Richer, L. G., III, 8S
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OTTON II D'aLLEHAGNB, LOTHAIRE IÎ DE FRANCE 323
à Rossano ; là , pendant qu'on négociait près du rivage, voyant déjà venir l'argent avec les siens, il se précipita dans la mer pour tout sauver, sa personne et l'argent, et arriva ainsi, à force de bras, sur le bord, d'où il s'en retourna à Capoue et de là à Rome, laissant le midi de l'Italie aux Grecs.
Le nouvel abbé de Bobbio, parti de Rome pour son abbaye pendant l'expédition de son protecteur, n'avait pas mieux réussi. Il avait d'abord espéré unir Finsiruction des esprits avec la direction des consciences de ses moines ; mais les soins administratifs l'absorbaient et lui donnaient beaucoup de soucis. Il voulait réformer les mœurs des moines, et ceux-ci résistaient. Le couvent avait été appauvri par la négligence de son prédécesseur; Gerbert prétendait revenir sur des concessions, des contrats, des marchés qui avaient été mal faits. Il se heurta contre des réclamations violentes qui trouvèrent même accès auprès d Otton IL De plus, des parents, des cousins, des cousines, des neveux et nièces s*abattaient chez le nouvel abbé pour avoir part à ses libéralités. Les Italiens S'élevaient contre ces étrangers, attaquaient les mœurs (le Gerbert, qui regrettait la compagnie de ses bons Gaulois au milieu desquels il avait longtemps vécu. On le calomniait, on menaçait ses jours. 11 répondit à la violence par la violence, sans ménager môme les puissants comme l'évoque de Pavie, Pierre, archichancelier de Tempire en Italie, dont il se fit un ennemi. Aux abois, le malheureux abbé invoqua la protection de l'impératrice Théophanie auprès de l'empereur.
Ollon II tenait alors une diète de princes allemands
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et italiens à Vérone, pour relever sa réputation compromise. Il y faisait solennellement reconnaître son fils, âgé de trois ans ; bien d'autres soins le préoccupaient. Il rassemblait à Ravennes une flotte contre Venise, et à Rome une armée pour recommencer, au midi, une expédition contre les Grecs et les Sarrasins. En route, il apprend la mort du pape Roniface VII et fait un dernier acte de puissance en nommant pape Tarchevêque même de Pavie, archichancelier de son royaume d'Italie, Jean XIV. Gerbert écrit san^ beaucoup de dignité à son ancien ennemi, au bienheureux pape Jean. Mais son meilleur protecteur, Otton II, meurt en décembre 983. Atterré cette fois, Gerbert, qui avait déjà annoncé son intention de quitter fiobbio, confie la garde de ses meubles à quelques moines fidèles et s'éloigne furtivement après cette triste expérience administrative pour retourner à Reims, auprès de Tarcbevéque Adalbéron. Qui eût pensé alors que le fugitif de Robbio régnerait au Vatican? ,
3. Avènement d' Otton III en Allemagne; Reims et Hugue Capet en France, — La mort du fils d'Otton la Grand était faite pour ébranler l'œuvre impériale, et même peut-être royale, de la famille saxonne. Otton III avait trois ans ; qui exercerait le pouvoir pour lui? Soni plus proche parent, Henri le Querelleur^ duc dépouillai de Ravière, était alors prisonnier à Utrecht. Sa mère, Théophanie, avait, selon les préjugés, pour elle ou contre elle, les coutumes étrangères, le souvenir dd son mari, le prestige de son rang. Ce fut la plus grande affaire qui occupât Tarchevêque de Reims att
AVÈNEMENT d'oTTON III ; REIMS ET HU6UE CAPET 325
moment où Gerbert reprit auprès de lui ses fonctions de secrétaire. Adalbéron y avait de grands intérêts : on sien frëre^ Gottfried, était comte de Hainaut et de Verdun ; il avait des possessions jusqu'en Bra* bant; la reconnaissance aussi rattachait au descendant d'Otton le Grand. Adalbéron résolut de gagner le roi de France, Lothaire, à la cause d*Othon III, en intéressant son amour-propre à prendre le jeune prince sous sa tutelle, et il lui adressa^ à Laon, des princes saxons dévoués à la famille ottonienne. Cette intervention ne fut pas inutile au jeune Otton III.
Déjà Henri le Querelleur, sorti de prison par la connivence de Tévêque d'Utrecht, se faisait livrer l'enfant impérial par l'archevêque de cette ville, quand le roi Lothaire prétendît faire valoir ses droits à la régence, ou tout au moins profiter de l'occasion
j pour obtenir de l'un des compétiteurs la rétrocession de la Lorraine. On le sait, son frère Charles détenait déjà le duché de basse Lorraine. En outre, TO sœur de Hugue Capet, Béatrice, qui avait été mariée avec le duc de haute Lorraine ou de Lorraine- Mosellane, Frédéric, comte de Bar, gouvernait ce pays, après la mort de son mari, pour le compte de Thierry, son fils mineur. N'était-ce pas une merveilleuse occasion, si l'on s'entendait de ce côté-ci, pour rattacher la Lorraine au royaume de France? Habile à peser toutes ces raisons, Adalbéron pai"vient à persuader au roi I^othaire de signer avec l'orphelin OUon III une alliance qui pût assurer le trône à
j celui-ci, et à lui-même la Lorraine. Notre Gerbert ^Monce cet événement à l'archevêque de Mayence
et aux deux impératrices, qui étaient encore en Italie ; et^ comme il ne s'oubliait pas, il leur recommande ses intérêts et les prie de le réconcilier avec le pape. La plupart des grands de Lorraine prêtent un instant serment à Lothaire comme au tuteur légal d*Otton III. L*archeyéque de Reims, Adalbéron, qui ne faisait alors « qu'une âme et qu'un cœur avec son roi Lothaire », entraine dans son parti et dans celui d'Otton son frère Gottfried, comte de Verdun et de Hainaut. Mais voici que le Querelleur, sur le conseil de l'archevêque de Trêves, offre à Lothaire de lui rétrocéder directement, pour le gagner, la Lorraine abandonnée à Otton le Grand par Louis d'Outre-mer, et lui donne rendez-vous à Brisach, pour le 1*'" février 984, afin de conclure et de signer ce traité.
