‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 116 sur 174 · CONCILE DE SAINT-BASLE · texte numérisé non relu

CONCILE DE SAINT-BASLE

l'évêque de Verdun, qui ouvrit ce synode, où se trouvaient les évêques de Trêves, de Liège et le comte de Haisaut, vassaux alors de l'empire allemand, se servit de la langue vulgaire de la Gaule {lingua gallica) pour exposer les faits de la cause. Gerbert y défend avec modération mais avec fermeté sa conduite, son élection et les principes du concile de Saint-Basle. Les pères de Mouzon lui interdisent les fonctions épiscopales au moins jusqu'à ce qu'il aille s'expliquer à Rome : « Sans parler de la difficulté d'aller à Rome, repart Gerbert en faisant une observation qui tombait directement sur l'état présent du saint -siège, des dangers et des dépenses de la route, ne sait-on pas qu'à Rome on ne peut obtenir un libre jugement du siège apostolique, à moins qu'on ne l'achète en talents d'or à Crescentius, membre du diable? » L'Église de Reims resta au moins sans pasteur par l'absence même de Gerbert, qui, de France et de la cour de / Hugue, passa alors en Allemagne et à la cour d'Otlon III, pour y soutenir ses droits à l'archevêché de Reims, après avoir soutenu les droits de Hugue à la couronne de France.

Otton III césar byzantin à Rome; Grégoire V et Sylvestre II. — L'an mille. — Chimères du saint-empire (996-1002).

1. L'empereur Otton III et le pape Grégoire V. — Gerbert n'avait jamais rompu ses liens d'autrefois avec la cour allemande. Il était sans cesse en correspondance avec elle. Même à la cour de Hugue Capet, il écrivait à l'une des impératrices que la prospérité de Tempire des Germains, sa gloire, sa puissance avaient toujours été l'objet de ses préoccupations. Il n'avait pas une très grande confiance dans l'appui de Hugue Capet, qui, maintenant roi, ménageait la cour de Rome à cause du mariage à un degré prohibé de son fils Robert avec la fille du comte de Chartres; et il pensait que la cour allemande, grâce à l'autorité dont elle jouissait à Rome, pourrait peut être exercer plus d'influence qu'une autre, sur le saint-siège, en faveur de son affaire.

Otton ÏII, arrivé alors à l'âge de seize ans, était très instruit et très dévot, très vaniteux et très humble. L'imagination de ce fils d'une Grecque et petit -fils d'une Italienne, élevé d'ailleurs par l'Église, était tout entière tournée vers Rome. Gerbert lui-même ne fut

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peut-être pas étranger non plus à l'expédition qu'il accomplit en Italie en 996. L'Église allemande, ayant à sa tête l'archevêque de Mayence, Willigis, paraît en avoir fait tous les frais avec ses comtes et ses vassaux. Notre Gerbert et bien d'autres personnages ecclésiastiques suivaient. Otton III traversa ainsi les Alpes couvertes de neige, en février 996, et arriva à Pavie, où il célébra les fêtes de Pâques et reçut les serments des seigneurs et évêques lombards.

C'est là qu'une ambassade de quelques nobles romains vint trouver le jeune prince, lui annoncer la mort de Jean XV> et traiter avec lui de l'élection d'un nouveau pape au siège de Rome. L'ombre d'Otton le Grand se projetait encore sur lltalie. L'enfant de seize ans, héritier de sa gloire, ne s'effraya pas de sa tâche, et trouva naturel de donner, c'était la première fois cependant, à Rome et à l'Église, un pape allemand et de sa famille, un petit-neveu d'Otton le Grand, un tout jeune homme aussi, cousin d'Otton III et son chapelain, Rruno, fils du margrave de Carinthie et de Vérone, qui tenait la clef des Alpes. Après an semblant d'élection, le chapelain Bruno, âgé de vingt-quatre ans, sous le nom de Grégoire V, occupa, en effet, le 3 mai 996, la chaire de Saint-Pierre. A pelques jours de là, Otton III lui-même entrait dans Rome et, le 21 mai, comme son grand-père, il était solennellement fait empereur, patrice et protecteur de l'Église romaine. Gerbert, présent à la cérémonie, en annonçait lui-même la nouvelle, sur l'ordre du nouvel empereur, à la veuve d'Otton le Grand, la vieille Adelhaïde. Le monde et l'Église étaient con-

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fiés aux mains de deux adolescents. La mysticité el le césarisme, représentés par eux, achèvent de faire connaître ce temps singulier et le saint-empire romain germanique lui-môme, juste à rapproche dt Tan mille qu'une croyance assez accréditée fixai! auprès des imaginations crédules comme celui de la fin du monde.

