‹ Entretiens sur le spiritismeChapitre 8 sur 13 · SEPTIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SEPTIEME ENTRETIEN

ÉTUDES SUR LES COMMUNICATIONS RELATIVES A l'ÉTAT CONSTITUTIF GÉNÉRAL DES ESPRITS.

Mesdames, Messieurs,

Parmi les questions dont s’occupe la science spirite, il y. en a peu qui présentent plus de difficultés à nos conceptions que celles qui se rattachent à cette substance, appelée Périsprit, et qui, suivant nos croyances, sert d’enveloppe au principe intelligent, à l’âme. En ce qui me concerne, je considère ce sujet comme un des fdus dignes de notre attention, comme un de ceux dont nous devons le plus sérieusement nous occuper, sur lequel il importe le plus d’insister dans nos communications avec les êtres extra-mondains, surtout lorsque nous avons des motifs de croire que les révélations qui nous sont faites viennent d’esprits éclairés, instruits, réellement supérieurs. Car, en dehors de ces conditions, plus les sujets mis à l’étude revêtent d’importance, plus nous sommes exposées à n’avoir que des renseignements aussi obscurs qu’inexacts.

Les observations que nous présentons ici doivent paraître d’autant plus fondées que la question du périsprit est très-sommairement traitée dans l’ouvrage d'Allan Kardec. Il n’y est question que de son existence, de sa substance fluidique subissant des modifications obligées quand on passe d’un monde à un autre, mais il n’est rien dit de celles

de ses propriétés qu’il nous importerait le plus de connaître, savoir : la nature et la dynamique de ses fonctions, soit par rapport à l’âme, soit par rapport au corps. .

Ayant eu occasion, dans un groupe particulier, de faire une tentative de ce genre, je^ posai des questions et reçus des réponses. Je ferai connaître dans l’entretien suivant les unes et les autres ; et l’on verra, par la discussion qui les accompagne, dans quelles erreurs nous pourrions tomber, si, comme on le fait que trop souvent, nous accordions une confiance trop absolue aux affirmations d’outretombe. Sachons l3ien que Dieu seul possède le privilège de l’infaillibilité. En dehors de lui, cette science n’appartient pas plus aux Papes qu’aux Esprits, même parmi les meilleurs d’entr eux. Sans doute ceux de cette dernière catégorie sont intellectuellement et moralement plus avancés que nous, et ils peuvent ainsi nous être d’un grand secours ; mais, comme ils ne savent pas tout, ils sont susceptibles de tomber dans l’erreur et de nous y introduire nous-mêmes ; c’est à nous d’aviser.

Heureusement, plus les esprits sont supérieurs, moins ils sont affirmatifs lorsqu’ils ignorent ; ils ne craignent pas de pratiquer l’abstention, et ils ne font aucune difficulté de reconnaître leur impuissance, soit qu’elle provienne d’eux-mernes, soit qu’elle doivent être attribuée à cette infériorité de la nature terrestre qui, imposant des limites à notre faculté de concevoir, en impose également à la possibilité qu’ils ont de donner des explications complètes. On trouve maints exemples de ce que uous disons ici dans le livre des Esprits, et c’est précisément parce que ce livre ne craint pas, en s’adressant à nous, de nous faire bien sentir qu’il y a des bornes à notre science d’ici-bas que je le considère comme réellement inspiré pour l’usage de la créa-

ture humaine, comme utilement approprié au faible contingent de ses facultés perceptives.

Mais avant d’entrer dans les détails de la communication dont je viens de parler et d'en apprécier la valeur, il est nécessaire de bien préciser l’état actuel de nos connaissances sur l’état constitutif général des Esprits, nous bornant à ce qu’elles ont de fondamental aujourd’hui, et laissant aux études ne l’avenir le soin de les éclairer et de les développer. C’est ce dont je vais m’occuper dans le présent entretien.

