‹ Entretiens sur le spiritismeChapitre 7 sur 13 · SIXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SIXIÈME ENTRETIEN

ANAI.YSK d’une COMMUNCATION SUR l’EXISTENCE DE JÉSUS (Suüe).

Mesdames, Messieurs,

Je viens continuer l’exposé de mes observations sur la communication relative à l’existence de

Jésus. „ • ,

C’est une immense question que celle qui se rattache à l’étude complète de tout ce qui concerue le révélateur, et, envisagée dans sa généralité, elle remplirait tout un volume. Car elle devrait traiter non-seulement de cette existence, mais encore de la valeur de la doctrine enseignée, de son essence, soit divine, soit humaine, des interprétations dont elle a pu être l’objet, des religions et des sectes plus ou moins nombreuses auxquelles elle a pu servir de base ou de prétexte. Le cadre dans lequel je suis enfermé est beaucoup plus restreint. Il ne s’agit pas ici de rechercher ce que, dans cette existence ou non-existence, on peut trouver d'appui pour étayer tel ou tel système d’idées qu on s est faites sur ce qu’on appelle une religion catholique, » protestante, grecque, gallicane, laïque ou toute autre. Ces discussions pourront venir plus tard, et certes je ne les déserterai pas; dans peu de temps vous en aurez la preuve. Mais en ce moment ce n’est pas ici leur place. Ce dont je tiens à m occuper exclusivement aujourd’hui, et le titre de niou sujet ne peut laisser aucun doute à cet egard, c’est

de rexamen des arguments par lesquels une communication gui nous a été donnée par un Esprit cherche à établir qu’en fait Jésus n’a pas existé. Je ne dois pas, je ne veux pas sortir de là, et croyez que ce n’est pas sans peine, sans beaucoup de travail, qu’en une matière où tant de choses viennent à tout instant se confondre les unes dans les autres, que ce n’est pas sans peine, dis-je, qu’on peut se gapr des épisodes et se concentrer dans la spécialité d’un même sujet. C’est chose facile que de se livrer à des digressions , il ne lest pas autant, à beaucoup près, de savoir s’en défendre. Mais, croyez-en une expérience que mon âge autorise, ce n’est qu’à ce prix qu’on peut espérer de sérieuses acquisitions sur le terrain de l’étude.

D’ailleurs, dans les recherches actuelles, notre but est double, car nous voulons, non-seulement nous éclairer sur le fond même des choses énoncées dans les communications, mais aussi nous fixer sur la situation que nous devons prendre vis-à-vis des communicants, sur l’opinion que nous devons nous faire de leur érudition ou de leur légèreté, de leur valeur intellectuelle et morale, et, si nous ne procédons pas sérieusement à cet examen, nous courons grand risque de n’êtreque des dupes. Voilà ce que nous ne devons cesser d’avoir présent à l’esprit.

A ce double point de vue, je vous ai fait voir dès le début que l’Esprit communicateur est peu instruit et peu réfléchi; vous avez remarqué la faiblesse de son argumentation lorsqu’il s’appuie sur l’absence de l’imprimerie à l’époque où vivait Jésus; j’ai cherché à vous convaincre que la similitude des dénominations de Kristna et de Christ n’implique en rien la non existence de Jésus, elle s explique j)ar l’identité des deux missions. Enfin je vous ai dit que l’application à Jésus des circonstances qui concernent la naissance, les actes,

la vie de Kristna peut parfaitement se comprendre par cette tendance de l’humanité à entourer volontiers du merveilleux les choses et les personnes qui lui paraissent extraordinaires, tendances que d’ailleurs les habiles ont su exploiter de tout temps, et en tous lieux au profit d’ambitions personnelles.

Après l’exposé de ces idées générales, le moment est venu d entrer dans l’étude de considérations plus détaillées, plus circonstancielles, plus spécialement applicables au sujet qui nous occupe.

