ppareilreprendraitsapositionprimitive. Enfin, si
le ])allon est rempli d’un gaz moins dense que l’air comme l’hydrogène, il s’dèvera, traversant, comme on saïf, des milieux atmospliériques de plus en 1 jusqu’à ce qu’il ait atteint une couche
de densite égalé à la sienne, et ü y restera, ne pouvant par lui -meme ni se maintenir au-dessous de cette couche, ni s élever au-dessus. Telle est l’une des lois principales de la dynamique des substances 1 uidiques, qu on peut énoncer en disant que toute masse d une pareille substance, qui ne peut pas se diffuser, ira nécessairement se loner
^ même densité
qu elle. Or celte loi, 1 analogie nous porte à la considérer comme applicable à tout fluide matériel, quoique nous ne puissions rexpérinienter direclenienl, surtout si nous ne perdons pas de vue iiue 1 etude des choses créées nous apprend de plus en ]) us que, autant Dieu a été prodigue dans lesellels autant il a été modéré et économe dans les causes.’
Or. le périsprit ({ui enveloppe l’ànie étant une matière gazeuse, douée d’un certain degré de densité, représente un véritable appareil aérostatique. Seulement Dieu a une manière autre que la nôtre de faire des ballons; il n’a pas besoin d’un tissu protecteur pour contenir le gaz et l’empecher de se répandre dans celui du dehors et de se confondre avec lui. Pour s’opposer à cette ditfusion, il dispose de la force animique qui maintient et conserve autour d’elle cette sphère iluidique dont la densité a été formée par la nature des actes accom- X)lis et qui lui est désormais irrévocablement acquise^En conséquence, lorsque, à la mort, l’ame, abandonnant la terre, entrera dans les régions de l’espace, ent)*aînée par son périsprit conformément à la loi dynamique des fluides, après avoir traversé toutes les couches de densités inférieures à la sienne, elle ira naturellement, par la force meme des choses, dans les régions possédant môme densité qu’elle, elle s’y arrêtera, et puisque cette densité est la vraie mesure de ses mérites, vous voyez que l’ame se trouvera en effet à la place qu’elle aura méritée, et que tout a été disposé par le créateur pour qu’elle ne puisse pas faire autrement que de recevoir la justice qu’elle se sera préparée à ellemême.
La solution de cet important problème est riche en conséquences, mais je ne ferai que les indiquer. D’abord, elle amxilifie, en la mieux précisant, l’idée (|ue nous devons noqs faire de la grandeur de Dieu; ensuite, elle nous permet de remonter à l’origine de cette impression mystérieuse et inévitable que nous appelons conscience ; elle nous fait comprendre pourquoi la lourdeur des remords est en raison de celles des fautes; pourquoi, lorsqu’ils doivent communiquer avec nous, les Esprits doivent modifier leur enveloppe Iluidique ; pourquoi aussi ces communications ne sont pas tou-
jours possibles; elle élucide diverses questions énoncées dans le livre des Esprits, mais qui n’ont encore pu être suflisamment approfondies. Enfin, par le nombre et fa grandeur des enseignements qu’elle met à jour, par leur rationnalité dans les détails comme dans l’ensenible, elle ne peut que ratfermir en nous le sentiment que les principes de notre doctrine doivent être aussi vrais dans leur origine, qu’ils sont féconds dans leurs conséquences. Vous voyez, Mesdames et Messieurs, que j’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais outre que ce serait long et que nous pourrons d’ailleurs y revenir plus tard, nous ne devons oublier ni les uns ni* les autres, que c’est surtout de la communication de Lapommeraie que nous devons nous occuper ici, et j’ai encore à vous faire part de diverses observations qui doivent servir de complément à cette étude ; mais comme elles sont assez nombreuses, j’en remets l’exposé au prochain entretien.
QUxVTRIEME ENTRETIEN
ANALYSE DE LA COMMUNICATION DU DOCTEUR LAPOMMERAIE. {Sicite.)
Mesdames, Messieurs,
Après les remarquables passages qui nous ont conduit à approfondir les deux grandes questions de la rétrogradation des âmes et de l’organisation de la justice divine, nous retrouvons la parole sarcastique, encore irritée, presque injurieuse de Lapommeraie.
