HENRI II LE SAINT
magne aatant qae sous son règne. Il les préside, il excite leur zèle, il ne leur épargne pas lui-même les citations des Ëvangiles, dans ses décrets et dans ses actes. En 1004, dans un synode anx bords du Rhin, il Tait rompre les mariages contractés en violation des lois ecclésiastiques. A Dorlmund, en 1004, il déplore les vices qui se sont glissés dans le clergé. Use fait même le réformateur de certains couvents, comme Fnlde et Reictienau, changeant leurs abbés, chassant les moines infidèles à leurs vœux, diminuant leurs privilèges ou leurs richesses. « Deus puissances,
, répétait-il, gouvernent la sainte Église de Dieu : la paissaace impériale et l'autorité épiscopale. » Aussi l'Église aimait-elle singulièrement ce roi, quoiqu'il
, exigeât beaucoup d'elle. Elle voyait en lui non seulement l'oint du Seigneur, mais la tête de l'Église et comme le vicaire du Christ, de Dieu,i'tcartiM Christi, mearius Dei.
La fondation de l'ëvéché de Bamberg fut l'un des actes que ce roi-prétre eut le plus à cœur. Il avait donné ce pays en douaire à sa femme, et, comme il
j n'avait pas d'enfants, il conçut l'idée de le consacrer à Dieu, en y fondant un évéché qu'il ferait légataire de ses biens aûn que le Christ fût son héritier. Ce
! n'était plus une chose facile que de fonder cet évéché en Allemagne. 11 fallait démembrer les ressorts de Wurtzbonrg et d'Eichstadt. Au synode de Frai (1007), il y avait opposition des évéques; le i jeta à genoux. << 0 mes pères, dit-il, faites que, n point d'enfants, je puisse, comme je l'ai prou pour mon salut, faire le Christ et son Églis(
hériliers; » et il promit aux opposants tout ce qu'Us voulurent. Quatre années après, dans la calhédrale déjà bâtie, en présence des cinq archevêques de l'Allemagne, de nombreux évéques, la fondation nouvelle, sanctifiée par l'envoi d'un morceau de la croix, était solennellement consacrée aux apôtres Pierre et Paul et à saint George.
En sa qualité de successeur des Ottons, Henri II se persuadait que le titre d'empereur lui manquait. Or le moment semblait venu, pour celui qui prit le premier, en Allemagne, le titre de roi des Romains, d'aller se faire couronner à Rome. Il y avait alors dans cette ville, comme cela était arrivé déjà plusieurs fois, deux papes élus. Les Crescentiens avaient fait élirSJinJSlél^®; lô comte de Tusculum son parent Benoît VIII. Les deux élus vinrent en Allemagne, auprès de Henri II; Rome, le saint-siège, grâce à la discorde, étaient à ses pieds. Benoît VIII offrit à Henri II, avec force présents, le titre de patrice. Henri II reconnut celui-ci, qui s'engagea [à lui ouvrir les portes de la ville.
Une armée d'évéques et de vassaux descendit les Alpes en 1014. Quand ils approchèrent de Rome, douze sénateurs se rendirent au-devant d'eux, des bâtons dans les mains, et en mystique procession. Le 14 février eut lieu la solennelle cérémonie. Le pape, sur le seuil de Saint-Pierre, demanda à Henri II s'il voulait être le fidèle patron, le défenseur de r Église romaine, et, sur sa réponse affirmative, il lui ouvrit les portes. A l'autel, Henri II déposa, comme an riche souvenir, la couronne qu'il avait portée jusque-là
et reçut, en retour, du pape, un globe ^d'or qui représentait le monde. La couronne resta parmi les joyaux de Saint-Pierre. Henri II fit hommage du globe d'or mystique à l'abbaye de Cluny, comme s'il voulait prouver qu'il voyait le gouvernement du monde dans le sanctuaire.