Les conséquences de l’établissement de la religion indoue, comme de la religion chrétienne sont trop frappantes , trop générales , trop universelles et surtout trop doctrinales pour que nous puissions les considérer comme le résultat du hasard ou du caprice des hommes. Elles ont eu certainement une origine intelligente, et, à en juger par la grandeur des effets prodil^ts, cette cause a été grande elle-même et puissante. Voilà ce que nous dit d’abord la raison. Remarquons en second lieu, et cette observation est très-importante, que les points de doctrine sur lesquels ces religions s’appuient toutes deux, au point de vue spirituel surtout, sontidentiques, savoir : la croyance en un seul Dieu, l’immortalité de l'âme, son essence divine, l’amour du prochain, le libre arbitre, les peines et récompenses après la mort. Telles sont les bases principales de l’une et de l’autre. Par qui ces deux doctrines, qui en réalité n’en font qu’une, ont-elles été introduites parmi les hommes? A cela la tradition répond par Kristna dans l’Inde, par Jésus dans la Judée. Certes la doctrine aurait pu être le résultat de la collaboration de plusieurs hommes et être promulguée par une sorte d’aréopage. J’examinerai plus tard cette hypothèse, et j’espère vous convaincre de l’impossibilité de ce dernier moyen. Mais permettez-moi, pour ne pas briser

renchaînement des idées, d'ajourner les thèses incidentes, et traitant les questions à grands traits d’éviter les détours et d’aller droit au but. Vous voudrez donc bien remarquer que ce n’est qu'en admettant l’introduction de la doctrine par un seul que les circonstances extraordinaires de la vie de Kristna, qu’elles soient possibles ou invraisemblables ont pu avoir le privilège de trouver place dans les élaborations de la pensée humaine; car autant elles sont compréhensibles comme voulant conférer des attributions à un seul, autant elles seraient inconcevables si l’on en devait faire l’application à une assemblée qui est toujours multiple. Mais, dira-t-on, quelle nécessité pouvait-il y avoir à introduire ces circonstances? A cela je répondrai qu’au point de vue de la pure logique des choses, la nécessité me paraît nulle. Mais au point de vue de ce besoin impérieux qui a toujours entraîné l’humanité vers le merveilleux, sentiment qui d’ailleurs a pu être exploité par certaines ambitions particulières, celte nécessité me paraît parfaitement explicable. Plus la doctrine a paru surhumaine, divine, plus on a été porté à concéder au révélateur un caractère céleste; et de là à diviniser à la fois le corps et l’esprit, il n’y avait qu’un pas qui devait être bientôt franchi. Or, pour que dans ce corps né d’une femme, car sur ce point le doute n’était pas possible, il n’y eut pas autre chose d’humain que la participation de cette femme, on ne pouvait évidemment recourir qu’à l’hypothèse d’une incarnation divine opérée en elle dans son état de virginité. L’intervention de la femme, étant reconnue inévitable, à quelle autre hypothèse pouvait-on recourir pour exclure plus sûrement l’intervention de l’homme? Tout cela est certainement merveilleux dans son principe, mais, une fois l’idée du merveilleux admise, tout cela en même temps me paraît être d’ordre aussi

logique que possible dans les conséquences et dans les moyens.

Voilà pour ce qui concerne Kristna ; esquissons maintenant, et à grands traits aussi, ce qui concerne Jésus. Rappelons d’abord que les principes spirituels des deux doctrines sont les memes. Or sans entrer ici dans la question de savoir si la provenance de ces principes est d’inspiration réellement divine ou simplement humaine, nous pouvons dire que, dans le premier cas, il fallait que les deux doctrines fussent identiques, car la vérité qui vient de Dieu ne peut-etre qu’une, si cette provenance de ces principes n’est qu’humaine, sans nier qu’une même pensée puisse germer chez deux personnes différentes, il me semble plus probable d’admettre, eu égard à la nature si étendue, si élevée, si complexe d’un tel sujet (jui s’applique à la conduite de la vie entière de 1 homme sur la terre et su)*tout à ses rapports avec le créateur, il me semble, dis-je, presque impossible de ne pas croire que la seconde parole ne peut être que la reproduction de la première. Les circonstances et les faits connus sont-ils d’accord avec cette manière de voir? C’est ce que nous allons examiner.