« La société, dit-il, ne connaît que la loi du a talion, sang pour sang, meurtre pour meurtre. »
L’Esprit qui parle est trop éclairé pour avoir la conviction sincère de cette affirmation ; il n’ignore pas que si cette croyance aux nécessités de la loi du talion a été celle des temps anciens, si elle peut de nos jours être celle de quelques intelligences encore trop obscurcies, elle n’est plus celle des esprits avancés qui ont édifié et continuent d’édifier notre législation. Le principe dominant et essentiel de cette législation n’est pas autre que celui de la protection de l’opprimé contre l’opprimant; elle ne frappe pas pour se donner le plaisir de châtier, mais elle châtie, parce qu’elle le croit nécessaire aux besoins de la défense sociale qui sans cela serait tout à fait désarmée.
Il est possible qu’on n’ait pas vu toujours juste, ü est très-proljable que ce plan de défense doit être reproclial)le dans quelques-unes de ses par-
lies, la perfection ne s’obtenant jamais qn’aprôs .(le longs tâtonnements ; mais il faudrait nier l’évidence, pour ne pas reconnaître (^ue ce plan' a été l'objet de nombreuses modifications inspirées presque toujours (ians le sens de l’atténuation des peines, et non dans celui d’une aggravation de sévérité. L’intervention du jury dans les aüaires criminelles, les remaniements successifs de' son organisation constamment faits dans un sens favorable à l’inculpé, la faculté de déclaration pour les circonstances atténuantes, les facilités données à la défense, sont des preuves évidentes de ce que je dis ici; enfin le droit de grâce, ({ue nous voyons s’exercer si fréquemment, ce qui ne pourrait se faire^avec tant de libéralité si ce n’était pas toléré et môme encouragé par l’opinion publique, prouve sans. réplique que le principe de la miséricorde fait d’incontestables progrès dans riiumanité.
Ces progrès peuvent n’être pas assez rapides pour certaines natures un peu promptes à se laisser impressionner, mais si la sentimentalité a ses droits, l’expérience des faits sociaux a aussi les siens, et, tout , en versant des pleurs sur le coupa- ])le, ce que je suis fort loin d’improuver, il ne faut pas trop facilement se priver des moyens d’empécher qu’il y ait parmi nt)us d'innocentes victimes. Je crois que si les natures dont je parle ne voyaient pas les choses de trop loin, si elles se mettaient à l’œuvre, si elles essayaient de lutter contre les difficultés de toutes ces questions, si elles entraient dans un examen approfondi des discussions qu’entraînerait une révision dans un sens i*adical do n(Dtre législation criminelle, je crois, dis-je, que des hésitations aujourd’hui non soupçonnées ne tarderaient pas à assaillir leur esprit, tar, ne nous le dissimulons pas, le problème est difficile, trèsdifficile, et tant que certaines maximes perverses au premier chef, que je vous signalerai avant de
terminer, n’auront pas diminué d’énergie, la solution à laquelle nous aspirons tous menace de se taire attendre.
. Entre temps, Lapommeraie qui, dans la violence de sa fougue, hache un peu les questions et en interrompt volontiers le cours, s’écrie non sans quelque sentiment de satisfaction :
« Les attentats contre la vie et la propriété, les « maladies contagieuses, les épidémies, les révo- <( lutions, les guerres, les rétrogradations sont a autant de châtiments qui frappent justement les fl sociétés humaines à cause de leurs vices et de « leurs iniquités. »
Ne vous serable-t-il pas en vérité entendre les foudres du jésuitisme tâchant de terrifier l’humanité pour l’inviter à venir se ranger sous les abris I>rotecteurs dont il prétend avoir le monopole? Ne dirait-on pas, après avoir lu ce passage, qu’il existe' une certaine connexité entre le matérialisme de l'un et les doctrines de l'autre? Goimexité. dont la formule est fort simple : exploitation de l’humanité. Le premier procédant à la captation par la mort physique, le second par l’oblitération des consciences qui est la mort morale.