La couronne impériale ne donna pas beaucoup de prestige à Henri IL Dans la haute Italie, il est vrai, Arduin, l'ancien marquis dlvrée, se retire au monastère de Fructuaria. Mais le duc de Pologne, le grand Boleslas Ghrobry^ visait à faire de sa nation le centre d'une lière puissance slave qui allait de la mer Baltique aux Carpathes et aux sources de la Morawa et du Dnieper. Dans une expédition qu'il tenta contre lui, en 1018, Henri II fut surpris avec Tannée impériale au miUeu des marais de la Bober. Les Polonais, débouchant tout à coup par un bois sombre et au milieu de la brume, poussèrent trois terribles cris, obscurcirent Tair de leurs flèches, puis, arrivant à toute bride, commencèrent le massacre. Un archevêque, le margrave, deux cents vassaux de première noblesse périrent et les autres restèrent captifs, tandis que Fempereur repassait TEIbe à Strehla. L'empereur, d'ailleurs occupé d'autres soins, fut obligé de renoncer à la Lusace au delà des monts Géants et à l'honmiage du duc de Pologne*
Avec la différence de l'empire d'Allemagne au royaume de France, le fils de Capet Robert le Pieux est l'image de Henri le Saint. De tous les souverains capétiens, nul n'a plus contribué à revêtir la monar-
chie française de cette couleur ecclésiastique qui est la marque véritable de son origine comme de la plupart des monarchies d'alors. Sans croire à toutes les pieuses traditions et légendes dont les écrivains ecclésiastiques aiment à parer les rois dont ils font leurs héros religieux, pour peu qu'ils s'y prêtent, Robert tenait de son temps. Il avait l'instruction théologique d'un clerc, à la messe, les génuflexions et les chants d'un prêtre, et même quelque chose du thaumaturge. Aimable avec les grands et charitable envers les petits, il était toujours prêt, avec ses cheveux lisses et sa barbe bien soignée, « à donner le baiser de paix », et même à se laisser voler par les mendiants, quoiqu'il fût parfois emporté et tenace.
Le tempérament d'homme et de chasseur de Robert le distinguait beaucoup de Henri IL Celui-ci et sa femme Cunégonde, dit-on, vécurent comme moine et nonne ; ce couple sans enfants se chamaillait durement au pouvoir et montrait beaucoup d'avidité pour grossir l'héritage du Seigneur, qu'ils voulaient constituer leur héritier. Le bon roi Robert prend le mariage si au sérieux qu'il se résout bon gré mal gré à changer trois fois de femmes, au risque même de se créer des embarras politiques. Il répudie sa première femme parce qu'elle était trop vieille, sans crainte de s'aliéner la Flandre et de se mettre une guerre sur les bras ; il s'attache d'un amour si immodéré à sa seconde femme, Berthe, qu'il abandonne l'alliance de l'Anjou et brave pour la garder l'empire et la papauté, qui condamnent ce mariage plus pour des raisons
politiques que pour des raisons de parenté éloignée. Résigné à se séparer de Berthe, quand la durée de la possession a diminué son amour, il va en grand apparat chercher en Provence sa troisième femme, Constance d'Arles, fille de Guillaume I««^, qui le soumet à un tel joug qu'il ne songera pas à s'y soustraire. Les préférences de celle-ci pour ses propres enfants aux dépens de ceux des premiers lits engen* drent des discordes qui faillirent compromettre l'œuvre de Hugue Capet, et l'arrivée des gens du midi, aux modes plus élégantes et aux mœurs plus raffinées, à la suite de là-nouvelle reine, scandalise cette cour du nord .
Ce qui rapproche Robert le Pieux de Henri II le
■ Saint, c'est que, avec lui, le pouvoir royal croît par FËglise et dans TËglise. En France aussi, Tavënement du système féodal a pour conséquences de resserrer Tanion de la couronne et de TÉglise et de soumettre encore plus complètement les évôchés et les abbayes
! à l'action de l'autorité monarchique. Les grandes seigneuries ecclésiastiques du nord surtout, enclavées dans les provinces féodales de Champagne,
! d'Anjou, de Blois, comme les archevêchés de Reims, de Tours, même dans des pays plus éloignés, ceux
• de Lyon et Bourges, éprouvent le besoin de s'attacher d'autant plus à la royauté que la féodalité les menace en même temps. Là ne se produisait point entre le roi et la population cette rupture profonde des relations politiques qui tint les grands fiefs si longtemps séparés de Pautorité centrale. Au centre et au nord du royaume, les premiers rois capétiens
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jouent à Tégard du clergé le même rôle que sous les Carolingiens. Ils continuent à disposer des dignités ecclésiastiques, en temps de vacance à en percevoir les revenus, et en retour à protéger leurs domaines, leurs villes, leurs intérêts. Le fameux évéque de Chartres, Fulbert, invoque le roi Robert contre un vassal du comte de Blois. Le pieux roi va même jusqu'à faire tous ses efforts pour introduire partout dans les abbayes, où il protège la jUberté des élections, l'observation de la règle de Saint-Benoît.
