853, parut un grand ouvrage, intitule: Du 'problème général de la philosophie naturelle. L auteur M. de Boucheporn, illustre ingénieur, mort trop jeune, non pas pour sa gloire, il en a assez recueilli, mais pour la science, avait antériprement publié un autre ouvrage sur la formation de la terre et sur ses révolutions. Ces deux grandes productions sont le plus magnifique commentaire que je connaisse sur les lois de la création. Or, lorsqu’il y a dix-huit mois environ, je fus entraîné à m'occuper plus que je ne l’avais fait jusqu’alors d’études spiritualistes, mon étonnement fut des plus grands en retrouvant dans ^le livre d’Allan- Kardec l’énoncé même des théorèmes sur le fluide éthéré que M. de Boucheporn avait si admirablement traités et démontrés. Je reviendrai tout à l’heure sur cette remarquable coïncidence.

Quant à présent, constatons que ce n est pas au seul point de vue philosophique que le sujet a été étudié : c’est avec toute la rigueur des exigences mathémathiques, dynamiques et astronomiques que la solution a été obtenue. J’ajouterai même, en ce qui concerne plus particulièrement l’astronomie, que cette solution a été l’occasion d’un progrès aussi réel qu’inattendu, puisqu’elle a révélé pour les corps célestes des lois inconnues à Newton et à ses successeurs, lois que l’expérience et le calcul ont complètement vérifiées.

Il est vrai que les académies ne se sont pas en-

COI G piononcGGS, lUciis cg1<i n ci riGii (jiii doivG nous surprendre, car il n’y a qu’un pcujjlus d’un quart de siecle qu’a paru l’ouvrage dans lequel tous ces faits sont expliqués et démontrés. Or, en matière de progrès académique, nous ne sommes pas accoutumes a voir courir à la vapeur les personnes qui veulent bien consentir à avancer. Peut-être dans un autre quart de siècle la vérité commencerat-eJle à se faire jour au palais de rinstitut. Ajoutons d ailleurs qu^, dans la docte assemblée, on n’a pas encore nié, ce qui estquelquechose; qu’on a encore moins critiqué, ce qui estbeaucoup.Maisautour de 1 oeuvre on a maintenu une abstention complète, un silence absolu, un voile habilement tissé de matières réfractaires à tout rayonnement. Est-ce a un sentiment de peur, à un sentiment de dédain qu on a obéi? Je ne sais; mais quel qu’il soit, nous pouvons dire qu’un tel refus de s’éclairer est un acte ilagrant d’égoïsme et contre l’auteur et contre 1 humanité.

Ici se place une question de dates qu’il ne nous est pas permis d’omettre. Il est certain que sila parole spirite avait précédé celle de M. de Boucheporri, elle revêtirait un haut degré d’autorité. Mais la venté est que le livre des Esprits a parlé le second, deux ans plus tard, puisque sa première édition est de 1855. On pourra donc prétendre, et ion n a pas nianqué de me le dire bien souvent, que, dans ce livre, l’intelligence qui a parlé, que ce soit celle de 1 homme ou celle de l’Esprit, n’a fait que reproduire les résultats d’une théorie déjà connue. Néanmoins une part de mérite nous reste, et elle n est pas sans importance, surtout en présence de 1 abstention générale. Car ce qu’il importe ICI dénoter, c’est qu’en dehors de l’ouvrage original le livre des Esprits est la première et est restée la seule publication qui ait produit et nettement amrmé pour son compte cette grande vérité que •

c’est l’éther non pesant qui est le principe de la pesanteur. Si donc Allan-Kardec n’a ])as jeté la. halle, il a pris l’initiative de la saisir au l)ond. Et pourquoi donc cette initiative vous a-t-elle manqué à vous tous autours et directeurs de journaux, de revues et de livres ? Ne serait-ce pas parce que vos souffles inspirateurs et appréciateurs de la vérité vous viennent de régions autres que celles où le spiritisme va chercher les siens? Il me semble, Mesdames et Messieurs, que ceci ne peut-être qu’une bonne note pour notre doctrine.

De tout ce que vous venez d’entendre, il résulte évidemment que la communication qui^ nous occupe nous met en présence d’un Esprit supérieur, car non-seulement il a énoncé des faits que la science admet depuis longtemps, mais encore il en a affirmé d’autres dont jusqu'à ce jour elle a dédaigné de s’occuper, et dont pour moi la vérité est mathématiquement établie. Or, quand on se trouve face à face avec un document revêtu à un si haut degré de tous les caractères de grandes vérités, il ne faut pas se borner à en considérer quelques détails, il faut s’efforcer de les voir tous, car chacun recèle sa richesse.

