LES PRINCES ECCLÉSIASTIQUES
gaelque décence à remploi qu'ils faisaient de la force guerrière? Telle était FÉglise seigneuriale, féodale, armée : elle dispose de la royauté en Allemagne, en France et ailleurs, comme Rome dispose de l'empire même. Autant de sources de grandeur, mais combien aussi de corruption 1 On commençait déjà à le voir. Les derniers empereurs ottoniens et les premiers rois capétiens avaient commencé à donner les dignités ecclésiastiques d'après les même s considérations et le plus souvent aux mêmes conditions que les dignités laïques ; il y avait si peu de différence entre elles I Ces candidats, ils ne les prenaient pas seulement parmi les clercs élevés dans leur chapelle et dressés à l'obéissance, à la servilité même, mais parmi les plus riches concurrents ou parmi ceux qui appartenaient aux plus puissantes familles et qui promettaient des qualités politiques et même guerrières. Les royautés et l'Eglise croyaient trouver dans ces pratiques la garantie de leur commune puissance, en liant ainsi étroitement leur sort. Combien de fois les évoques et leurs vassaux ne suivaient-ils pas les rois dans leurs expéditions, après avoir favorisé entre leurs vassaux et leurs communes ces associations de paix qui se multiplient alors l C'est pour augmenter également la puissance politique de Tépiscopat et le nombre dés hommes d'armes dont il voulait disposer, que tel souverain inféodait aussi aux évêchés un grand nombre de monastères, sans crainte de s'attirer la haine des moines. Et il est curieux de voir ces armées marcher à la suite des empereurs d'Allemagne ou des rois de France sous les bannières
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des saints et des églises, avec des évéques ou des abbés revêtus d'un costume moitié militaire, moitié ecclésiastique, comme était leur personne elle-même !
Mais une autre nouveauté dangereuse ou un retour à des usages antérieurs dans TËglise, en se propageant, enfantait d'autres périls. Il y avait, en effet, vers le milieu du xi* siècle, entre les chanoines qui vivaient dans l'Église séculière, au sein de leurs paroisses, et les moines réguliers qui vivaient dans leurs couvents, une question bien débattue : à savoir si le célibat était une règle obligatoire et générale dans l'Église. Les moines tenaient pour Taffirmative, les chanoines pour la négative; et, il faut bien le dire, une sorte de mariage inférieur, à la manière des Romains, le concubinat, devenait fréquent dans les pratiques de l'Église séculière. Quelle immense révolution que celle qui pouvait aboutir à confondre les deux aristocraties militaire et ecclésiastique et à constituer une caste sacerdotale 1
L'Église régulière des monastères, réformée au siècle précédent, veillait, il est vrai. Les ordres allaient se multipliant ; on aura bientôt ceux des Chartreux, de Citeaux, des Prémontrés, des Carmes, etc. L'Église régulière ne se contentait pas de l'exemple; elle y joignait bientôt les paroles. Des solitaires, comme saint Nil, ajoutaient les efforts de leurs imaginations fougueuses à l'action des ordres religieux. Il faut entendre Pierre Damien arrivé, malgré lui, à révôché d'Ostie. « Que Votre Sainteté, écrit-il à un pape, sache que nous ne connaissons pas dans notre diocèse de clercs dignes de remplir les devoirs de l'épis-
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