‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 109 sur 174 · CIVILISATION GERMANIQUE · texte numérisé non relu

CIVILISATION GERMANIQUE

Brème et Hambourg, ou qui viennent dllalie par Aiigsbourg, le Lech ou la Limmath, dans les contrées rhénanes, jusqu'à Cologne et en Frise. Ce ne fut pas non plus sans proût que TËglise devint, dans les villes surtout, dépositaire d'une partie des pou* voirs politiques. L'administration y fut souvent mieux ordonnée, plus intelligente, et servit parfois d'exemple à celle des seigneurs féodaux.

2. Fin du règne. — Mais la première conséquence de la restauration de l'empire est de tourner l'attention d'Otton vers le midi, vers l'Italie, vers les souvenirs décevants de l'Empire romain. Charlemagne avait dirigé toutes les forces de son empire contre la barbarie qui pesait sur ses frontières du nord et de l'est. Empereur, Otton se laisse emporter, loin des rives de l'Elbe et du Danube, dans les mesquines qaerelles des Italiens du midi et de l'empire de Byzance ou dans de vagues et gigantesques rêveries de conquêtes lointaines.

/ A Rome, après la mort de Léon VIII^ deux envoyés

da nouvel empereur avaient fait élire l'évéque de

' Narnij^ Jean XIIL Mais le préfet de la ville avait

jeté le nouvel élu en prison. Les luîtes entre Rome

= et l'empire recommençaient déjà. Olton quitte, pour

lajroisième fois, l'Allemagne, après avoir conflé le

, pouvoir à son jeune fils Otton II et à son bâtard,

rarchevéque de Mayence, chancelier du royaume,

Wilhelm. Avec sa femme Adelhaïde, la conseillère de

son âge mûr, il gagne, par le Rhin^ les hautes Alpes

et arrive par le Septimer en Italie à la fin de l'année.

Les Romainsj effrayés, réintègrent Jean XIIL Otton

302 RESTAURATION DE l'EMPIRE EN ALLEMAGNE

arrive lui-même en novembre, en maître irrité. Les consuls romains sont exilés en Allemagne; le préfet de Rome, Petrus, est pendu par les cheveux, la barbe rase, à la statue équestre de Marc-Aurèle, en application, disaient les flatteurs d'Otton, des lois de Justinien. Jean XIII vante Otlon d'avoir ainsi rétabli Rome dans ses anciens honneurs (in prùtinum honorem). Mais le moine du mont Soracte s'écrie : « Malheur à toi, Rome, opprimée par tant de nations! Tu as été prise aussi par le roi saxon, et ses soldats emportent ton or et ton argent dans leurs bourses. »

Tout-puissant, Olton se fait prêter hommage par Pandolphe Tête-de-Fer, à Capoue, et l'investit de la marche de Spolète et de Camerino. A Ravennes, il restitue à TËglise romaine la ville, l'exarchat et la Pentapole; et il obtient, en retour, ce qu'il désirait depuis longtemps, l'érection en archevêché de la ville de Magdebourg. Mais, à CpjasUntmople, l'empereur Nicéphore Phocas, brave soldat arrivé au trône par ses victoires sur les Arabes, n'était pas disposé à subir, sans réclamer, l'ambition du nouveau césar d'Occident qui lui enlevait ses vassaux du midi de l'Italie; et il se disposait à traverser l'Adriatique.

Otton, pour arranger le différend, a recours à Tune de ses ressources ordinaires. Il demande pour sou fils et son futur successeur, Otton II, la main de Théophanie, une fille d'empereur, née dans la pourpre, comme on disait en Orient, avec les contrées dn Midi italien en litige pour dot. Il appelle, en effet» son iils Otton II, en Italie, à la fin de 967. Une solennelle entrée dans Rome lui est assurée* Le jour de

FIN DU RÈGN£ 803

>'uel, le pape Jean XIII sacre aussi soleonellement le KiJDc homme pour le rendre digne de la main de la princesse byzantine ; et Otton I" envoie, en juin 968, ;i CoBstantinopIe en ambassade l'évéque de (irémone, ■on futur historien. La cour d'Orient fait observer que l'honneur d'obtenir une fiancée porpliyrogénèlc DC méritait pas moins, de la part d'Otton, traité par elle seulement de roi et non d'empereur, que la resijlulion de Rome et de Ravennes, de l'ancien exarehat. L'empereur Otton allait recommencer la guerre ; une révolution à Constantinople vient tout arranger.