Mais quelle était donc, demanderai-je à Lapommeraie, la société qu’il y avait à punir de ses vices et de ses iniquités, lorsque Caïn, le premier assassin, attenta à la vie de son frère? D’ailleurs un tel mode de punition est-il bien exemplaire au point de vue de la raison et surtout de la justice divine! Quant au déluge, pour parler tout de suite dé la plus grande des calamités dont la tradition nous ait conservé le souvenir, concevez-vous un Dieu, ayant tant de moyens de frapper subitement ceux qu’il a condamnés, et qui prend plaisir à se donner pendant quarante jours le spectacle désolant des agonies cumulées des corps et des âmes! un Dieu qui est tellement puissant qu’après avoir pris la
résolution de punir la corruption humaine, la laisse subsister six vingt années, c'est l'expression de la Bible, temps nécessaire sans doute à la conception et auperrectionnemeut de son projetd'exler- , mination! L’absurde ici le dispute à l’injuste.
Enfin, comme je l’ai déjà fait remarquer, l’exagération du parti-pris n’est pas longtemps soutenable et Lapommeraie, dans cette circonstance, se donne un second démenti.
Gomment lui qui a si bien affirmé cette admirable pensée que l’homme est son propre justicier, peut-il maintenant nous représenter Dieu comme amoncelant tous les fléaux, non pas pour punir un coupable, ce qui pourrait être considéré comme une exception, mais des sociétés entières dans leur ensemble, les bons comme les mauvais, mettant ainsi de temps à autre le troupeau humain en coupe réglée, sauf à reprendre ensuite chacun en détail et à le punir do nouveau ? Mais tout cela ne représenterait-il pas une évidente excitation au meurtre, un vérital)le jdaidoyer émané de Dieu même en faveur de la peine de mort, peine qu’il multiplierait à coup sûr dans une bien plus grande proportion et avec infiniment moins de discernement que nous n’avons coutume de le faire nousmêmes. Vous voyez. Mesdames et Messieurs, combien le parti-pris peut être quelquefois voisin de la démence.
Mais toutes ces calamités que certainement je ne m’explique pas dans ce que leur apparition peut avoir de circonstanciel, soit par rapport aux époques où elles surviennent, soit par rapport aux pays qui en sont frappés, tous ces épouvantails que les astuces de l’ambition et de l’égoïsme font miroiter aux yeux de la crédulité humaine ont. selon moi, un tout autre caractère, et j’y vois moins un châtiment pour les faits du passé social qu’un avertissement pour les améliorations de l’avenir. D’ail-
leurs, si j’exprime cette pensée, c’est que j’en vois l;i i>ratique dans la main de Dieu meme. Vous savez qu’aux époques les plus reculées, dans les temps ant.ihumanitaires, notre globe a été le théâtre des plus effrayants cataclysmes, des perturbations les plus profondes, les plus énergiques, les plus universelles, changeant à plusieurs reprises la place des pôles et des équateurs, abaissant les montagnes et soulevant les. vallées. Certainement, on ne pourra pas nous dire qu’il s’agissait alors de punir les sociétés de leurs vices et de leurs iniquités, puisqu’il n’y avait pas de sociétés, à moins ([u‘il fût question de celles des molusques et dés lézards ; il y a donc eu autre chose. Or, sans entrer dans des détails qui ne sauraient intervenir ici, je vous dirai en deux mots que, des études géologiques faites, il résulte que le but poursuivi a toujours été de conserver ce qui avait été fait de bon pendant la période, désormais épuisée, qui avait précédé la catastrophe, et de faire en meme temps servir celle-ci à établir un autre ordre de choses destiné à la fois et à créer du nouveau et à perfectionner ce qui était encore imparfait. En un mot. Dieu, qui a fait le progrès à l’aide de ce que nous appelons cataclysme, veut aussi qu’tà l’aide de ce que nous appelons des fléaux, l’homme apprenne à progresser, et, en vous donnant cette affirmation, je ne crois pas me tromper, tant, pour un mal passager, il y a d'éternels bienfaits dans les conséquences.
