LÉON IX ET LES NORMANDS D^ITALIE
médialion à Tempereur Henri III et au roi André, et envoie en avant, sur les frontières hongroises, le célèbre abbé Hagaes de Gluny, fidèle au rôle pacificateur de son ordre. Henri III, jaloux de son autorité, veut combattre. Son armée descend, en 1081, les deux rives du Danube, avec une flotte, mais arrive affamée en pays hongrois, au milieu de champs ravagés à dessein et parcourus par des cavaliers ennemis qui enlevaient tous les traînards. L'empereur, de cette expédition, ne recueille « ni honneur ni profit ». Lorsqu'il convoque ses vassaux à Aix-la-Chapelle pour leur faire prêter serment à son fils âgé de trois ans et couronné comme son successeur, ceuxci ajoutent cette restriction significative : « S'il devient un roi juste. » Gottfried le Barbu, sollicité par son frère, le cardinal Frédéric, va en Italie épouser Béatrice^ la veuve du plus puissant feudataire du pays, le marquis de Toscane, sa parente, et fait prévoir à l'empereur de nouvelles difficultés en unissant Rome et Florence.
Mais, tandis que la puissance de Tempire baisse, monte celle de la papauté. En Italie, Léon IX, désireux d'étendre le pouvoir temporel du saint-siège, fait abandon à l'empereur des droits, biens et immunités de l'évéché de Bamberg, pour obtenir de lui les moyens de reprendre sur les conquérants normands du Midi le territoire bénéventin. Il y avait sans doute une certaine contradiction à voir le premier pape réformateur se mettre en personne à la tête d'une petite armée, pour revendiquer un territoire. L'empereur, voyant l'expédition avec peu de
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428 HENRI m ET l'empire allemand
bon vouloir, n'envoya que 700 Allemands. Léon IX joignit aux Allemands des barons romains et des gens du pays, et avec 4000 hommes qu'il commandait en personne, plusieurs cardinaux, évéques et abbés italiens, il s'établit dans Givitella. Le jeune Robert, plus tard célèbre sous le nom de Guiscard, vint trouver là ce conquérant nouveau. La rencontre fut étrange, comme l'entreprise elle-même. Les Normands n'étaient pas très aises d'avoir affaire à l'empire et à l'Église. Ils offrirent de prêter serment de fidélité au pape. Le cardinal lorrain, Frédéric, fit repousser leur prière. Du haut des murailles, le pape accorda à ses soldats le pardon de leurs péchés. A Givitella, les Normands, jouant très bien de la lance sur leurs chevaux, firent fuir d'abord les Italiens; en face des Allemands, ils eurent plus à faire et furent plusieurs fois culbutés; mais, après un rude combat, ils les tuèrent jusqu'au dernier. Un chroniqueur allemand du temps a vu dans la défaite du pape une punition de son entreprise guerrière. « Le Dieu tout-puissant a laissé arriver ce malheur, dit-il, peut-être en punition de la faute qu'avait faite un si grand pape de se mêler aux affaires temporelles au lieu de se renfermer dans sa sainte mission. » Léon IX ne paya cependant point son imprudence trop cher.
Les Normands ne demandaient qu'à faire un accommodement. Leur chef, entré à Givitella, se jeta aux pieds du pape, implora l'absolution, et conduisit avec respect le chef de l'Église à Bénévent, où il le garda honorablement comme un otage pour obtenir