Un capitaine des gardes byzantines, Jean Tsimmis- (h. met à mort Phocas et prend sa place. Encore peu iiisuvé de son Irône, il envoie, pour le jeune Otton, la fiancée byzantine avec les reliques de saint Panlaléon pour l'église de Cologne. Le mariage esteélé- \ lirfi, le premier dimanche d'après Pàijues, 14 avril 972. en grande pompe, dans l'église Saint-Picire de Rome, ' parles mains du pape. Une grande diète d'évéques (1 lie seigneurs reçoit à Ingeltieim, 17 septembre 972, les Jeux empereurs, Ollon le Grand cl Otton II, et les lieux impèralrices, Âdelbaïde et Théopbanie. Olton ttlébre les fêtes de Pâques et tient sa dernière diète, '-'u 973, à Quedlimbourg. Micislas, roi de Pologne, cl II' duc de Bohème, Boleslas, y figurent; Constantinople, Rome, le Danemark et la Hongrie s'y font re- [irésenter par ambassadeurs. C'était im bommane dû il la vieillesse et a. la puissance d'Olton, le plus souverain d'Europe depuis Charlemagne. Qut jours après, dans la chapelle du cbàlcau de Mi ben, en Thuringe,il assistait aux vêpres, quand

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faissa tout à coup, demanda la communion, la reçut et mourut comme il avait vécu, debout, en pleine activité, à rage de soixante- un ans, et au sein de TÉglise même dont il avait fait à la Qn comme la clef de voûte de son empire.

Vrai roi germain, par son caractère et par la nature de son pouvoir, par ses qualités et par ses défauts, Otton eût pu jeter les bases solides de la constitution intérieure et même de la puissance de rAllemagne sur ses voisins. Son ambition a jeté son pays dans les hasards et les dangers de la monarchie universelle, sans profit pour lui et au grand désavantage de l'Europe. Ce n'est pas sans raison que quelques-uns de ses historiens constatent qu'il passa jusqu'à dix années en Italie et lui reprochent d'avoir traité TAllemagne comme une belle -fille et Tllalie comme une fille de prédilection, sans grand avantage ni pour Tune ni pour l'autre. Il a enlevé toute indépendances à l'Église en s'emparant de l'élection des papes et de la nomination à toutes ses grandes dignités en Allé* magne et en Italie, sans avoir ajouté une contrée au christianisme et sans avoir fondé l'unité nationale de son pays*

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L'Église ot Sylvestre lï. L'an mille. — Les OtWnidea et les premiers Capétiens.

1. Église séculière et Église régulière. — S'il y avait quelque chose de bon dans la société féodale du X® siècle, c'est à l'Église, quoique alors déchue, que l'Europe le devait. Société religieuse engagée dans la féodalité, puisqu'elle partageait avec elle le lerritoire, et féodale comme tout le reste, TÉglise s'élevait cependant moralement au-dessus de Taristocratie militaire, et pouvait la réformer. Seule, elle était capable d'imposer quelquefois un frein à son humeur belliqueuse et des trêves aux horribles guerres qui divisaient ces générations remuantes.

C'est que l'Église était encore, à cette époque tf anarchie et de désordre, la seule puissance hiérarchique organisée, générale, malgré le relâchement que la discipline y avait subi; elle avait un chef, le pape, des archevêques, évéques, des simples prêtres, subordonnés les uns aux autres, et des organes communs dans les conciles provinciaux, nationaux et quelquefois généraux, sans compter les foyers de

ENTRETIENS SUR l'hISTOIRE. — III. 20

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piété et d'ascétisme de ses nombreux monastères. Il n'y avait que des liens bien faibles, entre les membres de Taristocratie militaire de l'Europe, reliés à peine par les royautés nationales ; il y en avait toujours de puissants entre les membres de l'Église. Celle-ci avait sa juridiction, sa jurisprudence particulière. Seule aussi l'Église était dépositaire d'une idée, d'une foi commune à tous les peuples de l'Europe. A une époque où aucune nationalité ne s'était formée encore, où il y avait, par exemple, une bien plus grande distance entre un seigneur de ^ Normandie et son serf qu'entre un'dîèvalier norinândet uiî cbiÊvalier allemand, seigneurs et serfs savaient qu'ils avaient une patrie commune, la chrétienté. Ils ne se connaissaient guère encore comme < Français, Allemands ou Italiens; mais ils savaient qu'ils étaient tous chrétiens. Par là, l'Église présidait aux principaux instants de la vie humaine, à la naissance, au mariage, à la mort; par là, elle exerçait sur la société laïque une puissance morale, quelquefois aussi une juridiction. Par là, elle avait sur ce chaos une autorité qui pouvait, dans des mains habiles, produire quelque chose de grand.

