‹ Entretiens sur lh̕istoire du moyen âgeChapitre 152 sur 174 · LA QUESTION D'ORŒBT AU MOYEN · texte numérisé non relu

LA QUESTION D'ORŒBT AU MOYEN

Mahométiame et christianisme; Califal et

Ce n'est pas le vain désir de rajeunii anciennes avec des mots nouveaux, et événements depuis longtemps accompli blant d'actualité, qui me fait donner expéditions de moyen &ge en Asie le non d'Orient. L'étude des événements huma posent le tissu de l'histoire apporte trop elle cette conviction qu'il n'y a rien de 1 sous te soleil, et que, si les personnes, costumes, les circonstances extérieures fond les choses et leurs rapports essen rent les mêmes. La question d'Orient, ç jours sur l'Europe, est de ce nombre ; r de toutes les nations et de tous les régii débattue dans ces temps, ont seulemen nom à une difficultë beaucoup plus anci elle a, dans ses différentes métamorph< inquiété, Je ne dirai pas seulement teu seursj mais nos ancêtres les plus reculés.

La question d'Orient, elle est posée n;

MO QUESTION d'oRIËKT AD MOYEN AGE

pour peu que Ton veuille jeter un coup d'œil snr notre globe, par la situation géographique môme de notre petit continent européen, resserré et comme écrasé, sous son climat tempéré, par la masse lourde et féconde, sous ses glaces et sous ses feux, du continent de T-Asie; dont l'Afriqufe înôme n'est que le prolongement géologique. Souvent envahie, conquise, plus souvent encore menacée de Tétre, par les flots des populations et des idées de sa redoutable voisine, TEurope a été obligée de se défendre ou de réagh* très ' longtemps contre sa sœur aînée, mère puissante' d'hommes, de/richesses, d'idées, et. dent elle envie et convoite d'ailleurs les savoureux et splendides produits. Pour les habitants des contrées occidentales de TEUrope, la. question d'Orient. n'est autre que celle des rapports pacifiques ou hostiles de l'Europe et de l'Asie, c'est-à-dire delà balance politique des forces, de l'échange régulier des productions et des idées, et enfin de la suprématie, de la prépondérance ou de la libre indépendance des deux continents.; Elle est politique, commerciale, intellectuelle et morale, et, à certains moments, elle éclate -toujours sur un théâtre fatalement donné, à leur point même de séparation et de contact, sur ces rives et ces flots disputés de la mer Egée, du Bosphore et de la mer Noire, où il se déchaîne encore plus de tempêtes politiques et se livrent plus de batailles navales, qu'il ne gronde d'orages et de commotions physiques.

Sans remonter aux temps où l'antique Grèce, libre et déjà policée, défend à Marathon et à Salamine

QUESTION d'orient , BU

la civilisation occidentale contre les hordes esclaves du grand despote de l'Asie , et oîi le plus glorieux, si ce n'est le meilleur de ses enfants, le conquérant macédonien, repousse loin d'elle une barbarie et une servitude qu'elle ne connaît plus, pour Imposer à l'AsievIa civilisation, la langue et les arts de sa fille émaucipée, qui la surpasse, el pour donner son nom à Alexandrie, devenue en Egypte comme le gage d'une union féconde, et le centre des plus lointaines relations d'idées et de commerce entre TOccident et l'Orient, on peut dire, pour les temps les plus anciens, que le génie politique seul de Rome parvint à résoudre la question. Ce fut une solution, en effet, que l'établissement de ce vaste empire qui comprenait dans ses limites les cdtes les plus voisines des trois anciens continents, les nations les plus rapprochées par des affmités d'origine ou de civilisation, et dont la Méditerranée devint ce. que les Romains auraient eu vrainient le droit d'appeler, s'ils n'avaient dédaigné nos ambitions de langage, un lac romain. Dans cette grande union solidaire des intérêts, sous 1' majesté de la paix romaine, au milieu de ce ci pacifique des hommes, des idées, des croj^ produits, faits à l'aide de tant de villes tloi autrefois assises sur les rives de la Méditei pour la plupart aujourd'hui détruites, l'Oi retour de l'unité politique, donne à l'Occidei religieuse; et l'un des plus grands souverai: puissant empire croit même, par la fondatii nouvelle et maîtresse ville, aux confins de et de l'Asie, sur le Bosphore, sceller à jam

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double union politique et morale de deux inondes. Alexandrie, Gonstantinople ! ces deux villes servent cependant de preuve à Tinanité des desseins des plus grands politiques, puisque ces deux gages d'union et de paix, rêvés par les anciens, sont justement devenus les deux plus fréquents objets de querelles, et comme les deux pommes de discorde jetées entre TO rient et l'Occident parmi les modernes.

