HBNRI LE SAINT ET ROBERT LE PIEUX
allemands et italiens, il passa les Alpes. Bien accueilli à Bénévent, Henri II assiégea lui-même Troja et envoya l'archevêque de Cologne, Pelegrim, contre Capoue et Salerne. Les trois villes furent prises. L'empereur les donna en fiefs à des hommes dévoués et alla jusqu'au Mont-Gassin, pour y installer aussi on nouvel abbé. Mais il se hâta de revenir pour soustraire son armée aux effets désastreux du climat. Chose étrange, les dernières années de ces roisprêtres qui avaient enrichi, honoré TÉglise et gouverné avec elle, sont toutes remplies des querelles, des plaies deTÉglise qu'ils s'efforcent d'apaiser ou de guérir. Las de lutter contre les laïcs, Robert et Henri ont laissé les ducs et les comtes à leur indépendance et souvent à leurs querelles. Mais l'envie, la jalousie, la discorde, la lutte mettent souvent les chefs de l'ÈgUse aux prises. C'est ce qui pèse le plus à la fin sur leur cœur. L'archevêque de Cologne dispute à Tévêque de Liège la juridiction de plusieurs abbayes. Les terres, les droits auxquels ils prétendent, tels, sont les objets de leurs querelles. La corruption naît aussi de la richesse ou du pouvoir, comme les insectes malfaisants et les reptiles de la chaleur. Un concile tenu en Italie, par le pape Benoit VIII, commence à rappeler à la rigueur des canons les prêtres qui se marient et qui élèvent des enfants à l'ombre des sanctuaires. On surprend là lëTg^ffiëra^unë maladie sociale, née de la richesse et de la puissance de l'Église devenue féodale et politique, au commencement du xi® siècle, et dont les terribles conséquences devaient bientôt éclater. Que ces rois-prêtres aient été déjà préoccupés de difficultés
dont ils avaient le sentiment, sans les comprendre encore, on ne le voit que trop dans leurs derniers actes. Le mois d*août de l'année 1023 les trouve en conférence sur les limites de la France et de TAllemagne^ aux bords dii Ghiers, affluent de la Meuse, entre Ivois et Mouzon.
Il convenait au mari de Gunégonde de se rencontrer, dans une même pensée, avec ce docile époux de la reine Gonstance, qui composait des hymnes pour chanter au lutrin de l'église abbatiale de Saint-Denis ! Ils appartenaient à FÉglise par leurs pensées et leurs préoccupations constantes. Tous deux étaient partisans de la réforme de l'Église et soutenaient volontiers les moines, dont ils respectaient les élections, contre les évéques. Gette communauté de vues les réunissait. Ils échangèrent tous deux à Ivois leurs idées sur la paix dont le monde avait besoin, sur les devoirs qui incombaient à l'Église dont ils étaient les patrons et les défenseurs; etils rêvaient de rassembler, avec le concours du pape Benoit VIII, un grand concile à Pavie pour accompÏÏTcettelttobïé tâche. Rien ne nous découvre mieux le caractère tout ecclésiastique de ce temps. Mais, à chaque jour ou à chaque homme suffit sa tâche, et la fin du règne de Henri II était venue (1024). Robert lui survécut quelques années, mais au miUeu des embarras que lui suscitèrent sa femme Gonstance et la rivalité affichée par ses fils, de son vivant, pour son héritage.
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Union apparente et confusion de TÉtat et de l'Église. — Nicolalsme et Simonie. — Une nouvelle dynastie en Alieraai gne; suite des Capétiens en France.
L*Ëtat et rÉglise, Tempire et le sacerdoce, dont This- \ toire remplit tout le moyen âge, s'étaient unis sous Henri le Saint et Benoit VIII comme sous Otton III et Sylvestre IL Robert le Pieux avait fini par vivre en bon accord avec son clergé et avec le pape.