Sans être dogmatique, et je me sers à dessein de ce mot parce qu’il m’a été adressé a titre de reproche dans la communication dont je me propose de vous rendre compte, sans être dogmatique, dis-je, il doit être parfaitement permis, ce me semble, de s’appuyer sur un livre qui n’est pas à coup sûr le dernier mot de nos croyances en spiritisme, tous ceux qui admettent le progrès sont d’accord sur ce point, mais qui se présente certainement à nous, par le nombre et l’importance des enseignements qu'il renferme, et pour notre époque, car bien imprudent serait celui qui ne saurait pas faire la part du temps, qui se présente, dis-je, comme la codification la plus acceptable de l’état actuel de nos croyances. Vouloir se passer du livre des Esprits, ne serait-ce pas se priver bénévolement du bénéfice d’une expérience longuement, consciencieusement acquise et de plus en plus acceptée par les savants, par les penseurs les plus sérieux. Ne vouloir aller que de soi-même et par soi seul serait certainement s’affranchir du travers d’être dogmatique au point de vue de ce qu’ont enseigné les autres ; mais ne serait-ce pas, en des sujets encore si peu connus, s’exposer au reproche autrement grave de n'afficher que de très-orgueilleuses prétentions et une suprême intolérance pour ce qui touche à la supériorité qu’on attache à ses propres idées. Qu’aucun de nous

ne se croie omnipotent, et seul apte à comprendre et à révéler au monde les grandes vérités, les grands principes qui le dirigent. Profitons des travaux du passé, ajoutons-y ceux du présent, et laissons à l’avenir le soin d’achever l’œuvre. Chaque pierre apportée à l’édifice a son prix, que ce soit celle de la base, celle du milieu, ou celle du couronnement. Aucune n’est l’édifice tout entier ; chacune, au même titre, est une partie méritoire de l’œuvre. Celui-là seul sera plus grand que les autres qui aura apporté à la construction deux pierres au lieu d’une. Lorsque la fondation existe et qu’elle a été reconnue solide, lorsque le plan paraît conçu de manière à satisfaire aux convenances les plus essentielles, les efforts de chacun doivent s’appliquer à poursuivre l’exécution de ce plan dans son ensemble, sans se départir toutefois de cette sollicitude qui s’évertue à faire marcher de pair et la solidité dans le moment présent, et les améliorations que le temps et la réflexion apportent avec eux. Mais aller sans aucune idée de combinaisons préalables, sans convergences dans les vues, sans la prévision d’un but à atteindre, sans la conception des proportionnalités harmoniques nécessaires, et sous la seule inspiration d’un caprice présomptueux ou fortuit, aller, dis-je, jeter sur le sable et aux incertitudes du hasard des matériaux dont on n’a pas suffisamment combiné d’avance les agencements respectifs et qui pourraient avoir leur utilité ailleurs, c’est donner un double témoignage de stérilité et d’orgueil.

Après ces réflexions qui nous sont surtout inspirées par un ardent désir de voir enfin se réaliser, dans un même champ de travail, la communauté, la solidarité de tous les efforts, abordons les développements que nous avons promis.

D’après les idées généralement admises, ce que nous appelons un Esprit est une dualité.

^ Gettô dualité sô coinpose : Preruièroiueiit d’uu être spirituel susceptible de produire des manifestations intelligentes et des effets physiques • susceptible aussi réciproquement de subir l’influence de pensees et d’actes dont la source lui est étrangère et de nous en donner conscience. A cet élément spirituel, considéré intrinsèquement, nous réservons, pour éviter toute confusion, le mot âme et plus explicitement, puisque, par rapport à nous cet etre agit comme cause, soit directement, soit par voie de répercussion, nous lui attribuerons la dénomination de force animique.

Secondenmnt, d’une enveloppe entourant l’âme, materielle, fluidique, généralement imperceptible a nos sens, mais que, dans certains cas, il est permis a la force animique de concréter de manière à a rendre vnsible et même tangible. Cette enveloppe est appelée Périsprit. Ces propriétés du périspiit d etre visible et tangible ont été constatées en fait dans quelques circonstances, mais les lois suivant lesquelles elles se produisent et se manilestent ne nous sont pas connues. C’est là un vaste champ d études.