Permettez-moi à ce sujet une petite digression. Lorsqu’un beau diamant vient briller à nos yeux ne nous contentons pas de jeter sur lui un coup d’œil rapide et d’ensemble, expérimentons en détail chacune de ses facettes ; nous ne serons que plus convaincus de sa valeur, si nous reconnaissons qu’il n’en est pas une qui ne jouisse d’un égal et magnifique éclat. Vous comprenez, ai-je besoin de le dire, lorsque je parle de valeur, que ce n’est pas au point de vue humain, terrestre et vénal que je l’envisage ici, mais au point de vue supérieur de la puissance créatrice à laquelle nous ne devons pas cesser de tout rapporter. Dans cet ‘ordre d’idées, je vous rappellerai que la chimie

(^110 Iti suljStciiicCj 1 titoiiiG du. dici“ inanl no sont pas autre chose que la substance, l’atome du charbon, sans plus ni moins. Admirez donc comment, en partant d’un corps som])re, noir, opaque, salissant, assez peu aggloméré pour abandonner une partie de sa substance au moindre contact, comment, dis-je, cette puissance est parvenue à produire ce qu’il y a de plus net, de plus dur, do moins divisible, de plus translucide, de plus éclatant ; vous pourrez ainsi vous faire une idée du degré auquel s’élève la science de Dieu lorsqu’il s’agit depurifier la matière, sans en changer la constitution moléculaire, et peut-être, à l’aide de cette analogie, pourrez-vous mieux entrer dans la conception de l’étendue des pouvoirs qui résident en Dieu, lorsqu’il s’agit de purifier les âmes sans en changer l’individualité.

Revenant maintenant à la communication dont nous faisons l’analyse, il me reste un point sur lequel il est nécessaire que j’appelle vos réfle.xions.

D’Esprit révélateur a dit: « De la matière telle « que vous l’entendez, oui i mais^non de la ma- « tiôre considérée comme fluide universel. »

Il doit donc y avoir deux manières d’envisager la matière ; celle qui nous est habituelle, qui se rapporte à cette matière que nous pouvons voir et toucher, matière plus ou moins concrétée, solide ou liquide et quelquefois gazeuse, mais qui, même dans cet état, est susceptible d’affecter notre toucher, quand ce ne serait que par les souffles qu’elle peut nous faire sentir à la surface du corps ; de celle-ci nous savons beaucoup de choses. Puis, vient le second point de vue consistant a considérer la matière comme fluide universel. A cet égard tout no nous est pas complètement inconnu. Nous savons en elfet que c’est en vertu de l’état de fluidité de l’éther que nous percevons la lumière et la chaleur solaires, nous pouvons

ajouter que c’est à ce meiue état que se rapporte la production de rélectricité et du maguélisme terrestre. Mais nous avons encore à faire denonibieusés et importantes conquêtes. Quant à moi, je Cl ois fermement que c’est là que nous trouverons un jour la clef des phénomènes fluidiques insépalahles des actes spirituels. Je crois que l’éther, qui nous a fait connaître quelques-uns de ses secrets, mais qui est loin dé nous les avoir tous révélés, est cette mine féconde par laquelle, à force de travail nous serons un jour en possession de toutes les richesses spirituelles, aujourd’hui seulement entievues. b il en est ainsi, vous devez comprendre toute l’importance qui s’attache à l’étude de cette science nouvelle que j’appellerai volontiers lluidique.

Ne vous semhle-t-il pas, dans tous les cas, que la distinction établie dans la communication entre les deux sortes de matières est un avis qui a eu pour objet de donner une direction à nos recherches tutures. Elle nous apprend en effet qu’il faut y introduire deux classifications distinctes, jusqu’alors ignorées, classifications auxr[uelles nous ne saurions refuser le caractère d’étre , non-seulement utiles, mais indispensables, puisque l’une des matières nous est signalée comme étant pesante dans chacune de ses circonscriptions, l’autre comme ne 1 étant pas dans son universalité.

Toutes ces choses que je viens de vous dire sur les transformations successives à l’aide desquelles la matière peut acquérir des degrés de purification de plus en plus élevés ne semblent-elles pas vous conduire par la voie d’une facile et naturelle analogie a penser qu’il doit en exister de semblaliles dans le domaine spirituel ? Est-ce que, dans celuici, nous ne rencontrons pas des esprits que nous avons ete instinctivement entraînés à appeler les uns lourds et opaques, les autres subtils et épurés.

