‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 118 sur 174 · LE PAPE SYLVESTRE II · texte numérisé non relu

LE PAPE SYLVESTRE II

conire lui. Le peu de temps qu'il avait pu passer à administrer son diocèse de Reims avait été utilement employé, non cependant sans qu'il s'y créât des ennemis. II s'occupait de faire disparaître la simonie de son diocèse de Ravennes , quand la résolution d*Otton l'appela à Rome. Préconisé le 2 avril, Gerbert, comme pour annoncer une ère nouvelle, prit le nom d'un des plus célèbres successeurs de saint Pierre, S^^yestre, celui qui avait été le contemporain de Constantin. Le plus chimérique des jeunes soudains se rencontrait, au moins cette fois, avec le plus instruit et le plus renommé des hommes d'Église el des hommes d'État pour gouverner la chrétienté. Qoe feraient-ils en associant leurs efforts?

Sylvestre IL pour terminer avec modération l'affaire de Reims, rendit à Arnulf l'archevêché de Reims, tout en respectant les déclarations de principes du concile de Saint-Basle. Mais Gerbert avait une imagination chimérique, tout en étant un esprit tort pratique. Il avait toujours eu un faihle pour la famille ottonienne. Or celui qui l'avait fait pape èlait bien, à cause de sa jeunesse môme, le plus ambitieux et le plus vain des monarques. Le fils de Théophanie aimait à s'appeler, en effet, l'empereur des Romains, « consul du sénat ». Il prenait les titres ^^ Saxonicus, Romanm^ Italicus. Sylvestre II lui laisse frapper une médaille avec son image et son nom d'un côté, et de l'autre cette légende : Renovatio romam imperiL Rome sera la capitale de l'empire etderÉglise. L'empereur et sa créature, le précepteur et rélève y régneront unis. Voilà les chimères

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dont ils se repaissent. Complaisance de la part da pape, confiance de la part d'Otton III I Le jeune empereur n*apparait plus en public que sous un long manteau, couvert d'images apocalyptiques, qui traîne jusqu'à terre. Il prend ses repas seul, sur une table élevée en forme de croissant. Il a des comtes impériaux, des protospathaires et des logothètes. C'est un Constance, un Ârcadius en public. Voilà le Romain! Otton n'en prend pas moins souvent, en signant ses actes, le titre de serviteur du Christ et de l'Apôtre. Il se fait bâtir un palais sur le mont Aventin, près du cloître où avait habité son saint ami Adalbert, et il date quelques-uns de ses actes « du palais près du cloître ». La grotte de Subiaco, où avait commencé saint Benoit, reçoit souvent sa visite. Le moine se cache sous la dalmatique orientale et sous la couronne de l'empereur romain. Il est moine et empereur, deux natures en une même personne ! Mais le césar remporte sur le moine.

Nul doute que Gerbert, pour qui l'empire d'Allemagne « avait toujours été la montagne de Sion où il aspirait à dresser sa tente et à entonner son cantique de joie », ne méditât, comme pape, de faire servir la puissance de son souverain à la régénération de l'Église, commencée, en France, par l'ordre de Cluny , et , en ItaUe , par d'ardents solitaires. Ambitieux par tempérament, rompu aux affaires et môme aux intrigues par habitude, ami de la règle et de la discipline qu'il avait voulu rétablir, dans ses courts passages à l'abbaye de Bobbio et aux archevêchés de Reims et de Ravennes, mais d'un

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