Le jour arrivé, Lothaire le Carolingien se trouve à Brisach. Mais Henri n'osa pas faire ce sacrifice, de crainte de nuire à sa cause, et ne parut pas au rendez-vous. Les princes allemands n'étaient pas contents. Les princes français l'étaient encore moins, surtout Hague Gapet, qui aurait vu ainsi grandir le roi carolingien.il n'en fallait pas davantage pour faire tout changer, surtout l'habile Adalbéron. Celui-ci tenait plus à voir Otton III en possession du trône que Lothaire en possessijon de la Lorraine. Lothaire, en revenant de Brisach, s'en aperçoit aux obstacles, abatis d'arbres et fossés dont on sème sa route. Il est obligé d'acheter cher son retour à travers la haute Lorraine, gouvernée par la sœur même d'Hugue Capet, et la Champagne retournée contre lui par l'archevêque Adalbéron et par Gerbert. On voulait Othon III en
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Allemagne et on désirait Hugue Gapet en France. C'était là le vrai partage de la Lorraine, Tavenir et la séparation des deux pays. Lottiaire se vengea, du moins, de sa déconvenue en s'emparant, d'un coup de filet, avec quelques fidèles., de Verdun, où étaient ses ennemis, du jeune duc de la haute Lorraine, du puissant comte de Hainaut, Gottfried, et de son évéque, des frères et neveux d'Adalbéron; et, poursuivant Âdalbéron jusque dans sa métropole, il le somma de venir rendre compte de sa conduite devant une assemblée de seigneurs.
Effrayé, Adalbéron, au milieu de la crise, écrit à Tarchevéque de Trêves comme un homme « entre l'enclume et le marteau » et Tadjure de le tirer d'embarras. Gerbert, plus hardi, disait déjà que « Lothaire n'était roi que de nom et que le roi de fait était Hugue »; il s'écrie en parlant des partisans de Lothaire : « Ne traitez jamais avec les Français; ayez en horreur le roi des Français », et dans une autre lettre à l'impératrice : « Si vous gagnez Tamitié de Hugue, vous pourrez braver toutes les attaques de Lothaire et des Français ». Vainement Lothaire, pour contrecarrer ces menées, force, sous la menace, Malbéron à écrire en sa faveur en Allemagne. Gerbert, intime confident de celui-ci, écrit pour démentir les lettres officielles de son maître, ou va les démentir lui-même : « Il viendra bientôt, s'écrie-t-il, le beau jour où Ton distinguera des traîtres les sauveurs de la patrie » ; et il avait raison d'avoir confiance. Le jour où il comparut devant Lothaire, à une assemblée de seigneurs où se trouvait Hugue Gapet, Adal-
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bëron, selon la jurisprudence, jura la main sur rÉvangile, comme évêque, qu'il « était innocent de toute perfidie, infidélité et trahison ». Il fut absous; c'était une première défaite pour le Carolingien Lothaire (26 mars 984). Ce ne fut pas la dernière.
L'archevêque de Mayence, primat de la Germanie, longtemps conseiller d'Otton II et archichancelier de l'empire, Willigis, en correspondance continuelle avec Tarchevôque de Reims, Adalbéron, et avec Gerbert, fit comprendre, par leur entremise, à Hugue Cap.et, duc de France, que sa fortune dépendait de la conduite qu'il tiendrait entre les droits d'Otton III en Allemagne et les ambitions du Carolingien Lothaire * en Lorraine. Il le poussait à faire une ligue de seigneurs contre Lothaire. Aussi quand celui-ci, sollicité par Henri le Querelleur , qui s'était risqué môme à prendre la couronne à Magdebourg, voulut, en mai, entrer encore dans la basse Lorraine, avec quelques chevaliers français et lorrains, le duc de France, Hugue Capet, rassembla 600 hommes pour l'en empêcher et dispersa ses adhérents. Lothaire ne poussa pas plus loin. Une femme, d'ailleurs fort habile et qui se montra supérieure aux hommes, Béatrice, intervint et fit plus que les rois, les archevêques et leurs secrétaires.
C'était la sœur môme de Hugue Capet, veuve de Frédéric de Bar, régente dans la haute Lorraine pour son fils Thierry, prisonnier. Le duc de France était las de toutes ces intrigues qui n'aboutissaient pas et