L’Egypte est très-voisine de la Judée, Jésus a donc pu très-facilement y aller.De plus, la situation géographique de ce pays, limitrophe de l’Asie, a naturellement permis à l’Egypte d'avoir connaissance de la doctrine des Vedas; car les instructions primitives et fondamentales données aux initiés par les prêtres Egyptiens, celles de ces instructions qui n’étaient pas défigurées pour les besoins intéressés de la propagande populaire, ont de grandes anologies avec les enseignements de l’Inde. Voilà pourquoi l’Egypte, dans l’antiquité, fut le foyer des croyances spiritualistes, foyer auquel vinrent s’échauflfer et s’éclairer tant de philo-

sophes grecs, entre autres Platon et Pytliagore, et d'où ils rapportèrent sur la divinité des idées bien plus épurées que celles que les superstitions de toute espèce avaient vulgarisées dans leur patrie.

Or, si Ton tient compte de l’esprit si réfléchi, si profondément penseur de Jésus, n’est-on pas porté à croire qu’à l’exemple de tous ces génies qui l’avaient précédé, il a été poussé comme eux vers les lieux où tout indiquait que se trouvaient des sources de grandes vérités, et qu’avant l’époque de sa prédication qui, on le sait, n’a (commencé que fort tard, il a pu passer douze ou quinze années d’une vie dans laquelle tout fut précoce, à recevoir dans l’intimité secrète de quelques prêtres égyptiens des leçons de vraie philosophie puisées dans les textes non altérés, leçons qu’il n’aurait certainement pas trouvées dans les synagogues de la Judée dont à plusieurs reprises il a flagellé les membres avec tant de vigueur. Seulement, avec cette puissance de compréhension que possédait Jésus, il a pu facilement et mieux que tout autre, comme il nous le recommande dans une de ses paraboles, séparer le bon grain de l’ivraie, et rapporter en Judée la doctrine primitive bien épurée et si éminente du révélateur indien.

Vous remarquerez que je me borne à poser ici les deux hypothèses qu’on peut faire sur l’essence divine ou humaine de la doctrine, et que je ne cherche pas à résoudre ces questions. Ce pourra être l’objet d’un travail ultérieur. En ce moment je me contente de vous signaler, dans chaque cas, les circonstances qui me paraissent offrir le plus de probabilité pour rendre compréhensible, dans des conditions très-acceptables, selon moi, l’identité morale des deux révélations.

Après la mort de Jésus, les Apôtres chargés de répandre la bonne parole en tous lieux, se sont portés dans diverses directions et ont pu apprendre,

soit en Egypte, soit en Perse, soit ailleurs, s ils ne la savaient pas déjà, la légende de Kristna. Or ils n’ont pas dü tarder à comprendre que non-seulement ils ne venaient rien apprendre de nlus que ce que les livres des Védas contenaient, mais qu’en outre iis resteraient certainement inférieurs vis-àvis des peuples aux pretres de l’Inde, si leur révélateur quoique appelé fils de Dieu, n’était qu’un homme, tandis que le révélateur indien était Dieu lui-meme. Leur secte devenait donc subordonnée et à peu près impuissante, si leur maître n’était pas divinisé. On ne pouvait le faire descendre directement du ciel, puisqu’on savait qu’il était le fils de Marie, comme on savait dans l’Inde que Kristna était né de la vierge Devanaguy. Il ii’y avait donc d autre moyen de divinisation, dans un Ctis comme dans l’autre, que d’exclure l’intervention de l’homme dans l’acte procréateur et de la remplacer par l’incarnation divine opérée dans le sein d’une vierge. De sorte que si le désir, le besoin du merveilleux a été le promoteur dans l’Inde, la logique seule, mais malheureusement la logique du mensonge, a pu agir en Judée; et, eu égard à la situation telle que l’avait faite la naissance bien connue de Jésus dans le pays, on ne pouvait agir autrement. Voilà, je crois, tout le secret de cette copie exacte, de cette similitude parfaite entre ce qui concerne Kristna et ce qui concerne le Christ. Les principes de la doctrine étant les mêmes, il fallait que les moyens de séduire et de soumettre les hommes fussent aussi les mêmes, sous peine de se montrer inférieur dans le monde, et l’on sait combien l’esprit de secte est réfractaire à toute idée d’infériorité.