Les questions, au fond, ne changent pas. Elles sont méconnaissables seulement quand elles se représentent à différents intervalles de l'histoire et prennent, en variant la proportion des éléments qui la composent, une physionomie nouvelle; c'est ce qui est arrivé, au moyen âge, à la question d'Orient. Dans sa généralité, elle est la même que dans les temps anciens; ses données, ses détails, ses circonstances, son théâtre, son objet, souvent môme les contrées qui y sont engagées sont les mômes qu'aujourd'hui. Voyez plutôt. Au moyen âge, un empire chrétien, mais schismatique, civilisé, mais vieilli, dévoré d'ambitieuses prétentions, mais atteint d'une incurable faiblesse, ombre de l'empire romain dont il eut tous les vices et jamais la grandeur, l'empire grec de Byzance, resté là comme une épave de l'antiquité, entre les barbares de l'Europe et de l'Asie, chrétiens, musulmans ou idolâtres, tient, avec les rives de la mer Noire, du Bosphore et de la mer Egée, à Gonstantinople, la porte de l'Europe. Sur lui reposent en partie la sécurité de tout l'Occident et l'indépendance de tous ces nouveaux États, qui, établis au mille ti des ruines latines de l'Italie et de la Gaule ou des

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campagnes nouvelleinent cultivées de la Germanie^ se querellent imprudemment entre eux, sans souci du voisinage ou du lendemain. Menacée au nord et au midi, sur terre et sur mer, que Gonstantinople soit emportée un matin par un de ces escadrons volants de la barbarie asiatique, dont un Gengis-Khan ou un Tamerlan soulève au loin la poussière, par ces hordes slaves ou bulgares qui errent sur le Danube, ou par une croisière de ces écumeurs de mer arabes, dont les brèches de la muraille d'Ânastase, ou les chaînes brisées du port de la Corne d*Or connaissent les dangers, voilà l'Europe occidentale, ger-* mano-latine, TÂllemagne, la France, l'Italie et la papauté, toutes nations et institutions qui se cherchent encore et se débattent dans les douleurs de Tenfantement, noyées tout à coup, sous le déluge d'une invasion tartare ou sarrasine.

Admirable insouciance ou imprévoyance aveugle des peuples jeunes! Tout l'avenir de notre Europe moderne, du christianisme peut-être, qui y avait trouvé son terrain le plus favorable et sa plus riche et sa plus brillante floraison, dépend, dans les fréquents dangers de Gonstantinople, d'un coup de vent qui peut pousser les galères sarrasines dans son port, ou de la puissance de jarret qui peut lancer un sauvage, comme Hassan en 1453, par dessus le mur d'enceinte de Gonstantinople; et, pendant six siècles, nos pères ne paraissent point s'en soucier ou y prendre garde; ils ne connaissent pas ces inquiétudes, ces craintes réelles ou feintes qui, de notre temps, ont mis rOrient et l'Occident aux prises. La question

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d'Orient au moyen âge est certes bien poliliqae aussi ; mais elle ne le parait guère aux contemporains. Si FEurope et l'Asie se trouvent un jour aux prises, le motif déterminant en apparence, c'est la religion, c'est la dispute d'un tombeau ; les hommes politiques qui la conduisent, ce sont les grands pontifes de deux religions rivales; les armées qui la soutiennent ne sont point des armées nationales, mais des armées de Fidèles ou de Croyants. La question d'Orient ne parait être que la lutte du christianisme et du mahométisme ; la guerre d'Orient est une guerre sainte, pour les musulmans, et pour les chrétiens, une croisade. Ne nous y trompons pas cependant : la religion qui remplit tout au moyen âge^ envahit aussi cette question, l'absorbe tout entière et lui donne une physionomie à part qui la rend méconnaissable ; voilà tout.

