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nans de la rive droite et de la rive gauche. Dans chaque grand fief et entre les fiefs , combien de querelles incessantes! L'Église n'est pas exempte des mêmes passions , des mêmes périls ; et elle tranche de la même manière les conflits féodaux qui naissent avec elle ou chez elle. En Allemagne, Tarchevôque de Mayence dispute au duc saxon , les armes à la main, les dîmes auxquelles il prétend en Saxe. Si les laïcs jalousent et attaquent leurs immunités, les évêques, à bout de patience et d'excommunication, les abbés et les moines même endossent la cuirasse, dans l'impuissance de la royauté et quelquefois contre elle. Le sol continue à se hérisser de châteaux, de donjons, de murailles autour des villes. Le commerce languit, la culture des champs est rare. Au milieu de ces guerres continuelles, les famines et les pestes à la suite continuent à sévir.
De l'excès du mal sort cependant, au milieu du XI® siècle , une tentative de remède. Elle ne vient pas des royautés impuissantes, mais de l'Église ; elle ne naît point en Allemagne, mais en France. La célèbre trêve de Dieu est à la fois française et ecclésiastique. L'Église elle-même, engagée dans le siècle, avait longtemps été impuissante contre cet état de choses. Elle avait cherché à armer la royauté contre ce déchaînement des passions mauvaises ; mais la royauté en France, l'empire même en Allemagne et en Italie, ne suffisaient point à la tâche. Les guerres continuaient. Rien n'y faisait I
Il fallait que l'Église, sachant mesurer ce qu'il était possible alors d'obtenir de l'adoucissement des
passions farouches de ce temps, contribuât aux progrès de la paix. En Tannée 1021, sous les règnes de Henri II, le Saint, et de Rotert le Pieux, des évêques de la Bourgogne s'étaient réunis dans un concile pour demander, imposer môme la paix, au nom de Dieu , à cette société dévorée des passions et des maux de la guerre. Cette prédication n'avait pas obtenu d'abord de grands résultats. Une seconde tentative eut plus de succès sous les règnes de l'empereur Henri III d'Allemagne et de Henri I" de France, quoique ces princes n'y aient eu presque aucune part. Depuis trois années, de 1028 à 1030, aux maux humains de la guerre s'étaient joints, comme fléaux naturels, des pluies continues et des nondations qui , noyant les semences ou pourrissant les moissons, causaient la disette la plus affreuse qu'on eût jamais vue. Il pleuvait, pleuvait toujours, sans cesse ni trêve. Les riches avaient à peine du pain à se mettre sous la dent; le couvent de Gluny était obligé de sacrifier ce qu'il possédait en or et en argent pour venir au secours des pauvres, qui mouraient par milliers. En 1031, enfin, la pluie cessa, les grains germèrent, la terre se colora de verdure, apportant l'espérance et l'inquiétude ; et les moissons jaunirent. Les passions guerrières elles-mêmes, qui s'étaient trouvées domptées par le fléau, allaientelles renaître pour tout gâter encore? C'est alors que quelques évéques et abbés du midi de la France, en Aquitaine, rassemblés en concile, proclamèrent d'une manière phis instante cette paix de Dieu, qui était la dernière espérance sur terre.
EMRETIKNS SUR L'HISTOimE. — III.
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Voici dans quels termes la paix fut annoncée et ordonnée, d'après les délibérations des conciles dans les églises : « Tout clerc ou laïc devra désormais sortir sans armes. Toutes représailles seront défendues pour les faits passés. Quiconque violera la paix de Dieu sera mis au ban du ciel et de la terre. Pour lui, plus de droit d'asile ; on l'arrachera, au besoin, de Tautel. La paix de Dieu est mise sous la garde du pouvoir séculier. » C'était sans doute là une idée chimérique de faire renoncer à la guerre cette société née pour la guerre, de transformer ces tigres féodaux en paisibles propriétaires. La pensée n'en é ait pas moins grande, généreuse, chrétienne, appropriée aux malheurs, à Tintelligence et aux sentiments des hommes de cette époque. PaXy pax^ paxi s'écriaient d'une commune voix les prêtres dans leur synode, en levant au ciel leur croix pastorale ; et le peuple, répétant partout : La paix, la paix! conjurait les prises d'armes menaçantes par cette unanime et douloureuse réclamation. Si l'Église ne trouva pas tout de suite respect et obéissance, elle put voir déjà un certain nombre de seigneurs, saisis de repentir, jurer aux autels la paix de Dieu et s'engager par un pacte éternel avec le ciel.
