Agobard, 46, Apoleg, — Thegan., ch. xuv
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terre carolingienne, Lolliaire, d'Aix-la-Chapelle, se rabat, avec son père prisonnier, mais reprenant peu à peu puissance, dans la Neusirie qu'il trouve aussi c soulevée. L'approche du roi Germanique, ', grande multitude de Teutons {tanla populi 'ine), délerminc enfin Lotliaire a se retirer i partisans et à rendre son père libre aux eses deux autres lils, 83i.
lereur, restauré pour la seconde fois, fait, à liée de Grémieu, près de Lyon, 835, un noutagc. Reléguant Lotliaire en Italie, il agrandit le Pépin de la Loire à la Seine, celle de Louis lanique du Rhin à la Meuse, et, outre l'Ale- I assigne au fils de Judith, Charles, déjà l'oce tous les troubles, la Golhie et la Provence, servant, par une condition spéciale, le pouvantager encore un de ses fils, même aux de ses frères, « s'il venait à mériter plus ur et de puissance. » L'empire n'en était pas Ini. tt Le nom des Francs, » dit un contem- « autrefois illustre par toute la terre, est
'tage n'était point encore exécuté que, poussé )ar sa femme Judith, le Débonnaire, donnant mbléc d'Aix (837) une nouvelle preuve de reprend à Louis de Germanique, non seu- .'Ostrasie, mais une partie de la Saxe. Celuipproche alors de Lothaire à Trente. Judith >6uis le Débonnaire à un acte de vigueur. Le )uis est condamné comme rebelle, à Nîmègue, illé de tous ses apanages, à l'exception de la
Bavière. Mais, depuis longtemps, ce prince était considéré comme le chef naturel de la pure Germanie, de la Francie orientale ; il appelle à lui les Âlamans, les Saxons, les Thuringiens, même des Francs du Main. La mort de Pépin d'Aquitaine, qui laissait un fils du même nom, sur les entrefaites (838), compliquait la situation. Louis le Débonnaire, en appelant son aîné, Lothaire, à Worms pour lui rendre avec l'Italie les pays germains à Torient de la Meuse, croit assurer la Gaule, à Toccident de ce fleuve et de la Saône, à Charles. L'empire de Charlemagne, d'après cette dernière volonté en délire, serait partagé entre ces deux derniers. Louis le Bavarois et Pépin II l'Aquitain réclamèrent.
En courant de Tun de ces fils à Tautre, de TÂquitaine à la Germanie, pour les contenir et les réprimer encore, en 840, à Tâge de soixante-deux ans, le malheureux successeur de Charlemagne, écrasé d'un fardeau trop lourd pour lui, est atteint sur les bords du Main de sa dernière maladie. L'esprit et le cœur souffraient plus encore que tout le reste. Il se fait transporter, pour finir au moins en paix, dans une île du Rhin, en vue du château d'Ingelheim. Sa femme, Judith, son dernier-né, Charles, n'étaient point là pour le consoler du délaissement ou de la révolte des autres, de Louis surtout, qu'il accusait de sa mort. Quelques évoques seulement l'assistaient, non pour l'aider à quitter l'empire, mais la vie. Profondément pieux et las du pouvoir, de l'existence, il semblait, à l'agonie, faire volontairement effort en s'écriant) dans la langue germaine : Herausl
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AeraiH/ dehors! dehors 1 pour aller trouver un monde meilleur (20 juin 841). Souverain et père faible et eapricieuï, flottant entre l'idée abstraite de l'empire et la coutume concrète des partages de famille, entre l'Ëglise et le siècle, l'ascétisme et la chair, il avait fait et défait les Ëtats destinés à ses enfants, aux dépens de son pouvoir, sans constituer leur royaume. Il avait contribué à l'affaiblissement de la vieille Francie privée de sa noblesse, dit un contemporain, énervée dans sa fore*, quasi nervis evirata; et i! laissait en mourant l'étrange souvenir d'un prince qui n'avait pu jamais se maintenir lui-même et qne ses ennemis, faute de s'entendre, n'avaient jamais pu renverser. Les funérailles sanglantes de l'empire devaient être célébrées au lendemain de sa mort par ses fils.
L'aîné des fils du Débonnaire avait été fait par lui empereur en 817; il s'était réconcilié le dernier avec son père et avait reçu de lui la vieille Francie du Rhin et les insignes de l'empire. Les Francs voyaient en lui le vrai héritier de Charlemagne et mettaient encore en lui leur honneur. Depuis longtemps maître au delà des Alpes, il avait pour lui aussi le pape qui croyait son pouvoir spirituel intéressé au maintien de l'unité, et l'Italie, fière de posséder un César, même germain. Son père, en lui léguant la France carolingienne, l'ancienne Ostrasie, semblait lui laisser encore une puissance matérielle redoutable. Lothaire voulait conserver à son profit l'autorité impériale. Mais Louis le Germanique était, depuis longtemps, comme chez lui dans la Teutonie;
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Pépin II était considéré, par les Aquitains, comme un roi national. Charles, le fils de Judith, pouvait lui-môme espérer que Lothaire respecterait, en sa faveur, le dernier partage. Autant de causes de conflit et bien plus graves entre des frères!
