‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 117 sur 174 · OTTON III ET GRÉGOIRE V · texte numérisé non relu

OTTON III ET GRÉGOIRE V

demander la grâce de son compatriote, le Calabrais Jean. Mais Gégoire V voulut que le malheureux passât en jugement. Il fut mis sur un âne, le dos à la tête de l'animal, fouetté et exposé, à travers la ville, aux insultes des soldats allemands et de la populace romaine. Crescentius, pris d'assaut dans le château Saint-Ange, fut décapité sur la plate-forme du monument; son corps, jeté sur le pavé, fut traîné à travers les rues et la campagne, et enfin pendu avec douze autres, à un haut gibet, par les pieds. Après cette victoire des deux jeunes Ottoniens, qui étaient à la tête de Tempire et de TÈglise, le gouvernement ne fut plus qu'une sorte de bon plaisir. Le roi de France, Robert, de guerre lasse, avait délivré Arnulf d'Orléans et l'avait rétabli sur son siège dans l'espoir de garder sa femme. Notre Gerbert réclamait son archevêché. Otton désintéressa Gerbert en lui donnant, en Italie, l'archevêché de Ravennes, dont celui-ci prit possession avec joie. Mais un synode, à Rome, renouvela Tordre de divorce déjà donné au roi de France, Robert, et à sa femme Berthe, avec peine d'une pénitence de sept années et sous la menace de l'anathème. Pour Otton III et Grégoire V retentissait, à cette époque, ce dicton :

Rome, la tête du monde, Régit la machine ronde.

Cependant de tristes nouvelles arrivaient à l'empereur Otton III. Sa tante Mathilde, régente, mourail jeune encore et découragée (7 février 999). Il semblait que les parents d'Otton, à l'approche de

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Tan mille , prissent déjà les devants. Le jeune empereur retomba tout à coup , des fières hauteurs de Tarabition impériale , dans les profondeurs de la dévotion mystique, à l'approche de cette année fatidique. Au moment où il avait donné l'archevêché de Ravennes à Gerbert, Otton III avait été s'agenouiller devant Romuald. Le maître de Rome prit l'habit de pèlerin pour aller visiter la vieille chapelle du terrible archange Michel, au mont Gargano, et la têntë^de~saihrMr,"(îans ïes^champs"*3e Gaête. Il tremblait sous les paroles du saint ermite : « Ne t'inquiète pas , lui disait celui-ci , des choses du monde, mais du salut de ton âme. Empereur, tu n'en mourras pas moins et n'en auras pas moins à rendre compte. » Otton mettait humblement, dit Je biographe, sa couronne dans la main du saint, quand il apprit tout à coup la mort subite de son cousin, le pape Grégoire V.

Était-ce un coup du ciel ou une vengeance des Romains qui frappait le pontife allemand? On ne l'a jamais bien su. Otton III revint en toute hâte à Rome, et là, sans autre forme d'élection, fit consacrer pape (2 avril 999) son savant ami, le Français Gerbert, qui était passé, comme on le faisait remarquer, du siège de Reims, par celui de Ravennes, au siège de Rome, et qui fut le premier de race française à occuper, en effet, le saint-siège. '^TSykestre IL — Gerbèrt n'était pas indigne de cet honneur. Il avait montré des qualités, un peu contestées cependant, d'administrateur. C'était pour avoir voulu réformer Bobbio qu'il avait mis les moines

rr.

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