Couronné à Rome, Otton III prétendait faire revivre les siècles d'Auguste, de Constantin et de Charlemagne. Dévot à Tapôtre Pierre, il voulait renouveler les miracles des conversions et des vertus de la primitive Église. Il aimait à entendre son cousin, le pape, lui dire que « la Germanie devait être le bras droit du Christ », pour lui répondre que « c'était à la Germanie, en effet, que le Christ avait destiné la couronne impériale ». Tandis que Hugue Gapet transmettait la royauté à son fils Robert, Gerbert, qui instruisait Otton III « dans les lettres et dans les affaires », pour se consoler lui-même de ses infortunes à Bobbio et à Reims, retourna en Allemagne (997) avec son élève, qui débuta assez malheureusement par une expédition contre les Prussiens au milieu desquels AJ^albert subit le martyr-e. Le cousin du jeune empereur, Grégoire V, compromit d'une autre manière Tautorité allemande en Italie, et la sienne dans la chrétienté. A Rome, il faisait tout administrer, juger par des Allemands qui ne connaissaient î rien aux lois et aux coutumes romaines. Une révolte | éclata. L'ancien patrice, Crescentius, se mit à la tète | des Romains et chassa Jjrégoire V. Réfugié dans le | royaume lombard, à Pavie, le pape réunit un synode,

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assez peu nombreux d'ailleurs, d'évéques italiens.

Plusieurs affaires ecclésiastiques importantes demandaient une prompte mais équitable décision : celle de Reims d'abord, dans laqueUe Gerbert et la loauté française étaient particulièrement intéressés. Sous l'influence de ce jeune pape, cousin d'empereur goisecroyait maître du monde, ce concile traita Ger- ^ t St bert dlntrus, envoya le jpallium à Arnulf condamné, / ^^t^vv^^ ordonna au successeur de Hugue Capet, Robert, d'avoir à élargir le prisonnier et à le rétablir sur son siège ; enfin il somma les évéques français qui avaient assisté au concile de Saint-Basle de comparaître au concile, et, sur leur refus, les suspendit de leurs l fonctions. C'était encore une attaque contre la jeune \ royauté capétienne transmise par Hugue à Robert. !

Une autre affaire importante aussi élait pendante. Le nouveau roi de France, Robert, successeur de Capet, avait épousé Berthe, la veuve du comte de Blois et de Chartres, fille du roi de Bourgogne, Conrad, et nièce de l'impératrice, cousine à lui au troisième degré. En cette dernière qualité, elle pouvait conférer, donner des droits à son mari, au cas de mort de Conrad sans enfants, sur le royaume de Bourgogne, depuis longtemps l'objet des convoitises impériales. L'Allemand Grégoire V ordonne à Robert de quitter Berthe sous peine d'excommunication et condamne les évéques qui avaient autorisé ce mariage.

Il y avait dans tout cela de quoi soulever bien des mécontentements et des haines. D'abord Gerbert, archevêque de Reims, en faveur auprès d'Otton III, réclama son évêché. Ensuite les évéques le France,

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fiers de leur indépendance, refusèrent de reconnaitre les décrets de Payie, et Robert fortifla sa résistance particulière de la leur. Grégoire V faillit y perdre le saint-siège.

A Rome, en effet, Crescentius, excommunié aussi au concile de Pavie, crut pouvoir faire tourner à son profit les mécontentements excités par Grégoire V. Contrairement aux coutumes, Otton III avait fait un pape. Avec le clergé et le peuple romain qu'il tenait dans sa main, Crescentius veut en créer un à son tour et mettre la révolution qu'il a faite sous le patronage de sa créature. Un ancien serviteur de la famille ottonienne, Jean de Calabre, ancien précepteur d'Olton III, se trouvait alors à Rome. Crescentius lui offre la papauté. Vainement saint Nilus avertit le Grec, son compatriote, de ne point se fier aux Romains. Le malheureux accepte et prend le nom je Jean XVI. Voilà un schisme. Grégoire V, tombé des hauteurs où il croyait atteindre, appelle Otton III et TÉglise allemande au secours du saint-siège et de Rome spoliés, dit-il, par des brigands.

Otton III passa une seconde fois les Alpes, au commencement de 998, pour rétablir Tordre ainsi troublé ; et en avril, avec son pape, il entra sans résistance dans Rome. Jean XVI s'était enfui. Crescentius s'était enfermé dans le château Saint -Ange. Quelques cavaliers allemands, conduits par un comte souabe, rattrapèrent la créature de Crescentius, Jui coupèrent le nez, les oreilles, lui crevèrent les yeux et le famenéreàrà Rome, où ils le jetèrent dans une cellule. Saint Nilus vint, âgé de quatre-vingt-dix ans,

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