Lors môme que, du démembrement de l'empire de Charlemagne, s'étaient élevées des monarchies nou- 'velles en Allemagne, en France et ailleurs, pour . grouper autour d'elles les nationalités futures, c'était ; à l'Église qu'elles avaient emprunté leur prestige. Des souverains germains avaient-ils voulu faire revivre à leur profit le titre d'empereur porté par Charlemagne, ils avaient demandé cette couronne à Rome,

l'église séculière- 307

au pape, et le nom de saint-empire romain germanique indiquait assez le caractère de celte souveraineté nouvelle. En France, ce n'était qu'après avoir été sacré roi par l'archevêque de Reims que les derniers descendants des Carolingiens et les ancêtres des Capétiens se croyaient légitimes. Après avoir reçu de l'Église la consécration de leur pouvoir, ces souverains le partageaient souvent avec elle. L'empereur Olton le Grand gouverne TAllemagne et l'Italie avec l'aristocratie des évéques qu'il oppose à la féodalité laïque. Il se prétend universel parce que l'Église est universelle. Il est le caput temporale de la chrétienté parce qu'il est uni à TÉglise qui en est le caput spirituale. En France, les derniers Carolingiens gouvernent avec l'Église; et^e premier Capétien^. Hugue, était aussi abbé de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours et de Saint-Germain des Prés. Mais cette confusion des choses de l'État et des choses de TÉglise n'était-elle pas faite pour dépraver celle-ci?

Engagée dans le régime féodal, l'Église en avait, nous l'avons vu, tout le caractère. Ses mœurs devenaient féodales. L'importance du fief, dans un temps d'anarchie et de désordre, l'ayant emporté sur celle de l'office religieux, les évéchés et les abbayes étaient, envahis par des fils de nobles seigneurs, qui gardaient' les mœurs de leurs pères. Là où ces dignités, ces bénéfices, depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, étaient sous la main des rois et des princes, \ ceux-ci, qui consultaient plutôt leur intérêt que celui de l'Église ou de la chrétienté, les prodiguaient aussi souvent aux plus olTrants. C'était ce qu'on appelait,

*^ (le Simon le Magicien, qui avait voulu acheter le don du Saint-Esprit, la Simonie. Ailleurs, les plus audacieux envahissaient l'épiscopat, comme au temps do Charles-Martel, aussi bien qu'ils eussent envahi un fief laïque. Les ëvéques, plus préoccupés d'ambition, de guerre et de chasse que des intérêts spirituels qui leur étaient confiés, entretenant souvent des femmes dans leurs palais et nourrissant des meutes de chiens, prenaient trop souvent, en Allemagne surtout, les habitudes de la vie laïque, et n'étaient guère différents des seigneurs féodaux. Comme pour effacer davantage les différences, déjà des évéqiies prenaient femme, et l'on voyait çà et là les fils issus de ces liaisons concubinaires succéder aux évêchés et aux I abbayes. Cela était arrivé à Rome môme. Les choses 1 en étaient là quand l'esprit chrétien, conservé au ' fond des plus pauvres monastères, regagna de nouveau l'Église, la société, et tenta de sauver Tune el l'autre.