De l'Aquitaine, cette idée, accueillie avec enthousiasme en France, passa en Bourgogne, et, par la Lorraine, arriva au Nord, sur les frontières de l'Allemagne. L'influence considérable que le puissant ordre de Cluny exerçait en Bourgogne et en France s'étendait également en Lorraine -et au Nord. Les évoques de Verdun et de Liège, les monastères de
Saint- Vannes et de Saint-Maximin de Trêves, furent les instruments ardents de cette action bienfaisante anx bords du Rhin. Mais n'était-ce pas trop présumer de la nature humaine que de lui tant demander? Les seigneurs qui avaient juré la paix de Dieu ne l'observaient pas toujours; les évoques eux-mêmes qai en avaient pris Tinitiative ne renonçaient pas tous à leurs passions et à leur train de seigneurs, à leurs haines et à leurs rivalités politiques. Ce généreux mouvement ne demeura pas pourtant stérile, il rentra seulement dans les limites du possible. Il fallait se contenter d'imposer des intermittences, des jeûnes à l'humeur batailleuse de cette aristocratie militaire. L'abbé de Cluny, Odilon, répandit cette idée plus pratique. Pour la première fois en Âquilaine, en 1041 , on proclama la trêve de Dieu. «. Du mercredi soir au lundi matin, nul ne pourra tirer vengeance de son ennemi. » Ces quatre jours semblaient particulièrement consacrés par la passion, la mort et la résurrection du Christ. « Les jours de grande fête, le carême et l'avent tout entiers sont compris dans cette pacification. Pendant ces deux saintes périodes, il est même interdit de se livrer aux travaux guerriers, tels que construction et réparation de châteaux, exercices militaires, etc. Défense à l'avenir de mutiler, d'emmener captifs les pauvres gens de la campagne, de détruire méchamment les ustensiles de labour et les récoltes. » Toutes ces prescriptions ont pour sanction les excommunications prononcées dans les églises, cloche tintante et les cierges allumés. Voilà la trêve de Dieu.
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L'alliance de l'empereur Henri III avec le duc d'Aquitaine et son mariage avec la fille de celui-ci, Agnès, ne furent pas étrangers à l'adoption de la trêve en Allemagne. Avant d'aller chercher sa femme, Henri III rassemble un grand nombre d'évêques de l'Allemagne du Sud et du royaume de Bourgogne; el là, après avoir lui-même, dans une sorte de sermon, exhorté les assistants à la mansuétude et à la paix, il termine en annonçant qu'il pardonnait à tous ses ennemis et il exhorte les seigneurs qui l'écoutaient, moitié par menaces, moitié par prières, à faire comme lui. Il était difficile de résister à cet ordre de Dieu, recommandé par un puissant de la terre. Ceux qui étaient présents s'obligèrent, en effet, à la paix et à la concorde. Henri; III proclame la trêve de Dieu à Trêves, le jour de Noël, pour la Lorraine; et, de là, il rend un édit destiné à la faire respecter en deçà et au delà des Alpes, dans des pays où elle était peu populaire. La siinonie et les mariages ecclésiastiques. — Mouvement monacal et français de réforme. — Malgré ses prétentions et sa puissance, le second prince de la dynastie franconienne ne pouvait, non plus que son contemporain Henri de France, transformer une inspiration heureuse en une institution durable. L'Église elle-même, d'ailleurs, était travaillée, on Ta vu, de deux maladies qui semblaient aussi appeler de plus énergiques remèdes.
C'était par deux voies différentes, quoique parallèles, mais toutes deux également contraires alors à rintérêt de l'État et à l'esprit du christianisme, que semblait devoir s'achever l'union ou plutôt la pro-
miscuité la plus étrange du sacerdoce et de Tempire, da spirituel et du temporel, de TÉglise et de TÉtat : la simonie, nom abhorré dans l'Église, ou la vente des fonctions religieuses comme de vils domaines, et le nicolaïsme ou le mariage des prêtres et la débauche des clercs. Depuis que les empereurs allemands surtout avaient fait de FËglise un instrument de règne, sous Henri III, la chapelle impériale, une véritable institution d'État, était devenue comme la pépinière des évoques et des abbés. Les ducs, margraves, comtes y envoyaient leurs cadets pour s'y préparer à entrer dans une si riche Église ; et c'était parmi ces fils de famille, assez riches souvent pour payer leurs dignités, mais ayant peu la vocation ecclésiastique, que se recrutait le haut clergé.
