‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 106 sur 174 · SAINT-EMFIRB ROMAIN GERMANIQUE · texte numérisé non relu

SAINT-EMFIRB ROMAIN GERMANIQUE

affaire. L'an l'accuse d'avoir lu la messe sans avoir^ communié, Fautre d'avoir vendu des évôchés, d'autres d'avoir bu à la sanlé du diable et d'avoir invoqué au jeu Jupiter, Mars et Vénus, ces démons ! On rédige et on envoie à Jean XII une sommation impériale (Je comparaître pour se disculper des accusations portées contre lui. Jean XII annonce qu'il se prépare à excommunier ses ennemis illégalement réunis. Aussitôt Otton, le lendemain, à la fois juge et partie, (léclare JeanXII déposé comme traître, parjure, blasphémateur, invile le concile à désigner un autre pape pt, sur le choix des membres de l'assemblée, déclare qu'il élève au saint-siège le chancelier de l'Église romaine, en un jour fait diacre et prêtre, et enfin, le 6 décembre, fait consacrer celui-ci pape à Saint-Pierre, sous le nom de Léon VIII. Quelques jours après, les Romains se soulèvent et barricadent les rues. Les Allemands dispersent les habitants « comme les éperviers dispersent les colombes ».

AJa mort de Jean XII néanmoins, 964, le clergé et lo peuple romains procèdent, selon l'ancienne coulurae, à l'élection de son successeur, Benoît V, homme sage et instruit qu'on appelait le Grammairien; et ils demandent à l'empereur de le confirmer. Mais Otton « pille, incendie, ruine Rome elle-même et plusieurs villes et châteaux des environs ». Le malheureux Grammairien est obligé de demander pardon à Léon VIII ; on le dépouille des habits pontificaux comme un usurpateur et on le jette en exil. Otton reste maître incontesté du terrain.

Le besoin de consolider, un siècle auparavant, dans

S96 RESTAURATION DE L'eMPIRB EN ALLEMAGNE

une grande monarchie, l'œuvre chrétienne, la nécessité de soustraire Rome et le saint-siège au despotisme byzantin et d*opposer à Tinvasion menaçante d'une grande domination mahométane une puissance latine organisée, expliquaient la fondation dé l'empire de Gharlemagne. Mais, quand les périls de la société chrétienne étaient depuis lors conjurés, quand des nations nouvelles sorties de ses ruines, comme la France, l'Allemagne, l'Italie, cherchaient à se constituer, étail-il utile de relever cette monarchie, qui n'avait été un moment que l'expression politique de l'unité chrétienne de l'Europe? On voudrait que Tempereur Otton eût sauvé ritalie de l'anarchie et relevé le saint-siège de l'abaissement. Mais la couronne de fer sera-t-elle plus solide sur le front d'un Germain que sur celui d'un Italien? et les étranges scènes que le couronnement d'Otton a inaugurées ne passeront-elles pas en habitude sous ses successeurs? L'empire d'Otton est Yempire de tom les royaumes^ dira bientôt Landolf le Vieux, historien de Milan, Imperium omnium regnorum. Malgré ces ma- . gnifiques paroles, l'empire germanique ne sera toujours qu'un établissement fantastique, idéal. Otton est l'empereur des rois; mais ces rois, qu'on appellera quelquefois provinciaux, sont indépendants chez eux, comme les rois de France et de Bourgogne; en Allemapie même, où il est roi, l'empereur n'astreint guère les ducs et les comtes à l'accomplissement des devoirs d'offices qui rappelleraient l'ancien empire. A proprement parler, il n'y a pas même d'institutions impériales. Pas plus de constitution ni de lois gêné-

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