Robert avait bien besoin de Tappui de TÉglise en face de la féodalité laïque . S'il conserve quelque influence sur le midi, c'est grâce à l'Église. Malgré le duc d'Aquitaine, il impose à l'évéché de Bourges, pour l'avoir dans sa main, un fils bâtard de Hugue Capet, et oblige l'évéque de Limoges à reconnaître celui-ci comme métropolitain, ce qui était important pour la royauté. C'est grâce à l'Église que le midi, le Languedoc, la marche d'Espagne , l'Auvergne reconnaissent la souveraineté de Robert P^ Il n'en est pas cependant partout de même.
A la mort du duc de Bourgogne, Henri, il s'agissait de savoir si ce puissant duché resterait au pouvoir de la dynastie capétienne ou s'il passerait aux mains d'un vassal, le comte Otto-Guillaume, possesseur de grands fiefs en Franche -Comté. Le roi déploya dans cette affaire une activité et une vigueur qui ne lui étaient point habituelles. Il avait contre lui non seulement le comte Otto-Guillaume, mais l'évéque de Langres et la plupart des seigneurs châtelains. Aidé de l'évéque d'Autun , de l'abbaye de
Cluny et du comte de Chalon, il finit par atteindre .1
son but et le duché de Bourgogne reste à la royauté 'j
et à la nationalité françaises. I
Le roi Robert entre malheureusement en composi* tion avec le roi Henri II, à propos du royaume de Bourgogne qu'il importait de maintenir, entre l'Allemagne et la France, dans la neutralité et l'indépendance la plus complète. On se rappelle que Otton le Grand avait cherché à préparer, grâce à la faiblesse du roi de Bourgogne, Conrad, la réunion de ce royaume à sa suzeraineté. En réalité, ce pays n'était, à aucun titre, une dépendance de l'Allemagne. Mais la réunion de la Lorraine à l'Allemagne faisait naturellement jeter un coup d'œil d'envie à ses souverains, du plateau de Langres, sur le bassin de la Saône ; et, depuis que l'ambition de rester maîtres de l'Italie les tourmentait, ils comprenaient qu'un moyen de la tenir était d'avoir la vallée du Rhône et, par consé quent, les passes occidentales des Alpes, comme celles de l'orient.
Le roi actuel de Bourgogne, Rodolphe III, aussi faible d'esprit et de volonté que l'avait été son père, était un souverain d'autant moins obéi de ses évoques, de ses seigneurs et de ses villes, que l'ambition des empereurs allemands entretenait toujours entre eux l'hostilité. Vivant d'aumônes, souffrant des révoltes incessantes, il prend, en l'année 1016, le parti de remettre, i Strasbourg, son royaume entier sous la suzeraineté de son neveu, l'empereur Henri II, et il promet de liBpas disposer sans son aveu de son héritage, objet naturel de beaucoup de convoitises. C'était un échec
grave pour la dynastie capétienne. Cette action amenai par deux fois, Tempereur Henri II en Bourgogne, en 1016 et en 1018. Il y rencontra, pour principal adversaire, Otto-Guillaume. Le roi Robert en agissant habilement aurait pu profiter du conflit. Ses rancunes contre Otto Guillaume l'empêchèrent de rien faire.
Les deux pieux souverains ne surent d'ailleurs point faire régner chez eux la paix. Jamais, même au x« siècle, il n'y eut autant de guerres privées. « Quel temps, dit un contemporain ; on maudit la vie, on ne désire que la mort, les villes sont dépeuplées, les villages en cendres, les bois, les vergers dévastés; plus de vignes; partout la guerre, le feu, la peste. Les nobles sont réduits à la mendicité et l'herbe pousse dans la maison de Dieu. » — a C'était comme s'il n'y avait eu ni empereur ni roi. »
Tristes années si l'empereur n'y avait éprouvé la joie la plus consolante pour lui, en recevant en 4020 le pape Benoît VIII dans sa pieuse fondation de Bamberg. L'empereur attendait le pape au portail de l'église qu'il avait bâtie ; ils s'y donnèrent un baiser fraternel avant d'y entrer. Le pape officia lui-môme avec l'archevêque de Ravenne et le patriarche d'Aquilée, consacra l'église et annonça à tous ceux qui étaient présents la remise de leurs péchés. Ce n'était cependant point la paix et la prospérité que le pape venait apporter. Son voyage avait pour but de décider l'empereur à faire encore une expédition contre les Grecs et les Sarrasins en Italie, malgré les souvenirs que celles d'Otton II et d'Otton III avaient laissés. Henri le Saint y consentit. A la tête d'évôques