Ce qui explique la défaillance de .rÉglise, c'était son union avec la société séculière. Elle tombait, elle se dépravait avec elle. En vain l'esprit religieux qui l'animait venait-il parfois la ravir dans de sublimes élans. La lourde et charnelle société à laquelle elle était unie la retenait dans son essor et la forçait à ramper avec elle. Que l'Église se dégage donc de cesiècle qui lui communique sa corruption ! L'initiativ©. de l'affranchissement partit des cloîtres, de l'Églis régulière. Déjà, au milieu des malheurs et de l'anar chie des v" et w siècles, on avait cherché refuge dans les couvents. Le fameux ordre de Saint-Benoît,

l'Église régulière 309

qai avait exercé une grande influence sur la société du w et du vn" siècle, était sorti de là. C'était là seulement que la pauvreté donnait l'indépendance et la vertu; là seulement que l'obéissance était librement acceptée, que les austérités débilitantes pour 1 I§&. caractères faibles trérnpaient pour le sacrifice et \\ le dévouement les caractères énergiques ; là que la vie \ commune et cloîtrée bannissait le mariage. L'ordre de Saint-Benoit, dégénéré assez promptement, avait cependant dû être réformé. Les monastères, au commencement du x° siècle, avaient partagé le désordre général ; leurs règles tombaient en désuétude, sous des directeurs relâchés {incompetentibm rectoribus) ; leurs mœurs étaient déréglées {moribus incompositis), pand de nouveaux ordres vinrent relever d'un zèle recrudescent la garde chrétienne abandonnée;

1 U ordre de CAuny. — L'ordre de Cluny, fondé dans le diocèse de Mâcon, par la piété de Guillaume d'Aquilaine, avait (de 910 à 940) donné l'exemple, sous saint Oïon, qui le gouverna cinquante ans, et sous son successeur Odilo. Il avait remis en honneur les règles bénédictines ; et déjà, sous^s^nt Mayeul» qui refusait la papauté, il couvrait de ses colonies pieuses la Bourgogne, la Souabe, les Pays-Bas et réformait les anciens couvents. Le premier, il avait réalisé la pensée d'adjoindre à son abbaye, sous son autorité abbatiale et comme autant de dépendances, les communautés nouvelles qu'il érigeait et celles dont il parvenait à réformer l'observance. Point d'abbés particuliers, mais des prieurs seulement pour tous ces monastères I L'abbé de Gluny seul les gouvernait : unité

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de régime, de statuts, de règlements, de discipline! C'était une agrégation de monastères autour d'un seul, qui en devenait ainsi la métropole et la tête. Quelle influence pouvait exercer cette centralisation! monacale toute française, dans ce temps tout sacerdotal ! Mais bientôt les imitations suivent. Les ordres) vont se multiplier. L'Église régulière, encore une fois, condamne par ses exemples l'Église séculière. Ellel ne se contente pas de Texemple ; elle y joint les] paroles. Sortis du peuple, ayant tous les instincts po-| pulaires, tandis que les évoques et même les abbés étaient une aristocratie, les moines apportent même dans leurs désirs de réformer l'Église séculière unel passion qui les rend redoutables auprès des masses.l

Chose étrange ! au moment où FÉglise aristocratique! se corrompt, l'Église démocratique achève de con-! vertir les couches inférieures de la société. On en! voit la trace évidente dans les chroniques du temps et dans le changement général des mœurs attesté par! maints témoignages de cette époque. '

L'Église, qui fonde alors les chapelles rurales, s'em-l pare tout à fait de la vie et commence à remplir de' ses enseignements l'esprit des fidèles jusqu'au fond des campagnes les plus reculées. Partout, elle préside aux grands actes de la vie chrétienne, répartit et ce-! lèbre plus régulièrement ses grandes fôtes religieuses avec chaque saison nouvelle. Elle instruit et conduit le chrétien d'un événement de la vie du Christ à un autre. La naissance de Jésus, Noël, ouvre l'année, quand la nature glacée au premier souffle de l'hiver semble prête à mourir. On célèbre ce grand jour par