Et qu’on ne se recrie pas trop quand je dis ceci, car je pourrais invoquer des tendances encore plus fâcheuses pour corroborer ma pensée. Ne nous figurons pas les apôtres autrement que ce qu’ils

étaient en réalité. Or, ce qu’ils furent ce n’est pas moi qui le suppose, c’est l’Evangile qui le dit. Plusieurs, abstraction meme faite de Thomas, ont souventété incrédules, et Jésus le leur a mainte fois reproché. Souvent aussi ils se sont disputés entre eux sur leur supériorité relative; c’est à cette occasion que Jésus leur infligeant de sévères réprimandes leur a déclaré que, dans le véritable esprit de Dieu, les derniers seraient les premiers ; l’un d’eux n’a-t-il pas, sous l’hypocrite apparence du baiser, trahi son maître pour quelques pièces d’argent? Lorsque Jésus annonça qu'il se rendait h Jérusalem, ses disciples, espérant qu’il y allait dans le but de se faire nommer roi des Juifs, s’occupaient déjà de se répartir les plus belles dignités, et Pierre, le chef des Apôtres, n’était pas celui qui montrait le moins d’ardeur. Aussi lorsque le maître déclara qu’il n’allait à Jérusalem que pour y souffrir et y mourir. « A Dieu ne plaise, (( lui dit Pierre, en le prenant à part, tout cela ne cc vous arrivera point. » Hélas I ne croyez point que c’est par commisération, par charité, que le disciple s’exprime ainsi. Voulez-vous connaître quel était dans ce moment le fond de la pensée de Pierre? Le maître va nous l’apprendre : « Jésus, a se retournant vers Pierre, lui dit : retirez-vous a de moi, Satan; vous m’êtes à scandale, parce « que vous n’avez point de goût pour les choses de « Dieu, mais pour les choses de la terre. » (Mathieu, ch. XVI, V. 22,23. —Marc, ch.viii,v.32,33.) Doit-on s’étonner d’après cela qu’à quelques jours d’intervalle, Pierre toujours imbu de pensées égoïstes et terrestres, et quoiqu’il eut été bien averti, ait trois fois renié son maître. Or ce n’est pas calomnier ceux qui ont menti dans do si solennelles circonstances que de supposer qu’ils ont bien pu mentir encore lorsque le maître n’était plus là. Au reste mes paroles ne s’appuient pas sur

d’autre texte que celui de l’Ecriture, et chacun de vous est èn mesure de conclure.

Je pourrais passer en revue d'autres faits de similitude entre ces deux vies de Kristna et de Jésus ; msiis il suffît, je crois, de ce que je viens de dire sur la plus remarquable des coïncidences qu’on puisse signaler, pour vous donner l’intolligeuce de ce principe d’imitation que quelques-uns des premiers historiens chrétiens ont été entraînés à adopter et à suivre pour nous montrer un Christ qui ne le cédât en rien au Kristna de l’Inde. Je ne serais pas môme éloigné de penser que le récit de l’adoration des mages ne soit qu’une petite satisfaction de vanité qu’ils se sont donnée, et môme un essai de démonstration de supériorité qu’ils ont voulu faire luire aux yeux des peuples. Car ce ne sont pas des rois qui viennent adorer l’enfant ; ce sont des- hommes de la caste sacerdotale, des mages, des prêtres, plus compétents que tous autrea en matière religieuse, et de plus c’est de l’Orient qu’ils arrivent, de cet Orient qui a déjà reçu sa révélation, mais une révélation qui, par un hommage éclatant, vient s’humilier devant la parole nouvelle, avant même qu’elle ait été annoncée.

Au reste vous remarquerez que, sur quatre évangélistes, un seul, Mathieu parle de cette adoration ; quant à l’incarnation divine, Marc n’en dit rien. Jean dit que le Verbe s’est incarné, mais il est complètement muet sur la question de virginité.