Comment l’esprit humain a-t-il été conduit à croire en cette dualité ?

Parce que d’abord, ayant la conscience que des effets se produisent en nous, et qu’ayant reconnu qu aucune des forces terrestres n’est susceptible de donner naissance à ceux de ces effets qui sont du domaine de l’intelligence, ü a bien faUu admettre qu il y a dans chacun de nous un principe moteur autre que ceux dits terrestres, et c’est ce principe d activité , en qui résident les facultés intelligentes, que nous nommons force animique.

Quant à l’enveloppe appelée périsprit, comme nous ne pouvons ici bas avoir l’idée d’une force produisant des effets, si elle est dépourvue de toute

attache matérielle, il a fallu encore, pour mettre nos idées en conformité avec tout ce qui se passe dans le monde créé, pour nous montrer en accord avec ses lois constitutives et générales, pour ne pas nous jeter dans le vague et les hypothèses de conceptions variables à l’infini lorsqu’elles se^ rapportent à des choses qui ne sont conformes à rien de ce qui existe, il a bien fallu, dis-je, analogiquement du moins, mettre en contact avec la force animique l’élément matériel, et, parce que celui-ci est imperceptible à nos sens, nous n’ayons pu que lui attribuer une essence gazeuse, fluidique, éminemment subtile.

Certainement, en réfléchissant à tout ce que la science nous a appris des forces, de leur mode d’action, de leurs effets, les conceptions sur les- (juelles nous venons de nous expliquer sont éminemment rationnelles en principe. Elles sont une exacte application à l’homme des lois mêmes du monde créé telles qu’elles nous sont connues, et à cet égard elles revêtent incontestablement une certaine autorité ; on ne saurait les ranger dans la catégorie des hypothèses gratuites. Mais, il faut le dire, en dehors de ce principe de rationnai! té, et en ce qui concerne les détails, presque tout est encore à étudier. Cette étude sera l’œuvre du spiritisme, et j’ai la confiance qu’elle deviendra productive, lorsque nous nous résoudrons à interroge^ notre doctrine avec intelligence et sincérité, sans parti pris, sans orgueil, avec une complète absence d’intérêt personnel.

Au reste, lorsque nous nous serons expliqué et sur l’élément spirituel et sur son enveloppe, nous présenterons au lecteur quelques observations qui, parleur spécialité, nous paraissent propres à confirmer et à étendre ses convictions sur les nécessités de l’existence du fluide périsprital.

Reprenant maintenant la discussion , la pre-

mière question que nous aurions à traiter est celle qui consisterait à savoir quelle est l’essence du principe spirituel, de la force animique; mais sur ce point nous devons faire l’aveu de notre ignorence, et je no crois pas qu’en ce qui concerne les essences de cet ordre, les hommes sachent quoique ce soit, niôme^au sujet de toute autre force quelle qu'elle puisse etre. Les esprits eux-mômes, interrogés sur la question de savoir si la force intelligente, la force animique, est ou n’est pas matérielle, sont obligés de nous laisser dans les indéterminations d’une explication incomplète :

« Gomment, disejit-ils,peut-on définir une chose (( quand on manque de termes de comparaison, et « avec un langage insuffisant. »

Pour moi, cette première partie de la réponse équivaut à dire que nous avons affaire ici à une cause première, et par conséquent indéfinissable. Car si nous avions à nous exprimer nous-mêmes sur une de ces sortes de causes, que nous serait-il possible de dire, sinon que nous manquons de telles de comparaison qui nous permettent de saisir même la plus petite analogie entre ce que nous cherchons à faire connaître et quoique ce soit de ce qui nous est connu, et que nous ne saurions trouver dans notre langage d’expressions s’appliquant à des choses qui, n’ayant jamais affecté nos sens, n’ayant jamais pu subir l’analyse de notre pensée, ont nécessairement dû rester innommées. L’esprit révélateur est donc bien dans le vrai en confessant son impuissance, dû moins en regard de nos faibles capacités humaines, car peut-être, vis-à-vis d’autres Esprits avancés comme lui, pourrait-il être plus explicite.