l'église régulière 311

tm cliant solennel : « Le Christ est né aujourd'hui! » tout est en joie, on se fait des présents, on échange des souhaits de bonhenr. L'empereur, les rois célëirent ce grand jour avec pompe, entourés le plus HQTeDl de lears ëvéques ou de leurs fidèles, dans une de lears grandes villes ou un de leurs châteaux favoris. Après quelques jours de recueillement, les pas- ■OQS et les folles joies, au milieu de longs banquets loi rappellent les anciens jours, se donnent carrière iendant qu'un linceul de neige couvre la terre. Mais «entât les danses cessent, le Miserere retentit dans es églises, les cloches se taisent pendant la silenpeuse semaine, les clianLs d'Église ne sont plus que les sanglots sourds et entrecoupés. C'est la passion; |k fidèles viennent se nourrir de la chair et 4u sang la Christ dont le tombeau est exposé là, couvert des ^miÈres fleurs du printemps. Le roi des prêtres et les guerriers, au milieu d'un grand nombre d'assisluits, donne l'exemple. Toutes les pensées sont k [Mire monde, quand le chœur des prêtres, au prekr coup de la cloche de minuit gui annonce la Hque, pousse un cri : « Il est ressuscité I > et entonne K joyeux Alléluia t C'est la résurrection de la nature entière : les prisonniers les moins coupables sont relâchés ; les feux iejoie s'allument sur les montagnes et se répoi lie sommet en sommet ; l'eau vivifiante du bap tii plus efficace encore ; le peuple se répand dai Mpagnes, saluant le retour des fleurs et la proc des fruits, et les petits enfants peignent d'éclat [ouleurs et répandent, en jouant sur le gazon

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(tufs nouvellement éclos. Cinquante jours après, jour de la Pentecôte, Tesprit descend dans la matière pour tout féconder quand apparaissent Tépi et le bouton; le naturalisme des religions primitives s'épure et se spiritualise. Les princes de l'État et ceux de l'Église implorent les lumières d'en haut; le peuple, la récompense de ses labeurs ; c'est ce jour-là qu'on choisit le plus souvent pour ouvrir les diètes et les synodes. Enfin, la mère de Dieu reçoit, le jour de l'Assomption, et porte au ciel les actions de grâces de tous, quand l'assemblée a rendu ses arrêts ou le synode édicté ses lois et que le fruit mûr pend à l'arbre ou que la moisson jaunie tombe sous la faux. Il faut bien que les cœurs cèdent à ce mystique système d'éducation morale. Chaque jour est mis sous l'invocation d'un saint. Les abbayes se multiplient et s'eni-ichissent au fond des vallées ou sur les hauteurs boisées. Les églises, pour lesquelles on fait venir de loin les os des martyrs et qu'on enrichit de dons d'or et d'argent, s'élèvent de tous côtés dans les plus humbles villages où les seigneurs veulent avoir souvent près d'eux leur chapelle.

Ajoutez à cela, sans cependant y ajouter trop d'importance, la croyance qui se répand alors dans un certain nombre de contrées chrétiennes et particulièrement dans le midi de la France, pendant les dernières années du x^ siècle, que la fin du monde approche 1 et l'on comprendra que, dans ces temps d'ignorance, la terreur qu'elle inspire aide encore à porter ces générations à résipiscence. « Au bout de 1000 ans, avait dit l'Apocalypse, Satan sortira de sa

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prison et séduira les peuples qui sont aux quatre coins de la terre. Le livre de vie sera ouvert, la mer rendra ses morts, Tabîme infernal rendra ses morts. Chacun sera jugé selon ses (ruvres par celui qui est assis sur un grand trône resplendissant. Il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle. » Tant de misères, au x» siècle, paraissent annoncer le terme fatal. Des prodiges semblent l'attester. L'ordre des saisons est renversé. Pendant trois années tombent presque continuellement des pluies torrentielles. Les semences | étaient noyées dans les sillons. Les fleuves débordés n'avaient plus de rives. Un jour, à Orléans, sous les j yeux d'une foule immense, les yeux du Christ s'inon- ., (lent de pleurs. Un loup entre dans l'église et fait | linter la cloche. Près de Joigny, dans le pays de . Raoul Glaber, une pluie de pierres tombe longtemps \ sans s'arrêter. Des incendies allumés par une main inconnue ravagent les villes de Gaule et d'Italie. Le Vésuve lance jusqu'à trois milles des pierres énormes. Une comète sinistre flamboie pendant trois mois et l disparaît un matin au chant du coq ; les morts revivent ^ Il y avait des pays où l'on attendait que la trompette de l'archange retentît entre deux nuages. Qu'il vienne donc I Le moine ne regrettera pas cette vie, enseveli qu'il est dans l'ascétisme du cloître, avec l'espoir d'une vie meilleure ; moins encore le serf qui ne sème que pour son maître ou pour l'ennemi et qui n'engendre que pour la servitude. Pour les barons, les seigneurs, les puissants du siècle 1 leur âme, inac-