Or, cette analogie, croyez le, grandira de jour en jour. Comment pourrait-il en être autrement, alors que vous proclamez tous, qu’à mesure que l’ame spirituelle s’élève, son enveloppe matérielle périsprilale se purifie. Vous voyez donc que le principe d’analogie dont je parle est immanent dans vos consciences. A cet égard, je ne vous apporte rien de nouveau, je ne fais que rappeler ; ce que je vous dis, vous le saviez déjà, le souffle était dans vos cœurs comme il est dans le mien. Mais où ce souffle, qui n’est aujourd’hui qu’inspirateur, doit-il nous conduire, au point de vue des explications futures, des connaissances que nous avons à acquérir ? Question difficile en sa solution, mais fort simple en son énoncé. Or, cet énoncé le voici :

« Quelle peut-ôtre la nature des relations entre « l’ame et son enveloppe à l’aide desquelles il nous a sera permis de comprendre qu’à mesure que les « âmes grandissent par leur travail intellectuel et <£ moral, ce travail réagit sur leurs enveloppes « pour les faire grandir d’autant en purification « matérielle? »

Le jour où le mot de cette énigme sera trouvé, et je crois que la science fluidique peut seule nous le donner, de grandes lumières viendront éclairer cet immense inconnu sous lequel se dérobe la conception do ce que peuvent être la nature, l’état physique, les fonctions spirituelles, les actes des vies futures. Voilà ce que je viens livrer à vos méditations; voilà des sujets de communications dignes à la fois et des esprits supérieurs et des hommes qui se sont voués au culte delà vérité.

J’ai déjà beaucoup parlé. Mesdames et Messieurs, et cependant il me reste encore quelque chose à vous dire. C’est que lorsqu’on se trouve en présence d’une révélation d’ordre très supérieur, il n’est pas un seul mot qui n’apporte son enseignement. Dail-

leurs vous ne perdrez pas de vue que le caractère d’une telle révélation n’est pas de supprimer le travail pour l’homme, 'mais de lui montrer des voies dans lesquelles il pourrait se mouvoir et trouver un aide efficace dans ses études. C’est ensuite à nous de déterminer la voie (jue nous devons préférer, d’apprécier la nature des secours sur lesquels nous pouvons comjjter. Or, tout cela ne peut se faire que par un premier travail d’études et de réflexions qui, en un sujet si important, ne saurait être exprimé en quelques lignes surtout quand on ne se home pas à prendre quelques notes pour soi-même, et qu’on a un vif’ désir qu’elles puissent être utiles au plus grand nombre. Ces considérations trouveront grâce auprès de vous et me feront sans-doute pardonner la longueur de mon récit.

Vous avez pu remarquer que la communication dit que la mafière non pesante est celle que nous devons considérer comme fluide universel. C’est sur ce mot universel que je désire maintenant vous présenter quelques observations.

La première pensée que ce mot fait naître en nous c’est que les espaces libres qui séparent entre eux tous les corps célestes et terrestres, et que l’on a considérés d’abord et longtemps comme vides, sont occupés par la matière éthérée. Ce fait est désormais consacré. Ce que nous savons aujourd’hui du phénomène de la vision nous force d’admettre que partout où nous voyons un corps dans l’espace, quelque éloigné qu’il puisse être, se trouve de la matière éthérée, contiguë à ce corps et se prolongeant sans discontinuité de lui à nous. Cette première marche de l’échelle de l’universalité est donc franchie; mais il y en a d’autres, et il faut essayer de continuer notre ascension.

Cette universalité du fluide ne prendrait-elle pas en effet un plus grand et très-instructif dévelop-