Le reste de la réponse ne peut que nous confirmer dans cette manière de voir :

« Immatériel, continue l’Esprit, n’est pas le « mot. Incorporel serait plus exact. Car tu dois

« bien comprendre que l’Esprit étant une créa- « tion, doit être quelque chose ; c’est une matière « quintessenciée, mais sans analogue pour vous « et si éthérée qu’elle ne peut jamais tomber sous « vos sens. »

Présentons quelques observations sur cette dernière partie de la réponse.

Nous voyons qu’à tin point de vue absolu, trèsabsolu meme, nous devons accepter l’idée que la force animique n’est pas immatérielle ; mais à un point de vue relatif, au point de vue de nos matières terrestres nous pouvons dire qu’elle est immatérielle, puisqu’elle ne ressemble à aucune d’elles, que, dans tout ce que nous connaissons de la création, elle est sans analogue pour nous, qu’elle ne peut jamais tomber sous nos sens. Aussi remarquez combien l’Esprit est conséquent avec luimême, malgré toutes les difficultés de sa situation vis-à-vis de nous, malgré les délicates nuances qui distinguent les termes du langage les uns des autres, lorsqu’il nous dit : « immatériel n’est pas « le mot, incorporel serait plus exact. » Or, pouvons-nous concevoir ici-bas une matière qui n’aurait pas de corps, une matière qui par conséquent n’aurait pas de forme ? Non, ce sont là des conceptions qui nous sont interdites ; et cela par l’irréfutable motif qu’elles sont complètement étrangères aux propriétés des créations qui nous entourent, dans lesquelles nous vivons, par lesquelles seules nous sentons et nous pensons. C’est donc en présence de tout autre chose que notre pensée soucieuse et interrogatrice se trouve ici, et rien de ce qui nous est connu ne peut contribuer à nous donner la plus petite intuition de ce qu’est fessence animique.

Ne négligeons pas de remarquer à ce sujet combien, lorsque ce sont des Esprits supérieurs qui nous parlent, il y a de rationalité dans les instruc-

tions qu’iJs nous communiquent, combien elles sont absentes de contradictions, meme alors que l’infériorité de l’entendement humain leur impose l’obligation de rester indéterminées ; combien , meme dans ce cas, elles sont susceptibles de nous donner d’utiles renseignements, sinon complets, du moins très-instructifs dans ce qu’ils ont de partiel, combien enfin elles peuvent nous ouvrir de nouveaux aperçus.

Permettez-moi de développer cette pensée.

Je vous ai déjà fait remarquer que la communication du livre des Esprits, relative aux propriétés fie la matière, nous apprend que, indépendamment de la matière qui nous entoure, qui forme le domaine purement terrestre, et qui est pesante, il existe une autre espèce de matière fluidique, qui au lieu de rester confinée dans notre globe est universellement répandue dans tous les espaces, qui probablement , par les aggrégations diverses de ses atomes est la composante générale de toutes nos matières terrestres et qui a pour caractère essentiellement distinctif de celle-ci de ne pas peser quand elle est dans son état naturel et libre. Eh bien ! la communication actuelle, au milieu de tout ce qu’elle a d’indécis, nous enseigne qu’il existe dans la création une troisième espèce de matière, tout-à-fait distincte des deux précédentes, puisque, non-seulement elle n'a pas de poids, mais qu’en outre elle n’est pas susceptible de prendre un corps, de revêtir une forme. C’est celle-ci qui constitue l’essence de râme, de la force animique.

Certes, nous ne pouvons nous faire une idée de cette essence, et elle ne saurait prendre place dans nos conceptions en ce qui concerne sa constitution propre. A cet égard nous ne savons rien.

Mais il n’en est pas de même des nécessités rationnelles de son existence, quelqu’inaccessible que soit cette existence, au point de vue de sa figu-

ration, à la perceptibilité humaine. Il n'en est pas de meme non pins des rernarqnaljles concordances qui existent entre l’un des caractères essentiels des elTcts intelligents et celui non moins essentiel (jue les esprits atlribucnt cà la cause qui leur donne naissance. Il n’en est pas de meme enfin des enchaînements logiques qui rattachent le signalement de la force animique, tel qu’il est donné par la cornmunication, soit avec le grand principe du maintien perpétuel des individualités, soit avec celui non moins important de leur similaire constitution à l’origine.