Lothaire ne paraissait pas manquer de partisans. Le premier personnage ecclésiastique de la vieille Ostrasie, l'archevêque de Mayence, Otgar, Tabbé de Fulde, Raban Maure, et Tabbé de Corvey sur le Weser, Warin, un descendant des Saxons, se déclarèrent pour lui. Il célébra impérialement les fêtes de Pâques de 841 à Aix-la-Chapelle, au milieu des Francs du Rbin. Mais ici éclata, pour la première fois clairement, l'esprit de résistance et de révolte contre ces Francs du Rhin qui avaient vaincu et dompté tous les peuples sous le grand Charles. L'intérêt rapprochait Louis de Bavière et Charles de France. L'ancienne Neustrie et la Germanie avaient les mêmes griefs contre les Francs dominateurs. Non seulement les Alamans, les Bavarois, mais des Saxons et des Thuringiens, même des Francs orientaux du Main, se groupèrent autour de Louis *. Charles, de son côté, vit arriver sous son drapeau les évêques de la vieille Gaule, des comtes neustriens et burgondiens, môme quelques Provençaux et des Aquitains du Midi. Étaitce instinct national, désir d'indépendance, rage de revanche? on ne voulait plus de la domination des Francs, de l'empire ! Appuyés par leurs fidèles que leurs menaces et leurs présents décident, Louis le
" 1. Ludovicus, orientales Francos, Alamanos, Saxones et Thuringios sibi fidelitatis jure confirmai. Ann, Fuld., 840, p. 562.
ENTRETIENS SUR l'hISTOIRE. — III. 3
CHUTE DE LEHPIKE DE CHAHLEHAGNE
lique marche du Danube sur le Rhin ; Charles, eine vers la Meuse.
lire et la vieille Francie ostrasienne les sépa- 'un (le l'aulre. Lothaire, maître du pays entre ;e et le Rhin, aurait voulu empêcher Louis le lique et Charles de correspondre. Rs échaDmalgré lui des envoyés et arrêtèrent leur plan ipagne. Les deux puînés opérèrent bientôt nction à Châlons-sur-Marnc, et, unissant la lC la Germanie on de l'Allemagne à celle de la ;onlre l'empire, ils réclamèrent leur part d'hé- C'était une question de vie ou de mort pour e. Lothaire appela encore son neveu, Pépin II, luitaine, pour invoquer le jugement de Dieu eETet prononça.
s des manœuvres qui permirent à Lothaire de Ire à Pépin et aux Aquitains, les héritiers de e se trouvèrent, enfin, en présence à Fontanaytaye (juin 841). Plusieurs sources d'eau vive, un ère et quelques maisons formaient alors ce an milieu d'une plaine traversée par un ruisu'on appelait le ruisseau des Burgondes. 'e se tenait, avec sou armée composée de de la vieille Ostrasie, de Frisons, de quelques , d'Italiens qu'il avait amenés, et des Àquite Pépin, au village même de Fontanay, h s sud-ouest d'Auxene. Les deux autres frères à Thury, une demi-lieue au sud : Louis avec mans et la majorité des Saxons; Charles avec mtes neuslriens du nord de la Gaule et des çaux du midi. Ils étaient séparés seulement
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de leur frère par une suite de hauteurs. Il n'y avait guère de cavalerie dans les deux armées. On essaya de quelques pourparlers. Lothaire avait avec lui quelques envoyés du pape et le haut clergé de la Francie; il réclamait l'empire, et, comme s'exprime un contemporain, la monarchie {monarchiam viiidicabat). Les deux frères revendiquaient : Charles, la Gaule, jusqu'à la Meuse; Louis, la Germanie jusqu'au Rhin. Dans cette revendication de deux pays, aujourd'hui si distincts, il y avait bien, on le sent, des velléités d'indépendance nationale. Cependant on avait pris ses chefs en partie par de vieilles habitudes d'attachement et beaucoup plus par intérêt ; les monuments contemporains l'affirment. Il y en avait, ajoute l'un d'eux, qui hésitaient, « incertains de savoir qui pouvait revendiquer justement leur pays » *.
Le samedi 25 juin, de grand matin, Louis et Charles occupèrent les hauteurs qui les séparaient de Lothaire et descendirent se ranger en bataille devant lui. La lutte commença à huit heures; lutte terrible, et, comme dit un contemporain, « plus que civile ! » car elle était entre des frères, des parents, des proches, des hommes de même nation, inter fratres et cognatos atque propinquos. Étaient-ce des antipathies de race qui les mettaient aux prises? On a la composition des deux armées ; des hommes de même race et de climats différents se trouvaient dans les deux camps. Un contemporain a dit des armées en propres termes : « Les combattants n'étaient point
1. Jncerti fluctuamur quinam potissimum regionem nostram ibi debeat vindicare.
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divers par leurs armes, distincts par leurs mœurs et leur race; ils étaient aux prises parce qu'ils étaient dans des camps différents, non armis dissimiles, non habitu gentis distincti^ solum castris obversi, » En effet, il y avait là aussi des Francs contre des Francs, des Saxons contre des Saxons, des Provençaux contre des Aquitains, comme les fils du Débonnaire étaient frères contre frères. Les uns étaient pour Tempire, les autres contre lui.
