‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 123 sur 174 · HENRI II LE SAINT · texte numérisé non relu

HENRI II LE SAINT

maintient seul en bon accord avec le puissant duc d'Aquitaine, Guillaume V.

L'impuissance semble rapprocher d'abord ces souverains de France et d'Allemagne. La querelle entre le comte de Flandre, Baudoin, vassal du roi de France, et le comte de Hainaut, Arnould, vassal du souverain germain, à propos de la forteresse de Valenciennes, les réunit (1006), sur les rives de la Meuse. Ils voulaient tous deux faire lâcher prise au comte de Flandre. Celui-ci leur résiste dans la forteresse où il s'était jeté. Henri II, plus soucieux d'une vaine ambition que de la justice, finit par consentir à laisser Valenciennes à Baudoin, et il lui cède même l'île de Walchereni mais à la condition que le duc de Flandre M prêterait hommage. Depuis ce temps, une partie des Flandres releva de l'Allemagne sans rendre pour cela l'empereur plus puissant. Le bon roi Robert ne réclama point et acquit par là un mauvais renom en France et à l'étranger, où on le trouvait bien humble, Régnante Roberto, humili rege. Le fond du caractère des deux rois était la dévotion ; mais, chez Henri II, l'ambition y avait grande part et prenait cette forme dévote qui a fini par faire de lui Henri le Saint. Ni la ruse ni la cruauté ni la perfidie n'étaient absentes de cette âme du dernier des Ottoniens. Après une expédition de Pologne, qui lui rend la marche de Misnie, il y fait massacrer tous les personnages marquants, d'origine slave. Mais nul n'observe plus strie- j tement tous les devoirs religieux. Il ne commence aucune entreprise sans avoir prié au pied de la sainte lance. Une dévotion à accomplir entre dans <

chacune de ses expéditions; en France, il visite le tombeau de saint Servatius; en Italie, il veut voir les reliques de saint Ambroise. En Pologne, il eût été volontiers jusqu'au tombeau de saint Àdalbert. Sa femme Cunégonde partage toutes ses dévotions.

Dernier successeur des Ottqns, c'est surtout dans la richesse et dans le pouvoir de TÉglise que l'Allemand Henri II cherche un appui contre la féodalité laïque. Il est obligé de consentir presque toujours à nommer aux duchés et aux margraviats les fils des puissants en Saxe, en Souabe, en Bavière. Il a plus de confiance dans TÉglise. Il est bien plus maître, en effet, du choix des personnes aux archevêchés, évôchés, abbayes, dont il prend les titulaires dans sa chapelle; aussi leur prodigue-t-il les donations, les immunités, les droits régaliens, jusqu'à leur donner, en propriété ou en fiefs, plusieurs comtés, c Dans ce pèlerinage de la vie, disait-il, il aimait à se décharger d'une partie du fardeau sur les épaules des évéques. > Mais il exige beaucoup des évôchés et des abbayes auxquels il accorde tant. Ils doivent lui fournir les services de guerre et de cour, lui faire des prêts, des avances, des présents. « Il peut être demandé beaucoup, disait-il, à qui l'on donne beaucoup. »

Henri est moins un roi qu'un membre de l'Église. S'il tient des diètes générales et provinciales, s'il y rend des décrets, y proclame la paix publique; s'il fait profession d'y gouverner avec l'assentiment des grands, il se sert encore plus, peut-être, des synodes d'évêques et d'abbés. Jamais il n'y en eut en Aile-

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