C’est-à-dire que, si les esprits sont dans l’impuissance de nous faire connaître tous les inconnus de la cause, ils nous en disent assez pour nous faire apprécier la parfaite harmonie qui existe entre le peu qu’il leur est permis de nous apprendre d’elle, et l’ensemble des effets divers dans lesquels elle intervient. Ils ne révèlent pas tout, mais tout ce qu’ils affirment est d’ordre essentiellement logique par rapport à la constitution des choses créées.

Elucidons par quelques détails explicatifs ce qu’à un premier aperçu on pourrait trouver d’un peu abstrait dans cet exposé.

Nous avons déjà dit, dans ce qui précède, qu’aucune des forces terrestres ne pouvant créer des effets intelligents, nous avons été conduits à attribuer la manifestation de ces effets à un principe complètement différent de tout ce qui nous est connu. Or l’esprit ne vient-il pas remaquablement confirmer cette appréciation de notre conscience en nous disant que ce principe est constitué par une matière spéciale qui ne saurait avoir ni forme, ni corps, et qui, par cela meme, est essentiellement distincte de tout ce qui nous est connu icibas.

D’un autre coté, ce principe animique, dépourvu de forme et de corps, n’est-il pas aussi en parfait

accord avec le caractère des effets intelligents dont il est le producteur, avec la pensée, qui à son tour ne peut être conçue par nous comme siisceptihle d’elre représentée par une forme corporelle propre; qui, dans l’usage habituel de la vie, n’a d’autres moyens de se manifester qu’à l’aide de signes conventionnels, seuls aptes à nous faire percevoir les phases successives de son développement, soit par la parole, soit par les gestes, soit par récriture ; qui enfin, au point de vue de son ensemble, de sou résumé synthétique, ne saurait nous être révélée que par les images également conventionnelles de l’allégorie.

Remai*quons combien ce qui vient d’étre exposé se montre d’accord avec les idées que nous avons de la persistance indéfinie de nos individualités. Car admettre que la matière animique possède une forme à un moment quelconque, ne serait-ce pas insinuer que, comme le font toutes nos matières terrestres, elle pourraient en changer sous l’influence des causes diverses susceptibles d’agir sur elle, et dès lors le cachet de l’individualité ne disparaîtrait-il pas? Et puis, attribuer des formes à la matière animique, n’est-ce pas, pour ainsi dire, nous permettre de croire que ces formes ont pu, dans le temps être, dissemblables pour les diverses individualités ; et ne serait-ce pas nous rendre bien diflicile la conception qu’à l’origine meme de chaque être humain elles ont dû toujours avoir le même type, la même valeur de création? Or il n’y a pas, ce me semble, de condition à remplir plus essentielle que celle-là, car, si elle n'existait pas. nous serions grandement autorisés à douter de là sagesse du souverain maître et de sa justice.

Je sais bien que les ergoteurs obstinés pourront me dire que sans déroger à cette justice. Dieu aurait pu donner à chaque âme la même forme. C’estun moyen, j’en conviens, mais avouons que, s’il

dénote bien cette scolastique d’arguties professée par les hommes qui, ne sachant et ne réfléchissant qu à demi, sont fort enclins, par cela même, à s’imaginer qu’ils ne peuvent jamais avoir tort, avouons, dis-je, que ce moyen semble bien peu digne de la féconde simplicité de la science de Dieu. Là où la distinction de la forme n’est nullement nécessaire. Dieu, qui ne se complaît pas à courir après les superfétations, se contente très-modestement de ne pas créer de forme. C’est à coup sur moins compliqué en principe, et ce ne l’est pas moins dans les conséquences. Car créer une forme qui ne peut être ütile qu’à la condition de rester immuable pour tous, c^est évidemment introduire un rouage de plus dans la création, puisqu'il faudra faire intervenir les mesures nécessaires pour que cette forme ne varie jamais. O hommes, vous pourrez vous énorgueillir dans la contemplation de vos conceptions compliquées, vous n’approcherez jamais de la sublime naïveté qui caractérise les œuvres de Dieu. Si vous voulez devenir vraiment grands, et surtout vraiment dignes sur cette terre et dans les deux, soyez simples dans vos conceptions, simples aussi dans vos moralités; et c’est là le vrai sens de la parole du Christ.

