INTERVENTION EN FRANCE
d'une sorte de grandeur. En travers de la presqu'île » les Danois avaient élevé une muraille de terre, de la mer du Nord au golfe de la Schley ; on en voit encore les vestiges (Danewirck). Sous le règne du roi danois Harald à la dent bleue, Otton aurait pénétré jusqu'à l'extrémité du Jutland et jeté sa lance dans le golfe de Limfiord. Un prêtre saxon, Adaldag, relève la métropole de Hambourg. Harald fait baptiser son fils, et alors commencent, en Danemark, les trois évéchés de Sleswig, Rupen et Aarhus.
A Touest de rAUemagne, depuis la paix faite avec Loois d'Outre-mer, Otton avait favorisé plutôt Tépoux d'Hedwige, le duc Hugue de France, contre Louis d'Outre-mer, Tépoux de Gerberge. Mais, lorsqu'il apprend, en 945, que le duc de France, Hugue, avait fait celui-ci prisonnier et l'avait obligé, pour racheter sa liberté, à abandonner, après Reims, sa dernière ville, la citadelle de Laon, il revient à.son beau-frère dépouillé et incapable d'inspirer aucune crainte. Il rassemble une armée composée surtout de Saxons, passe la Meuse et se dirige sur la Marne, avec Louis d'Outre-mer et le petit roi de Bourgogne, Conrad, qui, on le voit, le suivait toujours. Une armée de Irente-deux mille hommes l'accompagnait. Le duc de France menaçait de mettre en bataille € plus de casques qu' Otton n'en avait jamais vu pendant sa vie ». Avec ses soldats coiffés de chapeaux de paille, Otton se dirige sur Reims. Il était important d'avoir cette ville. Le duc de France, en effet, à la place d'un évèque du roi, Artaud, fils du duc de Vermandois, avait installé Hugo. Le roi germain menace l'arche-
vôque Hugo de lui faire crever les yeux, entre dans Reims, y réinstalle Tévêque carolingien, Artaud, et entraîne son armée vers Paris et Rouen, portant partout rincendie, le massacre et le ravage ; il ne laisse •que la terre (solo tenus) et, comme un barbare, s'en retourne après avoir rendu au roi de France, Louis, la royale ville de Reims.
En France, c'était surtout par TÉglise et dans rËglise que se débattait le sort de la royauté française. Otton le savait. D'accord avec le pape Agapet II, qui envoie un légat apostolique, Marin de Bomarzo, avec pleins pouvoirs de convoquer et d'assembler un grand synode pour décider du sort de l'archevêché de Reims et, par là, de la couronne de France, Otton, en véritable arbitre, ouvre fièrement le synode sur terre allemande, au palais d'Ingelheim, dans la basilique du bienheureux Rémi. Les archevêques et évêques les plus considérables et même les plus éloignés de l'Allemagne, ceux de Cologne, de Trêves, de Mayence, de Hambourg, d'Augsbourg, de Salzbourg, etc., arrivent. Mais les Français ne bougent point, sauf cinq, dont trois, ceux de Metz, de Toul et de Verdun, relevaient alors du roi Otton, et les évêques de Cambrai et de Laon. De France arrivent seulement le Carolingien Louis d'Outre-mer et son protégé Artaud au synode. Le reste de la France ne reconnaît pas cette assemblée toute germaine, présidée par un roi germain. Sur la proposition de Tarchevêque de Trêves, et « bien que les choses divines dussent, selon lui, passer avant les choses humaines », le synode s'occupe d'abord du conflit entre le roi Louis
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d'Outre-mer et Hugue le Grand. C'était dépasser la compétence d'un synode! L assemblée déclare que le duc de France, Hugue, avait mérité Tanathème. Otlon s'engage à prêter main-forte aux sentences de l'Église et à poursuivre les criminels jusqu'au plus effroyable carnage {ad immanissimam cœdem). Artaud est déclaré légitime archevêque de Reims et Hugo condamné. Mais tout cela est considéré comme nul et non avenu par la France. Bientôt le roi Louis et le doc français, se rappelant ce qu'ils étaient, concluent la paix pour eux et pour les leurs; le duc rend Laon, le roi garde Reims et son archevêque. Otton avait fait beaucoup de bruit pour peu de chose.
L'Italie, on se le rappelle, avait passé, comme la France, par de terribles épreuves, au lendemain de la chute de l'empire de Charlemagne : rivalités des puissants, guerres intestines fréquentes, attaques des Sarrasins et Hongrois, revendications des Grecs, avènement d'une féodalité remuante de seigneurs, transmutation des évêchés et abbayes en principautés temporelles. L'existence du saint-siège avait ajouté, en Italie, une misère de plus à celles-là. Dans Rome, toute féodale, la chaire de Saint-Pierre était arrivée à n'être plus guère que le fief de toutpuissants barons et de leurs familles, et un fief d'autant plus enviable qu'il pouvait disposer d'une couronne. Dans cette époque même où les femmes, en Italie surtout, riches en biens et châteaux, étaient appelées à jouer un grand rôle, les trop célèbres Théodora et Marozie avaient, avec leur main, disposé de la couronne d'Ualie et du siège de Rome. Chose
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étrange I la considération et même la puissance spirituelle de la papauté dans la chrétienté ne paraissaient ni ébranlées ni atteintes par ces scandales. La curie, en effet, n'en reçoit pas moins le denier de Saint-Pierre de l'Angleterre; elle n'en impose pas moins ses décisions à l'Espagne et à l'Afrique; c'est à elle encore que tous les archevêques de l'Europe demandent le pallium; elle envoie partout ses légats et reçoit, comme en tout temps, d'honorables ambassades des chrétiens d'Egypte et de Jérusalem! Elle dispose encore de l'Empire.
C'est alors qu'un ancien marquis d'Ivrée, Bérenger II, qui avait pris femme dans la famille de Conrad, roi de Bourgogne, le protégé d'Otton, menacé par le roi Hugue, qui voulait échanger son royaume d'Arles contre celui des Lombards, s'enfuit auprès du roi de Germanie, dont la cour était le refuge des compétiteurs au trône des pays voisins, et l'attire en Italie. Otton envoie d'abord au delà des Alpes, en 946, une petite armée qui rétablit en Lombardie Bérenger II, et, après la mort de Hugue, lui fait partager son royaume avec Lolhaire, ftls de celui-ci, aimé, pour sa jeunesse, des Italiens.
C'est ce partage du titre et de la puissance qui amène la ruine de toute dynastie italienne et la domination étrangère. Ce ne fut point long. Le jeune Lothaire, pour se relever, épouse, le 27 juin 947, une sœur du roi de Bourgogne, Conrad, la célèbre Adelhaïde, et excite à un tel point la jalousie de Bérenger que celui-ci le fait disparaître, par le poison peut-être, prend la couronne solennellement à Pavie,