CONRAD II LE FRANCONIEN
prince français, Guillaume I^' d'Aquitaine. Mais, bientôt persuadé que les seigneurs italiens songeaient plus à se servir de lui qu'à le servir, TAquitain avait quitté la partie. Reçu solennellement à Milan, en mars 1026, et couronné par Tarchevêque Héribert, à la grande joie de toute cette Église dévouée, Conrad se vengea de Pavie, qui lui ferma ses portes, par la destruction de ses routes, le ravage de ses vignes, l'incendie de ses moissons. A Ravennes, dont Tarche- Yêque allemand ouvre les portes, les habitants, à la suite d'une de ces rixes qui se renouvelaient toujours entre Italiens et soldats étrangers, se soulèvent et commencent contre ceux-ci un rude combat de rues et de maisons où le sang coule à flots. Conrad n'arrête la vengeance terrible des siens que devant les églises où se réfugient les habitants. Le lendemain, les vivants, pieds nus et en habits de pénitents. demandent grâce. A Rome, bon gré, mal gré le pape Jean XIX ouvre les portes au souverain allemand. Déjà le puissant et pieux Kanut le Grand et le triste roi de Bourgogne, Rodolphe III, d'abord récalcitrant à l'autorité du nouveau roi, mais maintenant effrayé de sa puissance, étaient arrivés. Pendant la cérémonie du couronnement, Romains et soldats allemands se prennent encore de querelle et commencent un furieux combat. Le lendemain, les auteurs italiens du tumulte sont pendus.
Le nouvel empereur, Conrad II, n'en siège pas moins avec le pape et les deux rois pèlerins dans un synode auquel il ne manque pas de faire faire à son avantage des décrets qui montrent bien quelle
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puissance mettait entre les mains de l'empereur l'Église qui le consacrait. Les trois souverains profitent de leur rencontre pour régler des affaires pendantes. Kanut le Grand obtient de Conrad la rétrocession de la province de Schleswig sur TEyder, et du pape rexemption des tributs et exactions arrachés aux pèlerins ses sujets, à travers TAUemagne et la Bourgogne, en retour du denier de Saint-Pierre. Le roi de Bourgogne consent humblement aux bases du traité qui est signé trois mois plus tard, à Bâle, et en conséquence duquel son royaume devait tomber entre les mains de Conrad et de ses héritiers et la régence même du royaume revenir, à partir de sa signature, au nouvel empereur. Conrad II y reçoit également Thommage des princes de Bénévent, de Salerne et de Capoue, mais il voit déjà presque sous ses yeux les Normands, favorisés par la ville de Naples, s'établir, sous un certain Raynulf, notamment à Âversa, qui fut le premier État normand fondé en Italie. Rome et l'Italie sont sous la domination du Franconien.
Revenu en Allemagne, Conrad II comble son église de prévenances, de faveurs, mais il aime mieux s'en servir que de la servir; il la subordonne à son pouvoir plus qu*il ne se soumet à elle, et cela, même en la corrompant par la simonie, qu'il pratique sans pudeur. Il faut voir Conrad trôner dans un synode pour se faire une idée de sa puissance et de celle de l'Église. Sur les marches du maître autel de l'église de Francfort (1027), à sa droite et à sa gauche siègent les archevêques de Mayençe, de Cologne, les évoques de Strasbourg, de Bamberg, Wurzbourg, Worms,
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Minden, Utrecht, etc. En face, sur un trône élevé au couchant du chœur, est l'empereur; le duc de Garinthie, Adalbéron, est à ses pieds comme son porteglaive. Les princes laïcs n'étaient pas présents aux ; premières délibérations; quand on les appela, ils prirent place derrière les évoques.
Ce que l'empereur veut surtout, c'est fonder une ; dynastie. Comme les Capétiens, il fait élire son fils de : son vivant pour son successeur. Que deviennent les I grands duchés? Conrad est duc déjà en Franconie ; son ; fils, après une révolte d'Ernest de Souabe, devient duc
I en Bavière et en Souabe. Ils en profitent l'un et Tau* Ire pour détruire ou envahir les châteaux des comtes qui les gênent» et surtout pour s'attacher la petite noblesse, dont ils revendiquent les services, comme ducs, en la laissant hériter de ses fiefs. Conrad II main^ tient seulement, dans les commandements de frontières, les fils pour succéder aux pères. Le premier, il règle le service militaire que les arrière-vassaux lui devaient pour ses expéditions au dehors, selon l'étendue du fief. Un cavaher et deux écuyers par dix manses, pour toute expédition, seront désormais entretenus six semaines à leurs frais, et le reste du temps aux siens. Il fait ainsi de la chevalerie l'armée impériale. La petite féodalité, en prenant racine, démembre la grande et la remplace.
Cette puissance impériale, si elle devenait héréditaire dans une seule famille, pouvait être un bien ou une redoutable menace pour tout l'Occident, selon l'usage que les empereurs en feraient. Prudent visà-vis du puissant Kanut, qui faisait conquérir alors la
Poméranie sur la Baltique, Conrad II prend à tache de former des intrigues dans les royaumes de TËst; il fait plusieurs expéditions inutiles en Pologne, en Hongrie, en Bohême, quoique les souverains de ces royaumes y protègent le christianisme. Mais il ne trouve point dans ses vassaux et même dans rÉglise un appui suffisant, et il ne remporte pas de ce côté tous les succès que visait sa puissance, qui paraissait un peu dangereuse à tout le monde. L'ambition de Conrad II trouve plus aisément à se satisfaire au sud-est de TÀUemagne dans la Bourgogne, qu'il annexe à l'empire en 1033. C'est ce qui le met en rapport avec le roi de France Henri P^
Henri I«% rot de France. Réunion du royaume de Bourgogne à VAlkmagne. — Il s'en faut que la royauté française, sous le troisième capétien, Henri Ie^ ait fait autant de progrès que la royauté allemande sous le fondateur de la dynastie franconienne, Conrad II. Les troubles suscités par la reine Constance, qui voulait favoriser son fils, du nom aussi de Robert, aux dépens du fils aîné de son mari, réduisent d'abord à leur plus simple expression les possessions de la couronne. Le duché de Bourgogne, que le nouveau roi dut céder à son frère, échappe pour longtemps à l'autorité royale. Cet Henri P' ne manquait ni d'activité ni de bravoure . Après un roi-prétre, c'était un roi soldat. Mais la puissance lui manquait.
Comme avaient fait son père et son grand-père, Henri P' cherche bien encore à maintenir les prérogatives et les prétentions traditionnelles de la royauté sur la transmission des fiefs; mais, à la différence du