‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 13 sur 174 · SERMENT DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

SERMENT DE STRASBOURG

depuis cent cinquante ans; et tout y revenait. Il n'appartenait précisément à personne et ii appartenait à tous. Louis de Germanie et Charles de France, en l'occupant, n'avaient pas annoncé la prétention d'y toucher. C'est ce qui explique pourquoi les vainqueurs de Fonlanay voulurent en faire la barrière entre deux peuples^ puisqu'il tenait de Tun et de Tautre, et le donner à l'empereur Lothaire, s'il consentait à leur laisser leur part et leur indépendance. Le vaincu de Fonlanay n'avait plus pour lui que le nord de ce pays, là où se rapprochent le plus les cours inférieurs du Rhin et de la Meuse, l'Ostrasie septentrionale, la plus barbare, déjà bien affaiblie par la défaite. C'était peu, pour résister à Louis et à Charles, qui avaient avec eux deux grands pays. Il ne put tenir sur cette héroïque rive gauche du Rhin, d'où ses ancêtres étaient partis pour déborder à la fois sur la Gaule et sur la Germanie et les soumettre et les unir un instant dans un grand empire. Ses deux adversaires descendaient le fleuve par Spire, Mayence, Coblenlz. Ils mangeaient, couchaient ensemble, tandis que leurs peuples, dans leurs haltes, se livraient, « Basques contre Saxons, et Bretons contre Francs, » nous disent les chroniques, à des jeux militaires qui ne montraient que mieux leur accord. Les partisans de Lothaire s'éclaircissaient à' chaque heure. Menacé d'être acculé dans sa ville d'Aix-la Chapelle, presque sans ressources, il mit la main sur le trésor impérial et sur celui de l'église de Sainte-Marie pour le distribuer à ses derniers défenseurs. Il y avait là, entre autres, un ouvrage en argent d'une merveilleuse

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beauté, composé de trois boucliers qui représentaient la terre, le ciel étoile et le cours des plairètes. Il le brisa pour le partager. Ses derniers compagnons en acceptèrent les morceaux, mais ils se dispersèrent néanmoins; et il n'eut plus qu'à s'échapper avec sa femme et ses enfants pour regagner Lyon.

Lothaire en fuite, ses frères, entourés d'évôques, eurent un instant l'idée de partager l'empire et la rive gauche du Rhin. Après avoir fait condamner leur frère aîné pour son ambition, ses trahisons et ses parjures, ils minutèrent, en effet, un projet qui donnait à Louis la Frise et l'Ostrasie du Nord avec Cologne et Mayence; à Charles Liège, Herstall, le manoir paternel, et sans doute Trêves et Strasbourg, puisqu'il est certain que la part de celui-ci devait s'étendre au delà de la Meuse jusqu'au cours moyen du Rhin ^ C'était la limite qui a longtemps, en effet, séparé et concilié l'Allemagne et la France. Mais, au moment où les deux frères alliés rentraient dans la vieille Gaule pour poursuivre leur victoire, Lothaire avait rassemblé encore à Lyon une autre armée de vassaux italiens et aquitains. Il eût fallu combattre de nouveau. Les grands et les peuples étaient las. Charles et Louis avaient d'ailleurs proclamé qu'ils ne revendiquaient qu'un égal partage ; et la vieille Ostrasie semblait l'héritage légitime de l'aîné des petits-fils de Charlemagne qui demandait seulement à la joindre, par des contrées intermédiaires, à l'Italie qu'il possédait depuis longtemps aussi. On négocia.

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