Quel moyen tout-puissant de domination politique 1 Les souverains allemands, pour tenir l'Italie, remplissaient depuis longtemps d'Allemands ou d'Italiens leurs partisans, les évôchés lombards. A Rome, quand ils ne disposaient pas de la papauté en personne, ils arrivaient au môme but par l'entremise des barons de Tusculum, maîtres des environs de Rome et leurs dévoués partisans. En un mot, il n'y avait pas d'État où l'Église fût tombée plus complètement à la discrétion de la politique que dans l'empire allemand. En France, où les rois étaient faibles, le choix des évoques dépendait souvent encore du clergé du diocèse, des vassaux de la province et du peuple de la ville, et l'Église y jouissait ainsi d'une certaine indépendance qui ne relevait que de l'anarchie du temps, quoiqu'on. ^oîe notre Henri P% par exemple, s'en-
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tendre avec le comle de Toulouse pour porter un archidiacre de Mende à Tévêché du Pui. MaisJbn Allemagne et en Italie, les élections canoniques étaient tellement tombées en désuétude, que Tempereur regardait rinvestitui'e comme une source de revenu et que « le clergé allemand, nous dit un historien allemand, soupçonnant à peine la simonie d'être une contravention ecclésiastique >, tombait par là dans le plus étroit et honteux esclavage.
La seconde infraction aux canons ecclésiastiques dans laquelle tombait alors rÉglise, le mariage ou le concubinat des évoques et des prêtres, pouvait avoir de bien autres conséquences encore. Mariés, ceux-ci s'efforçaient déjà d'assurer à leurs femmes et à leurs enfants, dans le droit de famille et de propriété, tous les honneurs et tous les avantages du mariage légitime ou au moins du concubinat romain. Gela ne se passait-il pas ainsi souvent en Italie, en Allemagne et en France? L'évêque du Mans, Sigefroy, en France, et Robert, fils du duc de Normandie Richard P% à la fois évêque de Rouen et comte d'Évreux, étaient mariés. La femme d'un évêque avait son nom, episcopissa. Tous les évêques de la Lombardie, Allemands pour la plupart, avaient célébré publiquement leur mariage et produisaient leurs femmes en public. Le tout-puissant archevêque de Milan, Héribert, entre autres, avait pour femme une certaine Uxoria, noble, riche, et qui faisait des fondations pieuses. Tel était ce qu'on appelait alors, d'un nom malsonnant dans l'Église, le nicolaïsme, qui achevait de réaliser l'adul-, tère de l'État et de l'Église.
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Voit-on les conséquences alors possibles de ce fait? Non seulement il avait pour résultat de développer dans l'Église l'ambition temporelle et les habitudes (le la vie laïque et guerrière ; mais, en favorisant la transmission de père en fils des bénéfices et des fonctions ecclésiastiques, ne préparait-il pas l'hérédité d'un clergé riche, féodal, puissant, ainsi que la constitution, à côté d'une caste militaire, d'une caste sacerdotale; et ces deux castes, assez peu différentes alors l'une de l'autre, n'eussent-elles pas tenu de l'onction divine presque commune à toutes deux, audessus des fidèles et même des rois et empereurs, un caractère sacré doublement redoutable? En Allemagne, en Italie, comme dans le reste de la chrétienté, les duchés et les comtés, les fiefs étaient devenus héréditaires. Que serait-ce si les évoques transformaient aussi leurs bénéfices en biens de famille? Un évéque [ de Bourgogne, Burchard, dans une charte de dota- ' tion, ne nomme-t-il pas en toutes lettres sa^ femme, la ' comtesse Ermengarde, et son fils Nino? Non contente ^ de placer ses cadets dans l'Église, la noblesse guerrière visait aussi à y caser ses filles ou même à prendre femme près de l'autel afin de participer à ses biens et d'en vivre. L'Église sécuhère était de connivence. Les évoques, nous dit l'abbé Constantin dans une vie de Févéque de Metz Adalbéron II, s'étaient d'abord refusés à consacrer prêtres et à recevoir dans le clergé les fils des prêtres; mais, ajoute-t-il, « Adalbéron lui-même, qui mourut en 1005, consacrait tout fils de prêtre qui se présentait, parce que Dieu ne fait point acception des personnes».