Pensez- vous que ces attentats contre la vie et la propriété, dont Lapommeraie semble prendre plaisir à nous menacer, ne nous feront pas enfin comprendi'o la nécessité de combattre et d’éteindre les funestes doctrines qui en sont la cause principale ? Pensez-vous que les gueiT(‘.s incessantes et cruelles, incapables à rien prouver par elles-mêmes en matière de justice, puisque, suivant une trop célè-
])re parole, elles donnent à la force la puissance d’opprimer le droit; que ces guerres, ordonnées par quelques-uns, et souvent [Jar un seul, n’éclaireront pas un jour les peuples et ne leur dénionlrerout pas la nécessité de n’avoir d’autres dominateurs qu’eux-memes? Au reste, jamais à aucune époque autant qu’à la notre, et pour notre pays surtout, les améliorations obtenues à la suite do la guerre n’ont été si promptes et si fécondes; nous avons eu des désastres sans doute, la leçon était à ce prix. Mais comparez aujourd’hui l’ Allemagne victorieuse à la France vaincue, qui oserait dire que la France n’a pas grandi? Qui de vous n’espère qu’elle grandira encore, et d’autant plus rapidement, qu elle saura mieux se garder de s’imposer un maître. L’inondation qui ravage nos contrées et entraîne sans profit à la mer d’admirables richesses ferdlisantes, finira par nous convaincre que notre régime hydraulique doit être remanié, que nous devons nous appliquer à recueillir sur nos terres nos limons perdus, ce qui est possible; que l’excès, si nuisible pour nos vallées, des eaux doit être conservé dans les montagnes pour corriger les sécheresses de l’été, ce qui est encore très-possible. Enfin, il n’a fallu rien moins que l’invasion et l’invasion très-persistante du phylloxéra pour amener la réalisation de cet utile canal destiné à déverser les eaux du Rhône sur de malheureux départements qui ont toujours eu soif.
Je n’insiste pas, vous avez comjms toute ma pensée.
Lapoinmeraie, devenu pédagogue, nous dit ensuite :
« Voulez- vous tarir la source des crimes indivise duels ! Faites disparaître ces crimes sociaux qui a s’appellent : l’ignorance, la misère, la prostitu- « lion ; remplacez vos prisons et vos bagnes par « des maisons de santé et de refuge. Les mé-
« chants sont des inaladcs. traitez-les coninic tels. »
Les conseils qui ont pour but de nous corriger sont sans doute bons à entendre; mais comme la plus petite indication du moyen à mettre en œuvre pour obtenir cette correction me serait préférable, et que je suis tenté, dans les circonstances semblables, de m’écrier avec le coq de notre fabuliste :
Le moindre grain de mil ferait mieux mon affaire.
Il faut faire disparaître ceci, il faut faire disparaître cela, nous répète- t-on sans cesse, quand le mal est fait. Que j’aimerais mieux, au lieu de ces discours dont depuis longtemps nous connaissons tous les types, qu'on me dit une fois pour toutes comment je dois m’y prendre pour que ces longs chapelets de ceci et de cela disparussent en effet, et qu’à de fort ennuyeuses homélies, qui nous font piétiner sur place, nous pussions substituer une bonne panacée qui nous permettrait de mettre une jambe devant l’autre. Finissons-en de cette philanthropie de paroles avec laquelle on cherche trop souvent à s’ériger un orgueilleux piédestal. Entrons enfindansla philanthropie des réalités etde l’action qui sera utile à tous. Quand une personne, quand une société souffre, croyez qu’un bon guérisseur vaudra mieux que cent bavards ; d’autant plus que presque toujours ce sont ceux qui officiellement parlent d’améliorer qui, privativement, apportent à la société les plus grands obstacles à l’amélioration. Assez, assez de discours, répéterai-je encore une fois, ce sont des moyens qu’il nous faut, et pour les trouver taisez-vous et étudiez.
Lapommeraie en terminant rentre dans le vif de la question de la peine de mort.