En résumé l’imitation est non-seulement palpable, visible, mais nous voyons en outre comment les doctrines étant exactement les mômes, elle est devenue nécessaire, forcée, inévitable. Nous voyons de plus que, des deux côtés, les moyens de divinisation ne pouvaient être qu’identiques, or comme celte imitation serait incompréJicnsiblej

fj

s’il n’y avait pas eu une personnalité à laquelle elle put s’appliquer, on voit que, loin de pouvoir être présentée comme une objection contre l’existence de Jésus, elle devient au contraire, quoiqu’il n’y eut pas d’imprimerie à cette époqu^, et par l’excès même, peut-on dire, de similitude, un argument à peu près irréfutable de cette existence.

Ce seraient donc d’autres motifs qu’il faudrait chercher pour être sérieusement fondé à nier la vie et la mort du révélateur chrétien. Or, la communication n’en donne pas et nous ne pouvons que les attendre .

Mais, d’un autre côté, parmi les preuves propres à nous convaincre de cette existence, il en est qui sont de nature historique et qu’un de nos collègues les plus autorisés en cette matière nous a développés dans la séance même où la négation s’est produite. Il vous a dit ce que l’historien Tacite, presque contemporain des apôtres puisqu’il vivait dans la seconde moitié du premier siècle, raconte de cette secte dont le nom dérive de celui du Christ, de ses nombreux martyrs, de ces corps enduits de matières inflammables éclairant ^ la marche de l’empereur dans Rome. A ce témoignage de Tacite viennent s'ajouter ceux de Pline, qui fut son ami, et de Suétone ; notre collègue a aussi appelé votre attention sur les catacombes où sont réunies tant de preuves visiblement commémoratives de cette foi qui ne reculait pas devant la mort, et à laquelle la mort au contraire n’a fait que donner une nouvelle vie. Enfin si le supplice de la croix n’a pas eu lieu, comment expliquerez-vous que l’humanité chrétienne tout entière soit allée chercher le plus ignominieux des emblèmes pour en faire le symbole vénéré de sa croyance, symbole qui n’aurait plus de signification à coup sùr, s’il n’y avait pas eu un crucifié. Vous comprenez que ce n’est pas une leçon détaillée d’histoire que je peux vous

donner ici; mais je devais indiquer les éléments où pourront puiser ceux qui seront désireux de la compléter.

Mais il y a encore une autre nature d’arguments que je ne saurais passer sous silence, car ils s’imposent et me dominent; ce sont ceux dont le souffle partant de la conscience, va chercher et trouver sa sanction dans la raison.

On a pu mettre en doute l’existence de Jésus; mais celle de la doctrine qu’on lui attribue, qu’elle soit de lui oui ou non, est indéniable, car elle est là sous nos yeux et nous pouvons tous les jours en lire et en méditer l’exposé. Il faut incontestablement qu’elle ait eu une origine. Or si l’on se refuse à croire qu’elle vient d’un seul, on devra admettre qu’elle vient de plusieurs ; je ne vois pas d'autre hypothèse possible.

C’est en effet ce que dit la communication, et voici comment elle s’exprime à ce sujet :

a II va sans dire que la religion juive ne pouvait « peut-être pas être anéantie du coup, mais devait « pourtant subir un rude choc de la doctrine toute a de charité, de morale que des esprits, grands « philosophes, inconnus de notre siècle, en mission « bien certainement, devaient apporter sur notre « globe, pour i*emplacer cette religion toute « d’égoïsme, de personnalité et de lucre, d

Examinons donc la question à ce point de vue.