Lolhaire et Louis se trouvèrent aux prises sur les hauteurs, près du bois des Briottes {Briottœ) ; Charles et Pépin dans la vallée, à Solennat ou Soleme, au ruisseau des Burgondes. Lothaire, dressé sur son cheval de bataille, faisait de son mieux, et de sa lance abattait des cadavres autour de lui, hastâ multa démolivit cadavera; mais les siens tournèrent le dos et il dut fuir avec eux. Pépin, opposé à Charles, soutint plus longtemps Teffort de la bataille et vit fuir aussi devant lui les comtes neuslriens. Mais un comte de Provence vint au secours de Charles avec des Toulousains et des Provençaux; il rétablit le combat et mit en fuite les Aquitains. Les contemporains ne nous ont pas fourni d'autres détails sur la bataille, mais ils ont gardé d'elle une profonde impression d'horreur. Jamais ce siècle de guerre n'avait vu une aussi énorme et atroce tuerie. Ce fut une orgie de meurtre entre chrétiens, c'est le mot : magna se cœde invicem christiani debacchati snnt. Louis et Charles, vainqueurs, arrêtèrent enfin, par commisération chrétienne [pietate), cette affreuse boucherie, à midi. Les sarraus de lin blanc des morts brillaient au soleil
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au milieu des flaques de sang, dans la plaine, le long du ruisseau rougi des Burgondes. Quarante mille Oslrasiens restèrent sur le champ de bataille, plus d'Aquilains encore. L'empire y perdit la fleur de sa population; mais la Francie sortit de là, énervée (evirata) dans sa force et dans sa sagesse; le poète franc Angilbert, qui assistait à la bataille, put déplorer « celte nuit amère, dure, où étaient tombés tant de forts, justement pleures, ce jour qui devrait être rayé du nombre des jours *. » C'était, en effet, la fin de l'œuvre de Charlemagne, de l'empire et de la fortune des Francs. De ce jour les anciens Ostrasiens ne furent plus capables non seulement d'étendre leur frontière, mais même de défendre leur propre territoire.
Les moyens auxquels recourut Lothaire pour essayer de relever sa fortune furent déjà la preuve de cette chute. Il prodigua des biens, des honneurs et des privilèges à des hommes de rien, à des païens, à des étrangers : aux Danois, l'île de Walcheren, aux serfs saxons, la liberté, pour avoir de nouveaux soldats. Avec l'armée qu'il recruta ainsi d'hommes perdus ou indisciplinés, il ne put qu'exercer, en Germanie et en Neustrie, des ravages, incendies, déprédations et sacrilèges dans les églises : et il augmenta ainsi l'animadversion générale qu'il avait soulevée comme complice des persécuteurs et des ennemis de la foi chrétienne. Louis le Germanique, avec les Germains du midi, Alamans et Bavarois, Charles avec
1. Ann. Alam. — Ann. Xant. — Ruodolf, Fidd,, 841. — Ann. yiavïniaCfMi. — Hincmar, UludoviCy c. iv.
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les Neustriens, se dirigèrent sur les bords du Rhin contre TOstrasie infidèle à sa cause, Tun par Francfort, l'autre par Toul. Devant eux les soldats pillards de Lothaire se débandèrent et les laissèrent se rencontrer dans la vieille ville romaine de Strasbourg.
Ce fut là que les deux vainqueurs scellèrent leur alliance. Un double serment solennel, prêté justement dans les deux langues qu'on parlait au delà et en deçà du Rhin, en fut comme le sceau. Avec les deux jeunes rois réunis à Strasbourg, deux peuples s'unissaient contre Tennemi commun qui voulait les maintenir encore, au nom de Tempire, sous un seul joug, autrefois glorieux et utile, maintenant honni et détesté. Ils avaient chacun une langue qui les distinguait déjà l'un de Taulre. Les sujets du roi Charles, du Rhin aux Pyrénées, parlaient à peu près, malgré des dialectes différents, un môme idiome, le roman^ latin défiguré sous Teffort de la conquête germaine. Ceux de Louis parlaient aussi les différents dialectes de Tallemand ou du teuton qui était leur langue mère. Aussi, les deux princes prononcèrent-ils, chacun dans la langue de l'autre, Louis en langue romane et Charles en langue tudesque, ainsi que les grands, primores populi, après eux, le double serment qui devait être, en même temps qu'un des plus anciens monuments de ces deux idiomes, comme l'acte d'état civil de deux grands peuples. « Par amour de Dieu, » dirent-ils, « pour le peuple chrétien et pour notre commun salut, d'aujourd'hui en avant, autant que Dieu me prêtera connaissance et force, je tiendrai