« En tuant le méchant, dit-il, vous l’avez empêché de rentrer dans l’ordre. La mort ne pourrait
lui en fournir les moyens. La vie aurait pu le faire en lui laissant le temps de se repentir, de réparer le mal qu’il a fait, d’expier le. passé et de refaire son être moral. »
Toutes ces assertions ne présentent que des vérités hypothétiques et relatives 'au point de vue auquel on se place. Il est certain par exemple que, sur le terrain du matérialisme, la mort ne peut fournir au coupable les moyens de rentrer dans l’ordre, puisque la mort, c’est le néant; mais cela étant, si nous laissons la vie au criminel qui est matérialiste, ne le perdez pas de vue; pour refaire, comme le dit Lapommeraie, son être moral, cet être ainsi refait, qui sait que quoi qu’il fasse il n’a pas à redouter l’échafaud, que pourra-t-il être sinon une nouvelle édition de la morale du matérialisme, et tout ne porte-t-il pas à croire que la 2)Ossibilité du repentir, qu’on réclame pour lui, ne serapasautre chose que la possibilité de la récidive !
J’y ai beaucoup réfléchi. Mesdames et Messieurs, et je trouve qu’il y a là pour la société de cruelles perplexités. Est-elle suffisamment préparée aujourd’hui pour être certaine qu’en épargnant la vie d’un criminel elle parviendra en effet à l’améliorer, malgré sa profonde perversité, et qu’elle ne compromettra pas d’autres existences très-injustement sacrifiées et qu’il est de son devoir de protéger? Terrible interrogation dont la réponse touche aux plus graves questions des responsabilités humaines. Au reste, en se maintenant toujours sur le terrain du matérialisme, je n’entrevois qu’assez obscurément la grande nécessité d’avoir ‘teiTij^orairement cherché, au risque de réussir ou de ne pas réussir, à améliorer un être qui, à la suite d’une courte traversée, doit rentrer dans l’éternité du néant. Des efforts, et des efforts d’autant plus grands que ceux 2)our lesquels on les fait sojit plus pervers, entrepris pour un but dont l’impor-
tance actuelle est assez douteuse, et dont l’impor- 1
tance future est complètement nulle, de ces elTorts, j
dis-je, je n'en ai qu’une très-imparfaite conception; \
et s’il n’y avait pour l’abolition de la peine de mort J
que les demandes des matérialistes, ne pouvant 1
leur attribuer d’autre objet que les considérations ]
de la vie terrestre sur laquelle ils versent des 1
maximes détestables, et rien au-delà, ieles tiendrais j
en forte suspicion, et je craindrais fort en adou« |
cissant les peines, de donner de grandes facilités f
aux immoralités de tout ordre. B
Les choses changent du tout au tout lorsqu’on se I
pose sur le terrain du spiritualisme, parce qu’ alors |
nous sommes enprésence d’une individualité qui ne 1
doit pas finir, pour laquelle nous concevons que la |
possession d’une situation heureuse, et de plus eji i
plus heureuse, estunbesoindesplusimpérieux,pour laquelle la charité nous fait un devoir d’obtenir la i
réalisation la plus prompte possible de ce bonheur.
Je conçois alors combien nous devons nous tenir en garde contre toute mesure sociale qui priverait ^
brutalement et brusquement la créature des ,
moyens que son séjour sur la terre lui donne pour s’améliorer, peu importe d'ailleurs qu’elle soit matérialiste ou ne le soit pas, car, à notre point de vue, nous savons, nous, que le néant n’existe pas plus pour les unes que pour les autres; et encore, pour le spiritualiste, la mort n’est-elle pas un em- ' i
pêchement absolu pour le retour au bien, Lapommeraie, lui-même, n’en est-il pas la preuve. Or, |
interrompre une mission d’ordre supérieur est une |
chose des plus graves ; cette considération est de j
nature à rendre le droit qu’on s’arroge sur la vie |
plus que douteux, et, pour ma part, je professe j
que ma conviction est que, dans ce droit que la ]
société s’est attribué, il y a une fâcheuse usurpa- 1
tion. Cette usurpation je n’essaierai pas de la jus- j
tifier, et elle est injustifiable en principe, mais son ']
introduction dans la société ne X->eut que trop s’expliquer par les dures nécessités qu’ont fait naître les provocatrices doctrines du matérialisme.