Le meilleur moyen de s’éclaircir sur laprovenance probable de la doctrine, c’est d’étudier sa nature, et la marche des résultats produits. N’est-ce pas en sachant ce qu’est le fruit que nous saurons de quel arbre il peut provenir? Or la doctrine est une dans son ensemble, comme dans ses détails, d'un bout à l’autre elle est morale pure, excellente; elle professe des principes complètement inconnus aux hommes vivant à l’époque et dans le pays où elle est venue à jour, en contradiction formelle avec

leurs croyances, leurs sentiments et leurs codes; d’où l’on serait autorisé à penser que les philosophes qui l’ont conçue, dit-on, n’étaient pas de race juive. Mais, d’un autre côté, dans les récits qui en ont été faits, il y a une telle multiplicité de circonstances ayant trait à la géographie locale, à l’organisation des pouvoirs dans le pays, à ses mœurs, ses dogmes religieux, ses hiérarchies sacerdotales, ses institutions en un mot, qu’il semble bien difficile d’admettre que les hommes qui ont apporté cette doctrine fussent des étrangers. Mais s’ils sont réellement indigènes, plus ils auront été nombreux, plus difficilement on s’expliquera que, tandis que la doctrine est devenue la règle des autres nations c’est précisément le peuple par lequel elle a été constituée, chez lequel elle a été prechée, qui s’est refusé et continue de se refuser à en admettre les principes. Au point de vue de la question qui nous occupe, je comprendrais la résistance du peuple juif s'appuyant sur le motif que les signes de la venue d’un Messie étaient nuis. Mais donner pour raison que celui qu’on a prétendu l’être ne l’était pas, n’est-ce pas reconnaître en fait l’existence de Jésus; nouveau témoignage qui vient s’ajouter aux précédents. Enfin, n’est-il pas bien singulier que pas un seul nom des philosophes qui auraient fait partie de cette réunion de réformateurs, que pas un seul des détails qui concernent leur action commune ne soient parvenus jusqu’à nous, et que, dans la tradition, cette multiplicité d’existences se soit fondue en une seule. Vous voyez que s’il est facile de mettre en avant une assertion, il ne l’est pas autant à beaucoup près d’échapper au reproche qu’on a pu se tromper. Malheureusement, dans ce monde, ce ne sont pas les assertions, ce sont les pourquoi justificatifs qui nous manquent.

Envisageant maintenant la question au point do

vue général humanitaire, comment voudrait-on que des hommes qui ont nécessairement entre eux des vues, des idées, des sentiments, des passions différentes aient pu s’entendre pour produire Tunité dans la morale, dans la sagesse, dans la perfection; comment ces hommes, dépouillant subitement leurs anciennes pensées, leurs croyances, leurs préjugés, leurs intérêts, aient pu établir le code moral, sans tache et non révisable, dans ses grands principes, de l’humanité ; voilà, selon moi, où serait le phénomène qu’il faudrait regarder comme irréalisable. Certes, les disciples immédiats de Jésus ne formaient pas une réunion nombreuse, cependant, et quoique instruits et éclairés par la parole du Maître, échos fidèles des divergences qui de tout temps ont existé dans l’humanité, quelques-uns par moments ont été incrédules, d’autres ont été ambitieux, un autre a renié, un autre enfin a trahi. Ainsi à la source même l’accord n’a pu exister.

Dira-t-on maintenant que dans cette réunion d’un certain nombre de personnes, sous l’influence d’inspirations identiques dont d’ailleurs on n’indique pas l'origine, tous se sont trouvés avoir memes vues, mêmes idées, mêmes sentiments; je ne vois trop en vérité ce qu’on pourrait y gagner. Car ne serait-ce pas, sous une autre forme, réaliser cette unité de moyens et de but que réclame si impérieusement la nature de la doctrine. Seulement on avouera qu’il est bien difficile de s’expliquer comment on serait assez libéral pour accorder ce privilège d’unité à dix, vingt, trente personnes à la fois sur le même sujet, alors qu’on s’acharne obstinément à refuser l’unité à un seul. A-bon oublié les controverses de toute sorte qui, pendant plusieurs siècles après la mort de Jésus, n’ont cessé d’agiter les chrétiens. Croyez-moi, évitons d’être savants et supérieurs à ce point, ne forçons point

notre talent; ce ne sera jamais être rebelle, à la raison que de supposer qu'elle doit préférer la plus simple au plus compliqué ; car, plus nous éludions, plus nous acquérons la conviction que la voie la plus simple est toujours celle que Dieu a aimé à suivre.