peinent si réüier, déjà répandu dans les espaces iiDict', pénctrciit 611 outre d<ins l'intérieur de tous les corps, en vertu de sa grande fluidité même et à 1 aide de leurs pores, auxquels Dieu, qui ne fait jamais rien d’inutile, doit bien certainement avoir confié quelque mission. Or, ceci n’est pas une vaine supposition, et ce fait de la pénétration des corps par l’éther est parfaitement et matériellement deniontré lorsque les corps sont translucides. Puisque en effet leur interposition n’empêche pas la faculté de voir, c’est évidemment parce que l étlier, indispensable pour toute vision, existe et continue de vibrer en eux ; sans cela tout mouvement vibiatoire s arrêterait à leur rencontre et nous cesserions de voir. Il est vrai qu’on serait porte a conclure de là que, quand les corps sont opaques, 1 éther ne les traverse pas, mais celte conclusion serait prématurée. Pour la lumière, comme pour le son, il faut, pour que nos organes deviennent perceptifs, que le nombre des vibrations par seconde des fluides excitateurs atteigne une certaine limite. Au-dessous de cette limite bien que des vibrations continuent d’exister, nos organes sont tellement constitués, que les actions qui peuvent s’exercer sur eux cessent d’étre sensibles pour nous ; l’éther existerait donc également dans les corps opaques ; seulement il y éprouverait une gene amortissante qui ferait descendre le nombre des vibrations lumineuses au-dessous de la limite où toute vision devient impossible Au reste, pour mettre le fait hors de doute, disons sans autres commentaires d’ailleurs, que les phénomènes calorifiques, qui eux aussi sont exclusivement dus à féther, prouvent surabondamment, par les effets de condensation ou de dilatation qu ils produisent sur tous les corps sans exception, qu 11 II en est pas un qui ne soit imprégné d’éther Mais nous pouvons aller plus loin dans cette

conception d'universalité attribuée à Téther. Vous répugnerait-il beaucoup, Mesdames et Messieurs , d’admettre que cette universalité, que jusqu ici nous venons de reconnaître s exercer par Ic^cupation générale de tous les espaces, soit libres, soit déjà possédés par les corps, que cette universalité, dis-je, s’amplifie, se généralise, se complété par l’idée que non-seulement l’éther est partout au point de vue de l’espace, mais qu encore il est partout au jjoint de vue de la composition meme de toute matière? C’est-à-dire qu’il n’existerait qu un seul principe matériel pour tous les corps, ^ lequel ne serait autre chose que la substance meme de l’éther, l’atome éthéré.

Ce ne saurait etre ici le lieu de vous expliquer comment cet atome, en s’accolant avecdautics semblables à lui, formerait des groiipes moléculaires par deux, trois, quatre et plus *, comment les distances, entre ces groupes tantôt identiques, tantôt difiérents, pourraient varier de maïuere a correspondre par leurs si nombreuses combinaisons à toutes les diversités des corps existants , ce serait détailler la science et je dois rester ici dans la généralité de la conception.

Mais ce dont je veux surtout pénétrer vos esprits, c’est qu’en acceptant cette manière de voir, vous ne devez pas craindre de vous aventurer dans le domaine de l’excentricité, dans les régions irréüéchies des divagations. Vous vous trouverez, au contraire, en fort bonne compagnie, en complété communion d’idées avec les savants les plus compétents, avec les plus illustres chimistes, en tete desquels nous devons placer M. Dumas, qui ne se contente pas de voir les faits scientifiques dans leurs simples apparences et dans leur isolement, mais qui sait aussi les étudier dans les relations mutuelles et philosophiques qu’ils doivent avoir entre eux. Or, non-seulement aucun fait connu ne

dément l’idée que je viens de rappeler, mais, au contraire, c’est à la suite d’un grand nombre d’inductions scientifiques que cette idée a pris naissance, qu’elle a grandi, que tous les jours elle continue de se développer; et alors vous comprendrez avec quelle puissance de vérité, nous pouvons dire du fluide éfhéré qu’il est souverainement universel, et parce que sa substance occupe tous les espaces, et parce qu’elle compose toutes les matières.

Ces diverses conceptions dont je viens de faire passer le tableau sous vos yeux, la communication actuelle les signale et les autorise ; vous pouvez juger d’après cela combien elle est d’accord et avec la science déjà acquise et avec les conjectures les mieux justifiées de la science à poursuivre et à complcter.Elle revêt ainsi le caractère éminent de toute bonne communication qui doit consister d’abord à confirmer les principes acquis, et puis, quant aux principes futurs, non pas à nous donner les vérités toutes créées, mais à nous indiquer des bases rationnelles sur lesquelles nous devons nous appuyer pour que, notre travail aidant, nous parvenions un jour à les découvrir et à les formuler.

