‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 136 sur 174 · HENRI III · texte numérisé non relu

HENRI III

Henri III, — Agé de vingl-deux ans, pieux, lettré, ambitieux et d'une expérience précoce, proclamé et couronné à Âix-la-Ghapelle , le jour de la fête de Marie (1039), Henri III reçut à Ingelheim, sur les bords du Rhin, Thommage des grands de Bourgogne et même de Tarchevéque de Milan, Héribert, l'intrépide adversaire de son père, qui vint faire sa soumission et mettre aussi Tltalie à ses pieds. Le jeune roi se jeta ou fut entraîné immédiatement contre deux puissants royaumes voisins dans deux guerres où il se posa aussi comme investi d'une sorte de mission européenne, sinon comme inspiré du désir de la paix.

Sur les frontières orientales de FAUemagne, après la mort de Boleslas Chrobry, la Pologne était tombée dans la plus déplorable anarchie, et le vieux paganisme y avait repris crédit. Mais un autre prince slave et chrétien, le Bohémien Bretislas, avait envahi la Pologne et emporté successivement Cracovie, Posen et Gnesne. Maître de cette dernière ville, qui était la métropole de la Pologne, où il ramena les reliques d'Adalbert, il entrait en négociations directes avec Rome pour ne relever que d'elle ; et un royaume slave, indépendant, solide, semblait s'élever plus près encore des frontières de l'Allemagne.

Le nouveau souverain allemand envoya l'ordre à Bretislas d'avoir à évacuer la Pologne et à lui envoyer sa part des dépouilles et du butin. Sur son refus, il traverse la forêt de Bohême, tandis que, par le midi, pénètre un corps de Bavarois commandés par le margrave d'Autriche. Bretislas, découragé, paye huit mille

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livres d'argent, livre son fils gardé en otage et vienl de sa personne, pieds nus, en habit de pénitent, prêter hommage à Ratisbonne au roi Henri. Le fils de Chrobry reprend son héritage.

En Hongrie, après Etienne 1°% le premier roi chrétien de Hongrie, son successeur, Pierre, élevé loin de son pays encore sauvage, attirait dans son royaume des étrangers auxquels il accordait toute sa confiance. Un noble hongrois, un palatin, qui avait épousé une sœur de saint Etienne, Samuel Aba, se met à la tête des mécontents, se déclare dans Kœnigsbourg, force le roi lui-môme à fuir en Allemagne et, cédant aux instincts sauvages des siens, attaque la frontière allemande. Une première fois, Henri III pénètre jusqu'aux nouvelles forteresses de Haimbourg et de Presbourg, qu'il brûle, bat Samuel Aba sur le Gran, puis, avec une Qolte, descend le Danube et impose la paix et le payement d'une amende de quatre cents livres d'or; la Morawa et la Leitha deviennent la limite entre la Hongrie et TAutriche.

Ces guerres sur la frontière de Test sont loin de prouver que l'ambition de la nouvelle dynastie se tourne de ce côté contre les païens. Ses préférences la portaient du côté des contrées plus riches et plus avenantes de la France et de l'Italie. Henri III avait eu, entre les deux guerres de Hongrie, une entrevue sur la Chiers avec le roi de France, qui portait le môme nom que lui , Henri 1®% et qui venait d'épouser une princesse russe. Politique avant tout, c'était une alliance politique qu'il voulait faire, et dans les contrées civilisées* en vue d'afifermir l'acquisition du royaume

de Bourgogne faite par son père. Or le plus puissant des princes féodaux de la France, plus puissant môme que le roi, Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, à qui Ton avait offert la couronne d'Italie, avait une fille, Agnès, plus remarquable par ses manières et par sa richesse que par sa beauté. Henri III la demande à son père et l'obtient. Ce mariage était destiné à affermir sa puissance môme en Mie et à tenir en respect le roi de France. Henri III alla quérir sa fiancée à Besançon, pour la faire couronner et Tépouser ensuite à Mayence.

L'entrevue des deux souverains d'Allemagne et de France, à Ivois, avait peut-être pour but de faire régner la paix dans la chrétienté. Les deux royautés relevées, en effet, ne réussissaient guère à accomplir toujours ce que l'Église regardait alors comme le devoir d*un roi et surtout d'un empereur, c'est-àdire « à faire régner la justice et la paix » ; et les chroniques ou les annales locales du temps nous montrent trop que l'anarchie féodale n'avait pas cessé.

Depuis que les comtes étaient devenus de vrais seigneurs féodaux indépendants, les routes étaient toujours parcourues par des hommes armés! Le ûroit de guerre et de défense privées ou le droit du poing, le Faustrecht, comme on disait en Allemagne, n'élait-il pas le régime ordinaire? Malgré le relèvement des royautés, il y avait* encore guerre partout, comme au x® siècle. Guerre entre le roi Henri et le lac Normand ; entre Normands et Bretons, Languedociens et Provençaux dans la France. Guerre entre franconiens et Saxons, Bavarois et Souabes, Rhé-

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