‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 133 sur 174 · ROYAUME DE BOURGOGNE RÉUNI A L'EMPIRE · texte numérisé non relu

ROYAUME DE BOURGOGNE RÉUNI A L'EMPIRE

sait trop par quel évêque. Des pays romans, quelques vassaux seulement, entre autres le comte Humbert de Maurienne, ancêtre des célèbres comtes de Savoie, vinrent lui prêter hommage. Le Français Eudes, assez imprudemment , pour protester , crut pouvoir se jeter sur la Lorraine. Il assiégea la ville de Tottl. « Puisqu'il attaque le bien d'autrui, s'écria l'empereur, il le payera du sien. » Conrad, avec une armée de Saxons, fit dans la Champagne des ravages comme les Allemands étaient accoutumés à en faire. Le duc Eudes, devant les misères des siens, céda à Conrad tous ses droits légitimes à la possession du rojanme bourguignon. En août 1034, Conrad II fit son entrée, couronne en tête, dans la ville de Genève, reçut en Téglise de cette ville l'hommage des vassaux de tout le royaume et se fit donner par eux, pour plus de sûreté , un grand nombre d'otages qu'il emmena en Allemagne. L'empire allemand, qui avait déjà l'Escaut et la Meuse pour limites au nord, s'étendait au sud jusqu'à la Saône et aux embouchures du Rhône, pour le plus grand danger de l'indépendance française et pour l'asservissement de l'Italie.

Asservissement de VÉglise et du Saint-Siège à remfire. Premières résistances en Italie. — Roi d'Allemagne, d'Italie, de Bourgogne, empereur, ce n'était pas l'œuvre chrétienne de Charlemagne que le fondateur de la dynastie franconienne relevait, pas môme celle des Ottons. Il laissait tomber au Nord les anciennes missions, au moment où saint Etienne en Hongrie, Kanut au Nord et le roi saint Olaf dans les États Scandinaves, les premiers Capétiens eux-mêmes se

recommandaient par leur attachement à TËglise. Les Ottons, en s*unissant à rÉglise, avaient travaillé à ses progrès. Conrad II vend ou prodigue les bénéfices ecclésiastiques à ses chapelains, mais pour en tirer des ressources en argent ou pour s'assurer de dévoués serviteurs, tandis que le faible Henri I" de France tente de soustraire souvent évêchés et abbayes au despotisme de ses grands feudataires. Et ces prélats d*ËgUse que l'empereur a sous la main ou qu'il crée capricieusement^ quelle indépendance est la leur ! L'archevêque de Mayence est privé de sa primatie de Germanie. L'archevêque de Trêves, trop puissant, est condamné à un pèlerinage à Jérusalem. Pour Varchevêque de Lyon, Burchard, on le traîne prisonnier en Allemagne, où il meurt. Bien plus : aux synodes même, Conrad s'immisce dans la fixation des jours de fête et des temps de jeûne. Le prince allemand, tout grand bâtisseur d'églises qu'il soit, fait de la religion matière à profits et à pouvoir.

L'Église en Italie n'était aussi pour Conrad II que l'instrument de sa domination. IL laissait à Borne un petit baron, Albéric de Tusculum, toujours maître de la ville, donner pour successeur au pape Jean XIX son propre fils Benoît IX, un enfant de douze ans, dont le triste pontificat devait être signalé par les plus déplorables scandales. Borne elle-même voit le retour des misères auxquelles les Ottons, un siècle auparavant, avaient prétendu mettre fin, mais cette fois avec l'assentiment de l'empire. A Milan, l'archevêque Héribert, encore J'homme de l'empire, disposait de tout le royaume italien à son gré, orme re-

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