LA PAIX DE DIEU
çaient leur valeur guerrière au dehors et ne déchaînaient par leur rage comme aujourd'hui contre j l'État. » — « Les samts éyêgues^autrefois, disait un \ évoque, mettaient tout leur zèle jadis à sauver leurs \ âmes, tandis que ceux d'aujourd'hui ne songent qu'à . soigner leurs corps. Ils combattaient pour le ciel, et ^ nous, nous combattons pour les biens de la terre. » i Les rois pouvaient-ils faire autre chose que de conserver leur trône?
Henri H d'Allemagne; Robert de France, — En Allemagne, Henri de Bavière, fils du Querelleur, avait à peine trente ans. Destiné peut-être d'abord à l'état ecclésiastique, il était cher au clergé. Sa femme, Cunégonde, n'avait pas moins de piété et d'ambition que lui. Malgré deux [compétiteurs, cet Henri II, neveu d'Otton le Grand, dut de garder la couronne à l'appui des deux archevêques de Mayence et de Cologne et des deux puissantes abbesses saxonnes qui étaient les sœurs d'Otton III. Robert, que son père avait fait élire et consacrer de son temps, succéda avec moins de peine à son père. Partout l'Église était pour la royauté. Mais que deviennent sous ces deux princes les héritages d'Otton le Grand et de Hugue Capet?
Au delà des Alpes, l'empire allemand parait tomber. Le marquis d'Ivrée, Arduin, puissant feudataire italien, s'était fait proclamer roi à Pavie, et il relevait le drapeau de la royauté nationale. Sur l'Elbe, Boleslas Chrobry, le Glorieux, duc de Pologne, profitant des troubles de la maison ducale de Bohême, s'emparait tout à coup de ce pays, était reconnu à Prague, réunissait la Pologne à la Bohême et envoyait des am-
bassadenrs à Rome pour demander la couronne au pape, qui n'était plus élu sous Vinfluence allemande.
Ni Ténergie, ni la constance ne manquaient à Henri II. En Allemagne, il battit ses deux compétiteurs et consacra sa victoire en faisant relever Tévéché de Mersebourg, un instant aboli, sous Otton II. En mars de Tannée 1004, pour étouffer le royaume italien naissant, il passait les Alpes, tournait le roi italien Arduin, qui s'enfuyait, et arrivait jusqu'à Vérone, d'où les évéques le conduisirent à Pavie. Mais comme Henri II fêtait, le soir du 15 mai, dans un banquet, la cérémonie du matin, où l'archevêque de Milan l'avait couronné roi, le peuple court sus aux Allemands. Pour se dégager et éclairer la lutte, Henri fait mettre le feu aux maisons voisines ; les Allemands se précipitent dans les rues. Retranchés dans leurs maisons, les habitants font pleuvoir sur eux la poix brûlante et les pierres. Furieux, ceux-ci mettent le feu aux quatre coins de la ville, volent, massacrent, violent au milieu du désordre, et laissent, parmi leurs ruines noires et croulantes, ce qui restait des malheureux Pavésans pleurer et ensevelir avec rage les deux tiers de la population étouffée ou massacrée.
Ce n'étaient ni l'ambition ni la volonté qui faisaient défaut à Henri II, mais la puissance. Il en est de même du roi Robert. Il ne peut empêcher le redoutable comte de Blois de réunir la Champagne au groupe féodal de Blois et Chartres, événement qui devait être si funeste pour l'avenir de la royauté. L'habileté du célèbre évoque de Chartres, Fulbert, le