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Eh quoil TÉglise n'allait-elle être bientôt qu'un moyen de gouvernement ou une façon de posséder, une fonction politique ou une tenure féodale? Tout Tavenir de la civilisation chrétienne était en jeu. Si, en effet, une sorte de féodalité sacerdotale prenait racine à côté de la noblesse féodale sur le sol européen, si toutes les deux arrivaient à confondre leurs intérêts par mariages et héritages, quel recours, quelle protection trouveraient les serfs, les manants, les petits, contre cette double aristocratie héréditaire conjurée I
La papauté elle-même, devenue à Rome, à plusieurs reprises, un véritable fief dont disposaient de puissants seigneurs voisins, en faveur de leurs parents et même de leurs fils, n'allait-elle pas s'isoler, se localiser, achever de se matérialiser, à son tour, comme le reste de l'Église? Benoit IX, le pape de cette époque, un enfant que son père avait mis, depuis l'âge de douze ans, dans la chaire de Saint-Pierre, ne s'était point marié, il est vrai ; mais, dit un de ses successeurs, « voué à la volupté, il vivait plutôt en Épicare qu'en pontife ». Qui pouvait assurer qu'il ne se marierait pas? Il en eut, en effet, l'idée un jour, et c'est ce qui amena sa chute. « Les papes eux-mêmes, dit Bonizo, étaient concubinaires {concubinarii habebantur); l'usage semblait abolir l'ancienne loi. Les grands prélats de la chrétienté commençaient à désapprendre le respect pour le pontife souverain. A Mayence, à Brome, à Reims, à Milan, à Tours, à Aquilée, à Ravenne, ils refusaient de lui obéir, comme patriarches ou primats, et quelquefois comme
archi^hanceliers de l'empire. La primatie de Rome, isolée, démembrée, s'évanouissait au milieu de FËglise politique, féodale et corrompue.
Dans cet abaissement général de TËglise, deux choses pouvaient arriver. Ou TÉglise féodale triomphait avec la noblesse féodale et remportait sur la royauté, sur l'empire, et alors plus d'universalité dans l'Église! La religion était morcelée comme l'État; le souverain et universel Dieu s'émiettait, se localisait en autant de saints qu'il y avait de basiliques et de chapelles. Il n'y aurait bientôt plus ni religion ni loi; on aboutissait à une sorte de polythéisme chrétien et de localisme féodal. Ou bien l'empereur parvenait à rester le maître incontesté, sans rival, de la féodalité ecclésiastique comme de la noblesse féodale, et, en s'assurant de Rome, il mettait le comble à sa puissance, au spirituel comme au temporel. Maître absolu de l'Église comme de l'État, il commandait à la fois à des légions d'âmes et à des légions d'armées ; le pape n'était plus que son chapelain, et les évoques, ses desservants, comme les ducs et les comtes ses féaux. Dans le saint-empire romain germanique surtout, le maître souverain, vrai vicaire de Dieu, vicarius Dei, se trouvait empereur dans l'Église féodale et pape dans la féodalité chrétienne, « maître sur terre comme Dieu l'est au Ciel, dit un contemporain, parce que Dieu l'avait fait à son image pour être, parmi les hommes, comme un second créateur {aller conditor) ».
Déjà, au commencement du xp siècle, un empereur et un pape, Henri II le Saint et Benoît VIII, avec le bon roi de France, Robert, dans un concile réuni
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à Pavie en 4022, avaient interdit formellement à nouveau le mariage des prêtres et Taffranchissement des fils des prêtres même mariés avec des femmes libres. Ils n'avaient pas arrêté le cours des choses ; mais Fautorité morale du saint-siège et de TËglise passait aux ordres religieux, aux couvents nouvellement créés ou réformés et aux solitaires que les désordres du temps, par exemple en Italie, rejetaient dans les ermitages. Ils protestaient.
