LIVRE DOUZIEME
CARACTÈRE MYSTIQDE ET ECaÉSIASTIQUE DU XI« SIÈaE.
l'empereur HENRI II LE SAINT ET LE ROI ROBERT LE PIEUX
Les rois-prêtres. — Ambition et dévotion.
L'apparition éphémère d'un moine français et l'exaltation mystique d'un empereur allemand à Rome étaient deux signes du temps. Pendant leur court passage dans la capitale de la chrétienté, ils n'avaient pas eu le temps de la changer ni de la réformer. Les paroles de l'historien Raoul Glaber au sujet de Tan 1000 sont à méditer. « Près de trois ans après, nous ditil, les basiliques sont renouvelées presque dans tout l'univers, surtout dans l'Italie et dans les Gaules, quoiqu'elles fussent encore assez belles pour n'avoir pas besoin de réparation. On eût dit que le monde entier, d'un commun accord, eût secoué les haillons de sa vieillesse pour revêtir la robe blanche des églises. » Sans ajouter à ces paroles, peut-être exagérées, une trop grande importance, on ne peut s'empêcher de
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reconnaître, an commencement da xi* siècle, nne remidescence de mysticisme dans les faits généraux et particuliers. L'an mille passé, à l'exemple de ce qui s'était passé en France à Cluny, saint Romuald «0 1012 fonde l'ordre des Camaldules; saint Gualbert, celni de Vallombreuse. Les fondations se multiplieront plas encore. Pour les grands, les puissants, s'ils ne donnent pins leurs biens ou n'entrent pins au cloître, ils courent aux lieux saints, aux reliquaires; ils commencent les pèlerinages, si loin que soit le voyage. Les souverains tombent sous la direction de l'Église. Olton III a pour successeur Henri le Sdnt; le fils de Hugue Capet est Robert le Pieux. L'Angleterre aura Edouard le Confesseur.
Il ne faut pas trop cependant se faire illusion sur ces souverains. Dans leurs royaumes et ailleurs, et sauvent de leur fait, la guerre, le meurtre, le pillage recommencent. Les menaces même de l'Église, tantôt cause, tantôt victime de cet irrémédiable désordre. Étaient impuissantes. Les légendes les plus merveilleuses sur les châtiments terribles réservés aux spoliateurs des biens ecclésiastiques n'y font rien. Une horrible maladie, nous dit Richer, atteint le meurtrier d'un archevêque de Reims ; ses domestiques et ses amis s'éloignent de lui, chassés par l'infection de ce corps. Un autre réprouvé, privé des dernières ïODsolations de la religion, est dévoré vivant pnr loi vers. Rien n'y faisaitl II faUait que l'Église, p elTort commun dont elle seule était alors capat servir le sentiment religieux h l'adoucissemeT passions farouches et aux progrès de la paix; r
française eut la première aussi cet honneur. Ces en effet, en l'année 1021, sous les règnes de Henri le Saint et de Robert le Pieux, que des évêques d la Bourgogne, pays où ne manquaient ni les guerre privées, ni Tinfluence de Gluny, se réunissent dam un concile pour demander, imposer môme la pal au nom de Dieu, à cette société dévorée des passions et des maux de la guerre. Il ne pouvait y avoir là que coercition morale, pression religieuse. La paix de Dieu, demandée, implorée dans les églises, au pied des autels, et préchée sur les grands chemins par les moines au risque de rencontrer des chevaUers armés en guerre, étonna, mais n'obtint pas d'abord grand succès.
Une semblable tentative n'aurait pu réussir que si un pape puissant, ou quelque souverain entreprenant et habile l'avait prise sous sa protection. Mais, d'abord, les Grescentiens à Rome, après Otton III et Sylvestre II, disposent du saint-siège en faveur de leurs créatures, un^ Jean XVII et un Jean XVIII, et condamnent la papauté à la même faiblesse et aux mômes désordres qu'au milieu du x® siècle; et les deux successeurs d'Otton III et de Hugue Capet se montrent à peu près impuissants contre les seigneurs laïques et ecclésiastiques qui avaient ajouté à Tenvi les fiefs aux fiefs, les donations aux donations, usurpé le pouvoir des rois, supprimé la liberté des petits, et partout bâti des forteresses pour braver la colère des uns et recueillir le fruit du labeur des autres. « Autrefois, les chevaliers, nos ancêtres, disait un historien de ce temps, toujours fidèles à leurs rois, exer-
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