En résumé :

Parce que Fargument tiré de ce qu’on ne saurait admettre que le même nom et les mêmes faits qui se rapportent à une personne aient pu avec une complète similitude appartenir aune autre, parce que, dis-je, cet argument peut ne porter que suides attributions faites à tort à certaines personnalités et non sur l’existence de ces personnalités mêmes;

Parce qu’en effet cette similitude peut s’expliquer par la tendance très-naturelle à l’humanité d’attribuer les mêmes dénominations et les mêmes circonstances aux hommes qui ont eu des missions et des caractères semblables et que dès lors elle n’infirme pas forcément la possibilité de l’existence de Jésus;

Parce qu’au point de vue de l’histoire il existe des récits, presque contemporains des Apôtres, confirmatifs de cette existence , qu’il en est de même au point de vue des monuments de cette époque qui sont conservés dans Rome ;

Parce que, sans le fait du crucifiement, on ne saurait s’expliquer que la société chrétienne tout entière eut pris la croix pour symbole de ses croyances ;

Parce que l’examen approfondi de la doctrine, en ce qui concerne sa haute moralité, son unité, sa propagation, ses différences avec la loi juive, ne permettent pas à la raison de croire que, dans ces circonstances, elle a pu être l’œuvre d’une réunion d’hommes vivant à cette époque et venus du de-

ians ou du dehors;

Parce qu’enfin au point de vue de l’humanité, qui possède la doctrine et à qui on ne peut l’enlever, quoiqu’il arrive, je ne vois aucun motif, aucun but, aucune utilité à nier l’existence de celui qui en est considéré comme l'auteur ;

Je conclus que la négation émise à ce sujet n’est appuyée sur aucun fondement solide, qu’au contraire tout porte à croire qu’elle n est qu’une erreur, et qu’au point de vue de l’histoire comme à celui de la raison, nous sommes autorisés à considérer l’existence de Jésus comme certaine.

Il serait injuste de clore cette discussion pendant laquelle nous avons eu de nombreuses occasions de signaler l’insuffisance intellectuelle de l’Esprit communicateur, sans louer ce qu’il y a chez lui de bonnes qualités et surtout l’absence de tout orgueil, ce qui, à mes yeux, rachète bien des faiblesses. Voici comment il s’exprime en terminant : a Ceci n’est que m’on opinion que vous pouvez « et devez discuter. Nous, Esprits, prenons une « part active à vos travaux qui souvent sont pour « nous d’une grande utilité. »

On ne peut affirmer avec plus de modestie cette solidarité universelle qui lie entre elles toutes les pensées ; on ne peut mieux signaler leurs actions et réactions réciproques se propageant d’un monde à l'autre.

11 pourra vous sembler que la question que je viens de traiter, tout en ayant un incontestable intérêt spécial, n’a aucun rapport avec notre doctrine. Ce serait là une erreur : cette doctrine a au contraire avec le sujet traité des points de contact très-nombreux se rattachant surtout à cette grande figure de Jésus que le sujet en question met en relief et qui de son côté le domine. Pour ne pas interrompre le cours de la discussion, et vous permettre d’en bien saisir l’enchamement, j’ai dû m’efforcer d’élaguer successivement les impor-

tants épisodes qui se présentaient en grande abondance dans mon discours. Quand le moment sera venu d'y revenir, j espère vous montrer que nos croyances, qu’on voudrait faire passer pour irréligieuses, trouvent au contraire les plus remarquables, les plus complètes affirmations dans la parole, les actes, la vie de Jésus. Et, si je crois utile de constater ces nombreux et très-intimes rapports qui existent entre ce qu’a dit et fait le Christ et ce que nous croyons, c^est que non-seulement ce sera rétablir la vérité qu’on voudrait dénaturer, ce sera encore combattre des scrupules qui datent de trop loin pour qu’ils puissent disparaître sans lutte, ce sera enfin faire rentrer en possession d’elles-memes des consciences dans lesquelles de coupables manœuvres n’ont que trop jeté de mensongères terreurs.

Mais c’est là un süjet qui par son importance et sa spécialité meme mérite d’étre traité séparément et dont l’expôsé sera l’objet d’un livre destiné à faire suite à la présente publication.

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