Sans doute les passions humaines, que le plus grand esprit de renoncement ne tue jamais, se mêlaient aussi à ce beau zèle de réforme. Et d'abord, s'il faut en croire Pierre Damien lui-même, dont la simplicité monacale et le lyrisme fougueux n'épargnaient rien, les monastères n'étaient pas tous exempts non plus de la corruption qu'ils reprochaient à l'Église du siècle. C'était l'exception, il faut l'avouer, et la moralité de l'Église régulière était bien supérieure à celle de l'Église séculière; mais d'autres passions humaines introduisaient aussi d'ardentes rivalités entre les cloîtres et les évêchés, entre les moines et les évoques. Les rivalités inspirées par le zèle religieux, par le désir de la domination chez les évoques et de l'indépendance chez les moines, par la convoitise des riches donations et des biens n'étaient pas encore les plus âpres. Depuis que les riches évêchés se remplissaient des fils des seigneurs, et que les fils des petits, des manants et des serfs n'avaient plus que le cloître pour refuge, l'émulation entre les deux Églises prenait le caractère d'une lutte passionnée entre l'aristocratie et la démocratie ecclé-
siastiqaes; et Ton comprend à quel paroxysme elle pouvait arriver depuis que le pouvoir pastoral souvent acheté et la richesse allaient à la corruption, à la paresse, tandis que la pauvreté et la subordination étaient le prix de Tabnégalion et de tous les sacrifices I
Pierre Damien n'était plus le seul à tonner contre le mariage et la simonie dans l'Église, et à attaquer Rome. <ic Depuis que de nobles barons, dit Bonizo de Sutri, auteur contemporain et témoin oculaire, commandent dans Rome, TËglise est tombée dans la plus profonde décadence. Là aussi les hommes ne vendent pas seulement les cures cardinales, les abbayes, les évéchés avec une audace éhontée, ils élèvent des gens de leur clique dans la chaire de Saint-Pierre et, de la tête, la maladie gagne tous les membres. » — « Plus de discipline I ajoute Didier, abbé du Mont- [ ICassin, plus tard pape; le peuple vend l'élection, Vépiscopat vend la consécration; pas un élu qui soit pur du mal de simonie ; et, comme il n'y a plus de surveillance exercée sur le bas clergé, les diacres, tes prêtres prennent femme à la manière des laïcs, et, par testament authentique, font les enfants nés de ces unions les héritiers de leurs bénéfices. Des évéques eux-mêmes n'ont pas honte de cohabiter avec des femmes. Voilà ce qu'on voit même à Rome. » Scandales de Borne : trois papes. L'empereur Henri III maître de Rome et de la Papauté. — L'exemple de Benoît IX. ne confirmait que trop ces paroles. Créature des comtes de Tusculum, ce n'était pas un pape, mais un baron dans la chaire de Saint-Pierre.
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Au commencement de l'année 1044, les Romains cbassent ce misérable et élisent à sa place un certain Jean, évéque de Sabine, qui paye, selon la coutume, son élection aux Romains et prend le nom de Sylvestre III. Mais Benoit IX revient, rejette son adversaire dans la Sabine, et s'avise de vouloir épouser la fille d'un petit baron, qui l'avait aidé de ses soudoyers dans ses luttes. La chaire de Saint- Pierre elle-même allait être occupée par un prêtre marié I Les admonestations de l'abbé de Grotta- Ferrata empêchent cette monstruosité ecclésiastique. Benoit abandonne alors l'épouse céleste pour suivre sa fiancée terrestre; il cède le 1**^ mai, pour mille livres d'argent, le pontificat à son parrain, Jean Gratien, qui prend le nom de Grégoire VI.
Le nouveau pape était un prêtre éclairé et vertueux : magnœ religionis et severitatis, « Je remercie, lui écrit Pierre Damien, le roi des rois qui vous a élevé au saint-siège. » Des actes pontificaux et des bulles reçus en Allemagne, en Italie, en France, prouvent que le nouveau pape est partout reconnu. Dévoué à ses devoirs, Grégoire VI, se mettant courageusement à l'œuvre, rachète des comtes de Tusculum, pour le peuple romain, le droit d'élection, afin de rendre à la papauté son indépendance, et il relève les églises de Rome, Saint-Pierre et Saint-Paul. « Il s'efforce de tout remettre en état, » dit Raoul Glaber. Mais lorsqu'il veut reprendre les biens de l'Église usurpés et réprimer le brigandage des barons, les partis relèvent la tête ; les deux papes que Grégoire avait remplacés, soutenus par leurs partisans, reparaissent. Benoît IX,