‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 119 sur 174 · LE PAPE SYLVESTRE II · texte numérisé non relu

LE PAPE SYLVESTRE II

esprit large et pratique qui eût peut-être admis des accommodements à la discipline, il n'en avait pas moins l'imagination portée aussi à la domination universelle et au grandiose. Soit sincérité, soit adresse, il entretenait le jeune Otton dans ses idées d'ascétisme et de puissance qui pouvaient faire de lui un instrument docile. « Rien ne manque , lui disait-il, à la restauration de César; Tltalie féconde en blés, la France et TAllemagne fécondes en hommes •' appartiennent à l'empire ; les Scythes mômes lui ; rendent hommage. »

L'illusion ne pouvait-elle pas leur être permise? C'était le moment où le duc de Pologne, Boleslas Chrobry, vengeait le martyr Adalbert, et, pour honorer ses restes, demandait et obtenait la fondation de Tévéché de Gnesne, où il abritait dignement les restes du saint de la Pologne. En voyant Tempire et la papauté ainsi unis, le roi de France, Robert, répudiait décidément Berthe, sa femme, qui pouvait , lui donner des droits sur le royaume de Bourgogne. En 999, on voyait arriver à Rome, du fond de la . Hongrie , autrefois la terreur de TAUemagne , un I prêtre hongrois ; il venait prier le Saint-Père, de la ^ part du duc Waïc, fils de Geisa, que sa mère avait fait chrétien et qui prenait le nom chrétien d'Etienne, de bénir la Hongrie, de la recevoir comme un don fait à saint Pierre, d'élever, au rang de métropole, 1 l'église de Gran ; et, ppur^prix de cette soumission, il denaandait ,à Rome le titre de roi. Était-ce, pour l'ancien moine Gerbert, la fin du monde que prédi- ; saient ces événements ? N'y pouvait -on pas voir

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plutôt « cette terre nouvelle et ces nouveaux cieux » , dont TApocalypse parle dans le même passage, qui a prêté à cette croyance ? Sylvestre jl paraissait^ plutôt conformer sa conduite à cette interprétation ; \ mais Otton continua, vrai pèlerin impérial, pendant Tan 1000, à se tenir comme sur les confins de la mort et de la vie !

Sylvestre II. monté, pendant sa longue et laborieuse pérégrination d'Aurillac à Rome, des derniers rangs au sommet de la société chrétienne , avait pour lui la rude expérience de la vie. Otton n'était qu'un adolescent, dont Tenfance avait passé des peaux de bêtes de ses ancêtres à la pourpre de Byzance. « Grec de naissance, disait-il de lui-même, Romain de puissance. » En Tan 1000, on voit la différence des deux hommes. S^lv^tre JI,fait canoniser le martyr Adalbert, mais il règle le gouvernement de Rome et se fait donner, par Otton III, pour terminer les conflits que les anciennes donations avaient souvent causés entre Tempire et la papauté, douze l comtés^dans laRomagne, entre autres ceux de Pesaro, ; Ancône, Senigaglia, Fossombrone. Pour Otton, il 1 veut maintenant que Tan 1000 le trouve occupé à rendre les derniers honneurs à son saint et ancien ami. En cas de malheur du monde, le bienheureux n'intercéderait- il pas pour lui ?

Au mois de décembre 999, Otton III, laissant le gouvernement politique de l'Italie et de l'Allemagne aux soins d'Heribert, son chancelier, archevêque de Cologne , commence son pèlerinage de millénaire. Ses deux sœurs, Adelhaïde, qui avait remplacé sa

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tante Mathilde à la tête de Tabbaye de Quedlimbourg, et Sophie, nonne à Gandersheim, nombre de princes de la Souabe, de la Saxe, de la Thuringe, viennent au-devant de lui. Avec eux, il traverse TAllemagne, franchit les frontières de l'Elbe, à Meissen, est reçu par le duc de Pologne, Boleslas, sur sa frontière, et arrive au milieu de mars. Tan 1000, en vue de Gnesne, la nouvelle fondation épiscopale. Il descend de cheval pieds nus , entre dans la ville, dans l'église, et va prier et fondre en larmes à la tombe de son ami martyr. Dans un synode tenu le lendemain, le frère d'Adalbert, Gaudentius, est institué archevêque avec juridiction sur quatre églises nouvelles.

Les fêtes de Pâques célébrées avec ses sœurs aux tombeaux des aïeux, au monastère de QuedUmbourg, le pèlerin impérial se dirige vers les bords du Rhin et arrive pour la Pentecôte à Aix-la-Chapelle. On était à la moitié de Tan 1000. Ajpart un tremblement de terre, l'apparition d'une comète et une irruption terrible du Vésuve, rien n'avait été changé dans l'ordre naturel des choses. La chapelle bâtie par Charlemagne à Aix avait toujours été l'objet d'une grande vénération de la part d'Otton III. Là, ce petit-fils d'Otton le Grand a la sinistre fantaisie de se faire ouvrir le caveau de Charlemagne, et il y descend avec son protospathaire/ Otto de Lomello. Celui-ci raconte « que Charlemagne était \ encore assis debout sur son trône de]'pierre comme un vivant. Une chaîne d'or était à son col, un sceptre dans sa main droite. Ses ongles lavaient percé les

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gants qui recouvraient ses mains. Otton III, après s'être prosterné à genoux, osa lever les yeux sur Tapparition funèbre, lui fit mettre de nouveaux vêtements blancs, couper les ongles, remplacer avec de For l'extrémité du nez qui manquait, enleva la chaîne d*or du cou du célèbre mort, une dent de sa bouche, et referma le tombeau. »

La fin de Tan 1000 retrouve Otton III réuni au pape Sylvestre II, dans la ville de Rome, aux fêtes de Noël. C'est à cette époque qu'il faut attribuer probablement le projet de constitution qui aurait consacré l'union intime du spirituel et du temporel, de la papauté et de l'empire. L'empereur et le pape devaient résider à Rome, l'un sur le mont Aventin, l'autre sur le Quirinal, le premier avec les officiers empruntés déjà au cérémonial de la cour byzantine, l'autre avec les archidiacres et diacres de l'Église de Rome. Sept juges palatins, pris dans le clergé, pour leur mérite et leur vertu, consacreraient l'empereur, d'après le vœu des princes, et choisiraient le pape avec le concours du clergé de Rome. Ils se tiendraient à la droite et à la gauche de l'empereur dans les cérémonies; ils conduiraient le pape par la main. Ils gouverneraient avec l'empereur, ils seraient les conseillers du vicaire de Jésus-Christ. En eux se réalisait l'union intime de l'Eglise et de l'État. C'est l'idéal du Saint-Empire romain germanique. Il porte en lui-même sa date, l'an 1000. Il appartient au moment de la plus haute, mysticité de la politique représentée par Gerbert qui était cependant peu mystique et par son plus naïf élève, Otton III. Il n'est

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