CONFUSION DE L*ÉTAT ET DE L'ÉGLISE
chanceliers et vice-chanceliers des royaumes, hommes d'Etat et diplomates, conseillers et ambassadeurs des souverains, ces archevêques, évêques, abbés étaient chez eux aux cours souveraines, en diète comme en synode! et, suivis de leurs vassaux, de leurs soldats, ils ne faisaient point mauvaise figure aux revues des souverains. Instruits pour la plupart dans les lettres, ayant encore plus d'activité politique que de vertus religieuses, ils disposaient, dans les affaires, d'une puissance qui commençait à dépasser celle même des grands-duchés ou comtés d'Allemagne et de France ou des marquisats d'Italie. Dans les cérémonies d'hommage, les évêques, grâce aleur caractère religieux, passaient avant les ducs et les^ princes ; episcopi, duces, reliqui principes. Venait-on attaquer leurs villes épiscopales ou leurs fiefs, ils les défendaient de leur personne; de leur personne, ils couraient sus aux brigands qui infestaient leurs domaines ou aux seigneurs qui troublaient la paix publique. Ces princes ecclésiastiques ne se faisaient faute même d'intervenir par les armes dans les discordes politiques ou de soutenir les querelles qu'ils pouvaient avoir entre eux ou avec leurs suffragants et leurs subordonnés. Et l'État, après tout, ne se trouvait point toujours mal alors de cette immixtion des hommes d'Église dans les affaires politiques. Ne valaient-ils pas mieux souvent, comme conseillers ou ambassadeurs, que les ducs grossiers et ignorants, exclusivement hommes de guerre? N'étaient-ils pas presque toujours meilleurs administrateurs de leurs domaines, et la religion du moins n'inspirait-elle pas quelque mesure et