1. Voir Michelet, Histoire de France^ toine II, d'après Glaber.

314 l'église et les monarchies au x*" siècle

cessible à la pitié, s'oavre à la crainte. Ces terres, ces vignes, ces forêts, acquises, agrandies par la spoliation, quelques-uns en font déjà eux-mêmes le sacrifice. Ils les abandonnent aux églises, aux monastères , aux saints, pour s'en faire des intercesseurs. Les donations se multiplient tout à coup ; chacun court faire largesse à l'église, au couvent le plus voisin. « La fin du monde approche^ les ruines s'accumulent,... » tel sçra le préambule, d'un certain nombre des actes de donation. L'Église va s'enrichir de la crainte ou du repentir de beaucoup. On voit les populations apeurées s'entasser plus souvent dans les basiliques, dans les chapelles. C'est dans ces conditions qu'un moine, qui fut cependant plus un politique qu'un saint, arriva au saint-siège et contribua à deux des révolutions les plus importantes de ce temps, ravènement ] de Hugue Capet en France et l'affermissement, presque l'apothéose du saint-empire romain germanique en Europe : le moine Gerbert, pape sous le nom de Sylvestre IL

j Lf moine Gerbert. — L'archeTêché de Reims et l'avèneinenl \ de Hugue Capet en France. — Les empereurs Otton f[ et Olton 111 ea Allemague et en Italie (SlS-Sai).

■ i. Lemoine Gerbert. — Agoitain d'origine, entré au 'couTéntTïûrillac en Auvergne, où il eut pour premier maître un moine de Lavanr, Gerbert n'avait pas seolemeot beaucoup appris dans les livres qu'il avait à sa disposition ou qu'il cherchait avec ardeur à se procurer; il avait eu encore l'occasion de voir et de connaître beaucoup d'hommes et beaucoup de pays. Emmené fort jeune par un comte d'Urgel, dans le tomié de Barcelone, s'il n'avait pas été, comme quelques-uns le prétendent, jusqu'à Cordoue, sous le brillant règne d'Abdel-Raman, pour y apprendre la langue et les sciences arabes, il n'eut pas seulement r^ducation qu'on puisait alors dans quelques rhéteurs surtout et dans Boëce; il acquit aussi li et la connaissance de ce qu'on appelait les mat %«s et eut cet avantage rare pour ce temps d «a une éducation à la fois littéraire et scienl'i Emmené ensuite, âgé peut-être d'une vingtaine liées, en 870, à Rome, par son protecteur < VÈiÈijue de Vich qui avait à faire à ce grand

316 l'église et les monarchies au X" SIÈCLE

(les affaires ecclésiastiques, il y resta deux ans, à l'époque où Otton le Grand, tout- puissant, y obtenait de Tempereur d'Orient la main de la princesse grecque Théophanie pour son fils et faisait célébrer leur mariage, le 14 avril 972, dans l'église de Saint-Pierre de Rome. Grerbert paraissait dès lors avoir beaucoup d'entregent et le don de plaire; car il y gagna la faveur et la protection de l'empereur, du jeune Otton II et des deux impératrices Adelhaïde et Théophanie; et, quand Otton I*"* repartit pour la Germanie, où il devait mourir l'année suivante, il obtint d'être emmené en France, où régnait alors Lolhaire II, par l'archidiacre de Reims, afin d'y enseigner à l'école épiscopale que l'archevêque Adalbéron y réformait.

Le séjour de Gerbert comme écolâtre à Reims ne semble encore révéler en lui qu'un ardent promoteur de l'instruction. Ce qui le caractérise dans ce rôle, c'est de n'avoir pas seulement remis en honneur les auteurs anciens, philosophes et poètes surtout, qu'il faisait venir et copier avec tant de zèle, mais d'avoir même innové dans l'enseignement des sciences, particulièrement des mathématiques, de la géométrie, de l'astronomie et même de la musique. Gerbert, à f Reims, parait avoir également développé son éducation politique. Reims n'était pas seulement, en effet, un foyer d'études. Sous le Lorrain Adalbéron, qui \^ avait été promu à cet archevêché par Otton le Grand,

v; ù la famille duquel il était dévoué, c'était un centre

de vie politique considérable par le rôle que cette ville avait toujours joué dans les événements les plus importants de l'Allemagne et de la France. Maître à

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