CALIFAT ET PAPAUTÉ
Il peut se cacher sous ces hostilités, des ambitions oa des craintes politiques, des désirs de domination ou des nécessités légitimes de défense, des antipathies de races, des rancunes ou des convoitises de commerce. Il n'importe! si les rapides Bédouins et les Berbers du désert ou de l'Atlas, au yw et au vup siècle, apparaissent à la fois au pied des Pyrénées et aux rives de Bosphore, c'est polir convertir les peuples par le glaive, c'est que leur calife a prêché la guerre sainte : « Les vrais croyants, dit le Coran, sont des soldats au service de Dieu, pour conquérir le monde qu'il leur a donné en partage. » Trois siècles plus tard, si les lourds chevaliers de la France et de TÂllemagne arrivent sous les murs blancs de Jérusalem, c'est que le serviteur des serviteurs du Christ les a envoyés pour reconquérir son tombeau; il a prêché la croisade. Tous chevaucheat à travers l'Europe et l'Asie, non seulement pour conquérir la terre, mais pour gagner le ciel ; et, comme le sectateur du prophète croit, lorsqu'il arrose du reste de son sang « le champ de Dieu », que ses blessures vont devenir éclatantes comme le vermillon, parfumées par le Coran, et que les anges et les ailes des cliérubins remplaceront les membres qu'il a perdus pour le porter au paradis, ainsi le serviteur armé du Christ, qui expire en regardant le pommeau en croix de son épée, répète les paroles du paladin Roland :
Le champ est nôtre; bien nous devons prier, La mort m'approche, n'y a nul recouvrer, En paradis où sont les preux guerriers Sont les lits faits où nous devons coucher.
818 QUESTION d'orient AU MOYEN AGE
AU premier abord, la religion de Mahomet avait paru avoir bien plus de puissance pour armer ses guerriers et les pousser à la conquête; et TEurope semblait bien plus menacée de Tissue de la lutte que TAsie.
Mahomet est venu apporter une parole de guerre. Il prêche non pas la conversion, mais la conquête; le Christ a apporté une parole de paix; il en veut aux âmes et non au< biens de la terre; la religion du premier doit à peu près tous ses progrès au glaive, et Tautre à la parole. Le successeur de Mahomet, d'après ses instructions et son exemple même, est à la fois chef religieux et chef politique, pasteur et roi; il tient la houlette et Tépée, et il dispose des consciences et des bras. Le successeur du Christ n'est longtemps que le grand prêtre de son culte et le pasteur de ses peuples, le premier des serviteurs de son Dieu ; il laisse à César ce qui est à César, et ne retient que le domaine des consciences qui est à Dieu. Chez les mahométans, le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sont dans la même main; TÉtat et l'Église sont unis. Chez les chrétiens, les deux glaives sont dans des mains différentes, et les deux édifices, religieux et politique, sont distincts, sinon séparés. Quelle force redoutable, quelle apparence de supériorité dans le mahométisme!
Et, en effet, les premiers califes menacent de l'unité de leur domination toute la terre ; en moins d'un siècle ils ont conquis, jamais pareille rapidité ne s'est vue, une partie de l'Afrique et de l'Asie ; ils attaquent l'Europe par ses deux extrémités. De la Mekke ou de Damas, ils commandent aux deux tiers du monde,