CALIFAT ET PAPAUTÉ M
tandis que les papes, abandonnés au milieu de Rome rainée, et sans secours des chrétiens, élèvent de leurs mains, en tremblant, la cité Léonine, pour se défendre des Sarrasins qui couvrent déjà les îles de la Méditerranée et la cAte italienne, et pour empêcher que la capitale du christianisme » ne devienne tout à coup une bourgademahométane». Mais, admirez justement l'excellence de la constitution chrétienne, telle que l'Évangile et les premiers siècles l'ont faite, et comment ce qui parait être sa faiblesse fait justement sa force, tandis que tout ce qui semblait assurer la puissance de la constitution mahométane tourne justement à sa ruine I
Eq moins de deux siècles, du m° au ix«, après avoir, comme en passant, régné politiquement et religieusement, du Gange au Tage, les successeurs de Mahomet, les califes armés du double glaive, ont perdu toute paissance matérielle et presque tonte autorité morale. Comme ils ont confondu les deux pouvoirs, ceux de leur religion qui veulent leur disputer le domaine de la terre envahissent pour plus de sûreté celui du ciel; les révoltés, les ambitieux sont autant d'imans qui tiennent leur inspiration de Mahomet et qui se donnent comme les héritiers légitimes ou comme les interprètes orthodoxes de sa puissance ou de sa parole; chaque révolte, chaque usurpation se présente comme une hérésie, et toute dynastie nouvelle qui se fonde, au Caire, à Cordoue ou à Fez, est un qui se drape dans un pli du manteau de Mali Enfin, le chef même d'une milice d'esclaves on mongols, achetés dans les steppes du Nord
520 QUESTION d'orient au moyen AGE
garder ia personne menacée des vrais successeurs du Prophète, Tartare lui-même, qui ne peut s'autoriser du sang de Mahomet, relègue le calife dans la mosquée; et, après avoir reçu de lui la double couronne, répée, les sept robes d'honneur et les sept esclaves nés dans les sept contrées de Tempire musulman^ il mène la paisible mule de souverain déchu par la bride, comme pour mieux afficher Timpuissance et le mépris religieux même où celui-ci est tombé !
En revanche, dans le même temps, combien la position du souverain pontife des chrétiens à Rome et celle de son Église ont changé à leur avantage ! Le pape règne souverainement et presque sans partage alors sur le domaine entier des consciences chrétiennes, et, par surcroît, la puissance, presque la domination politique sont venues, d'elles-mêmes, se placer sous sa main.
En effet, TÉglise byzantine, sous son patriarche de Gonstantinople, poussée par l'orgueil et par l'esprit de subtilité naturel à un peuple vieilli, a seule résisté souvent à reconnaître le pontife romain; elle s'en sépare même plutôt. Mais elle tombe sous la dépendance des faibles empereurs grecs ou ne les domine qu'en les flattant ; elle glisse d'hérésie en hérésie et change plus souvent encore de symbole de foi que le trône ne change d'empereurs et de dynasties. L'empire grec tombe ainsi d'usurpation en usurpation dans une irrémédiable décadence. Les peuples latins, au contraire, regardent ce schisme comme la cause même de cette déchéance ; et le pontife romain peut iouir de la satisfaction de voir les empereurs de