RÉVOLTE DE LUDOLF
Otlon, de retour d'Italie, errait inquiet, sous prétexte de célébrer la Pâque à Ingelheim, sur les rives du Rhin si souvent visitées par de semblables orages. 11 se présente aux portes de Mayence; on les lui ouvre avec peine; dans la ville, l'archevêque Frédéric, Ludolf, Conrad lui déclarent être décidés non pas à braver sa puissance royale, mais à se faire justice du duc de Bavière, Henri. Otton promet tout, mais s'échappe de la ville, descend le Rhin en canot et gagne la Saxe. Là, il rassemble ses vassaux fidèles, somme son fils et son gendre de venir répondre de leur conduite, et, sur leur refus, ordonne à l'archevêque de Cologne de soulever ses vassaux lorrains contre Conrad le Rouge, met au ban de l'empire tous les rebelles et marche sur le Rhin, 983, avec son frère Henri et ses fidèles, pour les attaquer dans Mayence, regardée alors comme la première ville du royaume. Mais l'armée royale n'était pas non plus très unanime contre les rebelles. Elle agissait mollement; les Bavarois étaient restés chez eux, et Ludolf va les rejoindre sur le Danube.
Dans cette nouvelle crise de la dynastie, Otton appelle l'Église à son aide. L'archevêque de Cologne venait de mourir. Il met sur ce siège, rival de celui de Mayence, son frère Bruno, qui lui est dévoué, et l'investit en même temps du duché, c'est-à-dire du gouvernement et de la défense de la Lorraine; et, quittant les bords du Rhin, il se porte lui-même sur le Danube en Bavière, dans le midi de l'Allemagne.
Son fils Ludolf avait là pour lui, par sa femme Ida, fille des anciens ducs, le Palatin Arnulf, presque toute
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rËglise et la féodalité souabes. Les Bavarois accourent dans Ratisbonne, leur vieille capitale. |Trois mois durant, Otton attaque inutilement les portes et lève le siège pour retourner en Saxe, quan d les conséquences de cette désunion amènent les Hongrois en Allemagne. 4. La bataille du Lech. — Les Hongrois, qui depuis longtemps se contentaient d'attaquer les frontières, au printemps de 984, portant partout le fer et Tincendie dans le midi de l'Allemagne, remontent la vallée du Danube. L'archevêque de Salzbourg leur prodigue l'or pour qu'ils aillent plus loin. Les barbares arrivent en Franconie. Conrad le Rouge les fait passer sur la rive gauche du Rhin, et ils répandent la terreur en France pour s'en retourner par l'Italie. Effrayé de cette leçon, le roi consent à voir ses fils et les principaux rebelles dans une diète non loin de Nuremberg (14 juin 984). Otton apostrophe son fils et son gendre, qui ont livré son Église, son royaume et le sang de ses sujets aux ennemis de Dieul Le vieil archevêque de Mayence, le premier, se soumet et parvient à décider Conrad le Rouge à se soumettre avec lui. Mais le jeune Ludolf, en vrai fils d'.Otton, ne veut pas pUer. Il repart dès le soir même. Le roi, avec une forte escorte, se met à sa poursuite. Au bout de trois jours, Ludolf était avec Arnulf dans Ratisbonne. Mais l'armée d'Otton arrive ; les rebelles s'y défendent encore avec acharnement. Enfin, Otton fait brèche. On dispute le terrain de rue en rue* Arnulf est percé de part en part dans la mêlée. Au milieu de l'incendie des maisons, Ludolf s'échappe par une poterne avec quelques amis. Mais son père,
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toujours sur ses talons» Talleint sur les bords de rnier; Tévéqae d'Augsbourg, Ulrich, un Souabe, intervient. Otton ajourne son fils à comparaître, à la Où de l'année, à la diète d*Arnstadt.
Ce fut là, en Thuringe, qu'Otton reprit vraiment tout son pouvoir. Il devait sa victoire évidemment à lEgHse. Tandis que ses vassaux lui gardaient la Saxe, son frère Bruno, archevêque de Cologne et duc de Lorraine, avait contenu ce pays. Otton entre dans une nouvelle voie politique. Jusque-là, c'était un vrai souverain germain, peu généreux, même pour 1 Eglise. Maintenant, sous Tinfluence de son frère l'archevêque (plus tard saint Bruno), il est tout laQlre. Prodigue de donations, d'immunités envers lies hommes d'Eglise, il en fait les instruments de son pouvoir et de son ambition. A la diète d'Arnstadl, lies rebelles ne sont pas seulement dépouillés de leurs dignités; le gouvernement du royaume y est reconislitaè à nouveau. Henri rentre dans son duché de Bavière; Ludolf perd son duché de Souabe, qui est donné au mari d'Hedwige, fille du duc dé Bavière, Henri, restauré. Conrad perd également son duché et ne conserve, en Franconie et en Lorraine, que ses biens patrimoniaux. La nomination de Wilhelm, ûls naturel d'Otton, a l'archevêché de Mayence et à la chancellerie du royaume, achève de rattacher au roi sâxoa le pays du Rhin. Avec la féodalité, Otton faisait entrer, dans sa famille, TÉglise, sur laquelle il semblait surtout compter^
La répression de cette seconde et terrible guerre de famille donne une grande considération à Otton,
même au dehors. Après la mort de Louis d'Outremer, roi de France, sa veuve, Gerberge, après s'être entendue avec le puissant duc de France, Hugae, demande Tappui d'Otton et de l'archevêque Bruno, ses deux frères, en faveur de son fils, Lolhaire. Une assemblée a lieu à Reims. L'archevêque de Cologne, Bruno, s'y rencontre avec Hugue de France, au milieu d'évêques et de seigneurs du nord de la France et de la Germanie; et là, du consentement de tous, mais avec l'appui de son oncle {avunculo favente)^ le Carolingien Lothaire est sacré roi de France par l'archevêque de Reims, Artaud, protégé d'Otton!
Une dernière bataille d'Otton contre les Hongrois achève sa victoire à Tintérieur et au dehors. En 9§5, ces barbares pénètrent au nombre de cent mille jusqu'au Lech, où ils voulaient piller la riche ville d'Augsbourg. L'évêque Ulrich barricade les portes, pousse ses fidèles aux murailles et donne à Olton le temps d'arriver avec le contingent de tous les peuples allemands, même bohémiens, sous leurs ducs. Le 10 août, jour de saint Laurent, Otton aperçoit des Hongrois, (jui avaient fait un détour pendant la nuit, arriver sur ses derrières ; et, bientôt, les autres l'attaquent dans la plaine. Le roi fait vœu d'élever une église et un évêché à Mersebourg, s'il est vainqueur. A la première charge de la cavalerie hongroise, le corps des Bohémiens est enfoncé et les pillards près du camp. Mais Conrad le Rouge, à la tête des Franconiens, rétablit le combat de ce côté et rejette les barbares dans le Lech. Les autres corps, serrés les uns contre les autres, sous l'étendard de saint Michel,