L'ITALIE ET LE SAINT-SIÈGE ASSERVIS
ne réussit point. Conrad appelle son pape Benoît IX à Crémone, exige de lui la déposition d'Héribert et élit à la place de celui-ci un chanoine milanais du nom d'Ambroise. Mais le clergé et le peuple lombards redoublent d'enthousiasme pour leur évéque. Le siège de saint Ambroise leur semblait briller d'un éclat plus pur que celui de Pierre. Héribert veut rendre à son adversaire coup pour coup. Fertile en ressources, il fait offrir la couronne d'Italie à cet Eudes, comte de Champagne, à qui Conrad avait déjà ravi la Bourgogne. Les évoques de Crémone, de Verceil, de Plaisance, ceux de la vallée du Rhône sont avec lui. Il espère entraîner une partie de l'Église. Mais Eudes, le favori de l'Église opprimée, au moment où il envahit la Lorraine, est battu et tué; les évoques rebelles sont pris et livrés à l'empereur.
Incapable cependant de forcer l'archevêque Héribert dans Milan, Conrad II erre sans but avec son armée et ses partisans, dans toute la Péninsule, comme pour cacher sa réelle impuissance. Il va jusque dans le Midi, où il trouve quelques Normands de plus qu'auparavant. Là il ramène à Capoue l'archevêque légitime, qui en avait été chassé, daigne investir Rainulf, qui en était depuis longtemps en possession, d'Aversa, nomme un moine allemand abbé du Mont-Cassin, et, attaqué par la peste, ramène son armée à travers l'Italie, en semant les morts sur la route. Malade lui-même et souffrant de la goutte, il revient mourir (4 juin 1039) à Nimègue, où Ton garda son cœur, tandis qu'on porta processionnellement son corps à Spire.
Henri III d'Allemagne (1039-1056). — La trêve de Dieu ou corruption de l'Église. — Faiblesse de la France. — Grandeur apparente de TËmpire allemand .
Le second prince de la dynastie franconienne, Henri III dit le Noir, est beaucoup moins célèbre dans l'histoire qu'Otton le Grand. Cependant il est encore plus puissant dans TÉtat, dans TËglise et en Europe que ne l'avait été son illustre prédécesseur saxon. Il fait et défait à son gré les ducs en Allemagne, les évéques en Italie et en Bourgogne et les papes à Rome; et nul prince, nul pape de son temps ne régale dans la chrétienté pour la puissance. Peu s'en fallut qu'il ne fût aussi « maître sur terre que Dieu Test au ciel », ainsi que s'exprime un contemporain. Ce fut justement là, cependant, sa faiblesse et celle de sa dynastie. En s'intitulant le vicaire de Dieu, il voulut prendre sa place dans l'ÉgUse ; il commença contre elle cette lutte où les pouvoirs les plus forts succombent toujours, et il mourut assez à temps pour que, à sa place, son fils, Henri IV, l'adversaire de Grégoire VII, payant pour lui, perdît l'empire de la terre.