‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 150 sur 174 · LE ROI HENRI IV · texte numérisé non relu

LE ROI HENRI IV

passe aussi les Pyrénées, avec un bref du pape, vers 1066, pour posséder du chef de saint Pierre les terres qu'il deyait arracher aux mains des païens.

La célèbre conquête de TÂngleterre par Guillaume le Conquérant, en 1066, a aussi une sorte de caractère ecclésiastique, quoiqu'il ne faille point Texagérer. Guillaume de Normandie, nous dit son biographe, défendait son peuple contre les séditions intérieures et les attaques du dehors. Il faisait observer chez lui très religieusement la paix de Dieu. Lorsque, après la mort du roi d'Angleterre, Edouard le Confesseur, il se porte pour son héritier contre son compétiteur Harold et oppose à celui-ci le serment qu'il lui avait prêté, c'est la cour de Rome que Guillaume le Conquérant fait juge du différend. Harold refuse. Guillaume peut montrer au peuple un étendard bénit et une bulle du pape Alexandre II, obtenue, dit-on, par l'influence d'Hildebrand. C'est sous cet étendard et avec cette recommandation que Guillaume, avec ses bonnes lances, et en entonnant la Chanson de Roland^ remporte sa célèbre bataille d'Hastings, qui fit passer TAngleterre sous sa domination.

Henri IV, — Il s'en fallait de beaucoup que le successeur du puissant empereur allemand Henri III, au moment où il arriva à sa majorité en 1066, fût capable de lutter contre la cour de Rome. Héritier du plus puissant souverain de la terre, abandonné à la tutelle d'une mère faible et de deux tuteurs ambitieux et rivaux, un peu plus tard, nubile, entouré de jeunes compagnons de jeu et de guerre, Souabes pour la plupart, aimables, mais turbulents, braves,

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mais dissolus, marié contre son gré à Berthe de Savoie, et la rebutant, dissolu lui-même, prodigue des biens du pauvre, qui méritaient d*étre ménagés, et même de la vie des autres, qui devait être sacrée pour un jeune souverain ; à la fois hardi à entreprendre et timide à persévérer, c'était une nature bouillante, passionnée, inégale, capable d'amour et de haine, de grands élans et de profonds abattements; intelligence vive, mais caractère faible, cœur tendre et dépravé, beau diseur, mais trompeur, fler avec les grands, bon compagnon avec les petits, ne connais* sant la religion que par les dires de moines refrognés ou de nécromanciens, et le gouvernement que par les exemples de ses tuteurs, qui rayaient exploité à leur profit, il ne considérait le pouvoir que comme un moyen de jouir et n'était préparé à s'en servir que comme on lui avait appris à le faire.

Le premier usage que Henri IV voulut faire du pouvoir ne lui réussit point. Plusieurs fois déjà, il avait essayé de se séparer de sa femme. En 1069, il avait gagné à ses vues l'archevêque de Mayence. Une assemblée de princes était convoquée à Worms à cet effet. Le sort d'une femme jeune, belle et sans reproches, dont le divorce faisait perdre à l'Empire l'alliance précieuse de la maison de Turin et de Maurienne, apitoie l'assemblée ; elle renvoie l'affaire à la cour de Rome et ensuite à un prochain concile à Francfort. La cour de Rome dépêche au synode le célèbre Pierre Damien. Quoi ! un roi d'Allemagne, un futur empereur allait donner l'exemple du divorce. La présence de Pierre Damien arrête tout. Le jeune

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