LB MOINE HILDEBRAND
Rome prendre le voile dans l'église même où elle avait été couronnée impératrice avec le puissant Henri III ; elle reçoit le voile des mains pontificales, et Hildebrand fera d'elle plus d'une fois, dans le royaume de Henri IV, Tinstrument de sa puissante volonté. Hugues le Blanc, célèbre par ses palinodies, tantôt fulminant contre les simoniaques et tantôt vendant les biens ecclésiastiques, longtemps partisan de Cadalous, fait amende honorable à Rome. Les femmes, puissantes encore en Italie comme toujours, étaient surtout les servantes dévouées de ce gouvernement d'Église. Après la mort de Gottfried le Barbu (1069), sa veuve, Béatrice, marie, pour conserver la Lorraine et la Toscane, le fils du premier lit de son second mari, Gottfried le Bossu, avec la fille de son premier lit, la célèbre Mathilde, « la grande com- 1 tesse », l'amie dévouée d'Hildebrand, qui sera la pro- j tectrice toute-puissante du saint-siège, une véritable ; « Deborah », et fera la force de Roine, comme, à une \ autre époque, Théodora et Marozie en avaient fait la ; honte et la faiblesse.
Sur le terrain de la simonie et du célibat ecclésiastique surtout, Hildebrand est déjà le maître en Italie. k Florence, un certain clerc de Pavie, fait évéque de la ville par Henri IV, avait payé sa nomination 3000 livres. Aussitôt les moines soulèvent le peuple contre cet évoque qui avait acheté sa diguité et qui était accepté cependant par le clergé séculier. On s'injurie, on se bat. Un moine, pour en finir, propose, pour prouver ses accusations contre l'évoque , de subir l'épreuve du feu. Le peuple l'acclame pour
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ETOir un spectacle et une solution. Rerétu de ses vêtements sacerdotaux et la croix à la main, le moine passe, en effet, entre deax bûchers disposés exprès, auxquels les moines eux-mêmes mettent le feu ; et il sort sain et sauf de l'épreuve : ce qui lui vaut le nom de Pierre Ignée et précipite l'évêque simoniaque dans un couvent. Les moyens employés par la faction réformiste en Lombardie étaient moins mystiques. Après la chute de Cadalous, un certain Herlembald, revenu d'un pèlerinage pieux à Jérusalem, choisi par le peuple de Milan pour capitaine, avec sa barbe longue, ses yeul d'aigle, muni d'une bulle et d'une bannière pontificales, comme un zélateur ou un chevalier de l'Église, chasse l'archevêque Guido de Yélate et ses clercs mariés de Milan , fait élire de haute lutte par les abbés, les moines et le peuple, comme archevêque, avec l'assentiment du pape et àans l'agrément de l'Empire, un jeune moine selon son cœur.
Mais, dans la politique pure même, Rome devient toute-puissante. Elle efface les rois. La minorité du roi de France Philippe P% successeur de Henri I***, ne lui est pas moins favorable. Il semble que son influence, surtout au milieu des troubles et de l'anarchie qui désolaient l'Europe, dirige les seules tentatives guerrières importantes ou chrétiennes de ce temps. Emules des Normands, conquérants du midi de l'Italie, c'est alors que des seigneurs français passent les Pyrénées contre les Sarrasins, pour aider les rois de Cas tille ou de Navarre, où l'ordre de Cluny possédait 28 monastères ou prieurés. Ebles, comte de Roussy et de Reims, gendre de Robert Guiscard,