De tout ce qui précède nous pouvons conclure qu’au point de vue de nos matières terrestres, l’essence de l’âme n’ayant rien de commun avec elles, nous sommes autorisés à dire que cette essence est relativement immatérielle; quant au point de vue absolu de ce qui concerne l’état consécutif général de la création, la force animique est matérielle, mais d’une essence spéciale, différente de toute autre, n’ayant ni pesanteur, ni rien de ce qui constitue le corps et la forme, jouissant en tout temps , en tout lieu d’une complète immuabilité. De sorte qu’il ne saurait nous être permis dans nos raisonnements de lui faire applica-

tion d’aucune des propriétés appartenant, soit à la matière terrestre, soit à la matière éthérée universelle; car celle-ci, quoique non pesante, peut prendre un corps et des formes, tandis qu’il est à tout jamais interdit à nos sens d’être directement aôectés par l’essence de la force animique.

Mais à quoi bon pourront dire les critiques, trop bien pourvus en présomption de ce qui leur manque en science, à quoi bon cette sorte de matérialité qui n’a rien de commun avec les autres, et qui, par son absence de toutes propriétés à nous connues, semble se poser devant l’humanité comme un mystérieux arcane? Oui, j’en conviens, comme cause c’est un arcane, et il y en a bien d’autres. Est-ce que Dieu, que vous ne repoussez pas sans doute, n’est pas exactement dans le même cas? Mais, considéré dans ses effets, |cet arcane de la force animique a bien certainement droit à nos égards, puisqu’il est le producteur de la plus belle œuvre de la création terrestre, la pensée, qu’elle seule est apte à produire ; et que, sans sa matérialité spéciale qui doit bien être quel- (jue chose à tout prendre, nous serions obligés de dire que la pensée vient de rien, ce que les matérialistes eux-mêmes n’ont pas osé affirmer. En présence des œuvres de la création, je suis certainement disposé à admettre la légitimité de tous les étonnements ; mais pourquoi fermerait-on obstinément les yeux devant la sagesse de leur conception intrinsèque, devant l’éclat de leurs harmonies relatives.

Quant au second élément, le périsprit, qui, avec le précédent, forme la dualité de l’Esprit, nous pourrons être plus bref; parce que, d’une part, sa conception matérielle, que nous pouvons représenter comme une forme gazeuse, est plus simple, parce que, d’autre part, ce qui le concerne est plus accessible à l’expérimentation.

Nous avons déjà fait comprendre la nécessité de cet élément en disant que, analogiquement h ce qui a lieu pour toutes les forces connues, qui ne peuvent produire d’effets tant qu’elles restent isolées de toute attache matérielle, le périsprit est l’élément fluidique matériel qui, mis en rapport avec la force animique, sert à rendre manifestes les effets de celle-ci, et à lui transmettre les impressions du dehors qu’elle a intérêt à connaître.

C’est parce que le périsprit, en général, n’affecte pas nos sens que nous devons lui attribuer l’essence fluidique. Mais cette essence, au dire des Esprits, quoique très-suhtile pour nous, est encore fort grossière pour eux, ce qui nous conduit à admettre qu’elle est d’une nature beaucoup plus dense que celle de la matière animique.

Cette conclusion est d’ailleurs confirmée par le fait que, dans certaines circonstances, le périsprit peut devenir visible et tangible, c’est-à-dire qu’il peut prendre un corps et une forme, faculté interdite à la matière constitutive de la force animique.