Le matérialisme en effet nous enlace dans d’inextricables étreintes. Car, d’une part, il autorise tous les vices et conduit par suite à tous les crimes, d’autre part, celui qui l’accepte redoute forcément la mort plus que tout autre, et dès lors cette peine devient, à son égard, le frein le plus efficace. Le matérialiste, en effet, qui, par ses vices et ses crimes, peut se procurer une vie de sensualité, objet de tous ses rêves, a tout cà perdre dans une transition qui, en échange de la satisfaction de toutes ses convoitises, n’aàlui offrir que le néant. Et la preuve, selon moi, qu’il en est ainsi, quoique quelques-uns puissent penser autrement, c’est ce cachet de forfanterie qu’il essaye de se donner sur les tréteaux de l’échafpd; forfanterie qui cherche cà dissimuler les angoisses de la pensée intérieure sous les dehors d’une suprême tentative de représailles, d’un dernier acte de haine, de vengeance et d’orgueil contre cette société qui lui a infligé le châtiment qu’il redoute le plus. Je donne mes raisons, sans me dissimuler d’ailleurs, je le répète, que d’autres pourront avoir une opinion contraire à la mienne. Ceux à qui leurs doctrines permettent de ne pas craindre la mort, n’usent pas de bravades ; lorsqu’ils se trouvent en face d’elle, méritée ou non, ils se contentât de l’envisager avec le sentiment de la résignation. A ce point de vue, je crois que la mesure qui supprime la publicité des exécutions Constitue un véritable progrès, surtout par l’absence des affiliés qui ne pourront plus voir et auxquels le criminel ne pourra plus montrer comment on doit se tenir sur l’échafaud ; car parmi ces gens-là aussi : noblesse oblige.
En attendant, comme je le disais tout à l’heure, le matérialisme impose à la société les plus terri-
blés nécessités et il serait injuste, dans la question qui nous occupe, de porter un jugement de réprobation contre elle sans en tenir compte. Et remarquez comme, dans cette meme question, il sait habilement nous accaparer, car aucun de nous n’ignore que son but à lui, qui ne croit qu’au néant, en demandant l’abolition de la peine de mort, est des plus pervers et que, s’il obtenait satisfaction, il ne ferait que multiplier ses victimes : mais il sait fort bien de son côté, que nos doctrines nous obligent sur ce point de faire cause commune. avec lui, il sait qu’en ce sujet il nous est impossible de séparer la justice de notre but humanitaire, de la criminalité du but terrestre qui seul le fait agir. Vous voyez comme les circonstances peuvent quelquefois donner aux astuces du machiavélisme un irrésistible et fatal ascendant.
Et cependant je vous dirai ne perdons pas espoir, les fléaux ne sont pas éternels ; mais plaignons la société à laquelle le matérialisme impose de sanglantes représailles et tirons de tout ce qui précède cette conclusion qu’un de nos plus impérieux devoirsest de combattre cettedoctrine, le plus redoutable ennemi de toute société, l’infatigable artisan de toutes ses plaies.
Tantque le matérialisme conservera ses énergies, le corps social se considérera de son côté, je le crains, comme autorisé à maintenir la peine de mort; mais dujouroùle matérialisme commencera à désarmer, l’échafaud aura disparu. Aussi vous répéterai-je toujours : lutte incessante contre le matérialisme.
La communication de Lapoinmeraie se termine par ces mots : reproduisant l’idée de la rétrogradation des âmes que nous avons vu figurer au début :
a On est mortLacenaire, on renaît Tropmann. »
Telles sont les étrennes qu’il nous promet.
En littérature pittoresque, ceci s’appelle un trait, ce trait porte-t-il juste? Lapommeraie l’affirme. Quant à moi, je ne me reconnais pas assez compétent en matière de perversité pour apprécier de ces deux criminels lequel est le plus aimable. Mais sans m’appesantir sur une question qui probablement n’a pour vous que de médiocres attraits, je vous satisferai mieux en disant :
Lapommeraie est mort matérialiste, il reviendra spiritualiste, car il l’est déjà.
Soyons heureux. Mesdames et Messieurs, de pouvoir, en terminant, nous reposer sur cette consolante pensée, etprenons-la comme l’expression de nos vœux pour l’état futur de celui qui, dans son passé, fut une des plus tristes victimes du matérialisme.