Dans les deux mondes, européen et asiatique, renouvelés au moyen âge chacun par les migrations ou invasions successives de peuples nouveaux, Germains ou Slaves, Arabes ou Tartares, la religion, qui venait aussi de les régénérer moralement, était le seul pouvoir fortj la seule garantie générale d'ordre, le seul lien puissant entre les hommes, la seule force initiale et le seul ciment durable entre les choses. Sur ces deux sols fraîchement remués, plus mouvants que le sable, au milieu de ce va-et-vient de populations aventureuses, où les États ne vivent qu*un jour, où les nationalités ne peuvent parvenir à prendre pied, à s'asseoir, secouées les unes et les autres par le désordre des volontés particulières et par les caprices du sort, toute vie politique était bornée, étroite, iso-

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lée, éphémère. Une seule chose paraissait élevée, générale, grande et éternelle, la religion chrétienne ou la mahométane. Au x® et au xi« siècle, encore, et malgré les brillants météores de Charlemagne et d'Haroun-al-Raschid, qui mettent d'ailleurs au service de la religion leur domination temporelle, il n'y avait point en Europe ou en Asie de grand empire durable, fortement constitué, qui réunît en un seul corps social une certaine agrégation d'hommes par la solidarité des sentiments, des intérêts ou des ambitions. Il n'y avait que deux chaos de seigneuries territoriales, ou de satrapies nomades, plus ondoyantes, plus agitées qae les flots, et au-dessus desquelles étaient ballottés quelques couronnes d'empereurs ou de rois, quelques tiares ou turbans de sultan, ou de visirs, souvenirs des anciens jours, ou chétives espérances de l'avenir I

Mais, sur ces deux mondes agités, au moyen âge, planent deux religions, puissantes sur les cœurs, et que n'atteignent guère les orages de la politique. Nul ne connaît, en Europe ou en Asie, une patrie; mais tous appartiennent de longtemps à un culte, à une Église fortement constituée; nul n'a encore de code, de lois civiles bien générales, bien précises, mais tous ont un livre sacré, indiscutable et respecté, qu'il s'appelle l'Évangile ou le Coran. Personne ne pourrait s'assurer d'obéir longtemps au même maître et ne saurait dire quel était le légitime ; mais tous, chrétiens ou mahométans, reconnaissent à peu près et toujours le môme pasteur, le pape ou le calife, le père des fidèles ou le commandeur des croyants; et ils n'ont que rarement des doutes sur sa légitimité.

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Âacane pensée grande, générale, aucun dessein suivi ne pouvant alors sortir de la politique, on ne pouvait attendre quelque chose de semblable que de la religion.

Seuls représentants, en effet, des croyances générales, des sentiments communs des masses, et, par là, indirectement dépositaires de leurs intérêts les plus généraux et confidents de leurs craintes ou de leurs désirs, de leurs besoins ou de leurs espérances, les successeurs de Mahomet et ceux du Christ, les papes et les califes, étaient seuls assez haut placés pour embrasser dans leur ensemble les rapports si multipliés, si lointains de l'Occident et de l'Orient, et seuls à môme de leur imprimer au besoin une direction commune. C'est par là que la religion entre de plain pied au moyen âge dans la politique générale des rapports pacifiques ou hostiles de l'Europe avec l'Asie, du christianisme avec le mahométisme.

En temps de paix, entre l'Europe et l'Asie, on trouve des bulles pontificales et des décrets des califes pour interdire le commerce entre musulmans et chrétiens, et pour autoriser seulement les uns contre les autres la piraterie. Une des premières villes commerçantes du moyen âge, Venise, pour échapper aux anathëmes de Rome, fait passer comme une dépouille prise sur les Infidèles d'Egypte, les reliques de saint Marc qu'elle a achetées pour croître sous son saint patronage. Quand les hostiUtés éclatent entre l'Orient et l'Occident, quel que soit le premier agresseur, c'est une guerre religieuse, sainte; .elle se fait sous l'étendard du prophète ou sous le signe de la croix.

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