La nature de mon sujet ne m’a pas permis. Mesdames et Messieurs, alors même que c,ela eût été dans mes facultés, d’entourer mon discours des fleurs d’une rhétorique qui séduit qui captive et récrée; malgré mes efforts pour adoucir les formes quelquefois raboteuses de la dialectique, malgré' mon désir de substituer un peu de clarté à certains trouilles inhérents à la technicité des termes, vous dev(!Z être fatigués. Puisse du moins votre esprit être dédommagé par tout ce qu’il y a de pénétrant et de magnifique dans la conclusion. N’admirerezvous pas avec moi cette action créatrice qui, en descendant à la limite du possible, avec une seule substance, a rempli tous les espaces et composé

toute chose matérielle grande ou petite ; qui de Funité a fait sortir l’infinie diversité avec tous ses ^ prestiges, avec toutes ses providences pour les êtres créés. Et si j’ajoute que l’unité se trouve dans le spirituel, comme elle existe dans le matériel; que, d’un autre côté, dans les actions qui régissent l’un et l’autre de ces principes et qui règlent les rapports qu’ils ont entre eux, règne aussi une loi unique de transmission, celle des vibrations et des mouvements fluidiques,^ ne resterez-vous pas confondus devant cette immense puissance qui a su allier tant de profusion et de richesses dans les effets, avec tant de simplicité et d’économie dans les causes? Mais un mot suffit à tout expliquer: cette puissance est celle de Dieu.

Ne terminons pas cet entretien sans rendre un hommage bien mérité à l’auteur du livre des Esprits. De deux choses Tune : ou cet ouvrage, comme le prétendent quelques-uns, est un exposé des pensées personnelles de l’auteur, ou il est véritablement un recueil de communications spirites. Dans le premier cas, il contient tant de vraies et X)rofondes conceptions sur les sujets les plus importants et les plus variés qu’on ne saurait assez admirer le génie qui a su les faire siennes, soit qu’il les ait trouvées dans le souffle des temps modernes, soit qu’elles lui aient été apportées par celui des temps anciens. Vous avez pu en juger par le nombre et la richesse des résultats qui, sur un seul point, viennent de passer sous vos yeux. Dans le second cas, la puissance d’intuition d’Allan Kardec pourrait y perdre, mais quelle profondeur de discernement, que d’études, que de dévouement, que d’amour pour ses semblables n’a-til pas fallu mettre en œuvre x)Our distinguer et séparer le bien et le mal dans les nombreux documents qu’il a dû consulter et approfondir! Enfin, quel esprit d’ordre, quelle puissance de jugement

n a-t-il pas dù déployer, alors que rien encore n’avait été fait dans ce genre, pour recueillir et classer dans son livre, non pas toutes les vérités sans doute, car il ne peut pas y avoir d’œuvre parfaite dans un monde où le progrès se poursuit toujours, mais pour en produire un si grand nombre qui, en meme temps qu’elles satisfont nos consciences, sont et seront de plus en plus le code consolateur de l’humanité!

Et, après tout, que m’importe que l’esprit qui me parle vienne d’outre-tombe ou réside ici-bas : ce n’en est pas moins une intelligence supérieure qui m’instruit. Est-ce que l’objet essentiel du spiritisme n’est pas jirécisément de faire grandir les âmes terrestres? Si ce n’était pas cela, je ne lui ^ reconnaîtrais plus d’utilité. Ne croyez donc jias, adversaires trop obstinés, que je me considérerai comme battu parce que vous aurez la prétention d’affirmer que c’est l’homme et non un Esprit qui se fait entendre. Qu’en pouvez-vous savoir? N’estce pas à Dieu seul qu’appartient le choix et surtout ce qu’il y a de secret dans les moyens, et je vous dirai que plus la parole du vivant, pénétré de la doctrine et inspiré de son souffle, aura de profondeur et d’éclat, plus se montreront grands et utiles les résultats que cette doctrine aspire à léguer à l’humanité.

La seule chose, si non vraie, qui peut se flatter de posséder la vérité en ce sujet, du moins apparente que nous devrions en conclure vous et moi, c’est que les intermédiaires seraient de moins en moins nécessaires. Ah! s’il pouvait en être ainsi, il n’est pas un de nous qui songeât à s’en plaindre; car cela prouverait que, par nous-mêmes, nous marchons à grands pas dans cette voie qui réalise les espérances, que nos énergies acquises pour le bien sont de plus en plus productives, que l’impulsion personnelle de l’homme vers le progrès

— Kl —

est devenue plus facile, qn’enfin le succès tant désire nous arrive, i)récurseLir des triomphes qui un jour, n en douiez pas. viendront couronner nos elrorts.

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