Il y avait là presque les germes d'un gouvernement de l'Europe par l'union de l'État et de l'Église, s'il leur arrivait de s'entendre et de s'élever tout à fait au-dessus de la société féodale en se dégageant des éléments impurs de ce régime. Mais n'y avait-il pas aussi un grand danger dans cette union, cette confusion même de pouvoirs entre les chefs d'État et les chefs d'Église, entre l'empire et le sacerdoce? Les souverains laïcs n'étaient-ils pas amenés naturellement à garder avec un soin jaloux entre leurs mains la dispensation des fonctions et des flefs ecclésiastiques, l'empereur surtout à conserver la disposition de la chaire de Saint-Pierre, pour dominer, avec l'Église
tout entière, l'Italie et l'Allemagne elle-même? Par
376 CONFUSION DB L'ÉTAT ET DB l'ÉGLISE
là l'Église, en arrivant, particulièrement en Allemagne et en Italie, à l'apogée de l'autorité temporelle, n'aboutissait- elle pas à une sorte de sécularisation qui tendait à l'absorber complètement dans TÉtat, dans l'Empire?
Quel prince puissant en ÂUemagpe que cet archevêque de Mayence, presque toujours chancelier de l'empire! ses dix-sept suffragants couvraient de leurs domaines, de leurs vassaux et de leurs serfs toute la Franconie, la Souabe, et même la Bohême avec révêché de Prague. Les archevêques de Cologne et de Magdebourg avec leurs cinq suffragants, des bouches de la Meuse et du Rhin à celles de l'Elbe ; celui de Salzbourg avec ses quatre grands évôchés en Bavière, en Autriche, en Carinthie, et celui de Brome, | important pour ses missions en Danemark et eu Suède, étaient aussi des princes. Les archevêques de Trêves, dans la Lorraine, de Reims, avec leurs suffragants non moins nombreux, si influents tous les deux dans les affaires d'Allemagne et de France; l'archevêque de Tours, dans la région de la Loire, celui de Bourges, au centre de la France; celui dCj Lyon, dans la vallée de la Saône et du Rhône, étaient tous souverains et propriétaires aussi, quoique à un moindre degré qu'en Allemagne. En Lombardie enfiU; celui de Ravennes, avec ses domaines et ses suffragants de la Pentapole, le patriarche d'Aquilée avec ceux de l'Istrie et de la Marche de Vérone, n'étaient pas moins puissants. L'évêque de Rome, avec sa donation, son prestige, malgré des éclipses passagères, l'était beaucoup plus encore.
LES PJaiNGES ECCLÉSIASTIQUES 377
Archevêques ou évéques, allemands, français ou italiens, ils étaient tous considérables non seulement par leur dignité ecclésiastique et leurs domaines temporels, par leurs droits régaliens, mais souvent par les comtés dont l'administration leur était confiée. Étaient-ils princes ecclésiastiques ou laïques? On
pouvait parfois se le demander. Qu'on ajoute à tous ces évôchés les abbayes anciennes et nouvelles, les couvents d'hommçs et de femmes, richement dotés aussi, avec domaines et vassaux, et ayant pour supérieurs des hommes de choix, à Fulde, à Hersfeld, Eemptem, Saint-Gall, en Allemagne, à Saint-Denys, à Saint-Germain des Prés, à Jumièges, bientôt à Cluny et ailleurs, en France ; à Bobbio, en Italie : on se fera à peine une idée de cette redoutable puissance, et l'on achèvera de saisir à cette époque la confusion de ce qui était de l'État et de ce qui était de l'Eglise, en songeant que les souverains allaient jusqu'à laïciser souvent ces conmiunautés en s'en faisant abbés, comme les ducs de France, ou en les donnant en propre ou en avouerie, comme les empereurs d'Allemagne, à des seigneurs, avec faculté de les transmettre à leurs enfants.
Gens d'affaires et souvent gens de guerre, en même temps qu'hommes d'expérience et d'Église, arrivés là souvent par leur savoir et leur vertu, quelquefois jetés là d'une haute naissance, comme cadets, par les défiances ou l'ambition de leurs familles; à la fois dignitaires de l'Église et vassaux des rois, ayant l'ambition que leur donnait ou la conscience de leur valeur ou les déceptions de leur naissance, souvent