Enfin, puisque, d’après les enseignements du livre des Esprits, cette enveloppe matérielle gazeuse est puisée dans le fluide universel, il résulte de cette première indication combinée, ainsi que je l’expliquerai plus tard, avec une importante série de considérations sur les propriétés du fluide périsprital lorsqu’il est mis en action, soit par la force animique, soit par les agents extérieurs, il résulte, dis-je, de l’ensemble de ces aperçus que tout nous porte à croire que le fluide périsprital n’est autre chose que l’éther lui-même constitué suivant chaque être et suivant chaque monde à divers degrés de densité.

En résumé, l’existence du périsprit est nécessaire, indispensable au point de vue rationnel, parce qu’il nous est impossible d avoir conscience d’un effet quel qu’il soit provenant d’une force, s’il

n’existe pas, entre cette force et l’appareil destiné à en recevoir les effets, un intermédiaire matériel. Cette règle étant sans exception pour toutes les forces qui nous sont connues, tout concourt à nous la désigner comme une loi naturelle, à nous déterminer à en faire l’application à la force animique, et par suite à donner à celle-ci une enveloppe matérielle.

Ajoutons que lorsqu’on cherche à se rendre compte des phénomènes de la vie, au point de vue du caractère si remarquable do leur continuelle diversité, on est de plus en plus confirmé dans celte idée que, sur la scène où ils se développent, comprise entre les deux fixités représentées par l’àmo dont l’essence ne change jamais et par le corps qui ne se modifie sensiblement qu’avec le temps, que, entre ces deux limites qu’on peut considérer comme constantes et où viennent cependant se succéder des actions et des rapports incessamment diversifiés, on est, dis-je, confirme dans celte idée qu’il faut bien qu’il y ait de l’une à l’autre quelque chose de variable à chaque instant; sans quoi, tout étant constant, la vie no pourrait être que l’image de l’éternelle monotonie, et ne se distinguerait plus de l’improductif immobilisme de la matière brute. Voilà pourquoi, entre le corps et l’àme, se trouve une substance qui doit être gazeuse puisque nous ne la voyons pas, éminemment mobile, susceptible de vibrer suivant les rbythmes les plus variés, véritable télégraphe électrique, conducteur, et des volontés qu’il plaît à l’àme d’envoyer au corps, et des avis qu’il est nécessaire quelle corps fasse parvenir à l’àme. C’est laie rôle du périsprit. Avec ce rouage, nous comprenons qu’il y aura des explications, et beaucoup d’explications possibles ; sans lui, ce n’est plus que la confusion qui règne en souveraine dans notre pensée.

Disons enfin que l’expérimentation vient à son tour nous donner un contingent de preuves peu nombreux encore , il est vrai , mais aussi imposant par la nature supérieure des phénomènes qu’elle a mis à jour que par l’autorité des personnes auxquelles ils ont été révélés et dont l’illustration et rhonnêteté sont le meilleur garant de la réalité des faits.

^ Lorsqu’en effet il est avéré que, dans certaines circonstances, le périsprit a été rendu visible et tangible, les plus simples rudiments de la sagesse nous font un devoir d’observer tout au moins un peu de circonspection. Se refuser à suivre une voie si raisonnable, se serait volontairement se ranger dans la catégorie de ceux auxquels le Christ a reproché d avoir des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre; de. ceux qui vont plus loin encore^, poussant le parti pris jusqu’à déclarer que, même alors qu’ils auraient perçu par les yeux et par les oreilles, ils sauraient conserver assez de bon sens pour affirmer qu’ils n’ont ni vu, ni entendu. C’est ainsi que ces modernes Icare prétendent s’élever jusqu’aux régions que Dieu a réservées aux grands génies de la terre.

Tel est l’exposé de nos connaissances les plus probablement vraies, les plus acceptables quant à présent sur l’état consécutif général des Esprits ; toutefois, quelque solides que soient les bases sur lesquelles elles s’appuient, nous ne pouvons considérer ces premières acquisitions que comme le prodrome d’une science encore à l’état naissant, peu productive aujourd’hui, mais qui, étendue et complétée par de sérieuses études, nous permettra d'inscrire de nouvelles pages sur le grand-livre des révélations.

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